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Full text of "Les parlers des Vosges méridionales (arrondissement de Remiremont, département des Vosges); étude de dialectologie"

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LES  PARLERS 


DES 


VOSGES  MÉRIDIONALES 


MACOS',    PROTAT   FREKES,    IMPRIMIURS 


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A  Messieurs 
Antoine  MEILLET  et  Antoine  THOMAS 

Hommage  respectueux. 


LES    PARLERS 


DES 


VOSGES    MÉRIDIONALES 


(arr()\'I)issi;m[;n'1'  dh  remire.mont,  dhpartemfnt  dhs  vosges) 


ETUDE  DE  DIALECTOLOGIE 


PAR 

OSCAR  BLOCH 

DOCTEUR  ES  LETTRES 

AGRÉGÉ      DE      GRAMMAIRE 

PROFESSEUR    AU    LYCÉE    BUFFON 


PARIS 
LIBRAIRIE   ANCIENNE  H.   CHAMPION,    ÉDITEUR 

EDOUARD  CHAMPION 

5,      QUAI      MALAQUAIS      (6e) 
I9I7 


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NOTICE    PRELIMINAIRE 


Ce  travail  a  pour  base  principale  les  matériaux  publiés  dans 
mon  Atlas  linguistique  des  Vosges  méridionales,  Paris,  Champion, 
19 14,  sans  lequel  il  pourra  difficilement  être  lu  ou  utilisé.  C'est 
pourquoi  on  peut  se  dispenser  ici  de  donner  sur  le  domaine  de 
l'enquête,  les  témoins  interrogés  et  le  système  graphique  les 
indications  qui  se  trouvent  dans  l'introduction  de  Y  Atlas.  D'autre 
part  des  références  fréquentes  sont  faites  à  un  autre  ouvrage, 
Lexique  français-patois  des  parlers  des  Vosges  méridionales,  qui  paraît 
en  même  temps  que  ceux-ci  et  contient  beaucoup  de  matériaux 
n'ayant  pas  trouvé  place  dans  V Atlas  ;  mais,  comme  les  formes 
patoises  sont  ordinairement  citées  ici,  on  pourra  à  la  rigueur  se 
passer  de  ce  lexique. 


INTRODUCTION 


Les  vingt-deux  localités  dont  les  parlers  font  l'objet  du  pré- 
sent ouvrage  sont  toutes  situées  dans  l'arrondissement  de  Remi- 
remont.  La  vallée  de  la  Haute-Moselle  en  comprend  dix  et  celle 
de  la  Moselotte  sept  :  ce  sont,  en  allant  d'amont  en  aval,  d'une 
part  Bussangj  Saint-Maurice,,  Presse,  le  Thillot,  le  Ménil, 
Ramonchamp,  Ferdrupt,  Rupt,  Maxonchamp,  Vecoux,  Dommar- 
tin,  d'autre  part  la  Bresse,  Cornimont,  Ventron,  Saulxures, 
Thiéfosse,  Vagney,  Saint-Amé.  Au  confluent  des  deux  rivières 
s'étend,  au  milieu  des  montagnes  qui  l'encerclent,  une  assez 
large  plaine  :  c'est  là  que  la  ville  de  Remiremont  est  bâtie,  sur 
la  rive  gauche  de  la  Moselle  ;  en  face,  sur  la  rive  droite,  au  pied 
du  .Saint-Mont,  se  trouve  Saint-Etienne.  Saint-Nabord  est  au 
delà,  à  quelques  kilomètres  en  aval  ;  enfin  Bellefontaine  et  le 
Val-d'Ajol,  plus  éloignés  vers  l'Ouest  et  le  Sud-Ouest,  sont  sépa- 
rés de  Remiremont  par  des  hauteurs  en  grande  partie  couvertes 
de  bois. 

A  l'Est,  cette  région  s'adosse  à  la  chaîné  des  Vosges  qui  forme 
en  même  temps  la  frontière  de  l'Alsace.  Au  Sud,  elle  est  limitée 
par  la  chaîne  des  Faucilles  qui  sert  de  démarcation  aux  deux 
départements  des  Vosges  et  de  la  Haute-Saône,  le  long  de  la 
vallée  de  la  Haute-Moselle  ;  plus  loin  cependant  le  Val-d'Ajol 
et  Bellefontaine  se  trouvent  sur  le  versant  méridional  de  cette 
chaîne.  Au  Nord,  un  contrefort  des  Vosges  s'élève  entre  la  val- 
lée de  la  Moselotte  et  celle  de  la  Vologne,  où  s'étale  le  lac  de 
Gérardmer. 


L'histoire  de  ces  vingt-deux  localités  est  étroitement  liée  à 
celle  de  la  puissante  abbaye  de  Remiremont.  On  sait  que,  fon- 
dée au  vii"^  siècle,  elle  arriva  à  étendre  sa  juridiction  sur  52  bans, 
dits  bans  Saint-Pierre,  dont  notre  domaine  faisait  partie,  et  qu'elle 
se  défendit  âprement  contre  les  empiétements  des  ducs  de  Lor- 
raine '.  Ce  n'est  parfois  qu'assez  lentement  qu'elle  réussit  à  éta- 
blir son  autorité:  dans  la  région  qui  nous  intéresse,  le  Val-d'Ajo 
dépendait  jusqu'à  la  fin  du  xiir  siècle  du  comté  de  Bourgogne  et 
du  diocèse  de  Besançon  %  et  l'on  voit  le  roi  de  France  renoncer, 
en  1704,  au  titre  de  possesseur  de  la  Franche-Comté,  à  toutes 
prétentions  sur  les  bans  de  Ramonchamp,  de  Longchamp  (qui 
couvraient  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  sauf  Vecoux  et  Dom- 
martin)  et  du  Val-d'Ajol,  au  profit  du  duc  de  Lorraine'. 

L'abbaye  de  Remiremont  a  dû  jouer  un  rôle  important  dans 
la  colonisation  des  vallées.  «  Il  fallut  l'action  systématique  des 
monastères,  dit  M.  Vidal  de  La  Blache,  pour  introduire  dans  ces 
solitudes  forestières  là  culture  et  la  vie  :  Épinal,  Remiremont, 
Saint-Dié,  Senones,  Etival,  etc.  La  vallée  lorraine  des  Vosges 
ne  s'est  peuplée  et  n'a  vécu  que  par  l'appui  des  petites  villes  qui 
se  sont  formées  sur  sa  périphérie '^.  »  Notre  région  qui  était 
encore  couverte,  au  début  du  Moyen  Age,  d'épaisses  forêts, 
«  vastes  et  telles  que  les  Carlovingiens  les  jugeaient  les  plus 
dignes  de  leurs  chasses  hnpériales  '»,  n'était  cependant  pas  com- 
plètement déserte,  même  à  l'époque  gallo-romaine.  Une  voie  qui 
allait  de  Metz  à  Bâle  suivait  la  vallée  de  la  Moselle  ^  ;  et  une  sec- 

1.  Sur  toute  cette!;  histoire  bien  connue,  et  intéressante  surtout  au  point  de 
vue  politique,  voir  la  bibliographie  dans  Ulysse  Chevallier,  Répertoire  des 
sources  historiques  du  Moyen  Age  (Topo-Bibliographie),  Montbéliard,  1894. 

2.  Gravier,  Notice  sur  les  villages  de  Fougerolks  et  Val-d\i/\,  Académie 
des  Sciences,  Besançon,  1843,  p.  178  sq. 

3.  Baumout,  Etudes  sur  le  règne  de  Le'opold,  duc  de  Lorraine  et  de  Bar  (1697- 
1729),  Berger-Levrault,  Paris  et  Nancy,  1894,  p.   181. 

4.  Tableau  géographique  de  la  France,  Paris,  Hachette,  1903,  p.  194. 

5.  Michclct,  d'après  Seignobos,  Extraits  historiques  de  J.  Michelel,  A.  Colin, 
Paris,  1903,  p.  91. 

6.  Il  est  vrai  que  ni  l'Itinéraire  d'Antonin,  ni  la  table  de  Peutinger   ne  la 


XI 


tion  de  Ramonchamp  qui  est  située  sur  la  rive  droite  de  cette 
rivière,  à  l'endroit  où  cette  voie  devait  passer  et  où  passe  aujour- 
d'hui la  route  nationale,  lui  doit  son  nom  Létraye,  en  patois 
Ihrày  «<  slraia. 

Le  rôle  joué  par  l'abbaye  de  Remiremont  dans  le  développe- 
ment de  notre  région  n'en  est  pas  moins  capital.  Il  ne  semble 
pas  qu'il  y  existe  un  seul  nom  de  lieu  habité  d'origine  gauloise  ', 
et  l'on  n'a  jusqu'à  présent  trouvé  aucun  vestige  gallo-romain 
dans  les  deux  vallées  -.  Le  centre  principal,  Remiremont,  Monlis 
Roniarici  640,  Reiiieriiiioiit  et  Remircinoiit  dans  les  textes  médié- 
vaux ',  a  été  désigné  d'après  le  nom  de  saint  Romaric,  qui  fonda 
un  monastère  sur  le  mont  Habend,  casteUo  Habendiini  vu*'  siècle, 
probablement  le  Saint-Mont  d'aujourd'hui  ;  le  nom  de  son  com- 
pagnon, saint  Amé,  est  celui  d'une  commune  voisine.  Quelques 
noms  de  formation  ancienne  révèlent  que  la  colonisation  dut 
progresser  assez  vite.  Le  suffixe  acuiii  est  attesté  par  Wahiniaco, 
Vagney,  \i^  ou  xii"  siècle,  et  par  villa  de  Adiaco  1204,  preposiiits 
Aviacixi^  ou  xiV  siècle,  où  il  s'agit  certainement  du  Val-d'Ajol, 
bien  qu'il  soit  difficile  d'y  rattacher  la  forme  moderne,  en  patois 
vo  dPjo.  Comme  noms  formés  avec  villa  ou  villare,  on  peut  citer 
la  Dermanville,  le  dhinàvyàl  (Rupt),  Bréhavillers  herhâvle  (Saint- 
Amé),  Crémanvillers  keniiàvle  (Vagney),  Mevvillers  inàyvele  (près 


donnent,  cf.  Desjardins,  Géographie...  de  la  Gaule  Romaine,  1876-1896,  t.  IV, 
planches  8  et  10,  après  les  pages  38  et  78  ;  et  j'ignore  sur  quels  documents  se 
sont  appuyés  les  auteurs  qui  en  affirment  l'existence,  cf.  entre  autres  P. Boyé, 
Les  haut  es -chaumes  des  Vosges,  Berger-Levrault,  Paris,  1903,  pp.  51,  162,  165; 
D""  Bleicher,  Les  Vosges,  le  sol  et  les  habitants,  Paris,  1890,  p.  30.  L'article  de 
Werner,  La  traversée  des  Vosges...  à  V époque  romaine.  Revue  d'Alsace,  191 1, 
p.   34,  est  scientifiquement  insignifiant. 

1.  Le  dictionnaire  topographique  du  département  des  Vosges,  dont  le 
manuscrit  est  prêt,  n'est  pas  encore  publié  ;  mais  l'auteur,  M.  P.  Maréciial,  a  eu 
la  grande  obligeance,  dont  je  tiens  à  lui  exprimer  ici  ma  vive  reconnaissance, 
de  mettre  à  ma  disposition  les  renseignements  dont  j'avais  besoin. 

2.  Boyé,  op.  laud.,  p.  52. 

3.  Remerimont  1208,  NAL.  2529,  41,  etc.,  Remiremont  1291  (ou  -92),  id. 
2530,47,  etc. 


XII 


de  Saint-Étienne),  Maillevcler  1303  (ou  -04)  ',  Peccavillersp^w/^ 
(Saint-Amé),  Paschaveleir  1291  %  Remanvillers  rmàvle  (Fer- 
drupt),  Zainvillers  (èvie  (Vagney),  sections  situées  dans  le  voisi- 
nage de  Remiremont  ou  tout  au  plus  vers  le  milieu  de  la  vallée 
de  la  Haute-Moselle.  Nombreux  sont  aussi  les  noms  de  lieux 
formés  suivant  une  svntaxe  très  ancienne,  tels  que  Ramonchamp 
remoM,  Ferdrupt /rJJ//,  vraisemblablement  formé  de  (c  Frédéric  » 
-\-  rû  <C  rivii,  Cornimont  honhno,  dont  le  premier  élément  est 
cependant  obscur  5,  Thiéfosse  tyejos,  Tierfosse  1433,  probable- 
ment formé  de  «  Thierry  »  -}-  «  fosse  »,  Gérardfeing///ï?/<^  (Belle- 
fontaine)  où  feing  correspond  au  fr.  fange,  cf.  §  29,  9°,  les  Gal- 
manpvé?,  gi'lnioprâ  (Ferdrupt)  etc.  Au  contraire,  dans  les  noms  de 
date  plus  récente,  le  nom  du  propriétaire  est  postposé,  cf.  les 
Chaix-barbe  le  ië  bârb  (Bussang)  où  et'  est  la  forme  locale  du  fr. 
essart,  les  Champs-Colnot  le  fà  kôlnô  (Bussang),  Faing-Bairer 
le  fe  hîre  (Ventron),  Pré-Jacquot  prâ  jâJcà  (la  Bresse),  etc. 

M.  P.  Boyé,  dans  son  ouvrage  déjà  cité,  a  longuement  montré 
le  rôle  considérable  des  populations  alsaciennes  dans  l'exploitation 
des  hauts  pâturages  et  la  colonisation  de  la  partie  haute  des  val- 
lées, d.  notamment  le  chapitre  IV  et  les  pages  72,  74,  83,  88, 
108,  342,  etc.  Il  est  cependant  remarquable  que  peu  de  noms  de 
lieux  habités  aient  une  origine  germanique  ;  Ventron,  Wintheraiu^ 
alias  Ventron  1594,  paraît  contenir  comme  premier  élément 
l'allemand  îVinter,  le  traitement  de  la  terminaison  étant  assez 
obscur;  mais  le  nom  germanique  de  la  Bresse  IValle  1402, 
Wolh  1426,  n'a  pas  triomphé,  bien  que  cette  localité  soit  très 
voisine  de  la  vallée  de  Munster,  d'où  les  colons  sont  venus  en 
grand  nombre  :  ce  fait  indique  que  la  pénétration  de  ces  popula- 
tions ne  s'est  pas  produite  par  masses. 

La  vie  du  paysan  de  ces  régions  ingrates,  où    la  terre  est  très 

1.  l^AL.  2521,  68. 

2.  Id.  2530,  47  ;  cf.  aussi  §  22. 

3.  Cornimont  et  Xoulcc,  section  de  cette  commune,  figurent  déjà  dans  un 
acte  de  940,  v.  Rové,  op.  huul.,  p.  68. 


—    XIII    — 

pauvre  et  le  climat  rude,  devait  être  modeste.  La  «  Vosge  «  était 
encore    la    partie   la    plus    pauvre   du    duché    de    Lorraine    au 
xviii'^  siècle  ',  et  Montaigne,  qui    la  traversa,  appelle  Bussang 
«   petit   meschant  village,    le   dernier  du    langage  François  ^  ». 
Mais  la  pauvreté   du   pays  n'était  pas  pour  lui  une  garantie  de 
sécurité;  car  c'était    une  région  de  passage.  Il  souftrit  de  l'inva- 
sion des  Hongrois  à  la  fin  du  ix=  siècle  et  au  début  du  x^  ^  La 
guerre  de  Trente  Ans  surtout,  si  funeste  à  la  Lorraine,  causa  de 
grands  ravages   même  dans  les  hautes  vallées  ;   la  dépopulation 
y  prit  des  proportions  considérables  '^,  et   des  déplacements  de 
populations  en  furent  la  conséquence  :  c'est  ainsi  que  beaucoup 
d'habitants  quittèrent  Gérardmer  «afin  d'aller  chercher  à  Vagney 
leur  pauvre  vie  5  ».  D'autre  part,  à  partir  du  xvi*"  siècle  au  moins, 
des  mines  de  cuivre  et  d'argent  furent  exploitées  dans  la  région 
de    Bussang,  Saint- Maurice,    Presse  et    le    Thillot,    et   le    duc 
Charles  III  y  attira  des  ouvriers  d'Allemagne  et  de  Suède  ''.  L'in- 
dustrie forestière  employa  également  des  ouvriers  étrangers  ?,  et 
les  scieries  qui  se  développèrent  au  début  du  xvii^  siècle  ^  utili- 
sèrent certainement  des  ouvriers  venant  d'Alsace,  car  nous  ver- 
rons à  la  fin  de  cette  ouvrage,  §  153,  que  le  scieur  de  profession 
est,  dans  tous  nos  parlers,  désigné  par  des  représentants  de  l'alle- 
mand Sâger.  Enfin  il  est  possible  que  les  mesures  bienveillantes 
que  prit  le  duc  Léopold,  et  qui  firent  presque  doubler  la  popu- 
lation de  Lorraine  au  début  du  xviii'^  siècle,  aient  agi  également 
dans  notre  région  9. 

1.  Baumont,  op.  laiul.,  p.  564. 

2.  Journal  de  voyage  de  M.  Montaigne  en  Italie,  éd.    1774,  I,  41. 

3.  Duhamel,  Des  relations  des  Empereurs  et  des  Ducs  de  Lorraine  avec  Tabhaye 
de  Reniiremout,  Epinal,  Gley,  1886. 

4.  Boyé,  op.  laud.,  p.  45,  ch.  X,  p.  280  sq. 

5.  Boyé,  id.,  p.  291,  d'après  les  archives  communales  de  Gérardmer. 

6.  Boyé,  id.,  p.  210  sq.  Les  mines  du  Thillot  étaient  encore  en  exploitation 
au  xviiie  siècle,  mais  elles  étaient  coûteuses  et  peu  productives,  cf.  Baumont, 
op.  laud.,  p.  580  sq. 

7.  Boyé,  id.,  p.  210. 

8.  Boyé,  id.,  p.  236. 

9.  Baumont,  op.  laud.,  p.  556. 


—   XIV    — 

Quoi  qu'il  en  soit,  quelques  renseignements  statistiques  qu'on 
possède  sur  les  derniers  siècles  n:iontrent  à  quel  point  la  population 
de  nos  localités  était  parfois  réduite  en  comparaison  du  chiffre 
actuel  des  habitants  ',  cf  en  particulier  les  indications  données 
pour  Tannée  1710  dans  Touvrage  de  Louis  et  Chevreux  ^  A  Bus- 
sang,  qui  a  actuellement  2.898  habitants,  il  n'y  avait  en  1590 
que  28  «  conduits  »,  en  1704  les  habitants  n'étaient  qu'environ 
445,  et  en  1789  ils  approchaient  de  i.ooo  '.  Gérardmer,  qui  en 
compte  aujourd'hui  plus  de  10.000  (dont  il  faut  enlever  environ 
un  millier  qui  représente  la  population  militaire),  n'avait  en 
1535  que  22  «  conduits  »,  et  la  Bresse,  qui  possède  aujourd'hui 
5.655  habitants,  n'avait  en  1559'que  100  «conduits»  et  en  1708 
1.067  habitants  '♦. 

Des  indications  sommaires  qui  précèdent  il  ressort  que,  s'il  est 
vrai  que  «  ces  hameaux  épars  dans  les  vallées  formèrent  de  petites 
autonomies  »  et  que  «  sous  le  nom  de  «  bans  »,  qu'on  retrouve 
dans  toute  les  parties  des  Vosges,  ils  se  groupèrent  en  petites 
unités  distinctes,  ayant  leurs  relations,  leurs  coutumes  et  leurs 
mœurs  »  '\  la  population  n'était  cependant  pas  formée  unique- 
ment d'éléments  stables.  De  plus  les  diversescommunautés  n'étaient 
pas  profondément  isolées  les  unes  des  autres  :  le  mode  d'habitat 
de  notre  région,  qui  doit  être  très  ancien,  était  très  favorable  aux 
relations  ;  en  effet,  entre  les  différents  centres,  on  rencontre, 
tout  le  long  des  routes  et  des  cheipins,  et  jusqu'à  la  lisière  des 

1.  Atlas,  Introduction,  p.  i. 

2.  Louis  et  Chevreux,  Le  département  des  Vosges,  1888-1890,  VII  volumes. 
D'après  une  communication  de  M.  Philippe,  archiviste  du  département  des 
Vosges,  les  auteurs  de  cet  ouvrage  ont  puisé  leurs  renseignements  dans  celui 
de  Lepage  et  Charton,  Le  département  des  Vosges,  Nancy,  Pciffer,  1845,  ^^  1^ 
document  de  1710  se  trouve  probablement  aux  archives  deMeurthe-et-Moselle; 
en  tout  cas  il  ne  se  trouve  pas  àÉpinal. 

3.  E.  Richard,  Histoire  de  Bnssang,  Jouve,  Paris,  1909,  p.  272,  n.  2, 
p.  273  sq. 

4.  Boyé,  op.  laud.,  pp.  114,  258,  508. 

5.  Vidal  de  La  Blache,  op.  laud.,  p.  19).  Cf.  aussi  ce  que  dit  Boyé,  op. 
laud.,  p.  165  de  la  Bresse. 


—   XV    — 

forêts,  des  maisons  isolées  qui  s'échelonnent  de  proche  en  proche. 
Les  hauteurs  qui  séparent  les  vallées  forment  des  obstacles  par- 
fois considérables,  mais  des  sentiers  très  praticables  les  sillonnent  ; 
de  plus,  entre  la  vallée  de  la  Moselotte  et  celle  de  la  Haute-Moselle, 
l'affaissement  qui  s'est  produit  à  la  hauteur  du  Thillot  et  de  Cor- 
nimont,  et  au  fond  duquel  se  cache  le  Ménil,  a  permis  d'établir 
une  belle  voie  de  communication  et  a  rendu  les  relations  en  tout 
temps  plus  aisées.  Naturellement,  la  vallée  de  la  Moselle,  avec 
sa  route  ancienne  et  «  faite  en  chaussée  »,  était  plus  fréquentée 
que  celle  de  la  Moselotte,  à  l'extrémité  de  laquelle  la  Bresse 
n'était  reliée  à  la  vallée  de  Munster  que  par  un  mauvais  chemin  ' 
et  demeurait  ainsi  «un  lieu  perdu  »  ^.  Les  forêts  ont  aussi  beau- 
coup reculé;  cependant  elles  sont  encore  aujourd'hui  fort  denses 
entre  Remiremont  et  le  Val-d'Ajol,  et  certainement  n'ont  pas 
peu  contribué  à  l'isolement  de  cette  dernière  localité.  Remire- 
mont  était  sans  aucun  doute  un  centre  important  d'échanges 
commerciaux.  «  C'est  là,  dit  M.  Vidal  de  la  Blache  en  parlant 
des  villes  situées  au  débouché  des  vallées,  que  le  Vosgien  venait, 
à  époques  fixes,  troquer  son  bétail  ou  les  produits  de  son  indus- 
trie pour  le  grain  nécessaire  à  sa  nourriture,  pour  le  lin  qui  devait 
occuper  son  travail  d'hiver  »  \  Je  manque  de  renseignements 
précis  sur  les  foires  et  marchés  de  notre  région  avant  le  xix*"  siècle, 
où  ils  sont  devenus  nombreux  et  importants  dans  les  chefs-lieux 
de  canton  et  les  autres  gros  centres.  Je  puis  cependant  signaler 
que,  sur  la  demande  de  la  communauté  de  Gérardmer  en  1574, 
un  marché  et  des  foires  furent  établis  à  Vagney  +,  et  qu'en  1560 
Christine  de  Danemark,  mère  de  Charles  III  de  Lorraine,  auto- 
risa l'établissement  à  Bussang  d'un  marché  franc  qui  se  tenait 
chaque  samedi  5. 

1.  Boyé,  op.  lauâ.,  p.  163  ;   Vidal  de  La  Blache,  op.  laïui.,  carte  33,  p.  195. 

2.  Boyé,   op.  latid.,  pp.  335,    336.   La  belle  route  qui  relie   Gérardmer  à 
Munster  date  seulement  du  milieu  du  xix^  siècle,  Boyé,  id.,  p.  338,  note. 

3.  Op.  laiid.,  p.  194. 

4.  Boyé,  op.  laud.,  p.  260  sq. 

5.  Boyé,  id.,  p.  1 18. 


—   XVI   — 

Depuis  le  milieu  du  xix=  siècle,  les  conditions  de  la  vie  ont  été 
profondément  changées  par  le  développement  extraordinaire  de 
l'industrie  cotonnière.  Les  routes  ont  été  améliorées  et  multi- 
pliées ;  deux  voies  de  chemin  de  fer  vont  l'une  'jusqu'à  Bussang, 
l'autre  jusqu'à  Cornimont;  des  ouvriers  étrangers,  parmi  lesquels 
les  Alsaciens  sont  très  nombreux,  sont  venus  en  masse  peupler 
les  cités  ouvrières  et  les  villages  ;  plusieurs  de  ceux-ci  sont  devenus 
de  petites  villes  où  le  commerce  est  très  actif  et  l'aisance  mani- 
feste. Ces  modifications  ne  pouvaient  pas  ne  pas  atteindre  la  vie 
du  paysan  de  notre  région  ;  il  n'a  pas  renoncé  à  sa  ferme,  mais 
souvent,  pour  augmenter  le  revenu  de  la  maison,  il  envoie  ses 
enfants  à  la  fabrique,  et  parfois  il  y  descend  lui-même.  Quelles 
ont  été  les  conséquences  de  ce  nouvel  état  de  choses  sur  la  vitalité 
de  nos  patois,  c'est  ce  que  j'ai  l'intention  d'examiner  dans  une 
étude  en  préparation  sur  les  rapports  du  français  et  du  patois 
dans  notre  région  ' . 

* 
.*  * 

Le  présent  travail  est  essentiellement  linguistique  :  c'est  lin- 
guistiquement  que  les  faits  sont  classés  et  interprétés.  On  se  pro- 
pose de  montrer  comment  les  systèmes  phonétique  et  morpho- 
logique de  nos  parlers  se  sont  formés,  et  d'où  procède  l'étonnante 
variété  de  ces  systèmes  ;  en  outre  une  troisième  partie,  consacrée 
au  lexique,  montre  que  l'activité  lexicale  n'est  pas  moindre.  Dans 
cette  étude  on  a  pris  pour  base  l'état  actuel  des  parlers.  La 
méthode  qui  consiste  à  partir  du  latin  à  propos  de  parlers  popu- 
laires contemporains  a  fait  son  temps  :  appliquée  surtout  à  la 
phonétique,  elle  date  d'une  époque  où  on  les  considérait  comme 
le  résultat  'd'une  évolution  du  latin  importé  en  Gaule  par  la  con- 
quête romaine  ;  elle  était  commode  mais  mécanique,  entraînait 
à  des  redites  fastidieuses,  et  surtout  ne  mettait  pas  en  valeur  les 
faits  intéressants,  c'est-à-dire  les   innovations   qui    résultent  de 

I.  Cf.  Louis  Lafmc,  La  ri\'ioii  lorraine,  p.  155  sq.  de  l'ouvrage  Les  divisions 
régionales  de  la  l-'rance  (Bibliothèque  générale  des  sciences  sociales,  t.  XLVII), 
F.  Alcan,  Paris,  1913. 


—  xvir  — 

l'activité  des  parlers.  Quant  à  en  suivre  l'évolution  depuis  le 
Moyen  Age  dans  des  documents  écrits,  on  sait  qu'il  est  presque 
toujours  impossible  de  le  faire,  en  raison  de  l'insuffisance  ou  de 
l'atsence  de  textes  ;  et  c'est  le  cas  pour  notre  région  '.  CepeU' 
dant  ce  n'est  pas  un  simple  pis-aller  qu'une  étude  de  parlers 
populaires  fondée  sur  leur  état  actuel.  Cette  méthode  a  de  sérieux 
avantages  :  elle  permet  de  distinguer  nettement  les  traitements 
communs  et  ceux  qui  sont  différenciés,  et  de  grouper  ceux-ci 
suivant  les  tendances  d'où  ils  procèdent.  Et  ainsi  il  est  possible 
de  mettre  en  lumière  l'importance  relative  de  ces  différences  et 
de  l'activité  des  parlers  considérés.  Théoriquement,  on  pourrait 
même  concevoir  la  fusion  de  la  phonétique  et  de  la  morpholo- 
gie ;  mais  cette  fusion  aurait  l'inconvénient  de  disperser  l'atten- 
tion, qu'il  est  préférable  de  fixer  successivement  sur  ces  deux 
ordres  de  faits  bien  différents. 

La  géographie  a  aussi  sa  part  dans  ce  travail  :  étant  donné  la 
configuration  de  notre  domaine  et  l'existence  du  centre  prépon- 
dérant que  Remiremont  a  été  à  toute  époque,  il  convenait 
d'examiner  quelle  action  le  parler  de  cette  ville  a  exercée  sur 
ceux  des  autres  localités.  Ce  parler,  aujourd'hui  en  pleine  décom- 
position, présente  quelques  divergences,  qui  paraissent  provenir 
d'une  certaine  indépendance  que  les  faubourgs  et  les  hameaux 
manifestaient  à  l'égard  du  centre.  Le  Val-d'Ajol  doit  à  sa  situa- 
tion excentrique  un  certain  nombre  de  singularités.  Enfin  les 
échanges  entre  nos  parlers,  leurs  relations  avec  d'autres  parlers 
voisins,  le  contact  plus  étroit  du  Val-d'Ajol  avec  la  Franche-' 
Comté,  la  pénétration  de  populations  alémaniques  ont  intro- 
duit des  traitements  ou  des  termes  étrangers  :  c'est  à  ces  ques- 
tions que  sont  consacrés  le  chapitre  VIII  de  la  première  partie, 
le  chapitre  VII  de  la  deuxième  et  les  §§  152  et   153  de   la   troi- 

I.  Cf.  pour  ces  questions  de  méthode,  concernant  l'étude  des  traitements 
phonétiques,  Terracher,  Les  aires  morphologiques  dans  les  parlers  populaires  du 
S'ord-Ouest  de  V Angoitniois,  Paris,  Champion,  1914,  p.  40. 

Les  parlers  des  Vosges   nic'ridioiniles.  n 


—   XVIll    — 

sième.    Mais   j'ai   réservé  pour  un  travail  ultérieur   l'étude    des 
limites  des  parlersvosgiens  et  franc-comtois. 

Avant  de  terminer  cette  introduction,  je  neveux  pas  manquer 
d'exprimer  à  M.  Meillet  ma  profonde  reconnaissance  pour  ks 
conseils  qu'il  m'a  prodigués  sans  se  lasser  :  l'ensemble  et  le  détail 
ont  été  passés  au  crible  de  sa  critique  aussi  franche  que  bien- 
veillante et,  si  ce  livre  est  à  peu  près  construit,  c'est  à  M.  Meillet 
qu'il  doit  de  l'être. 


BIBLIOGRAPHIE 


Cette  liste  ne  contient  que  les  ouvrages  fréquemment  utilisés  ;  on  y  a  joint 
les  abréviations  sous  lesquelles  ils  sont  ordinairement  cités. 

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—   XX    — 

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thique  vosgienne,  année  1886- 1887,  Saint-Dié.  —  Abrév.  Hingre,  Monogra- 
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J.  Hingre,  Le  patois  de  La  Bresse.  Vocabulaire,  id.,  1892  sq.  (en  cours  de 
publication  ;  les  lettres  S  et  sui%'antes  n'ont  pas  encore  paru).  —  Abrév.  Hingre 
ou  La  Bresse. 

A.  Horning,  Die  Ost/ran:^ôsiscben  Gren^dialekteiwischen  Met^  iind  Bel/ort  (Fran  - 
zôsische  Studien,  V^vol.),  Heilbronn,  Henninger,  1887. —  Abrév.  Horning. 

Inventaire  sommaire  de^  archives  départementales  antérieures  à  ly^o.  Archives 
ecclésiastiques,  série  G,  t.  II,  1897  :  t.  III,  1906,  Epinal,  Huguenin.  —  .^brév. 
Inventaire  sommaire. 

C.  Juret,  Glossaire  du  patois  de  Pierrecourl  (Haute-Saône),  Halle,  Nieineyer, 
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W.  Meyer-Lùbke,  RonuDiischcs  Etvmologisches  Wôrterbuch,  Heidelberg. 
Winter,  191  isq.  (en  cours  de  publication  ;  le  8^  fascicule,  allant  jusqu'au  début 
de  la  lettre  T,  a  paru  en  1914). —  Abrév.  .M.  L.,  EJV. 

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L.  Zéliqzon,  Lothringische  Mundarten,  Metz,  Scriba,  1889.  —  Abrév.  Zéliq- 
zon  '. 

I.  J'ai  regretté  de  ne  pas  avoir  à  ma  disposition  d'e.Kcmplaire  de  l'ouvrage 
de  Thiriat,  La  vallée  de  Cleurie,  Remircmonf.    1869,  qui  contient  d'utiles  ren- 


—   XXI   — 

J'ai  entre  outre  utilisé  les  nombreuses  chartes  provenant  de  l'abbave  de 
Remiremont,  qui  se  trouvent  à  la  Bibliothèque  Nationale  dans  les  volumes 
2550  et  suivants  des  Nouvelles  Acquisitions  latines,  par  abréviation  KAL. 

seignements  sur  les  parlcrs  de  cette  vallée  voisine  de  celle  de  la  Moselotte  ; 
mais  l'ouvrage  est  devenu  fort  rare  et  paraît  ne  plus  se  trouver  que  dans  les 
bibliothèques. 


LES    PARLERS 


DES 


VOSGES    MÉRIDIONALES 


PREMIÈRE   PARTIE 

PHONÉTIQUE 


CHAPITRE  I 

DESCRIPTION    DU     SYSTÈME     PHONiaUE  ACTUEL 

Cette  description  fondée  sur  une  enquête  auditive,  dont  les 
défauts  ont  été  indiqués  dans  mon  Atlas,  p.  xiv  de  l'introduction, 
ne  peut  être  que  grossière  et  ne  prétend  pas  donner  une  image 
complète  de  la  réalité.  Mais,  si  une  description  véritablement 
scientifique  au  moyen  d'observations  instrumentales  est  actuel- 
lement impraticable  pour  des  raisons  que  M.  Terracher  a  rappe- 
lées pp.  35  et  36  de  son  ouvrage  déjà  cité  plus  haut,  il  reste 
possible,  et  c'est  ce  qu'on  se  propose  de  faire  ici,  de  signaler  les 
faits  les  plus  frappants  et,  en  fin  de  compte,  les  plus  caractéris- 
tiques. 

1°  Vocalisme. 

Tous  nos  parlers  possèdent  la  série  suivante  de  voyelles 
orales:  t,  î,  e,  e,  e,  e,  à,  à,  0,  0,  0,  û,  û,  û,  û,  œ,  œ,  ê. 

Un  autre  trait  commun  à  nos  parlers,  c'est  qu'ordinairement 
les  voyelles  longues  sont  très  longues  et  les  voyelles  brèves  très 
brèves. 

Par  contre  œ  existe  seulement  au  Val-d'Ajol  et  0,  en  plus  de 

Lei  parlers  des  Vosges  tuéridionales.  i 


ce  point,  à  Bellefontaine  et  à  Saint-Nabord.  En  outre  e,  i,  quand 
elles  sont  voyelles  d'appui,  particulièrement  à  la  pause,  sont  sou- 
vent faiblement  prononcées.  Pour  œ,  que  je  n'ai  noté  que  dans 
quelques  localités,  il  est  probable  que  mes  graphies  sont  insuf- 
fisantes et  que  les  signes  ê,  œ  représentent  plus  d'une  fois  ce 
phonème.  Enfin  j'ai  indiqué  p.  xv  de  l'introduction  de  l'Atlas 
pour  quelles  raisons  j'ai  renoncé  à  distinguer  la  qualité  des 
voyelles  a,  i,  «,  n,  bien  qu'a  paraisse  être,  suivant  mes  plus 
récentes  observations,  généralement  ouvert. 

Tous  nos  parlers  possèdent  d'autre  part  la  série  suivante  de 
voyelles  nasales  longues  : 

î,  è,  à,  d,  il. 

Quant  à  œ,  il  est  rare  et  sporadique.  En  outre  La  Bresse  possède 
en  position  finale  une  nasale  è  moins  ouverte  et  suivie  d'une 
résonance  ». 

L'aire  i-io,  c'est-à-dire  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  est 
seule  à  posséder  les  voyelles  brèves  ï,  e,  o,  et  a  n'existe  qu'au 
Val-d'Ajol. 

Le  dégagement  d'un  u  devant  une  dentale  ou  d'un  »  devant 
une  palatale,  à  l'intérieur  d'un  mot  ou  d'un  groupe  étroitement 
lié,  par  exemple  dans  le  groupe  formé  de  l'article  «  un  »  suivi 
d'un  substantif  ou  d'un  adjectif,  est  fréquent  dans  l'aire  19-22, 
il  est  exceptionnel  ailleurs,  cf.  §  38. 

2"  Consonantisme. 

Les  semi-consonnes  w  et  y  sont  usitées  partout,  y  étant  sou- 
vent mollement  articulé  à  la  fin  des  mots  après  les  voyelles  î  et 
û  ;  mais  w  est  à  peine  attesté  dans  quelques  parlers  et  quelques 
mots,  cf.  §  71  et  ajoutez  le  français  adapté  jïùl  juin  L.  employé 
par  la  plupart  des  témoins. 

Les  consonnes  b,  p,  v,  /,  d^  t,  g,  k,  /,  m,  n,  :^,  s,,j,  €,  connues 
partout,  ne  comportent  pas  d'observations. 

h,  comme  je  l'ai  signalé  p.  xiv  de  l'introduction  de  V Atlas,  est 
une  fricative  laryngienne  sonore.  M.  P.  Passy,  Revue  de  philolo- 
gie française,  1892,  p.  137  sq.,  distingue  au  Val-d'Ajol  une  fri- 
cative  gutturale   sonore,    qu'il   transcrit  H,  et    une  sourde  /;. 


—  3  - 

D'après  mes  observations  et  quelques  expériences  instrumen- 
tales, nous  sommes  partout  en  présence  d'une  laryngienne 
sonore. 

M.  P.  Passy,  loc.  cit.,  a  signalé  qu'au  Val-d'Ajol  r  est  franche- 
ment roulé,  du  bout  de  la  langue,  et  qu'à  Plombières  ce  r  est 
remplacé  par  un  r  vélaire,  très  désagréable  :  dans  la  région  de 
Remiremont,  comprenant  les  points  ii  et  13-15,  c'est  cette 
vélaire  qui  prédomine,  tandis  que,  dans  les  autres  localités,  on 
entend  surtout  r  dental  ;  mais  on  a  vu  p.  xiv  de  l'introduction 
de  Y  Atlas  que  l'observation  est  actuellement  difficile  et  que  beau- 
coup de  témoins  paraissent  employer  les  deux  phonèmes. 

Sauf  les  particularités  de  l'articulation  de  r,  tous  les  phonèmes 
précédents  sont  communs  à  tous  nos  parlers.  Au  contraire  les 
suivants  n'existent  que  dans  une  partie  de  notre  domaine  :  é,  ;, 
souvent  légèrement  mouillés,  sont  localisés  dans  l'aire  1-8,  19- 
22  et  inconnus  des  autres  points  ;  d'autre  part  la  fricative  ç  n'ap- 
partient qu'à  Taire  9-1 1,  13-22,  et  la  fricative  voisine  c  qu'au 
Val-d'Ajol.  M.  P.  Passy,  loc.  cit.,  tout  en  n'adoptant  qu'un  seul 
signe  X  :=  c,  fait  observer  que  devant  les  voyelles  antérieures  c, 
i,  u  et  la  semi-consonne  y  la  fricative  est  palatalisée  et  se  rap- 
proche du  ch  de  l'allemand  ich;  mais  il  m'a  paru  que  la  fricative 
du  Val-d'Ajol  se  distingue  partout  de  celle  des  autres  points  par 
une  articulation  plus  gutturale,   cf.   aussi  Atlas,   introduction, 

p.  XX. 

Enfin,  en  position  finale,  et  surtout  dans  la  région  de  Remire- 
mont,  ou  entend  assez  souvent  des  demi-sourdes,  plus  rarement 
ailleurs,  cf.  §  31.  Le  phonème  intermédiaire  t''  a  été  également 
peu  observé,  cf.  §  76  ;  mais  il  est  possible  que  ce  phonème  et  le 
sonore  correspondant  d^  existent  dans  les  mots  où  j'ai  simplement 
noté  ty,  ky,  dy,  gy,  cf.  p.  ex.  sarcler  c.  683,  etc. 

Pour  la  question  de  l'accent  d'intensité,  v.  Atlas,  introduction, 

p.   XIV. 


CHAPITRE    II 

TRAITEMENTS    COMMUNS    RÉGULIERS 

Le  nombre  des  cas  où  tous  nos  parlers  présentent  le  même 
traitement  de  la  voyelle  ou  de  la  consonne  est  relativement 
réduit.  Il  le  serait  bien  davantage,  s'il  fallait  tenir  compte,  dans 
le  vocalisme,  des  différences  de  la  quantité  et  de  la  qualité. 
L'interprétation  de  ces  différences  m'est  apparue  si  délicate  et  si 
fragile  que  j'ai  finalement  renoncé  à  en  faire  un  exposé  systé- 
matique. Aussi  bien  pour  la  quantité  que  pour  la  qualité^  il  est  le 
plus  souvent  impossible  d'établir  quels  sont  les  parlers  qui  con- 
servent l'état  ancien  et  quels  sont  ceux  qui  ont  innové,  comme 
on  pourra  s'en  rendre  compte  dans  plusieurs  des  paragraphes  sui- 
vants. Il  convient  aussi  d'ajouter  que  l'observation  seule  est  déjà 
fort  difficile,  et  qu'une  enquête  orale  ne  donne  pas  la  confiance  que 
donnerait  une  enquête  instrumentale  et  impose  une  certaine 
réserve.  Cette  insuffisance  a  sa  contre-partie  :  elle  permet  de 
réunir  un  nombre  plus  grand  des  traitements  qui  constituent 
l'unité  fondamentale  de  nos  parlers.  Pour  ce  même  motif  on  en 
trouvera  ici  quelques-uns  qui  ne  présentent  que  de  menues 
variations  :  celles-ci  pourront  au  reste  être  reprises  dans  la  suite. 
Enfin  j'ai  cru  intéressant,  en  raison  de  leur  nombre  très  res- 
treint, de  ne  pas  supprimer,  contrairement  à  ce  que  j'ai  fait 
pour  le  consonantisme,  les  cas  où  le  vocalisme  de  nos  parlers 
concorde  avec  celui  du  français.  Par  contre,  je  réserve  pour 
d'autres  chapitres  les  mots  dont  le  traitement,  tout  en  étant 
identique  dans  tout  notre  domaine,  est  en  désaccord  avec  celui 
d'autres  mots  se  trouvant  dans  les  mêmes  conditions,  ou  a  un 
caractère  accidentel. 

Grâce  à  ces  éUminations,  les  faits  qui  sont  considérés  ici 
appartiennent  pour  la  plupart  i\  la  catégorie  de  ceux  qui  caracté- 
risent les  parlers  orientaux  et  représentent  ordinairement  un  état 
fort  ancien.  On  est  même  parfois  amené,  par  exemple  à  propos 


—  5  — 

du  traitement  de  la  consonne  finale  des  mots  tels  que  «  dimanche  » 
etc.,  cf.  §  13,  à  partir  de  l'état  latin,  tant  la  divergence  dialectale 
remonte  à  une  époque  reculée. 

A.  —  Vocal  i  s  Die. 

â  est  le  traitement  unique  : 

1°  d'un  certain  nombre  de  mots  où  a  était  anciennement 
entravé  en  syllabe  tonique  devant  r;  parfois  l'entrave  existe 
encore  aujourd'hui  :  rnà,  ta  renard,  tard  L.,  arbre  c.  39  ; 
sur  l'extension  de  ce  fait,  cf.  Meyer-Lûbke,  Gr.  d.  Rom.  Spr.y 
I,  §238; 

2°  de  mots  où  il  représente  une  ancienne  diphtongue  ay, 
issue  du  latin  a  suivi  d'un  phonème  palatal  en  syllabe  tonique  : 
à,  iiiâ,  fà,  frân  j'ai,  il  fait,  mais,  frêne  L.  ;  si  la  forme 
régionale  de  malade  c.  466  procède  bien  des  formes  anciennes 
*iiialayvo  <C  *inalavyo  ■<  *}ualavito  •<  malehabiUi,  comme  l'a 
proposé  M.  Horning  p.  11  du  travail  cité  §  13,  cf.  en  outre  p.  15, 
1'^  de  notre  domaine  y  est  régulier.  Cependant  «  graisse  »  n'est 
normal  qu'au  point  12,  ailleurs  il  est  refait  sur  engraisser  c. 
295,  soit  que  1'^?  ait  été  abrégé  dans  l'aire  17-22,  soit  qu'il  ait 
été  remplacé  dans  les  autres  localités  par  la  voyelle  protonique  c 
d'«  engraisser  ». 

§  2.  e 

A.  —  e  est  le  traitement  unique  : 

1°  de  frer,  mer,  per,  frère,  mère,  père  L.,  fève  c.  343 
etc.,  où  e  représente  un  ancien  e  ouvert,  issu  du  latin  a  tonique 
libre  ; 

2°  de  bet,  fet,  tet  bête,  fête,  tête  L.,  etc.,  où  un  ancien  e, 
ouvert  était  suivi  d'un  s  qui  s'est  amuï  ; 

3°  de  la  terminaison  'e,  anciennement  el  =^  fr.  eau  :  be,  ve 
beau,  veau  L.,  etc. 

B.  — ë  est  le  traitement  unique  de  nombreux  mots  où  c  est  issu 
d'un  ancien    a   entravé  devant    consonnes    sourdes   en   syllabe 


—  6  — 

tonique  :  dycs,  huct,  ret  (==  fr.  rate)  glace,  quatre,  souris 
L.,  hèé,  l'c^' 1-8,  19-22,  -£  8'-i8  hache,  vache  i.,  etc.  Quand 
la  voyelle  est  devenue  finale  par  amuïssement  de  la  consonne,  ë 
m'a  souvent  paru  moins  ouvert,  et  en  outre  le  Val-d'Ajol  pré- 
sente un  traitement  particulier,  cf.  §  63. 

C.  —  Dans  plusieurs  séries  importantes  de  mots,  nous  trou- 
vons des  variations  de  la  quantité  et  de  la  qualité  : 

1°  Dans  les  mots  terminés  par  l'ancien  suffixe  aige  =  fr.  âge 
<C  aticuÇcî.  tesmoignaige  NAL.  2529,  41,  heritaige  id.2531,  83*; 
naturellement  la  graphie  âge  existe  également)  e  est  le  traite- 
ment des  deux  vallées,  mais  l'aire  11-15  dit  presque  exclusive- 
ment é,cf.  fromage  c.  368,  village  L.,  etc.  La  comparaison 
de  hy,  vh  et  le  traitement  ej  du  Val-d'Ajol  prouvent  qu'g'  s'est 
fermé  avant  l'assourdissement  de  la  consonne,  il  est  d'autre  part 
assez  probable  qu'è  des  deux  vallées  est  dû  à  un  abrègement  syn- 
tactique  ;  mais  la  région  de  Remiremont  a-t-elle  connu  cet  abrè- 
gement et  la  fermeture  s'y  est-elle  produite  en  syllabe  brève  où 
longue,  ce  sont  des  questions  insolubles  actuellement. 

2°  e  ouvert  persiste  partout  dans  set  septZ,.,  mais  dans  la 
terminaison  qui  correspond  au  fr.  elle  il  se  ferme  et  s'allonge 
dans  la  région  de  Remiremont:  sel  i-io,  11  b,  ié-22  mais  sel 
14  a,  15  a,  il/  12,  13  ch  aise  Z.,  éc rouelles  c.  277,  truelle 
c.  770;  sel  de  14,  15  montre  que  la  fermeture  de  la  voyelle 
n'est  pas  la  conséquence  de  l'allongement. 

3°  Un  ancien  i  <C  lat.  î  est  devenu  e  dans  tous  nos  parlers 
devant  /  et  n  mouillés.  Actuellement  devant  y  <^  [e  est  le  traite- 
ment de  presque  toutes  les  localités  ;  la  voyelle  est  parfois  longue 
dans  la  région  de  Remiremont.  e  est  rare,  je  ne  l'ai  relevé  que 
dans  etrèy  étrille  L.  des  témoins  lia,  b;  mais^'  est  le  seul 
traitement  du  Val-d'Ajol  :  fosey  partout  sauf  -èy  12  faucille 
L.,  chenille  c.  175,  fille  c.  346.  «  Cheville  »  et  «  étrille  » 
présentent  quelques  formes  accidentelles  en  œy  :  pour  «  cheville  » 
cf.  §  58,  quant  à  etrœy  de  11  c,  c'est  une  forme  probablement 
refaite  sur  «  étriller  »  que  je  n'ai  pas  recueilli,  cf.  aussi  §  20 
ad  finem.  Dans  géy  partout  sauf  gey  12  quille  L.  <  germ. 
(franc)  hegil  M.  L.,  EJV.  4686,  il  est  impossible  de  savoir  si  nos 
parlers  ont  passé  par  un  stade  /. 


—  7  — 

Quand  la  voyelle  est  devenue  finale  dans  fils  c.  347,  «  mil  » 
millet  L.,  à  côté  de/i?,  me  de  tous  les  autres  témoins,  11  a,  c 
disent/(£',  ma,  14  a  pmœ,tmœ,  peut-être  aussi  sous  l'influence  de 
la  consonne  labiale,  cf.  §  58. 

Les  mots  qui  contiennent  n  se  réduisent  à  deux,  ligne  L., 
vigne  c.  791,  et,  sans  parler  de  la  pénétration  de  la  forme  fran- 
çaise, le  développement  de  ces  deux  mots  est  compliqué  par  la 
réduction  de  n  à  n  dans  la  région  de  Remiremont  et  la  dispa- 
rition de  la  consonne  dans  l'aire  20-22.  Quoi  qu'il  en  soit,  on 
voit  que  la  plupart  de  nos  parlers  présentent  e,  souvent  nasalisé, 
et  allongé  au  point  14  ;  seul  le  Val-d'Ajol  dit  e. 

4°  Le  suffixe  qui  correspond  au  fr.  ier,  ière  est  partout  er  au 
féminin  ;  mais  le  masculin  offre  deux  formes,  e  dans  les  deux 
vallées,  êy,  le  plus  souvent  long,  dans  l'aire  11- 15  :  premier, 
-ère  c.  613,  etc.  Il  semble  bien  que  l'ouverture  d'^)-  soit  ancienne 
et  antérieure  à  la  fermeture  d'e,  er.  Quant  à  l'absence  du  y 
devant  e,  elle  est  explicable  de  deux  façons  :  on  peut  admettre 
que  \e  y  3.  été  absorbé  par  les  chuintantes,  comme  cela  s'est  pro- 
duit en  français,  et  que  nos  parlers  ont  étendu  par  analogie  la 
forme  du  suffixe  sans  y  à  tous  les  autres  mots.  Il  est  possible 
aussi  que  l'ancien  groupe  yey  ait  été  réduit  par  dissimilation  àey; 
car  un  développement  de  ce  genre  semble  avoir  eu  lieu  dans  des 
groupes  semblables,  d'origine  différente,  qui  vont  être  examinés 
ci-dessous. 

5"  Tous  nos  parlers  sont  d'accord  pour  représenter  par  e  le 
latin  e  ouvert  tonique  suivi  d'un  y.  On  considère  en  général  que 
les  parlets  orientaux,  qui  ont  presque  tous  ce  'traitement,  n'ont 
pas  diphtongue  la  voyelle,  contrairement  au  français  où  le  groupe 
latin  èy  est  devenu  /  en  passant  par  yey,  cf.,  entre  autres,  Hor- 
ning,  §  35,  n.  3  ;  Meyer-Lûbke,  Gr.  d.  R.  Spr.,  I,  §  160.  L'hypo- 
thèse que  nos  parlers  auraient  connu  yey  n'est  cependant  pas 
inadmissible;  en  effet  la  c.  790  vieux,  vie i  lie  donne  pour  plu- 
sieurs de  nos  parlers  les  deux  formes  vye,  vey  ;  or,  si  l'on  admet 
l'explication  proposée  §  145  d'après  laquelle  ces  formes  représen- 
tent vêtu,  *veta,  il  en  résulte  que  dans  notre  région  vey   est  une 


—  8  — 

forme  dissimilée  de  *vyey  ■<  *veta  par  une  étape  *viedà.  Il  semble 
que  ce  soit  l'opinion  actuelle  de  M.  Meyer-Lûbke,  cf.  Hist.  Gr ., 
§§  5^»  57  i  "^^is  il  ne  le  dit  pas  formellement,  et  peut-être  n'est- 
ce  là  qu'une  apparence  due  à  la  forme  succincte  de  l'exposé.  Quoi 
qu'il  en  soit,  si  nos  parlers  ont  un  e  commun,  la  quantité  et  la 
qualité  sont  très  variées  :  cf.,  à  côté  de /Ir  lire  Z.,^;//ly  i-io,  i6- 
22  et  âmey  11-15  demieZ.,  dix  c.  254,  lit  c.  458,  six  c.  712. 
Ici,  comme  dans  le  suffixe  «  ier  »,  les  parlers  de  l'aire  11-15 
paraissent  conserver  la  qualité  la  plus  ancienne  de  la  voyelle. 

6°  Dieu  L.  apparaît  de  même  sous  des  formes  variées,  mais 
avec  un  e,  dans  quelques  formules  archaïques  et  aussi  dans  le 
composé  «  pour  Dieu  »,  qui  a  été  dégagé  de  phrases  telles  que 
((  demander  son  pain  pour  dieu  »,  au  sens  de  mendiant  c.  489. 
Ici  également  M.  Horning  admet,  loco  cit.,  qu'^  ne  s'est  pas  diph- 
tongue devant  le  y  que  nos  parlers  et  d'autres  parlers  lorrains 
ont  développé  après  la  voyelle  ;  mais  ce  qui  a  été  proposé 
plus  haut  5°  s'applique  aussi  bien  au  traitement  de  «  dieu  ». 

7°  Enfin  Ye  fermé  du  latin  sebu  suif  c.  730  est  régulièrement 
représenté  par  e  dans  l'aire  8-22,  £œy,  ç-  de  Remiremont  étant  dû  à 
un  développement  local  postérieur,  cf.  §  20,  2°,  et  éû  de  1-7  étant 
la  reformation  d'une  forme  disparue  £e  d'après  l'ancien  fr.  siu. 

§  3-  ^• 

0  est  le  traitement  commun: 

1°  de  do,  gro  dos,  gros  L.,  où  un  ^  final  s'est  amuï; 

2°  de  bo  bois  Z,.,  mot  difficile  à  expliquer  dans  les  dialectes 
comme  en  français  ; 

3°  à'ov  partout  sauf  0/  11,  12  a,  13-15  eau  Z.  ; 

4°  de /o,  ^0,  W7(?  faux  (subst.),  haut,  mal  £.,  cheval  c.  179, 
etc.,  où  un  ancien  groupe  al  est  devenu  0,  suivant  un  dévelop- 
pement bien  connu  ; 

5°  de  do,  so,  ol,  pbl  dé  <C  ditale,  sel,  aile,  pelle  L.,  échelle 
c.  264,  où  a  latin  libre  a  été  conservé  puis  est  devenu  0  sous 
l'influence  de  /  vélaire,  cf.  Meyer-Lûbke,  Gr.  d.  R.  Spr.,  I,  §  350; 

6°  d'une  série  de  mots  où  0  continue  une  très  ancienne  diph- 
tongue au  :  tyor,  por,  po  clore,  pauvre,  peu    L.,  îyo  clou  L., 


—   9   — 

cf.  Meyer-Lùbke,  Hist.  Gr.,  §  8i  ;  de  même  le  franc  hlao,  bleu, 
est  représenté  par  Ayo  bluetL.  dans  plusieurs  localités, 

§  4-  ^^■ 

A.  —  œ  est  le  traitement  unique  de  mœ  mieux  L.  ;  e  latin 
ouvert  n'a  pas  été  diphtongue  devant  /  mouillé,  ou  la  diphtongue 
ie  a  été  réduite  par  dissimilation,  cf.  plus  haut  §  2  €5°;  plus  tard 
/  mouillé  a  perdu  son  élément  palatal  devant  s  et,  après  s'être 
vocalisé,  s'est  combiné  avec  e.  pour  aboutir  à  œ. 

B.  —  Des  variations  de  la  quantité  et  de  la  qualité  se  ren- 
contrent dans  le  cas  où  œ  est  le  traitement  du  latin  0  ouvert  ou 
fermé  devant ;y,  suivant  un  développement  bien  connu  et  répandu 
dans  les  parlers  orientaux.  Mais  œ  <i  0  ouvert  -|~  y  représente- 
t-il  la  même  triphtongue  *uoi  que  le  fr.  ni,  ou  0  s'est-il  maintenu 
sans  subir  la  diphtongaison  ?  Une  question  analogue  s'est  déjà 
posée  à  propos  à'èy  §  2  C  5°,  et  la  solution  qu'on  adopte  pour  ce 
groupe  entraîne  évidemment  l'explication  (Xby.  C'est  pourquoi  je 
suis  disposé  à  considérer  que  les  parlers  lorrains  ont  connu,  comme 
le  français,  le  stade  *noi,  tandis  que  M.  Meyer-Lûbke,  Gr.  d.  R. 
Spr.,  I,§  191,  et  M.  Horning,  §  84,  admettent  que  la  voyelle  0  n'a 
pas  étédiphtonguée.  Quoi  qu'il  en  soit,  œse  présente  actuellement 
dans  nos  parlers  avec  de  multiples  variations  de  la  quantité  et 
de  la  qualité.  C'est  ainsi  que  tous  disent  avec  œ  kœr,  œt  cuire, 
huit  L.,  le  suffixe  féminin  œr  =  fr.  oire  dans  écumoire  c.  279, 
planche  à  laver  c.  584  etc.  (sur  le  suffixe  ur  qui  le  bat  en 
brèche,  cf.  §  148)  et  avec  œ  Me  1-8',  11  a,  c,  -ç  9,  10,  11  b, 
13-22,  -c  12  cuisse  L.,  et  que  d'autre  part  on  trouve  à  au  Val- 
d'Ajol  dans  ncîy  krœy  à  côté  de  nœ  i-ii,  14-22,  nœy  11  a,  13  a, 
krœ  partout  sauf  -y  ii  a,  13  nuit,  croix  L.  Ici,  comme  dans  éy 
<  an'u  et  è  -\-  y,  cf.  plus  haut  p.  7  sq.,  la  voyelle  ouverte  du 
Val-d'Ajol  paraît  être  l'état  le  plus  ancien. 

Il  semble  aussi  qu'un  ancien  groupe  e-û  a  dû  aboutir  régulière- 
ment à  œ,  mais  des  réactions  analogiques  n'ont  laissé  subsister 
ce  traitement  qu'aux  points  12,  16-22,  cf.  les  §§  28  et  142. 

§   5-  '^'• 

w  correspond  au  français  en  <  latin  0  tonique  fermé  et  libre  ; 


—    10   — 

il  est  bref  quand  il  est  final  :  chaleur  c.  150,  etc.,  ilest  bref  ou 
long,  suivant  les  localités,  quand  il  est  devant  une  consonne  :  ûr 
i-io,  16  a,  ûr  11-15,  16  b-22  heure  L.  ;  on  notera  aussi  kûy  i- 
10,  16-22,  kû  ri-15  queue  L.  Nous  traiterons  §  éo  de  quelques 
cas  isolés  où  u  est  devenu  0. 

§  6.  i  et  it. 

1°  /et  H  correspondent,  comme  en  français,  aux  voyelles  latines 
ï  et  û  toniques  et  libres,  hors  de  toute  condition  spéciale .  Tan- 
tôt ils  sont  brefs  partout  :  drœmi  dormir  L.,  tosï  ici  id.,  mur 
c.  516;  tantôt  la  quantité  varie,  suivant  les  localités,  particuliè- 
rement devant  r  :  c??r  i-io,  14  a,  16  a,  ^fr  11-13,  15-22  dire  Z,., 
€ûr  1-8',  ç-  9-11  b,  fwr  16-22,  c-  12  sûr  L.,  etc.". 

2°  u,  bref  ou  long,  est  issu,  conformément  à  un  développe- 
ment répandu  dans  les  parlers  orientaux,  d'un  ancien  ui  <;  latin 
u  -\-  y  :  fruit  c.  370,  trou,  trouer  c.  769  pour  les  représen- 
tants du  fr.  pertuis  et  de  l'a.  fr.  pertuisier. 

3"  î  correspond,  comme  le  fr.  i,  au  latine  fermé  tonique  libre 
et  précédé  d'une  palatale  :  (I)r5mè  partout  sauf  -à  12  réveillon- 
ner i.  <  recenareM.  L.,  EIV.  7108,  etc. 

§  7-  yé- 

yé  représente,  comme  en  français,  mais  avec  un  e  partout  fermé, 
le  latin  e  ouvert  tonique  et  libre.  En  position  finale  la  voyelle  est 
brève  :  mye,  pye  miel,  piedL.  ;  devant  consonne,  particulière- 
ment devant  r,  la  quantité  varie  :  pyer  i-io,  16-22,  pyer  11-15 
pierre  L. 

§   8.    U'é. 

wé  est  le  traitement  du  latin  e  fermé  tonique  et  libre  après 
labiales.  En  position  finale  la  voyelle  est  brève  :  piue  poil,  poix 
L.  ;  devant  r  on  trouve,  comme  dans  les  cas  précédents,  des 
variations  de  la  quantité  :  boire,  foire,  poire  L. 

I.  Si  ab  r  i  c.  6  est  exprimé  par  les  formes  ^t'r^  1-9  et  evrS  10-22,  c'est 
que  nous  sommes  en  présence  d'un  substantif  issu  d'un  verbe  que  je  n'ai  pas 
recueilli,  mais  qu'on  peut  aisément  inférer  d'après  la  forme  donnée  par  Hingre 
pour  La  Bresse  a  zwrMjc  <  upricarcM.  L.,  I:JF.   560. 


Il  — 


§9. 

1°  yœ  et  œ  <i  0  latin  tonique  ouvert  et  libre. 

yâ  est  le  traitement  régulier  en  syllabe  finale,  par  exemple  dans 
byâ,  yœ  bœuf,  œuf  Z.  y  s'est  combiné  avec  n  précédent  et  a 
donné  n  dans  ya-neuf  Z,., adjectif  et  nom  de  nombre,  et,  avec  une 
voyelle  longue,  dans  n^i' I- 10,  16-22, -/i  1, 12  a,  14  a,  15a  neuve 
Z,.  ;  il  a  été  absorbé  par  la  chuintante  dans  jeudi  c.  420,  mot  où 
la  voyelle  présente  des  variations  de  la  quantité  et  de  la  qualité. 

Deux  mots  «  feu  »  et  «  lieu  »  n'ont  actuellement  aucune  trace 
dey  devant  la  voyelle  :  on  dit  fé  partout  sau(  fœy  11  a,  c,  fœy 
12  feu  L.,  Ici'  partout  sauï lœy  12  lieuL.  L'anomalie  vient  cer- 
tainement de  la  forme  des  types  étymologiques,  mais  il  est  diffi- 
cile de  saisir  le  procès  de  ces  mots.  Il  est  en  tout  cas  certain 
que  la  forme  Ici'Çy)  est  ancienne,  car  leu  est  très  fréquent  dans  les 
textes  médiévaux  NAL.  2531,  47,  2542,  37  (j'ai  en  outre  noté 
une  forme  curieuse  /«/y  2542,  33,  dont  la  graphie  s'exphque  pro- 
bablement par  la  prononciation  œ  des  mots  transcrits  fréquem- 
ment avec  ni,  tels  que  huit  etc.).  L'explication  que  M.  Meyer- 
Lûbke  donne  pour  le  ïr.  feu,  Hist .  Gr.,  §  75,  peut  convenir  à  nos 
parlers  :  u  de  la  triphtongue  *iiûu  ou  *iieu  a  été  absorbé  par  la 
labiale/.  Mais  pour  leu  il  faut  supposer  qu'au  stade  postérieur 
*lîioû  *hïeû  une  dissimilation  a  fait  disparaître  le  premier  élément 
de  la  triphtongue.  Le  y  final  qu'on  trouve  au  Val-d'Ajol  et  à 
Remiremont  dans  ces  deux  mots  peut  être  assez  récent,  cf. 
§  29,  5°,  et  n'a  pas  dû  jouer  de  rôle  dans  le  développement  de  la 
voyelle.  Un  troisième  mot  jeu  L.  n'apporte  aucune  lumière  : 
ce  peut  même  être  un  mot  français  récemment  adapté,  sans  que 
son  traitement  phonétique  permette  de  l'affirmer. 

2°  ye  devant  nasale. 

Devant  n  tous  nos  parlers  s'accordent  pour  présenter  un  ye  dont 
le  y  est  parfois  absorbé  par  une  chuintante  précédente  :  jeune  c. 
422  et  les  formes  toniques  de  sonner,  tonner  Z.,  en  partie 
modifiées  par  des  réactions  analogiques,  cf.  §  143,  A.  On  peut 
noter  aussi  tonnerre  L.  qui,  sauf  au  point  12,  est  refait  sur  «  il 
tonne  ».  ye,  plus  ou  moins  nasalisé,  est  le  traitement  le  plus 
répandu  ;  seul  le  Val-d'Ajol  dit  jyen  avec  un  e  long  et  fermé,  sui- 


12 


vant  un  développement  fréquent  dans  cette  localité.  Il  est  pro- 
bable que  ye  est  issu  du  stade  yœ  ;  jœn  du  point  ii,  jœn  des 
points  3  et  4  sont  en  effet  des  formes  récemment  reprises  au 
français  plutôt  que  des  traces  d'un  état  ancien.  De  toute  façon 
l'influence  de  ;/  sur  la  voyelle  précédente  est  ancienne  ;  on  en 
trouve  la  preuve  dans  une  forme  précieuse  que  le  témoin  2  b  a 
donnée  en  réponse  à  fils  c.  347  A^  E.  jzveh,  dont  je  reparlerai 
plus  loin  §  88,  3°. 

§  10.  oeiii  issus  d'()  latin  devant/. 

Il  convient  d'examiner  ensemble  et  dans  un  paragraphe  spécial 
les  mots  où  0  latin  ouvert  ou  fermé  était  suivi  de  /;  il  faut  en 
outre  distinguer  le  cas  où  /  était  implosif  et  s'est  amuï  et  celui  où 
il  était  intervocalique.  Dans  ce  dernier  cas,  0  persiste  devant  /  : 
c'est  ainsi  qu'on  dit  partout  înol  <  meduUa  moelle  L.,  cf.  aussi 
le  représentant  de  ciicuUa  au  sens  de  citrouille  c.  193.  Quand 
/  est  implosif,  u  représente  régulièrement  le  latin  0  fermé  :  pfir 
i-io,  16  a,  17  2i,  pur  12-15,  18-22  poudre  L.,  etc.  Au  con- 
traire 0  ouvert  dans  les  mêmes  conditions  donner  :  luo,  mormou, 
moudre  Z.  Faut-il  expliquer  0  <iol  -\-  cons.  par  un  stade  inter- 
médiaire au,  comme  on  l'admet  pour  des  régions  voisines,  cf. 
Schwan-Behrens,  §  217,  Rem.  2  :  c'est  assez  probable,  bien  que 
je  n'aie  pas  relevé  dans  les  textes  du  Moyen  Age  des  graphies  en 
aw,  comme  on  en  retrouve  ailleurs,  cf.  id.,  IIP  partie,  p.  97.  Ici 
de  plus  il  existe  une  importante  exception  :  on  dit  en  effet  par- 
tout sb  soûl  L.,  dont  le  type  étymologique  contient  un  0  fermé. 
Nous  avons  affaire  soit  à  un  masculin  refait  sur  un  féminin  *sol 
que  je  n'ai  pas  recueilli  mais  qu'il  est  facile  de  restituer,  soit  à  un 
mot  français  récemment  assimilé  sur  le  modèle  de  so  souZ,.,  qui 
existe  encore  en  quelques  points,  et  de  mots  analogues.  Pour 
«  fou  »  cf.  §  62. 

§  II.  Les  voyelles  nasales . 

Si  l'on  réserve  momentanément  quelques  développements 
secondaires,  nos  parlers présentent  les  nasales  à,e,  à,i,  îi  dans  des 
conditions  partout  identiques. 

à  correspond  à  la  nasale  du  français  issue  non  seulement   à.' a 


—  13  - 

latin  suivi  de  ;/  appuyé,  p.  ex.  dans  chanter  L.,  mais  encore 
d'e  latin  dans  la  même  position,  quand  la  voyelle  nasale  est 
actuellement  en  contact  avec  un  r  :  par,  /^r  (adj.)  prendre, 
tendre    L. 

e  correspond  à  la  nasale  du  français  de  main,  painZ,.,  de 
plein  L.  abrégé  dans  l'aire  i-io  et  aussi  du  représentant  de  lin- 
teolndrap  de  lit  c.  260.  On  peut  expliquer  i  de  chanvre  c. 
155  par  un  étymon  *câitàpe  dont  1'^  serait  devenu  régulièrement 
yc  puis  le  y  aurait  été  absorbé  par  la  palatale  ;  au  reste  le  mot 
paraît  avoir  circulé,  cf.  §  88,  3°. 

On  a  déjà  vu  dans  les  pages  antérieures  de  nombreux  exemples 
d'à. 

Quant  à  /  et  ù,  ils  conservent  plus  fidèlement  que  le  français 
l'état  ancien  des  voyelles  nasales  d'/  et  u  :  vi  vin  L.,  jeun  c. 
421,  brun  c.  125,  etc. 

Enfin  l'ancienne  nasale  en  (e)  issue  d'^  latin  devant  n  ou  m 
entravés  donne  lieu  à  des  traitements  compliqués  et  d'une 
interprétation  délicate.  En  syllabe  tonique,  si  l'on  réserve  les 
différents  procès  de  dénasalisation  et  le  cas  déjà  étudié  où 
la  nasale  est  suivie  d'un  ;',  tous  nos  parlers  attestent  un  état 
ancien  qu'on  retrouve,  quoique  assez  rarement,  dans  les  textes 
médiévaux  :  cf.  vondui  (vendu),  on  (=  en  adverbe  pronominal) 
NAL.  2542,  42,  londemain  id.  2531,  81,  on  saie,  en  sac,  on  sep, 
en  prison.  Déclaration  des  droits  du  ban  de  Vagney  par  Jehan 
de  Planoy  1345,  Documents  rares,  II,  p.  224,  225,  et  pour  les 
faits  actuels  descendre  c.  245,  eson  i-ii  b,  c,  14-22,  -on  11  a, 
b,  13,  ason  12  ensemble  L.,fôm  femme  id.,  ressemble  c. 
653,  etc.  Cependant  le  Val-d'Ajol  se  sépare  souvent  du  reste  du 
domaine  et  présente  à  :  entre  c.  302,  rentrer  c.  647,  ta,  va 
temps,  vent  L.,  etc.  Il  est  difficile  de  décider  si  nous  avons 
affaire  à  un  mélange  de  parlers  ou  à  un  développement  phoné- 
tique particulier  :  il  est  possible  qu'ô  abrégé  en  syllabe  finale  soit 
redevenu  a  (en  tout  cas  on  ne  peut  pas  se  baser  sur  les  formes 
avons  c.  68,  aurons  c.  75  dont  à  a  une  autre  origine,  cf. 
§  131)  ou  qu'à  représente  un  stade  antérieur  à  0;  cette  dernière 
hypothèse  est  appuyée  par  le  traitement  de  bon  c.  104,  cf.  l'a. 
fr.  btien,  point  c.  590. 


Pour  la  syllabe  protonique,  cf.  ^  21 . 

B.  —  Consonantisnie. 

§  12.  Tous  nos  parlera  présentent  plusieurs  traitements  tort 
anciens,  à  savoir  : 

1°  la  conservation  du  /;  germanique  :  hache  cité  p.  6,  etc.; 

2"  le  traitement  du  qn  latin  intervocalique  dans  aqua,  repré- 
senté par  V  ou  dans  l'aire  11-15  par  /qui  en  est  un  dévelop- 
pement secondaire,  cf.  les  formes  p.  8; 

3°  la  réduction  du  k  palatal  latin  h  y  dans  les  représentants  de 
(je  -\-)  medicare,  cf.  M,  L.,  EIV.  5457,  au  sens  de  guérir  c.  404 
etde  radicare,  cf.  id.  6992,  arracher  c.  45,  et  l'amuissement  de 
cette  palatale  dans  fàler  17-22  <  *filicana  fougère  c.  356  (il 
ressort  de  cette  forme  que  toutes  celles  qui  sont  usitées  dans  les 
autres  localités  sont  reprises  au  français). 

4°  îu  germanique  est  représenté  dans  une  série  importante  de 
mots  par  w,  cf.  p.  ex.  garder  c.  374  <  franc  *wardôn,  guère 
c.  403  <C  anc.  h.  ail.  weigaro,  regarder  c.  640  pour  les  formes 
du  composé  de  «  guetter  »,  dérivé  du  franc  *iuahta,  etc.  Il  n'est 
cependant  pas  certain  que  le  w  actuel  continue  directement  le  la 
germanique  ;  il  se  pourrait  que  les  deux  zu  soient  séparés  par  un 
stade  intermédiaire  v;  en  effet  gazon  c.  377  ■<  ïràv\c*u'aso  et 
les  représentants  de  l'a.  fr.  gaïm,  regaïin,  cf.  §  28,  ont  un  v  dans 
un  nombre  important  de  localités  ;  le  nouveau  développement 
de  z;  en  îy  serait  comparable  à  celui  qui  est  exposé  §  17,  3°  et  fin 
du  §  40.  M.  P.  Passy  a  relevé  des  faits  analogues  dans  la  région 
du  Val-d'Ajol  et  dans  les  parlers  franc-comtois  voisins,  cf. 
Revue  de  philologie  française,  1891,  p.  144,  et  1896,  p.  195  ;  et 
dans  l'aire  23-26  on  peut  également  noter  •y  dans  guérir  c.  404, 
etc.  Le  traitement  de  «  voici,  voilà  »  des  points  19-22,  cf.  §  72, 
ne  peut  cependant  pas  être  invoqué  comme  une  preuve  que"  le 
V  de  «  gazon  »  etc.  est  récent,  car  c'est  vraisemblablement  [un 
développement  accidentel. 

§  13.  Les  consonnes  des  proparoxytons  latins. 

On  sait  que  les  parlers  orientaux  présentent  fréquemment  des 


-  î5  — 

traitements  différents  de  ceux  du  français;  et  il  va  de  soi  que 
ces  différences  qui  remontent  à  une  époque  très  reculée  se 
retrouvent  également  dans  notre  domaine.  On  sait  aussi  qu'elles 
constituent  un  des  problèmes  les  plus  délicats  de  la  phonétique 
historique  des  parlers  français.  Mais  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  le 
traiter,  et  je  me  contenterai  d'exposer  les  faits  les  plus  caractéris- 
tiques, en  renvoyant  au  travail  de  M.  Horning,  Die  Behandliing 
der  lateinischcn  Proparoxytona  in  den  Muiidarten  der  Vogesen  und  in 
Wallonischen  (Programme),  Strasbourg,  Heitz  et  Mùndel,  1902. 

Dans  coude  L.  qui  se  dit  partout  ^(?/rl,  dérivé  d'une  forme 
ancienne  kot  attestée  ailleurs,  particulièrement  aux  points  23-25, 
le  groupe  b  -\-  voy.  -|-  /  a  été  réduit  à  /  ;  si,  à  côté  de  ce  traite- 
ment, les  représentants  de  malade  c.  466  ont  v  (ou  un /posté- 
rieurement développé),  c'est  que  ce  mot  se  rattache  peut  -être  à  un 
étymon  *niaîabidu  issu  de  malehabitii  iM.  L.,  EIV.  5  264  par  substi- 
tution de  suffixe  '  ou  que,  suivant  l'opinion  de  H.,  p.  14,  c'est  un 
mot  de  la  langue  des  médecins^  réduit  plus  récemment.  D'autre 
part,  on  ne  doit  pas  faire  état  des  formes /)_>'/(/,  pyâd  perte  I,., 
recueillies  dans  quelques  localités  des  deux  vallées,  car  elles  sont 
sans  doute  ref;iites  sur  le  v.  «  perdre  »  ou  même  représentent  un 
postverbal  très  ancien  comme  les  mots  du  provençal  perdu,  renda, 
enia,  venda,  cf.  Schultz-Gora,  Altproven^alisches  Elementarbuch, 
Winter,  Heidelberg,  1906,  p.  106. 

Quand  la  labiale  érait  précédée  d'une  nasale,  elle  était  plus 
résistante,  et  c'est  la  consonne  de  la  syllabe  finale  qui  s'est  amuïe, 
cf.  les  représentants  d'*emputare  M.  L.,  EIV.  2862  au  sens  de 
greffer  c.  397  et  les  dérivés  en é  d'une  forme  ancienne  issue  de 
cambita  id.  id.  1542  au  sens  de  jante  c.  413. 

Dimanche  c.  252  et  manche  c.  468  ont  partout  une  con- 
sonne sonore,  sauf  dans  la  région  de  Remiremont  où  la  sourde 
est  récente;  cf.  de  même  «  huche  »  <  *hutica  §  20,  1°.  Enfin  la 
palatale  s'est  amuïe  dans  les  représentants  de  nux  *gallica  noix 
c.  527.  Suie  L.,  sœ£  1-8,  19-22,   -e  8-18,  est  en  désaccord  avec 

I.  M.  Thomas  a  eu  l'obligeance  de  me  suggérer  cette  explication,  et  de  me 
signaler  l'existence  de  formes  provençales  telles  que  le  dérivé  malavciar  cité 
par  M.  L.  qui  exigent  un  étymon  pourvu  à'unb. 


—  lé  — 

ce  mot,  mais  l'origine  en  est  obscure  et  l'étymon  *sudica  certaine- 
ment à  rejeter. 

§  14.  L'épenthèse. 

L'absence  régulière  de  la  consonne  épenthétique  est  un  fait 
commun  aux  parlers  lorrains  et  à  tout  notre  domaine .  Il  suffi- 
ra de  citer  pour  les  différents  groupes  étymologiques  nr,  Fr, 
ml,  s'r,  sk'r  tàr  tendre  Z,.,  mor  moudre  id.,  ressemble 
c.  653,  coudre  L.,  cf.  §  18,  knos  1-8,  11  a,  c,  -ç  9-1 1  b,  13-22, 
-c  12  connaître  L.,  croître   c.  235,  etc. 

M.  Meyer-Lûbke,  Gr .  d.  R.Spr.,  I,  p.  532,  admet  cependant 
que  le  d  des  formes  lorraines  de  jungere,  exstinguere,  cf.  pour 
notre  domaine  atteler  c.  54,  ted  2  a,  8  a,  eçted  19c  éteindre 
L.  khtènde  Hingre  (c.-à-d.  Çtènde),  s'est  régulièrement  développé 
dans  le  groupe  ng'r,  et  il  reprend  cette  théorie  Hist.  Gr.,  §  182. 
Cette  opinion  est  soutenable,  et  jèr  du  point  87  de  VAL.  peut  à 
la  rigueur  être  considéré  comme  une  forme  refaite.  Mais  il  est 
bien  certain  que  la  plupart  des  mots  où  nous  rencontrons  une 
consonne  épenthétique  sont  des  emprunts  plus  ou  moins  anciens 
au  français.  C'est  le  cas  de  cendre  c.  143  et  très  probablement 
de  tordre  c.  757,  etc.  «  Joindre  »  lui-même,  malgré  son  sens 
local  d'atteler,  peut  bien  être  également  un  emprunt,  qui  aurait 
fait  disparaître  un  mot  plus  ancien  issu  à'applicare,  cf.  M.  L., 
EW.  548.  La  carte  54  nous  montre  que  ces  deux  mots  sont 
actuellement  en  lutte  dans  l'aire  voisine  23-26. 

§  15.  «  •<  ancien  groupe  nil. 

Par  suite  de  l'absence  de  la  consonne  épenthétique,  /;/'/,  après 
s'être  conservé,  s'est  changé  en  lun  qui  a  abouti  à  ;/  attesté 
dans  les   deux  mots    «   ensemble  »,   cf.  p.   13,  ressemble  c. 

653. 

On  ne  peut  cependant  pas  s'appuyer  sur  ce  traitement  pour 
affirmer  que  «  femme  »,  cf.  p.  13,  a  possédé  autrefois  un  ;; 
comme  d'autres  parlers  orientaux,  cf.  Meyer-Lûbke,  Hist.  Gr., 
§§  10  et  172.  Les  deux  groupes  ml  et  )nn  peuvent  s'être  déve- 
loppés l'un  en  mn,  l'autre  en  jiim  à  des  dates  différentes;  et  en 
tout  cas  nin  n'est  actuellement    représenté  dans  nos  parlers  que 


—  17  — 

par  w,  V.  semer  L.  Il  faut  en  outre  remarquer  que  m  est  égale- 
ment le  traitement  des  textes  anciens,  d.  faine  NAL.  2531,  68, 
fe\7n'\me  id.,  83'',  etc. 

§   16. 

Les  deux  traitements  suivants  sont  de  date  plus  récente  : 

1°  le  changement  de   /  combiné  en  j,    quand  /   était  précédé 

des  consonnes  b,  p,f,  k,  g,  et  que  le  groupe  était  initial  ou  appuyé  : 

bya,  pyo,fyœrï,  tyo,  dycs  blanc,  plomb,  fleurir,   clou,  glace 

L.,  etc.  ; 

2°  le  développement   de  n,  quand  n  se  trouvait  devant  un  y 

d'origine   diverse  :  mé  neuf  L.,  éternuer  c.  315,  étrangler 

c.  321  (cf.  §  81,  A  6°),  nerf  I. 

§  17.  Amuïssement  de  consonnes. 

Il  fout  en  outre  signaler  une  série  importante  de  phénomènes 
d'amuissement  qui  ont  atteint  r  implosif,  y  après  consonne  et 
devant  voyelle  et  v  devant  lu. 

I  °  r  s'amuït  régulièrement  devant  les  consonnes  dont  l'articu- 
tion  se  fait  avec  la  pointe  de  la  langue  :cf.  devant/  parler  c.  553, 
devant  d,  t  garder  c.  374,  porter  L.  (pour  le  traitement  par- 
ticulier du  Val-d'Ajol  v.  §  87,  3°),  devant  s  qui  a  donné  nais- 
sance aux  phonèmes  £,  t,  ç  morceau  L.,  porc  c.  598  pour  les 
représentants  de  <(  pourceau  »,  devante  journée  c.  425,  éter- 
nuer c.  315.  La  conservation  de  r  dans  (e)çternï  <  *stermre, 
faire  la  litière  c.  459  aux  points  16-22  provient  de  ce  que  r  y 
a  subi  une  série  de  métathèses,  d.  §  32,  qui  l'ont  préservé  de 
l'amuïssement. 

Au  contraire,  devant  les  labiales,  r  se  maintient  régulièrement 
partout  :  germer  c.  387,  etc.  Pour  le  traitement  de  t  devant  les 
chuintantes  €,  €,  ;,/,  cf.  §  75,  6°. 

2°  )'  issu  de  /  s'amuït  devant  une  voyelle  antérieure  dans 
remplir  c.  642-4,  enclume  c.  290,  okT  i-ii,  13-19  a  oncle 
L.,  fûtè  19,  20  <  a.  h-.Jîaùter  siffler  c.  710;  pour  cercle 
c.  144,  ongle  c.  533,  cf.  §  29,  2°. 

3°  V  disparaît  par  assimilation  devant  w:  avoine  c.  63,  veine 
c.  780,  etc.  Pouri'/;;,  voisin,  de  20-22,  cf.  §  72. 

Les  parler  s  des  Vosges  méridionales.  2 


CHAPITRE  III 


TRAITEMENTS   COMMUNS  IRREGULIERS 

Un  nombre  important  de  traitements  communs  se  présente 
sans  régularité.  Les  uns  ont  été  contrariés  dans  leur  développe- 
ment par  des  influences  analogiques,  les  autres  appartiennent 
à  la  phonétique  syntactique  qui,  comme  on  sait,  ne  s'exerce  pas 
avec  la  rigueur  des  développements  phonétiques  ordinaires  :  nous 
en  avons  déjà  constaté  les  effets  dans  certaines  variations  de  la 
quantité  relevés  §§  2  sq.  En  outre  il  est  fréquent  que  ces  deux 
phénomènes  se  manifestent  concurremment.  Par  suite,  les  faits 
sont  si  compliqués  et  d'un  aspect  si  incohérent  que  l'explication 
en  devient  fort  embarrassante. 

A.  —  Vocalisme. 

§  18.  Traitement  de  la  voyelle  représentant  0  latin  tonique 
fermé  et  entravé. 

Trois  traitements  sont  en  rivalité  dans  toutes  les  localités. 
On  trouve  à  la  fois  et  partout:  1°  u  dans  hX  i-io,  15-22, 
-^i2a,  kûs  II,  13,  14  coudre  L.,  etc.  ;  2°  0  dans  ^-o/ goutte 
L.,  etc.  ;  3°  w/o  dans  bourse  c.  113,  etc.  Bien  plus  ils  coexistent 
parfois  dans  le  même  mot  ;  c'est  ainsi  qu'on  a  ô  et  uv  dans  kwôr 
i-iib,  13,  16-22,  kwor  12  et  kor  lia,  c,  d,  e,  14,  15  =  a.  fr. 
courrecouYÏv  L.,  fwoé  1-8,  19-22,-^  8'-ii  b,  e,  13-18  et /^r^  12 
fourche  L.,  «eto  dans  rouge  c.  669,  genou  C..384,  soleil 
c.  716,  formé  partout  avec  le  suffixe  Jiclu,  û  et  wb  dans  bûé  1-8, 
19-21,  -€  8^-18  tibwbé  22  bouche  Z,.,  miie  1-8',  i  r  a,  c,  -^9-11 
b,  e,  13-22  et  viivoc  12  mouche  L.,  «,  0  et  wo  dans  court  c. 
217, four  c.  358.  Il  arrive  aussi  qu'un  même  mot  présente  deux 
traitements  dans  les  parlers  de  tous  les  témoins  d'une  localité  : 


—   19  — 

c'est  ainsi  que  le  Val-d'Ajol  dit  à  la  fois  tô  tontL.  et  tûjô  tou- 
jours   c.  759. 

La  situation  est  la  même  dans  d'autres  parlers  lorrains. 
M.  Horning,  qui  ne  l'a  pas  relevée  dans  notre  région,  l'a  cons- 
tatée dans  plusieurs  localités  de  la  Lorraine  annexée  §§  104  et 
105.  M.  Haillant  donne  pour  Uriménil  à  la  fois  conhh,  cohh  et 
coiiot,  court,  fouo,  four,  et  mouhhe,  mouche,  VAL.  pour  Gérardmer 
76  moc,  mouche,  et  hû€,  bouc,  etc.  ;  dans  les  parlers  de  la  région 
messine  0  est  particulièrement  fréquent,  cf.  This,  §  49  sq.,  Zeliq- 
zon,  §  46,  et  cependant  This  cite  §  47  his,  coudre.  Il  serait 
facile  d'allonger  cette  liste,  v.  Herzog,  Einleitung,  §  46,  et  l'on 
trouverait  des  faits  semblables  dans  les  parlers  franc-comtois 
pour  lesquels  il  suffira  de  signaler  got,  goutte,  moé,  mouche,  et 
fil,  four,  des  points  23-26  démon  enquête. 

Un  tel  état  de  choses  n'est  pas  aisé  à  expliquer,  et  les  brèves 
interprétations  qu'en  ont  données  MM.  Horning  et  Meyer- 
Lûbke  me  semblent  peu  satisfaisantes.  M.  H.  se  contente,  dans 
une  note  de  la  page  51,  de  se  demander  si  «  0  n'a  pas  été 
diphtongue  dans  cette  position,  comme  le  fait  est  vraisemblable 
pour  é  entravé  ;  b  serait  une  réduction  à'oii,  comme  0,  a  sont  des 
réductions  d'o/.  Les  deux  éléments  seraient  encore  reconnaissables 
dans  ù  ».  On  remarquera  l'obscurité  de  la  dernière  phrase.  M. 
M.  L.,Gr.  d.  R.  Spr.,  I,  §§142  et  144,  est  plus affirmatif  et  admet 
qu'en  lorrain  0  fermé  entravé  s'est  diphtongue  en  du  qui,  par  ôw, 
s'est  ensuite  réduit  à  ô,  sauf  après  les  labiales  et  les  gutturales, 
après  lesquelles  une  métathèse  m  >  ou  se  serait  produite.  Mais 
il  ne  dit  pas  comment,  dans  cette  hypothèse,  il  explique  les  cas 
fréquents  où  l'on  trouve  0  après  des  labiales  et  des  gutturales  et 
la  présence  d'w.  On  voit  que  la  démonstration  de  M.  M.  L.  est 
insuffisante;  de  plus  elle  se  heurte,  dans  notre  domaine,  à  une 
objection  sérieuse.  Si  l'on  considère  wo  comme  l'état  le  plus 
ancien,  on  est  amené,  pour  expliquer  les  formes  avec  0,  à 
admettre  que  wo  se  réduit  à  0  dans  des  parlers  qui  manifestent 
au  contraire  une  tendance  très  nette  à  développer  «.',  ainsi  qu'on 
le  verra  plus  loin  §  40. 

En   conséquence,   il    me   paraît  plus   satisfaisant  de  prendre 


—    20 


comme  point  de  départ  non  pas  une  ancienne  diphtongue  mais 
une  des  deux  voyelles  o,  u  et  de  voir  dans  w  un  phonème  d'ori- 
gine récente.  Mais  est-ce  o  qui  a  succédé  à  n  ou  inversement  ? 
Il  faut  avouer  que  le  choix  est  délicat,  et  l'on  ne  peut  trouver 
aucun  secours  dans  les  textes  du  Moyen  Age,  dont  les  graphies 
sont,  on  le  sait,  ambiguës,  cf.  Kisserling,  Die  betonten  Vokale  im 
Altlothringischen  (Inaug.  Diss.  Halle),  1890,  p.  11  sq.  La  part 
qu'on  peut  faire  au  mélange  des  parlers  est  restreinte  ;  on  voit 
bien  que  kwo,  fivo,  court,  four,  qui  coexistent  à  côté  de  'hU, 
fui  dans  les  localités  2-6,  y  sont  des  formes  étrangères,  et  que  de 
même,  à  Uriménil,  les  formes  couhh,  cohh  et  couot  ne  peuvent  pas 
être  toutes  trois  autochtones  :  mais  ce  sont  là  les  seuls  cas  où 
l'on  puisse  être  affirmatif.  D'autre  part  l'extension  d'o  est  si 
grande  qu'il  est  difficile  de  le  considérer  comme  issu  d'?/  et  en 
même  temps  de  justifier  la  persistance  à'u  dans  un  certain 
nombre  de  mots.  S'il  faut  donc  admettre  qu'«  est  dû  à  un  dévelop- 
pement secondaire,  quel  en  a  été  le  procès  ?  L'influence  d'une 
labiale  précédente  ne  peut  pas  être  la  cause  essentielle,  puisque 
«  coudre  »  et  «  court  »  présentent  également  n.  Par  contre,  il 
me  semble  qu'on  rend  compte  d'une  façon  satisfaisante  de  l'état 
actuel  en    supposant    qu'//  s'est   développé  en  syllabe  ouverte. 

Dans  cette  hypothèse,  ô  se  serait  maintenu  quand  il  était 
suivi  de  deux  consonnes  dont  la  première  était  implosive  :  c'est 
ainsi  que  nô,  vo,  to,  nous,  vous,  tout,  où  la  voyelle  est  finale,  ont 
pu  subsister  grâce  à  des  groupes  syntactiques  tels  que  «  nous  le  tai- 
sons »,  etc.  Dans  les  mots  terminés  par  une  consonne  tels  que 
«  bouche  »,  «  mouche  »,  etc.,  u  s'est  développé  dans  les  phrases 
où  le  mot  s'est  trouvé  devant  un  mot  à  initiale  vocalique.  Des 
exceptions  comme  bwoi,  bouche,  de  22,  viwoc,  mouche,  de  12 
deviennent  ainsi  facilement  explicables  :  elles  représentent  les 
formes  usitées  devant  consonne  et  où  plus  tard  un  iv  s'est  déve- 
loppé dans  des  conditions  exposées  §  40. 

L'interprétation  proposée  ici  a  l'avantage  de  s'accorder  avec  le 
développement  d'w  dans  la  syllabe  protonique,  cf.  §  25,  3°,  et 
aussi  de  s'appliquer  au  cas  embarrassant  de  «  cheveu  »,  qui  est 
traité  dans  le  paragraphe  suivant. 


—    21    — 

§  19-  Traitement  de  la  voyelle  dans  l'ancienne  terminaison 
el  <  lat.  /■////. 

Tandis  que  ceux  c.  142  N.  E.  se  dit  partout  sa,  v.  encore 
§  129,  1°,  cheveu  c.  181  se  présente  partout  avec  ii.  Le  traite- 
ment de  «  ceux  »  est  fort  ancien,  car  les  textes  du  Mo3^en  Age 
ont  fréquemment  des  graphies  telles  que  ceo^  NAL.  2529,  41, 
ceos  id.  2531,  48,  etc.,  cf.  aussi  Schwan-Behrens,  §  21  r,  Rem.  û 
de  «  cheveu  »  est  donc  récent  et,  conformément  à  l'interprétation 
adoptée  dans  le  paragraphe  précédent,  il  faut  non  pas  l'attribuer  à 
l'influence  de  la  labiale  v,  mais  y  voir  un  développement  particu- 
lier de  phonétique  syntactique. 

§  20.  0,  u,  i  en  syllabe  finale  terminée  par  «une  consonne. 

C'est  encore  à  la  phonétique  syntactique  que  sont  dues  les 
variations  du  traitement  des  mots  où  0,  //,  i  se  trouvent  dans  la 
syllabe  finale  devant  une  consonne. 

Tandis  que  certains  mots  conservent  la  voyelle  étymologique, 
d'autres  l'atTaiblissent  en  œ,  t  et,  devant  une  nasale,  en  (';  et  sou- 
vent la  phonétique  syntactique  cause  en  outre  des  modifications 
secondaires  de  la  quantité. 

1°  0,  u,  i  devant  une  consonne  autre  qu'une  nasale. 

On  trouve  d'une  part  des  mots  tels  que  tyôé  1-8,  19-22,  -f 
8'-i8  cloche  L.,  pof  1-8,  19-22,  -e  8-18  =r  fr.  poche  louche 
L.  avec  0  partout  conservé,  et  d'autre  part  soc  c.  713,  byœé,  -e 
(f.)  (pour  les  témoins  qui  ont  fourni  ces  formes,  cf.  le  Lexique 
au  mot  indiqué  plus  loin),  qui  représente  le  fr.  bloc  avec  chan- 
gement de  genre  bille  de  bois  L.,  où  œ  s'est  développé  en  syl- 
labe entravée  '. 

Il  en  est  de  même  d'  u  qui  est  devenu  œ  dans  jœt  1-8,  19-22, 
/-  8'-i8  juste!,.,  hâ]  1-8,  19-22,  -/  16-18  et,  avec  une  voyelle 
allongée,  hœe  ne,  13  a,  15  a,  -y  8' b,  9  huche  L.  Pour  /,  cf. 
génisse  c.  383. 

2°  0,  II,  i  devant  nasale. 

I.  Brosse  c.  120  N.  E.  est  plus  ou  moins  refait  sur  «  bi'osser  »  qui, 
de  son  côté,  doit  à  «  brosse  »  Vo  de  nombreuses  localités. 


—    22    — 

La  syllabe  étymologique  persiste  souvent  partout,  avec  des 
modifications  de laquantité,  p.  ex.  dans  hom  me,  lune,  cuisine 
L.  D'autres  fois  au  contraire  elle  s'est  abrégée  et  affaiblie  en  syl- 
labe entravée.  Les  faits  sont  ici  assez  compliqués.  Les  deux  trai- 
tements sont  en  rivalité  dans  personne  c.  573,  po  mme  c.  594. 
En  outre,  dans  les  cas  où  la  voyelle  est  réduite,  elle  est  ordinaire- 
ment e,  conformément  à  ce  qu'on  a  vu  §  9,  2°;  mais,  en  plus 
d'allongements  secondaires,  on  trouve  aussi  œ,  è  dont  l'interpré- 
tation est  délicate  comme  le  montre  l'exposé  suivant. 

A  côté  à' en  une  L.,  seule  forme  de  tout  le  domaine,  et  de 
pyhn  i-ii  c,  13-ié  a,  iq-ii,  pyem  12  plume  L.,  les  témoins 
II  a,  b,  16  b  disent  pyèni,  et  de  même  l'aire  11,  14,  15  emploie 
y  eléni  j'allume  c.  27.  œ,  issu  d'o,  a  une  plus  grande  extension: 
si  «  moissonne  »,  cf.  moissonner  L.,  ne  présente  -un  qu'au 
point  ii,pœm,  pomme,  est  usité  dans  les  localités  8',  9,  10,  16 
et  19.  Enfin,  en  ce  qui  concerne/,  «  cuisine  »,  forme  verbale  de 
cuisiner  L.,  n'offre -6';/  que  chez  les  témoins  11  a,  c,  ailleurs 
on  dit  -en,  -en  et,  avec  allongement,  -en  au  point  12. 

œ,  t  semblent  bien  représenter  l'état  antérieur  à  e  dans  les 
mots  dont  la  voyelle  étymologique  est  0  ou  u.  Mais  le  fait  n'est 
pas  absolument  certain  pour  les  verbes  où  nous  pouvons  avoir 
affaire  à  des  reformations  analogiques  d'après  les  formes  où  la 
voyelle  est  protonique,  zi.  §  24.  D'autre  part,  à  Remiremont,  t 
est  peut-être  dû  à  une  régression  récente  ;  on  voit  en  effet  par 
kœjèn,  il  cuisine,  que  tout  ë  y  devient  è  ;  on  peut  y  signaler 
encore /J^j  pièce  L.  des  témoins  11  a,  c,  ecry,  Ç-  suif  c.  730,  cf. 
sur  ce  mot  p.  8,  et  etrœy,  étrille,  de  1 1  c,  cité  p.  6. 

§  21 .  Traitement  de  la  voyelle  nasale  en  (e)  issue  d'e  latin  devant 
n  ou  m  entravés  en  syllabe  protonique. 

Les  faits  actuels  sont  fort  complexes  :  0  ou  la  voyelle  dénasa- 
lisée 0  sont  rares,  on  trouve  sporadiquement  e  et  très  fréquem- 
ment e.  La  vallée  de  la  Haute-Moselle  qui,  ordinairement,  ne 
dénasalise  pas  les  voyelles  nasales  brèves,  ne  présente  avec  e'que 
gencive  c.  380  et  set  recueilli  dans  la  plupart  des  localités  de 
cette  vallée  sentirL.  Le  préfixe  «  €«  »  est  presque  toujours 
devenu  e,  cf.  empoigner  c.  283,  remplir  c.  642,  et  l'on  verra 


—    23    — 

§  2é  ad  finem  que  cet  e  est  même  parfois  sujet  à  disparaître. 
Cependant  les  témoins  a  et  c  de  Remiremont  disent  ofâ  enfant 
L.  à  côté  à'efà  de  tous  les  autres  témoins,  9  dit  opûtà  et  18,  21  a 
(*- emporter  Z.,  17  a-c,  21  a  odrâ  endroit  L,,  au  Val-d'Ajol, 
où  e  est  également  prépondérant,  en  s  e  m  bl  e  L.  se  dit  ason  ;  enfin, 
la  préposition  en  c.  289,  à  côté  d'e  qui  est  le  traitement  le  plus 
répandu,  offre  0  aux  points  9,  10,  0  aux  points  16,  17  et  0  au 
point  12. 

Etant  donné  que  le  traitement  de  cette  nasale  dans  la  syllabe 
tonique  suppose  partout  un  ancien  on,  cf.  §  1 1 ,  il  est  impro- 
bable qu'en  syllabe  protonique  eti  (e)  ait  été  conservé  avec  sa 
prononciation  ancienne.  De  plus,  en  cette  hypothèse,  on  ne  voit 
pas  comment  il  faudrait  expliquer  les  formes  avec  ô,  0,  0.  Il  faut 
donc  admettre  que  la  nasale  de  la  syllabe  protonique  a  passé, 
comme  celle  de  la  tonique,  par  le  stade  à  et  que,  dans  quelques 
cas  seulement  et  par  analogie,  elle  a  suivi  le  même  procès  ô, 
d'où  è.  Le  plus  souvent  une  dénasalisation  s'est  produite,  et  â 
est  devenu  successivement  à  aujourd'hui  disparu  puis  e.  Le  trai- 
tement d'année  c.  32  appuie  cette  explication'. 

Les  mots  empruntés  au  français  tels  que  c  harpe  ntier  c.  162 
flottent  naturellement  entre  les  deux  traitements.  On  ne  peut 
pas  faire  état  du  pronom  adverbial  en  c.  284-8  qui  peut  être  con- 
sidéré comme  tonique  ou  protonique,  ni  de  sentier  c.  704  qui 
peut  être  refait  sur  «  sente  »  ;  enfin  dans  les  futurs  de  tenir,  venir, 
L.  Va  de  l'aire  17-22,  p.  ex,  à  la  3*  pers.  du  singulier  tare,  vâre, 
est  très  probablement  récent,  cf.  §  51. 

Mais  il  reste  à  expliquer  «gencive  »  et  «  sentir  ».  Le  premier 
doit  la  conservation  d'Jàla  palatale  précédente,  comme  gendre 
c.  381.  «  Sentir  »  est  plus  embarrassant  ;  on  ne  peut  pas  songer  à 

I .  Les  formes  de  ce  mot  sont  étonnamment  variées  :  c'est  qu'en  eflfet  au  stade 
à  deux  développements  étaient  possibles,  soit  ù  <  ^  <  ?,  soit  û  <;  ô  ■<  5  ;  de  plus 
ddes  localités  12,  20,  21  représente  un  développement  secondaire  récent  d'?en 
à,  conforme  au  §  5 1  ;  mais  de  toute  façon  la  présence  de  deux  traitements  dans 
plusieurs  localités  de  la  région  de  Remiremont,  cf.  aussi  anaue  et  onaue  à 
La  Bresse  dont  la  deuxième  forme  est  plus  usuelle  d'après  Hingre,  est  certai- 
nement due  à  des  faits  de  mélange. 


-      24    ~ 

voir  dans  e  l'effet  d'une  nasalisation  récente  ;  la  seule  explication 
possible,  c'est  d'en  attribuer  le  maintien  à  l'action  des  voyelles  i, 
u  au  participe  (on  verra  §  5 1  des  faits  analogues  d'accommoda- 
tion vocalique),  et  à  une  action  analogique  dans  les  formes 
toniques. 

Enfin  au  Val-d'Ajol  le  triple  traitement  e,  0  et  a  est  vraisem- 
blablement dû  à  un  mélange  de  parlers. 

§  22.  Syncope  de  la  voyelle  d'une  syllabe  protonique  intérieure 
ou  initiale. 

Ces  syncopes  sont  fondamentalement  de  même  nature  que 
celles  qui  ont  produit  les  formes  du  français  larcin,  soupçon,  a. 
fr.  corder,  cf.  Meyer-Lûbke,  Hist.  Gr.,  §  132,  mais  nos  parlers  sont 
allés  dans  cette  voie  beaucoup  plus  loin  que  le  français. 

1°  Les  cas  de  syncope  de  la  voyelle  protonique  en  syllabe  inté- 
rieure sont  nombreux,  et  toutes  les  voyelles  sont  sujettes  à  subir 
le  développement,  c'est  ce  qui  ressort  des  exemples  suivants  : 
allumer  c.  26,  moissonner  c.  504,  cheminée  c.  172, 
oseille  c.  537  que  la  plupart  des  localités  désignent  par  un 
dérivé  en  ette  d'un  simple  que  M.  Meyer-Lûbke  rattache  à  *aci- 
dula  EW.  104,  noyer  c.  527  qui,  sauf  au  point  12,  est  exprimé 
partout  par  un  dérivé  en /^r  du  mot  qui  signifie  noix  <^  nux  *gal- 
lica  M.  L.,  £"^.3659,  servante  c.706  désigné  dans  la  majorité 
des  localités  par  des  représentants  du  fr.  demoiselle,  carnaval  c. 
136  désigné  encore  en  quelques  points  par  le  composé  «  carême 
entré  ». 

Comme  la  plupart  des  mots  qui  pouvaient  être  atteints  par  ce 
développement  sont  des  verbes  ou  des  dérivés,  il  n'est  pas  surpre- 
nant que,  dans  beaucoup  de  cas,  la  voyelle  ait  été  maintenue  ou 
rétablie  sous  l'influence  des  formes  où  elle  est  tonique  :  c'est  ce 
qui  s'est  produit  dans  un  nombre  variable  de  localités  pour  ceri- 
sier c.  147  d'après  «  cerise  »  mais  avec  une  quantité  différente, 
aiguiser  c.  12,  arranger  c.  46,  les  représentants  du  fr.  lima- 
çon limace  c.  455  ;  de  même  renverser  c.650  qui  se  dit 
(r^èféà  i-j,  -ç-  21  est  refait  sur  les  formes  toniques  aux  points  11 
et  14  qui  disent  rvydçe  {rewoee  de  8',  12,  13  vient  d'un  autre  éty- 


-i) 


mon  *revolvicareM..  L,,  EIV.  7285  plutôt  quç*reverticare  id.  7278 
et  Horning  p.  119  s.  v°  rcvwosi).  Il  arrive  même  que  la  voyelle 
soit  partout  maintenue,  p.  ex.  dans  les  représentants  de  *pertusiare 
trouer  c.  769,  déjeuner  L.,  etc.  Si  dans  boulangère,  iio 
la  voyelle  intérieure  n'a  pas  été  syncopée,  c'est  que  nous  avons 
affaire  à  un  mot  français  adapté  et  que  la  syncope  de  la  voyelle 
de  la  syllabe  initiale,  tout  en  exigeant  un  moindre  effort,  le  trans- 
formait moins;  dcvete  i-io,  ié-22,  -ey  11-15  =  fr.  arch.  devantier 
tablier  L.  est  plus  étonnant  :  c'est  sans  doute  un  mot  introduit 
assez  récemment,  si  on  le  compare  à  «  arranger  »  syncopé  dans 
la  majorité  des  localités  et  à  dcfti  =  fr.  dévêtir  de  l'aire  r-19 
désha  biller  L. 

2°  La  syncope  de  la  voyelle  protonique  de  la  syllabe  initiale 
présente  des  faits  analogues  aux  précédents  :  parfois  elle  se  pro- 
duit uniformément  dans  tous  les  parlers,  mais  fréquemment  aussi 
la  voyelle  est  maintenue  ou  rétablie,  surtout  par  analogie.  Ici  de 
plus  les  faits  sont  compliqués  par  la  phonétique  syntaciique  :  la 
syncope  en  effet  ne  pouvait  avoir  lieu  qu'après  un  mot  à  finale 
vocalique;  c'est  pourquoi  les  formes  non  syncopées  sont  plus 
résistantes  que  dans  le  cas  précédent.  Si  Ton  ne  fait  pas  état  des 
mots  qui  ont  le  même  traitement  en  français,  les  cas  où  la  syn- 
cope est  commune  à  tous  les  parlers  ne  sont  pas  très  nombreux, 
cf.  p.  ex.  soleil  c.  716,  vous  dites  c.  253,  pisser  c.  583, 
connaître  L.,  verrou  id.,  voulez-vous  c.  807  (où  l'on 
peut  ne  pas  tenir  compte  de  vnlè  11,  évidemment  refait  sur  le 
français,  ni  de  vélc  des  témoins  11  a,  c,  dont  a  emploie  aussi  vie), 
etc.  ;  plusieurs  mots  ne  sont  plus  connus  de  quelques  témoins, 
mais  les  réponses  suffisent  pour  prouver  que  la  forme  synco- 
pée a  existé  partout,  cf.  tnte  i-io,  16-22,  nitèy  11,  12  a, 
14  a,  15  a  métier  à  tisser  L.,  sle  1-9,  10  c,  16-19  c, 
21  a,  22  a,  -^3*  II  a,  13  a,  15  a  cellier  id.,  Imér  11  a,  b, 
13  a,  b  lumière  L.,  cf.  aussi  lampe  c.  440;  cependant 
pne  panier  c.  550  a  une  aire  actuellement  fort  restreinte,  et 
peut-être  est-il  trop  hardi  d'être  aussi  affirmatif  pour  ce  mot. 
Au  reste  un  a  étymologique  est  sujet  à  être  syncopé  comme  les 
autres   voyelles  :  c'est  ce  que  montre  la  forme  actuelle  pkovlè  des 


—    26    — 

témoins  9,  16  h,  17  a,  b  du  nom  de  lieu  Peccavillers  (section 
de  Saint-Amé),  issu  de  «  Pascal  -\-  viler  »,  aisément  reconnais- 
sable  dans  Paschaveleir  cité  dans  l'introduction,  Pescaviler  NAL. 
2542,  52  (Mai  1295). 

En  de  nombreux  cas,  la  syncope  ne  s'est  produite  que  dans 
une  partie  des  localités  :  à  côté  de  ^-a  1-7,-  17-22,  les  points  8-10 
c,  12-16  disent /)^;(^,  11  2-c  pé-  pesant  L.,  cf.  encore  les  repré- 
sentants de  pisellu  pois  c.  592,  léger  c.  444.  Dans  ces  mots  la 
forme  non  syncopée  est  celle  qui  était  usitée  après  consonne  ; 
mais  dans  d'autres  mots,  particulièrement  dans  les  verbes,  ce 
peut  être  aussi  l'analogie  d'autres  formes  ou  de  mots  voisins  qui 
a  soit  entravé  le  développement,  soit  fait  disparaître  la  forme 
ancienne  :  ainsi  l'extension  de  la  forme  syncopée  est  assez  grande 
dans  je  perds  c.  568,  perdu  c.  570,  donner  c.  259,  faner  c. 
335,  elle  l'est  moins  dans  il  fallait  c.  333,  elle  est  très  restreinte 
dans  les  représentants  de  *tittiare  téter  c.  748  et  dans  sécher  c. 
700.  De  même  moulin  c.511  a  subi  dans  de  nombreuses  loca- 
lités l'influence  du  v.  moudre  L.,  et  monnaie  c.  506  peut- 
être  celle  de  mener  c.  490,  s'il  ne  s'agit  pas  simplement  d'un 
mot  français  adapté.  Les  formes  du  dérivé  Ôlq  ^alln  pour  désigner 
le  cochet  L.,  jèîé  2  c,  5  d,  6  e,  /-  8  c,  8'  c,  d,  f,  jà-  12  a,  17 
a,  18,  ;- 19  a-c,  jo-  15  a,  sont  remarquables  à  côté  du  traitement 
de  «  geline  »  poule  c.  602  (cf.  Meyer-Lûbke,  Einfûhrung  in  das 
Studium  d.  Rom.  Spr.,  2*  éd.,  §  138)  et  sont  évidemment  dues  à 
l'influence  analogique  des  représentants  de  gallu  j'ô  1-8,  19-22, 
/o8'-i8  coq  Z,.  De  même  si  pêcher  c.  558  et  pîUo  1-8',  11  a, 
c,  -c-  12,  -ç-  9-1 1  b,  13-22  poisson  L.  ont  partout  une  voyelle 
protonique,  c'est  probablement  sous  l'influence  des  formes 
toniques  de  «  pêcher  »  (qui  par  une  réaction  réciproque  doivent 
leur  û  à  «  poisson  »),  comme  moisson  c.  504  va  de  pair  avec 
moissonner  id.  Il  arrive  même  que  la  syncope  n'ait  pas  lieu 
dans  des  mots  qui  la  subissent  en  français,  soit  par  l'analogie  des 
formes  toniques  p.  ex.  dans  «  mener  »,  soit  par  l'action  de  la 
phonétique  syntactique  :  c'est  ainsi  que  chemin  c.  171  est  uni- 
quement dissyllabique,  après  voyelle  comme  après  consonne, 
dans  les  aires  1-7,  17-22. 


—   27    — 

La  conservation  de  la  voyelle,  protonique  peut  provenir  de 
bien  d'autres  causes,  date  de  l'introduction  du  mot,  celle  de  la 
réduction  d'un  groupe  de  consonnes  intérieur,  etc.  Le  besoin  de 
clarté  peut  par  exemple  réagir  contre  les  forces  aveugles  du  déve- 
loppement phonétique  :  ainsi  les  représentants  de  solariu  au  sens 
de  fenil  L.  sole  i-io,  16-22,  -éy  11-15  ont  partout  conservé  la 
voyelle  protonique,  dont  la  chute  eût  amené  une  confusion 
gênante  avec  «  cellier  »,  cf.  p.  25. 

Finalement  tant  de  causes  concourent  à  entraver  la  syncope  que 
les  mots  où  elle  n'a  pas  lieu  sont  peut-être  plus  nombreux  que 
ceux  qui  l'ont  subie  ;  et  ces  parlers  dont  la  syncope  est  en  somme 
un  trait  caractéristique  en  arrivent  à  présenter  des  formes  où  la 
voyelle  protonique  est  longue,  non  seulement  sous  l'influence 
d'un  simple  comme  dans  le  diminutif  qui  désigne  la  petite  scie  à 
un  homme  c.  691  dans  l'aire  1-8',  mais  dans  des  mots  dont  le 
simple  n'existe  plus  ou  n'a  jamais  existé  dans  notre  région,  ou 
même  dont  la  terminaison  est  identique  à  un  suffixe  usuel,  p.  ex. 
bouleau,  poison  L.,  etc.  Ce  dernier  fait  se  remarque  dans  un 
nombre  important  de  mots  :  que  l'on  compare  à  la  voyelle  brève 
de  garder  c.  374  la  voyelle  longue  de  parrain,  marraine, 
mardi,  marguillier  L.,  et  au  traitement  de  faine  L.  < 
*fagina,  cf.  §  28,  2°,  celui  de  lait  L.  <C  *lacticeUu  qui  se  dit  lâst 
dans  tout  notre  domaine  lorrain,  tandis  que  les  parlers  franc- 
comtois  limitrophes  ont  des  formes  à  voyelle  brève  Ihe  23,  lâ- 
24,  25,  là-  26. 

§  23.  Réduction  d'?<  en  hiatus  à  ît». 

Cette  réduction  se  produit  soit  à  l'intérieur  du  mot,  soit  en 
syllabe  initiale,  cf.  d'une  part  alouette  c.  30,  les  représentants 
de  l'a.  fr.  ajfouer 2i\\\im.Qr  c.26  et  de  l'autre  chouette  c.  190, 
bzvè  boyau  c.  né,  hive  hoyau  L.  recueilli  seulement  en 
quelques  points,  et  les  formes  du  pronom  relatif  et  interrogatif 
«  où  »  dans  le  composé  «  où  est-ce  que  »  c.  539-541.  Mais 
dans  le  deuxième  cas  la  phonétique  syntactique  a  fait  parfois  sub- 
sister les  formes  non  réduites  :  c'est  ainsi  que  l'aire  1-7  dit  à  la 
fois  ^wâ  essuyer   c.  3  11,  ;f/^  j  ouer  c.  424  et  ^îi^  chier    c.  188 


—    28   — 

(sur  Vu  de  ces  verbes,  cf.  §  143),  et  que  rml,  avant-train  de  la 
charrue,  charrue  Z,.,  est  la  seule  forme  attestée  par  les  témoins 
qui  ont  indiqué  ce  mot.  Au  contraire,  dans  louer,  nouer  L., 
les  formes  réduites  avec  zu  sont  si  résistantes  qu'après  consonne, 
outre  Inà  1-9,  les  témoins  2  a,  e,  4  a  disent  lewà,  et  qu'à  l'initiale 
2  a,  e,  4  a,  18,  20  a  ont  employé  nhm,  cf.  les  formes  analogues 
de  Noël  c.  524. 

§  24.  Affaiblissement  des  voyelles  protoniques  en  œ,  è  et  ë. 

Quand  la  voyelle  protonique  n'a  pas  été  syncopée  soit  pour 
une  des  causes  exposées  dans  le  paragraphe  précédent,  soit  parce 
que  les  consonnes  qui  l'entourent  nécessitent  un  phonème  voca- 
lique  ou  parce  qu'elle  est  initiale,  nos  parlers  la  réduisent  très 
fréquemment  à  œ,  è  (ces  deux  signes  peuvent  être  considérés 
comme  équivalents  pour  les  raisons  indiquées  p.  2);  mais  ce 
développement  est  aussi  souvent  entravé  que  celui  de  la  syncope 
et  pour  les  mêmes  causes.  On  peut  citer  comme  exemples  de 
faits  communs  à  tout  le  domaine  sœpe  partout  sauf  -à  12  sou  per 
L.,  drœmî  dormir  lâ..,  fè.mày  i-io,  14-22,  -ey  11,  13,  4  12 
fumée  id..  Certains  mots  ou  formes  de  moindre  extension 
méritent  d'être  également  signalés  :  les  représentants  de  l'a.  fr. 
escupir  <  *exconspuere  avec  modification  de  la  terminaison  ?  Kôr- 
ting  3374  cracher  c.  224,  les  formes  anciennes  de  «  *roublier  » 
oublier  c.  543,  raye  recueilli  dans  les  localités  1-9,  11,  14,  15, 
16  au  sens  de  «  racler  le  fumier  de  l'étable  »  fumier  L.,  qui  est 
un  dérivé  de  «  râble  »  <C  rntabuln\  les  représentants  de  l'a.  fr. 
siibïer  (plutôt  que  sibler^  au  sens  de  siffler  c.  710,  le  dérivé 
de  ((  coin  »  <C  r/m^w  coin  à  fendre  le  bois  c.  197. 

La  voyelle  protonique  passe  parfois  au  stade  <':  dans  couleuvre 
c.  21 6,  fourmi  c.  360  l'aire  en  est  assez  restreinte,  mais  cou- 
ture c.  22oratteste  pour  presque  toutes  les  localités  et  connais- 
sons c.  205  également  partout  où  des  reformations  secondaires 

I.  M.  Thomas,  qui  a  rattaché  à  rotxilus  toute  une  série  de  formes  méridio- 
nales, Nouveaux  Essais,  p.  329,  propose  de  considérer  notre  verbe  comme  dérivé 
de  ce  type,  mais  les  faits  réunis  §  89,  4.0,  semblent  être  plutôt  à  l'appui  de  notre 
hypothèse. 


—   29    - 

d'après  l'infinitif  n'ont  pas  eu  lieu,  cf.  encore  Plombières  L. 
et  les  formes  du  nom  des  habitants  de  Ventron  id.  Il  est  pos- 
sible que  dans  «  fourmi  »  et  «  couture  »  le  développement  d'^ 
soit  le  résultat  d'une  assimilation  partielle  à  la  voyelle  claire  de 
la  syllabe  tonique.  Au  contraire  un  ancien  e  devient  assez  fré- 
quemment ce,  ^  dans  j  e  perdrai  c.  569,  perdu  c.  570,  perdrix 
c.  571,  dimanche  c.  252  dont  la  syllabe  initiale  correspond 
presque  partout  à  celle  de  l'a.  fr.  dieinanche,  fermer  L.,  vêtir 
id.,  «  dévêtir  »  déshabiller  id.,  maréchal-ferrant  c.  479, 
«  limaçon  »  limace  c.  455,  mots  où  la  voyelle  est  dans  le  voisi- 
nage d'une  consonne  labiale,  et  en  outre  dans  éternuer 
c.  315  au  seul  point  12  et  dans  les  représentants  de  *sternire 
faire  la  lit ière  c.  459  à  la  fois  au  point  12  et  dans  l'aire  1-7  : 
cf.  sur  les  relations  de  ces  voyelles  §  27. 

Enfin  d'une  façon  analogue  un  -n  protonique  en  hiatus  et  sou- 
tenu par  un  groupe  de  consonnes  initiales  tend  à  s'affaiblir  en  è, 
è  dans  cor V éec.  214,  éc roue  lies  c.  277,  truelle  c.  770  (pro- 
bablement après  développement  d'un  zu  entre  'ii  et  la  voyelle 
suivante  bien  que  je  l'aie  pas  saisi  partout,  cf.  §  28,   3°). 

L'analogie  a  considérablement  compliqué  l'aspect  actuel  de  nos 
parlers.  Très  fréquemmentl'influence  des  formes  verbales  toniques 
ou  celle  d'un  simple  a  troublé  l'évolution  de  la  voyelle  protonique. 
Parmi  les  verbes  on  peut  citer  il  buvait  c.  103  où  le  traitement 
phonétique  hè-  n'existe  qu'en  quelques  points,  fermez  c.  342 
pour  les  formes  de  «  clore  »,  trêve  àt  11,  13-15  à  côté  de  trovà 
des  autres  localités  trouver  L.  Les  faits  sont  plus  complexes 
dans  les  verbes  «  couvrir,  mourir,  nourrir,  pourrir  »  :  ci  a  passé 
de  la  syllabe  protonique  dans  les  formes  toniques  où  il  est 
devenu  œ,  puis  il  a  repassé  avec  cette  nouvelle  quantité  longue 
dans  la  syllabe  protonique  ;  il  en  est  de  même  d'(é  de  fyœte^-à  =: 
a.  fr.  flaiïter  siffler  c.  710  et  d'I,  au  point  12,  dans  les  verbes 
«ouïr  »  et  «  jouir  »  qui  s'y  disent  ey  et  jey,  entendre  L., 
réussir    c.655. 

Les  cas  où  un  simple  a  réagi  sur  un  dérivé,  empêchant  ou  fai- 
sant reculer  le  traitement  propre  à  la  protonique,  sont  fort  nom- 
breux, cf.  entre  autres  clocher  c.  195,  pommier  c.  596,  pru- 


—  30  — 

n  i  e  r  c.  619  pour  les  représentants  du  dérivé  de  «  beloce  »  <;  *bul- 
lucea  Meyer-Lùbke,  EW.  1390,  taie  d'oreiller  c.736  désigné 
partout  par  un  dérivé  en  elle,  oison  L.  dont  la  consonne  même 
vient  d'«  oie  »,  modifiés  à  des  degrés  divers  par  cloche  Z,., 
pomme  c.  594,  prune  c.  6  r  8,  taie,  oie  L.  ;  cf.  encore  et  eu  le 
c.  316,  dont  la  forme  çtèlà  de  21  montre  qu'y  des  autres  localités 
est  analogique,  ou  brosser  c.  120  souvent  refait  sur  «  brosse  ». 
Il  en  est  de  même  de  poignée  L.  et  d'empo  igner  c.  283  qui 
sont  refaits  sur  poing  c.  590  et  les  formes  toniques  du  verbe 
dans  l'aire  1-16,  tandis  que  dans  l'aire  17-22  la  voyelle  protonique 
est  ^,  e;  poignet  L.  est  même  refait  à  peu  près  partout.  En 
ce  qui  concerne  Vu  de  pûnty,  epûne,  pniio  de  i,  2,  l'origine  en 
est  semblable  à  celui  de  pnyï  pouvoir  c.  606  et  d'autres  mots 
étudiés  §  25.  Journée  c.425  est  particulièrement  intéressant; 
car  les  formes  avec  é  des  deux  vallées  montrent  que,  si  0  proto- 
nique en  syllabe  terminée  par  r  -\-  cons.  s'est  généralement  déve- 
loppé en  w,  cf.  §  25,  et  ne  s'est  pas  réduit  à  œ,  è,  la  résistance  de 
cette  voyelle  vient  non  pas  d'une  date  différente  des  développe- 
ments, mais  de  l'influence  conservatrice  exercée  par  les  formes 
toniques.  On  comprend  que  dans  ces  conditions  la  voyelle  de  tel 
mot  qui  est  conservée  dans  nos  parlers  ait  été  réduite  ailleurs  au 
point  de  s'amuïr  complètement  :  c'est  ainsi  que  «  pourceau  »  qui 
a  dans  tout  notre  domaine  une  syllabe  initiale ^«  porc  c.  598  se 
dit  p'hhé-X  Mailly  (Meurthe-et-Moselle),  etc.,  Adam,  p.  362,  cf. 
dans  ce  même  village  p'bhon,  poisson,  id.,p.  360,  et  de  nom- 
breuses formes  de  «  pommette  »  pomme,  pomme  de  terre, 
pommier  AL.  et  Adam,  p.  360  sq. 

Finalement  la  loi  de  l'affaiblissement  de  la  voyelle  protonique 
est  si  fréquemment  battue  en  brèche  que,  même  dans  des  mots 
non  dérivés,  elle  ne  s'exerce  que  dans  une  partie  des  localités, 
quand  elle  n'a  pas  été  complètement  annihilée,  par  ex.  dans 
oiseau  L.,  cf.  les  formes  §  25.  C'est  ainsi  que  le  représentant 
d'*ortcione  dérivé  d'om  au  sens  d'ourlet  c.  545,  attesté  dès  le 
Moyen  Age  par  oressoii  du  Psautier  Lorrain,  cf.  Apfelstedt,  Loth. 
Ps.,p.  175,  et  Meyer-Liibke,  Gr.  d.  R.  Spr.,  II,  §  413,  se  dit 
orso  dans  plus   de   localités  qu  ctrso  (dans  le  v.    correspondant 


—  31  — 

ourler  c.  544  e  s'est  substitué  à  œ  sous  l'influence  des  nombreux 
verbes  à  initiale  er-,  cf.  plus  loin  §  27).  Le  mot  qui  signifie 
nombril  c.  528  et  qui  contient  l'élément  radical  du  fr.  boudiné, 
encore  dans  Oudin  (1642)  avec  le  sens  de  «  nombril  »  d'après 
le  D.  G.,  présente  des  faits  analogues.  Fromage  c.  368,  fro- 
ment c.  369,  fourmi  c.  360,  n'est-ce-pas  ?  c.  522  vraisem- 
blablement formé  de  «  non  -f-  mie  »  conservent  également  la 
voyelle  Ô  dans  un  nombre  variable  de  localités.  On  peut  cepen- 
dant, à  propos  de  froml,  fourmi,  usité  seulement  dans  les  deux 
points  2  et  8',  se  demander  si  nous  n'avons  pas  affaire  à  un  phé- 
nomène de  régression  causé  par  la  labiale  suivante. 

§  25.  Maintien  dVi,  0  et  développements  secondaires  dans  la 
syllabe  protonique. 

On  a  vu  dans  les  paragraphes  précédents  que  la  voyelle  proto- 
nique, malgré  la  tendance  de  tous  nos  parlers  à  la  syncoper  ou 
à  la  réduire,  est  fréquemment  maintenue.  C'est  ainsi  qu'«  repré- 
sente un  ancien  0  devant  /  implosif  dans  la  syllabe  protonique 
comme  dans  la  tonique,  cf.  kût'è  couteau  L.  et  §  10.  A  la 
suite  du  maintien  d'un  ancien  0,  dont  on  a  déjà  noté  quelques 
exemples  à  la  fin  du  §  24,  il  s'est  produit  un  développement 
secondaire  en  u  dont  les  conditions  sont  délicates  cà  saisir. 

1°  u  représente  régulièrement  une  ancienne  diphtongue  oi 
dont  \q y  2.  été  absorbé  par  une  palatale  suivante,  cf.  poisson 
L.  cité  §  22,  moisson  c.  504,  poison  c.  593,  iijé  1-8',  11  a,  c, 
-/;-  9-11  b,  d,  e,  12-22  oiseau  L.,  quelques  formes  de  «  poi- 
gnée, empoigner  »  citées  §  24,  et  aussi  bfuo  i-^' ,  11  a,  bu-  11  c, 
b-ûÇo  9-1 1  b,  d,  16-22,  bu-  II  e,  13-15,  -co  12  buisson  L., 
mot  d'origine  obscure,  cf.  M.  L.,  EW.  1226,  mais  dont  la 
forme  ancienne  est  boisson.  Si  la  consonne  labiale  a  pu  jouer 
quelque  rôle  dans  le  développement  d'o  en  u,  «  oiseau  »  montre 
que  cette  condition  n'est  pas  essentielle,  v.  en  outre  plus  loin 
p.  33.0  est  rare;  je  ne  l'ai  noté  en  rivalité  avec  wque  dans  les 
représentants  de  l'a.  fr.  liiissel  <  *globnsceIlu,  M.  L.,  EW. 
3794,  pelote  L.  Dans  noisette  c.  526  û  n'est  attesté  que  par 
nûhàt  du  Val-d'Ajol,    dont    on    peut  rapprocher  nûèy    noyer 


—  32  — 

c.  527,  ailleurs  œ  peut  provenir  de  l'affaiblissement  d'un  ancien  0 
ou  être  analogique  d'après  «  noix  « . 

2°  Les  mots  dont  le  type  étymologique  contenait  un  0  entravé 
devant  r  -\-  consonne  présentent  des  faits  plus  compliqués.  Le 
traitement  le  plus  répandu  et  régulier  est  u  :  il  suffira  de  donner 
comme  exemple  typique  p-ûtà  i-io,  16-22,  -e  11,  13-15,  pû^à  12 
porter  L.  Mais  des  réactions  analogiques  nombreuses  sont 
intervenues.  VÔ  du  participe  passé  tordu  c.  758  est  évidemment 
dû  aux  formes  toniques,  cf.  tordre  c.j^j,  et  l'analogie  s'est 
même  exercée  sur  un  dérivé  local  qui  désigne  un  bâton  servant 
à  serrer  la  corde  de  la  voiture  à  foin  autour  d'une  autre  pièce  de 
bois  tûdÔ  5  d,  -0  14  a,  b,  15  a,  -yo  1 1  a,  tnjô  12  a,  mais  tôdo  8  c,  8' 

d,  f,  -à  16  a,  19  c,  22  a  voiture  L.  Gâteau  c.  376,  qui  se  dit 
régulièrement  tûte  dans  les  localités  1-7,  13,  14,  se  dit  tôtè  aux 
points  8-9,  I j- 1^  d'après  tot=ïr.  towte  tartine  c.  742.  Jour- 
née c.  425  n'a  la  voyelle?/  que  dans  l'aire  11- 15  ;  dans  les  deux 
vallées  0  a  été  maintenu  ou  rétabli  d'après  jour  L.  ;  sur  les 
formes  avec  ê,  cf.  §  24.  Le  mot  local  rote  2  c,  5  c,  d,  6  a,  8  a, 
8'  f,  ne,  15  a,  19  c,  riuoéé  12  a  qui  désigne  l'herbe  ramassée  en 
longues  bandes  après  avoir  été  fanée  tas  L.  conserve  la  voyelle 
du  simple,  dont  il  dérive  avec  le  suffixe  e,  =  a.  fr.  reorte  <C 
retorta,  v.  bardeau  L.  Enfin  zuo  a  été  fréquemment  introduit  par 
analogie,  surtout  à  La  Bresse,  cf.  écornée  c.  274,  fourneau 
c.  361,    corbeau  c.  211,  etc. 

3°  Le  traitement  des  mots  dont  la  voyelle  est  actuellement  en 
syllabe  ouverte,  réserve  faite  de  ceux  dont  il  vient  d'être  parlé, 
est  particulièrement  difficile,  oet  ûy  coexistent  partout,  cf.  d'une 
part  les  dérivés  de  «  mouche  ^)  et  de  «  bouc  »  abeille  c.  4, 
bouc  c.  115,  d'autre  part  bouteille  c.  115;  parfois  ils  riva- 
lisent dans  le  même  mot,  p.  ex.  dans  les  représentants  de 
«  courroie  »  arc-en-ciel  c.  40  et  courroie  L.  Les  faits  expo- 
sés 1°  et  2°  et  §  18  montrent  que  nous  avons  affaire  à  un  déve- 
loppement d'o  en  û  et  non  au  développement  contraire,  comme 
on  pourrait  être  tenté  de  le  supposer.  Ces  mêmes  faits  et  le  trai- 
tement de  mots  tels  que  ^«/ra  bientôt  c.  99  montrent  en  outre 
qu'il  n'est    pas   dû  à   une  labialisation  et  que,  d'une  façon  ana- 


—  33  — 

logue  à  ce  qui  a  été  admis  §  i8,  o  est  devenu  û  spontanément  en 
syllabe  ouverte. 

Mais  si  cette  loi  est  vraisemblable  et  peut  convenir  aussi  aux 
faits  exposés  i°,  il  faut  reconnaître  qu'elle  a  été  fréquemment 
entravée,  au  point  même  quM  est  plus  représenté  qu';/.  L'analo- 
gie a  certainement  joué  un  rôle  important  surtout  dans  les 
verbes,  et  c'est  ainsi  qu'on  peut  expliquer  Ô  des  représentants  du 
fr.  bouter  au  sens  de  mettre  c.  494,  du  fr.  douter  au  sens  de 
craindre  L.,  etc.  ;  de  môme  Vô  de pônfi,  pondu,  de  20-22  à  côté 
de  piliiH  des  autres  localités  pondre  L.  vient  de  la  syllabe 
tonique.  On  a  vu  aussi  p.  26  que  moulin  c.  5 1 1  doit  VÔ  de 
divers  points  au  v.  «  moudre  »  ;  et  ivo  dekzvorà,  bientôt,  20  et  22 
a  la  même  origine  que  celui  des  mots  étudiés  2°.  Finalement, 
en  raison  de  ces  modifications  analogiques,  le  développement 
d'Ô  en  u  a  été  entravé  ;  c'est  pourquoi  on  voit  0  subsister  sans 
cause  apparente  dans  de  nombreux  mots  tels  que  «  bouteille  » 
déjà  cité,  boto  partout  bouton  L.,  les  représentants  du  fr. 
archaïque  mo«/z^r  î?iÔt£  i-ro,  16-22,  -éy  11-15  église  id.,  ceux 
de  solariu  au  sens  de  fenil,  cf.  p.  27,  collier  c.  198,  soulier 
c.  721,  etc.  Cet  état  de  choses  a  aussi  pour  conséquence  que 
les  patoisants,  ayant  le  sentiment  (\Viô  correspond  au  fr.  n,  assi- 
milent avec  0  des  mots  empruntés,  cf.  bourrelier  c.  112,  et 
qu'ainsi  il  est  impossible  de  reconnaître  si  certains  mots  comme 
«  bouton  »,  etc.,  sont  récemment  adaptés  ou  doivent  leur  voyelle 
à  un  développement  spontané. 

§  26.  Chute  d'è  initial. 

L't'  qu'on  appelle  prosthétique  et  qui  s'est  développé  dès 
l'époque  latine  devant  s  -\-  cons.,cf.  Schwan-Behrens,  §§  10^  4  b 
et  28,  tombe  très  fréquemment  par  un  phénomène  de  phoné- 
tique syntactique  analogue  à  ce  qui  s'est  passé  en  Italie  et  ailleurs, 
cf.  Meyer-Lùbke,  Gr.  d.R.Spr.,  I,  §  273.  Toutefois  l'accord  com- 
plet de  nos  parlers  ne  se  manifeste  que  dans  une  forme,  très 
usuelle  il  est  vrai,  le  participe  passé  du  v.  être  tû  -<  statutu,  mais 
à  l'imparfait  le  Val-d'Ajol   dit    et~i,  étions,  età  était    c.  325,  à 

Les  parlers  des   Voscres  mer idi ouates.  5 


—  u  — 

côté  de  il  et  des  formes  commençant  par  t  des  autres  localités. 
Dans  les  autres  mots  l'extension  des  formes  sans  ï  est  moindre 
encore  ;  on  trouve  la  voyelle  non  seulement  dans  les  parlers  de 
la  région  de  Remiremont,  mais  encore  dans  ceux  de  la  vallée  de 
la  Moselotteoù,  en  raison  delà  persistance  de  s  devant  consonne, 
un  ^  d'appui  est  souvent  nécessaire  :  épais  c.  303,  éternuer  c. 
315,  éteule  c.  316,  étoupe  c.320,  étrangler  c.  321, étroite 
c.  327,  etc.;  il  est  même  partout  maintenu  dans  le  représentant 
du  fr.  échevette  au  sens  d'écheveau  c.  266,  d'«  épier  »  au 
sens  de  regarder  c.  640,  épaule  c.  305,  étoile  c.  319,  en 
partie  sous  l'influence  du  français. 

L'apocope  s'est  également  produite  non  seulement  dans 
essuyer  c.  311,  essuie-mains  c.  3  10  exprimé  par  un  dérivé 
ou  un  composé  de  ce  verbe,  à  côté  duquel  essayer  c.  309  révèle 
une  action  probable  du  français,  mais  aussi  dans  quelques  mots 
où  e  provient  d'une  ancienne  nasale,  cf.  enclume  c.  290  et  sur- 
tout encore  c.  291.  Bien  que  la  phonétique  syntactique  ait  con- 
tribué au  maintien  fréquent  de  la  voyelle,  cf.  encore  échelle 
c.  264,  la  chute  a  commencé  à  se  produire  à  une  date  fort 
ancienne,  ainsi  que  le  montre  la  forme  .vfl/<?}' dérivée  d'«  échelle  », 
que  j'ai  relevée  dans  la  phrase  une  chcrre  de  loingne^  a  cher  xaley 
rendu  a  Remiremont  d'un  texte  non  daté,  mais  probablement  du 
XIV*  siècle,  NAL.  2542,  76. 

§  27.  Les  voyelles  caduques  ^"et  è. 

Tous  nos  parlers  possèdent  deux  voyelles  caduques  ë  et  è,  saut 
à  Remiremont  où  è  est  prépondérant,  et  même  exclusif  chez  les 
témoins  a  et  c.  Au  contraire,  dans  toutes  les  autres  localités,  la 
voyelle  la  plus  usitée  est  è  :  de,  ne,  que  Z,.,  cerise  c.  146, 
chenille  c.  175,  les  représentants  de  «  geline  »  poule  c.  602. 
è  apparaît  fréquemment  après  les  chuintantes  é,  ^,),j'.  chemin 
c.  171,  chemise  c  173,  cheval  c.  179,  génisse  c.  383,  etc. 
Dans  ce  dernier  mot  la  voyelle  est  également  caduque,  bien  que 
je  n'aie  recueilli  que  la  forme  usitée  après  consonne  :  c'est  ce  que 
montrent  les  deux  formes  données  par  Hingre  oic  gcneusse,  lai 
hnensse.  Or  il  prouve  que  la  présence  d'é  ne  dépend  pas  essen- 
tiellement d'une  labiale  voisine.  Au  reste  ù  existe  encore  dans 


—  35  — 

d'autres  conditions  :  il  est  assez  fréquent  à  la  fin  des  mots  termi- 
nés par  un  groupe  de  consonnes,  quand  ils  sont  suivis  d'un  mot 
à  consonne  initiale  :  arbre  c.  39,  chambre  c.  151,  ombre  c. 
531,  et  aussi  la  y  personne  du  pluriel  de  Taire  19-22,  cf. 
pondent  c.  597,  portent  c.  599,  etc. 

Il  semble  bien  qnë  représente  l'état  le  plus  ancien  et  qu'^  soit 
un  développement  nouveau  qui  tend  à  s'y  substituer.  On  a  vu 
plus  haut  §  24  qu'un  ancien  e  protonique  devient  assez  fréquem- 
ment œ,  è  ;  et  la  même  rivalité  des  deux  phonèmes  existe  dans 
des  mots  où  la  voyelle  est  soutenue  par  les  consonnes  voisines 
ou  l'a  été  jusqu'à  une  époque  très  récente  :  cheminée  c.  172, 
chevreuil  c.  184,  chevron  L.,  mercredi  c.  491.  Dans  le  cas 
particulier  où  une  voyelle  a  été  développée  entre  consonne  et  r 
final,  cf.  montre  c.  508,  dans  des  conditions  exposées  §  143, 
nos  parlers  ont  une  préférence  marquée  pour  é  qui  devient  e  au 
Val-d'Ajol  et  é  seulement  à  Remiremont,  cf.  aussi  §  20  ad  finem. 

L'hypothèse  qu'c  est  dû  à  une  régression  récente  est  beaucoup 
moins  vraisemblable.  Mais  il  est  bien  certain  que  la  coexistence 
des  deux  traitements  amène  parfois  un  développement  secondaire 
à'œ,  è  en  ë.  C'est  ainsi  qu'il  faut  expliquer  les  cas  cités  §  24,  où 
une  ancienne  voyelle  protonique  0,  u  est  devenue  e,  après  avoir 
nécessairement  passé  par  le  stade  et,  è;  de  là  aussi  les  trois 
voyelles  û,è,  e  de  corvée  c.  214  et  le  traitement  du  fr.  truand 
paresseux  c.  552,  dont  la  forme  trtyà  du  point  12  est  sans 
doute  l'étape  intermédiaire  entre  triifà  et  ûrfà  des  autres  locali- 
tés. C'est  enfin  en  raison  de  cette  rivalité  de  traitements  que  des 
mots  récemment  empruntés  au  français  comme  garde-cham- 
pêtre c.  373,  orphelin  c.  536,  quatre-vingts  c.  625,  la 
3*  pers.  du  sing.  de  «  servir  »  refaite  sur  l'inf.  cf.  servir  L., 
simplement  id.  présentent  à  la  fois  t  et  l. 

Les  conditions  dans  lesquelles  la  voyelle  caduque  tombe  ou  se 
maintient  ont  été  si  clairement  et  si  complètement  exposées  par 
M.  Grammont,  La  Franche-Montagne,  p.  22,  qu'il  suffit  de  ren- 
voyer à  cet  ouvrage.  Les  parlers  de  mon  domaine  ne  présentent 
que  quelques  particularités  dignes  de  remarque.  Quand  les  mots 
à  initiale  formée  de  consonne  -f  y  sont  précédés  d'un  mot  à 
finale  consonantique,  il  se  développe  régulièrement  entre  la  con- 


-  3é  - 

sonne  et  le  y  un  /  de  liaison,  par  ex,  dans  suer  L.  sy%  après  voyelle, 
siyï  après  consonne  (partout  sauf  au  point  12  qui  dit  cûa),  cf. 
aussi  roue  c.  667  et  lièvre  c.  454;  cet  i  devient  rarement  e,  je 
ne  l'ai  recueilli  que  dans  «  lièvre»  au  point  5.  Enfin  il  est  une 
autre  particularité  notable  de  nos  parlers  :  dans  les  mots  qui 
commençaient  anciennement  par  r-j-^  -f-  cons.,  nos  parlers  pré- 
sentent fréquemment,  quand  ces  mots  sont  après  consonne  ou 
commencent  la  phrase,  des  formes  avec  %r  -\-  cons.  :  regar- 
der c.  640,  recevoir,  reculer,  rechute  L.,  etc.,  dont  Xï 
provient  vraisemblablement,  par  agglutination,  des  pronoms 
atones  «  le  »,  «  la  »,  de  l'article,  ou  de  la  préposition  «  de  »,  etc. 


B.  —  .        Consoiiantisme. 

§  28.  Développement  de  consonnes  entre  voyelles  en  hiatus. 

L'amuïssement  des  diverses  voyelles  protoniques  en  hiatus  est 
un  fait  bien  connu  du  moyen  français,  cf.  Schwan-Behrens, 
§  271;  et  il  n'est  pas  surprenant  que  le  même  développement 
se  soit  produit  dans  de  nombreux  mots  de  mon  domaine  :  dô,  ve 
dé,  veau  L.,  jeun  c.421,  chaîne  c  149  issus  d'anciennes 
formes  *dml,  veel,  jciiu,  chac'uic,  et  les  participes  passés  bii,  rsû, 
vu,  tu  (cf.  §  26),  etc.  Il  n'y  aurait  donc  pas  lieu  d'insister  sur 
ces  syncopes,  s'il  n'existait  pas  un  groupe  important  de  mots  ou 
de  formes,  qui  présentent,  dans  un  nombre  variable  de  localités, 
une  voyelle  protonique  non  syncopée  et  séparée  de  la  voyelle 
tonique  par  un  des  phonèmes  v,  y  ou  iv. 

r   V. 

V  se  présente  à  la  fois  dans  les  participes  eu  c.  73,  su  c.  688  et 
dans  le  substantif  taon  c.  740;  dans  les  formes  participiales  il 
s'explique  aisément  par  l'influence  des  autres  formés  verbales  ; 
mais  si  ûvè,  -en  de  17-22,  taon,  issues  régulièrement  de  tabaiiu, 
montrent  que  les  tormes  en  à  des  autres  localités  résultent  d'une 
substitution  de  suffixe  ou  peut-être  d'un  croisement  du  patois  et 
du  français,  de  toute  façon  v  n'est  pas  dû  à  un  développement 
récent  et  se  rattache  directement  au  latin  /'. 


:>/ 


2°   V. 

y  a  une  extension  beaucoup  plus  grande.  Outre  le  participe 
cru  c.  234,011  il  peut  être  considéré  comme  analogique  d'après 
les  autres  formes  du  v.  «  croire  »,  on  le  trouve  dans  mûr  c.  517, 
les  représentants  de  l'a.  fr.  sei'i  ■<  sabucii  sureau  c.  j^/[,feyt)i  i- 
9,  II  a,  b,  19-22,  -/;/  13,  14,  -lu  10,  II  c,  e,  15  a,  mais/lw  12/ 
faîne  /,.,  les  formes  correspondant:!  l'a.  fr.  gaï)ii,  regahu  •<  * vua- 
dimen  automne  c.  59  et  regain  c.639  (cf.  sur  la  terminaison 
de  ces  formes  §§  148. et  151  s.  v°)  ;  quelques  formes  n'ont  été 
recueillies  ou  ne  subsistent  qu'en  quelques  points  :  treyi  2  c,  5  d, 
9,  14  b,  15  a,  16  a  train  L.,  reyl  =  a.  fr.  rai':^  <C  r^^/V^  seule- 
ment dans  l'aire  1-3  radis  c.  6'^4,çeyn'r  14,  heyœr  2  c  chaise 
L.,  cf.  aussi  khayére  Hingre,  qui  correspondent  à  l'a.  fr.  chaiere  <i 
cathedra  avec  des  modifications  expliquées  §  151  s.  v°  ;  enfin  on 
notera  aussi  la  forme  curieuse  Rayhie,  n.  propre  fém.,  Reine, 
donnée  par  Hingre. 

De  cet  exposé,  il  résulte  que  le  Val-d'Ajol  se  sépare  de  toutes 
les  autres  localités  et  ne  connaît  que  des  formes  syncopées.  Mais 
l'accord  de  ces  autres  localités  est  loin  d'être  complet  :  elles  ne 
traitent  semblablement  que  «  faîne  »  et  les  représentants  de  *vua- 
dimen,  pour  ne  parler  que  des  formes  obtenues  partout,  c'est- 
à-dire  les  mots  où  la  voyelle  tonique  a  ou  avait  ancienne- 
ment le  timbre  i  ;  par  contre  «  mûr  »  et  les  représentants  de  l'a. 
fr.  seil  sont  syncopés  dans  l'aire  17-22  comme  au  Val-d'Ajol.  On 
peut  donc  conclure  que,  dans  tout  notre  domaine,  à  l'exclusion 
du  Val-d'Ajol,  un  v  s'est  développé  régulièrement  (dans  «  faîne  » 
il  serait  sans  doute  plus  exact  de  dire  qu'il  s'est  maintenu)  entre  un 
^  protonique  et  une  voyelle  tonique  de  timbre/,  et  que  c'est  par 
une  propagation  en  quelque  sorte  analogique  que  ce  même 
traitement  a  pénétré  entre  î  protonique  et  u  tonique,  ce  qui 
explique  que  l'aire  en  soit  plus  restreinte.  Cf.  encore  pour  les 
formes  participiales  §  142. 

Nos  parlers  ont,  au  reste,  une  tendance  très  marquée  à  déve- 
lopper un  3»  entre  voyelles  en  hiatus.  On  peut  citer  le  traitement 
des  verbes  «ouïr  »  et  «  jouir»  entendu  c.  298,  réussir  c  655, 
et  aussi  celui  du  mot  français  adapté   truand  au  sens  de  pares- 


-  38- 

eux  c.  552.  Le  fait  se  produit  même  entre  deux  mots  :  on  dit 
en  effet  partout  e  y  7,  -à  un,  cf.  à  L.,  et  y  se  dégage  d'une  façon 
analogue  après  /  adverbe  dans  les  groupes  [«  que  j'y  aille,  que 
j'y  envoie  »]  c.  418.  Mais  on  ne  peut  pas  faire  état  des  formes 
du  pronom  de  la  i""*  personne  îy,  en  raison  des  difficultés  qu'en 
présente  l'explication,  cf.  §  105,  2°. 
3°  w. 

Enfin,  je  me  contenterai  de  rappeler  qu'un  zv  apparaît  après  un 
ii  dans  les  mots  déjà  cités  §  24  «  corvée,  écrouelles,  truelle  »,  car 
je  ne  puis  pas  affirmer  que  dans  les  points  et  dans  les  mots  tels 
qu'essuyer  c.  311,  jouer  c;  424,  etc.,  où  je  ne  l'ai  pas  noté, 
ce  phonème  n'existe  réellement  pas.  Mon  audition  a  pu  être  en 
défaut,  et  il  serait  par  conséquent  risqué  de  raisonner  sur  des 
faits  dont  la  valeur  est  incertaine. 

§  29.  Amuïssement  des  consonnes  finales. 

Outre  les  cas  où  l'amuissement  existe  également  en  français  et 
qui  sont  passés  sous  silence,  nos  parlers  en  présentent  un  grand 
nombre  d'autres.  Mais,  si  important  qu'y  soit  ce  phénomène,  la 
sphonétique  syntactique  et  l'analogie  le  rendent  souvent  irrégulier 
et  il  arrive  même  que  nos  parlers  conservent  certaines  consonnes, 
finales  que  le  français  ne  possède  plus,  cf.  fin  du  paragraphe. 

i'  r. 

r,  très  anciennement  final  ou  devenu  final  par  l'amuissement 
d'une  consonne,  disparaît  à  peu  près  sans  exception,  cf.  les  infini- 
tifs en  î  =  fr.  ir,  ceux  en  e  =  fr.  oir  dans  avoir,  savoir  L., 
les  suffixes  é  =  fr.  oir,  û  =  fr.  eur,  etc.,  le  suffixe  à  =  fr.  ard, 
fwo  fort  L.,  etc.  En  dehors  des  mots  empruntés  au  français,  les 
adjectifs  noir  et  sûr  L.  ont  partout  un  r  qui  provient  de  la 
forme  féminine. 

r  est  en  outre  tombé  dans  trois  mots  où  il  était  anciennement 
suivi  d'un  ^  féminin,  à  savoir  derrière  c.  244,  encore  c.  291 
et  guère  c.  403.  La  forme  avec  r  de  ce  dernier  mot  subsiste 
encore  aux  points  12  et  13,  du  moins  quand  il  est  indépendant; 
car  dans  le  composé  qui  signifie  vaurien  L.  et  qui  correspond 
au  fr.  «  guère  d'œuvrc  »,  12  et  13  disent  tvklyœv,  -J. 


—  39  — 

L'amuïssement  d'un  r  qui  occupe  la  deuxième  place  d'un 
groupe  final  donne  lieu  à  des  faits  plus  variés.  Il  se  produit  par- 
tout dans  les  verbes  anciennement  terminés  en  are.  tels  que 
fendre  c.  338,  etc.,  mais  ailleurs,  et  dans  des  mots  de  toutes 
les  époques,  il  se  maintient  dans  un  domaine  variable  :  arbre 
c.  39,  les  représentants  de  scindula  au  sens  de  bardeau  c.  84, 
ceux  à'ubcr  au  sens  de  pis  de  la  vache  c.  582,  cendre  c.  143, 
encre  c.  292,  genièvre  c.  382, ombre  c.  531,  maître  Z,.  ; 
il  faut  particulièrement  noter  quatre!,,  qui  se  dit  partout  kwet 
devant  consonne  et  à  la  pause,  mais  conserve  la  forme  plus 
ancienne  kiuetr  devant  voyelle  chez  la  plupart  des  témoins. 

2°  /. 

L'amuïssement  de  /  n'est  pas  moins  répandu  que  celui  de  r,  cf. 
le  suffixe  I  =  a.  fr.  el,  50  sel  L.,  mye  miel  id.,  etc.  Les  excep- 
tions sont  rares  :  tous  les  témoins  disent,  comme  en  fr.,  novel  a, 
nouvel  an,  et  dans  les  expressions  «  un  bel  homme,  de  beaux 
hommes  »,  quelques-uns  emploient  encore  bel  à  côté  de  be,  qui 
est  beaucoup  plus  usité,  cf.  nouveau,  beau  L. 

On  a  vu  §  16  que  /  après  diverses  consonnes  devient  j  ;  aussi 
est-il  impossible  de  reconnaître  à  quel  stade  la  consonne  s'est 
amuïe  dans  cercle    c.  144,  ongle    c.  533, /r^/ trèfle  Z.,  etc. 

3«/-. 

/tombe  de  même  partout  dans  byœ,  yâ  bœuf,  œufZ,.,  etc., 
saufdansle  nom  dénombre  neuf  Z,.  qui  se  dit  nœf  dans  toutes  les 
localités  quand  il  est  final.  Dans  la  phrase,  devant  consonne, 
deux  témoins  seulement  ont  été  interrogés,  i  a  a  employé  ijœf, 
mais  I  b  nœ,  que  j'ai  souvent  entendu  dans  la  région  du  Thillot. 

Un  seul  mot  (d)evÔ  avec  L.  atteste  l'amuïssement  du  k  final, 
parce  que  ce  phonème  a  eu  dans  nos  parlers  un  développe- 
ment particulier,  dont  il  sera  parlé  §  36. 

5°;-. 

Les  faits  concernant  y  final  sont  beaucoup  plus  compliqués 
que  les  précédents,  et  parfois  même  l'interprétation  en  est  tout  à 
fait  incertaine.  On  sait  en  efi"et  que  les  parlers  orientaux  et  parti- 
culièrement les  lorrains  présentent  fréquemment  au  Moyen  Age 


—  40  — 

après  la  voyelle  tonique  un  /  parasite,  cf.  entre  autres  Schwan- 
Behrens^  ch.  IV,  p.  î28,  et  IIP  partie,  p.  97,  Suchier,  Gr.  Gr.,  pp. 
764-5.  Maison  en  connaît  mal  l'extension  et  les  conditions,  si 
bien  que  l'explication  des  faits  actuels  est  souvent  obscure.  On 
trouve  par  exemple  un  )'  final  dans  «  feu,  jeu,  lieu  »,cf.  §9,  dans 
la  région  de  Remiremont,  dont  on  ne  peut  dire  si  c'est  un  traite- 
ment ancien  en  recul,  ou  un  traitement  nouveau  et  analogique 
d'après  les  nombreux  mots  qui  conservent  un  y  final  issu  d'une 
ancienne  palatale  ;  cf.  aussi  sœy  21,  22,  say  12  sureau  c.734. 
Mais  c'est  certainement  à  une  extension  analogique  de  ce  genre 
que  sont  dues  les  formes  avec  y  particulièrement  fréquentes 
au  Val-d'Ajol  telles  quœy  eu  c.j},  sœy  su  c.  688.  De  même 
il  est  probable  que  le  y  final  fréquent  dans  la  région  de  Remire- 
mont  après  t'  =r  fr.  eau,  p.  ex.  dans  lâsey  11  a,  c  lait  L.,  etc., 
est  récent  ;  en  tout  cas  le  développement  se  produit  également 
dans  des  formes  françaises  adaptées  telles  que  dey  11  a-c  dé  L., 
et  il  est  caractéristique  du  français  populaire  de  la  région  de 
Remiremont,  cf.  §  74. 

Il  peut  même  arriver  que  l'état  actuel  de  nos  parlers  ne 
permette  pas  de  reconnaître  s'il  faut  le  rattacher  aux  faits 
les  mieux  établis  du  Moyen  Age.  Le  traitement  ei,  corres- 
pondant à  ^  du  français  <  a  latin  tonique  libre,  appartient  à 
tous  les  textes  lorrains  ;  quelques  exemples  de  notre  région 
suffiront  :  âonciNAL.  2529,  41,  meix,  prei  id.  2531,  66,  etc.; 
or  nos  parlers  ne  présentent  actuellement  aucune  trace  de  y. 
Mais  ces  réserves  faites,  il  existe  des  cas  nombreux  où  un  y, 
encore  attesté  dans  un  nombre  variable  de  localités,  est  ailleurs 
en  voie  de  recul. 

a)  }■  issu  d'un  ancien  /. 

Un  y,  issu  d'un  ancien  /,  très  anciennement  final,  dans  des 
formes  masculines,  subsiste  encore  partout  dans  pnly  pou  L., 
mais  il  s'amuït  fréquemment  ailleurs  et  dans  une  aire  variable, 
cf.  genou  c.  384,  verrou  L.,  seuil  id.,  soleil  c. 716  partout 
formé  avec  le  suffixe  iiclu,  les  représentants  de  l'a.  fr.  crama  il 
crémaillère  c.  227  ;  l'amuîssement  est  général  dans  les  repré- 
sentants de  l'ancien  accusatif  issu  de  /iliii  fils  c.  347  et  dans 
ceux  de  «  mil  »  millet  L. 


—  41  — 

b)  y  développé  entre  voyelles. 

Suivant  un  traitement  très  répandu  dans  les  parlers  lorrains, 
cf.  Horning,  §§  132  et  171,  et  Meyer-Lûbke,  Gr.  d.R.  Spr.,  I, 
§§  378  et  43  e,  un  nombre  considérable  de  mots,  qui  se  terminent 
en  français  par  une  voyelle  suivie  d'un  e  féminin,  est,  dans  nos 
parlers,  terminé  par  un  y.  Ce  y  peut  s'être  développé  entre  la 
voyelle  et  Ve  féminin  en  hiatus  après  amuïssement  ancien  d'une 
dentale,  cf.  p.  ex.  année  c.  32;  il  peut  aussi  représenter  le 
deuxième  élément  d'une  ancienne  diphtongue,  p.  ex.  dans  dby, 
doigt  c.  256,  qui  correspond  à  l'a.  fr.  doie  <i*dita,  ou  une 
ancienne  palatale  dans  le  mot  qui  équivaut  au  fr.  raie  ■<  riga, 
roy  partout  sauf  n'iy  lé  a,  ro  12,  au  sens  de  sillon  L.  ;  l'origine 
du  y  n'est  pas  certaine  dans  charrue  c.  165,  oy  partout  s2ii\îwoy 
12  oie  L. 

Après  /et  u,  c&y  est  actuellement  en  voie  d'amuïssement,  cf. 
araignée  c.  38,  chargée  c.  159  bis^  «  tenue  »  s.  v.  tenir  L.  ; 
il  est  également  notable  dans  roue  c.  667,  queue  L.  kfiy  i-io, 
ié-22  mais  kû  11-15.  Le  Val-d'Ajol  présente  des  faits  particu- 
liers :  il  emploie  à  la  fois  woy,  oie,  swoy soie  L.,  tûyta.ïe  id.  et 
ro,  sillon,  iiiiio  monnaie  c.  506,  où  l'on  a  affaire  soit  à  un 
développement  spontané  soit  à  un  mélange  de  parlers  ;  il  est  en 
outre  difficile  de  dire  si  la  terminaison  e  qui  correspond  au  fran- 
çais ée  p.  ex.  dans  «  année  «  y  a  perdu  un  ancien  y  ou,  comme 
dans  les  parlers  franc-comtois,  ne  l'a  jamais  possédé. 

On  a  vu  plus  haut  p.  8  que  nos  parlers  possèdent  encore  dans 
quelques  expressions  figées  une  ancienne  forme  de  «  dieu  »  où  y 
s'était  développé  ;  ce  y  persiste  encore  dans  la  région  de  Remire- 
mont  et  dans  la  vallée  de  la  Moselotte.  On  trouve  un  y  de  même 
origine  dans  les  formes  de  «  suif  »  de  l'aire  11-15,  cf.  p.  8,  dans 
l'adjectif  pronominal  mey  mien  L.  de  l'aire  19-22  et  dans  les 
formes  d'imparfait  en  éy,  sur  lesquelles  cf.  §  137. 

c)  y  issu  d'une  ancienne  palatale. 

Les  conditions  dans  lesquelles  ce  y  apparaît  ont  déjà  été  expo- 
sées p.  7  sq.  Dans  le  suffixe  correspondant  au  fr.  ter  l'aire  11-15 
le  conserve  régulièrement.  Dans  les  mots  qui  contenaient  étymo- 
logiquement  un  0  latin  suivi  de  v,  il  a  une  extension  moindre  : 
on  ne  le  trouve  plus  guère  que  dans  les  localités   11,   12  et  13, 


-  42  — 

cf.  p.  9,  cependant  17  a,  f,  g,  18  disent  aussi /(^j^)»  =  fr.  fossoir, 
pioche  à  fer  large,  pioche  Z.  Là  même  il  est  fréquemment 
amuï  :  c'est  ainsi  que  dans  huit  L.  œy  n'a  été  indiqué  que 
par  12  b.  Dans  les  mots  dont  l'étymon  possédait  un  e  latin 
ouvert  suivi  de  y,  celui-ci  a  davantage  résisté  :  si  «  lit  »,  3 
p.  s.  du  V.  lire  L.,  se  dit  partout  le.  et  si  le  participe  passé  ne 
se  dit  ley  qu'au  Val-d'Ajol,  lit  c.  458,  pis  c.  581  et  six  c. 
712  ont  un  y  final  dans  les  deux  aires  11-15  et  19-22,  et  le 
pronom  personnel  féminin  tonique  issu  à'*illaei  ley  i-io,  16- 
22,  ley  11-15  le  conserve  même  partout.  Quant  à  dix  c.  254^  il 
est  probable  que  dïy^-,  -ç  de  la  région  de  Remiremont  doit 
le  maintien  du  jy  à  l'influence  des  formes  sans  consonne  finale 
que  je  n'ai  pas  recueillies,  et  qui  n'existent  peut-être  plus 
aujourd'hui. 

6°  La  spirante  finale  €,  Ç. 

«  Six»  a  perdu  partout  toute  trace  de  son  ancienne  spirante 
finale,  de  même  que  les  représentants  âi*exarsii  au  sens  de  sec 
c.  697-9,  ^f-  sur  ce  mot '§  85,  2°.  Par  contre  «huis  »  au  sens 
de  porte  L.  la  conserve  partout,  âe  1-8',  11  a,  c,  œd  9-1 1  b, 
13-22,  oç  12  a,  b.  Cf.  aussi  §  37. 

7°  t  après  ç  <i  s. 

Cet  amuïssement  ne  se  produit  que  dans  la  vallée  de  la  Moselotte, 
parce  que  c'est  la  seule  partie  de  notre  domaine  où  s,  à  l'état  de 
Ç,  se  soit  maintenu  devant  consonne,  cf.  §  43  ;  mais  il  n'en  com- 
prend pas  toutes  les  localités.  Si  l'on  compare  crête  c.  229, 
croûte  c.  236,  les  représentants  de  l'impératif  de  «  dévêtir  »  au 
sens  d'ôte  tes  habits  c.  538,  hêtre  Z,.,  on  voit  que  seule  l'aire 
20-22  amuït  le  /  et  présente  des  formes  se  terminant  avec  Ç,  tan- 
dis que  les  villages  situés  en  aval  conservent  encore  Çté.  L'aire 
même  20-22  n'a  pas  perdu  toute  trace  de  l'état  antérieur  :  j'ai 
recueilli  mœÇU  qui  correspond  à  l'a.  fr.  moiste  <C  *mnccidu  Meyer- 
Lûbke,  EW.  571 1,  non  seulement  chez  les  témoins  19  a-d  mais 
chez  21  a,  cf.  humide  Z,.,  et  Hingre  donne  également  meakhtc 
pour  La  Bresse.  Le  v.  meukhtlé,  devenir  humide,  signalé  aussi  par 
H.,  explique  peut-être  l'irrégularité  de  «  moiste  »,  cf.  encore  sur 
ce  mot§  78. 


-  43  — 

B°  d  du  groupe  nd. 

Cet  amuïssement  ne  se  produit  également  que  dans  la  vallée 
de  la  Moselotte,  et  seulement  dans  les  points  20  et  21  ;  il  est  en 
effet  consécutif  d'un  traitement  propre  à  cette  région.  Dans  la 
terminaison  des  mots  qui  correspondent  à  des  mots  français  en 
endre,  la  voyelle  se  dénasalise  en  dégageant  un  w,  cf.  §  38  ;  de  là 
provient  le  traitement  ond  de  La  Bresse  et,  par  une  réduction  pos- 
térieure, 5«  des  deux  points  20-21,  cf.  cendre  c.  143,  des- 
cendre c.  245,  etc.  Je  n'ai  relevé  ce  développement  que  dans 
les  mots  en  ôiid  ;  «  joindre  «qui  s'emploie  au  sens  d'atteler  les 
bœufs  c.  54  se  dit  jed  dans  l'aire  20-22  ;  Hingre  donne,  outre 
jède,  jènde  et  seulement  khênde,  éteindre,  que  je  n'ai  pas  demandé 
aux  points  20  et  21.  t  ne  subit  pas  le  même  traitement,  cf.  trente 
c.  767  où  la  dénasalisation  n'a  pas  suivi  la  même  voie  que  dans 
les  mots  en  endre,  et  on  verra  plus  loin  §  98  que  dans  l'aire  19- 
22  la  3*pers.  du  pluriel  de  l'indicatif  présent  est  en  /;  cependant 
dans  le  canton  de  Faulquemont  de  la  région  messine,  l'ancienne 
désinence  nt  est  réduite  à  n  dans  les  verbes  à  radical  terminé  par 
une  voyelle,  cf.  This,  §  122,  et  Meyer-Lûbke,  Gr.  d.  R.  Spr., 
Il,  §  139. 

9°  n- 

Les  anciennes  terminaisons  aîgne,  eigne,  correspondant  au  fr. 
agne,  eigne,  igné  se  sont  réduites  à.  è  (è  suivi  d'une  résonance 
nasale  «  à  La  Bresse)  dans  la  partie  la  plus  reculée  de  la  vallée  de 
la  Moselotte,  mais  cette  innovation  n'a  pas  complètement  éliminé 
la  prononciation  antérieure.  Montagne  c.  507  ne  se  dit  mdthi 
qu'au  point  22  (dont  le  témoin  22  a  a  également  employé  motefi, 
sans  doute  en  raison  de  ses  déplacements),  cf.  aussi  juontain 
Hingre.  Dans  «  Allemagne  »  qui  sert  à  désigner  l'Alsace  L.,  è  a. 
une  extension  plus  grande  :  àlmèn  22  a,  b,  —  e  20  c,  21  a,  e, 
olme  19  d.  Hingre  cite  en  outre  pour  La  Bresse  lain,  ligne  à 
pêcher,  peiti,  peigne  de  tissage,  et  même  campain,  campagne,  et 
de  mon  côté  j'ai  recueilli  le  20  c,  21  e  ligne  L.,  pe  21  peigne 
c.  560  et  ve  21  vigne  c.  791,  mais  Ihj  19  à.,pen  20,  22,  ven  19, 
20  et  kàpeiî,  21,  22  campagne  L.  Hingre  donne  lui-même, 
outre    campaigne,     le     mot   régional    charpaigne,    qu'il    traduit 


—  4^  — 

par  charpagne,  terme  du  fr.  populaire  de  tout  notre  domaine,  et 
qui  concorde  avec  èh'pen  de  la  carte  550  panier. 

Cette  réduction  du  y  final  a  été  relevée  par  M.  Horning  dans 
une  autre  localité  orientale,  la  Poutroie,  §  178,  et  je  l'ai  notée 
dans  une  région  très  éloignée,  la  Nièvre,  la  môle  d  eâlà,  la  mon- 
tagne de  Chalon,  d'après  Meunier,  Monographie  phonétique  du  par- 
ler de  Chanlgiies,  p.  1 10,  §  219,  Paris,  Champion,  19 12. 

Les  formes  du  mot  correspondant  au  (v.  fange  ■<  goih.  fa iii 
Meyer-Lûbke,  EfV.  3184,  étymologie  qui  soulève  des  difficultés, 
et  très  usité  dans  les  parlers  orientaux  pour  désigner  un  terrain 
marécageux  et  particulièrement  dans  des  noms  de  lieux,  donnent 
en  apparence  une  extension  beaucoup  plus  grande  à  la  réduction 
à'aig7u  à  è.  J'ai  en  effet  recueilli  d'une  panfhj  (f.)  i  c,  2  c,(m.) 
2  c,  4  a,  5  a,  c,  6  b,  8  c,  8'  c,  fen  (f.)  15  b,  (m.)  1 1  a,  14  a  et 
d'autre  part  Je  (f.)  17  a,  19  a-d,  20  c,  21  a  e,  fèn  22  et  l'expres- 
sion di  fè  là  9,  lé  b,  17  a,  b,  18,  19  d,  22  a,  fange,  fangeux 
L.  De  plus,  dans  les  noms  de  lieux,  à  côté  de  rot  fen,  la  Ronde- 
Feigne  (Bussang)  de  i  c,  2  c,  j'ai  obtenu  non  seulement  rot  fè 
21  a,  lâfèd  l  evyâ,  Feigne-de-l'Envers  (Ventron)id.,mais  ;;/(V)'ô/è, 
Mailleronfeing  (Bellefontaine)  lia,  13  b,  la  fè  lôyô  (ce  dernier 
mot  est  un  nom  de  personne  dérivé  du  nom  ancien  de  la  com- 
mune d'Eloyes  L.,  qu'on  appelle  aujourd'hui  suivant  les  parlers 
e  ou  âloy=.ir.  «  es -\- loges  ^y),  les  Fains-Loyaux  (Saint-Etienne) 
15  ;  cf.  aussi  dans  le  long  article  de  Haillant  Uriménil  feine  les 
noms  de  lieux  cités,  particulièrement  Plainfaing,  commune  du 
canton  de  Fraize,  Ranfliing,  commune  du  canton  de  Brouve- 
lieures,  tous  deux  dans  l'arrondissement  de  Saint-Dié.  Mais 
s'il  est  possible  et  même  probable  que  dans  là  vallée  de  la 
Moselotte,  où  le  mot  est  encore  féminin,  fè  soit  la  réduction 
de  fen,  comme  le  montre  la  comparaison  du  patois  rot  pè 
et  du  français  Ronde-Feigne,  il  semble  bien  qu'ailleurs/^  soit 
une  forme  masculine  refaite  :  on  remarquera  en  effet  que  le  mot 
est  souvent  masculin,  et  on  notera  aussi  l'expression  d) pè  là  qui 
explique  probablement  le  changement  du  genre,  bien  que  je  ne 
l'aie  guère  recueillie  que  là  où /é  est  encore  féminin;  enfin  on  en 
trouve  une  autre  preuve  dans  le  nom  de  lieu  Plainfaing,  dont  le 
premier  élément  est  l'adjectif  masculin  «  plain  •>. 


—  45  — 

Suivant  une  autre  réduction,  n  perd  parfois  à  la  fin  du  mot  son 
élément  palatal  et  devient  n.  Ce  traitement  a  dû  se  produire 
devant  les  mots  à  initiale  consonantique,  comme  on  le  voit 
également  à  l'intérieur  du  mot  en  différents  points  dans  étran- 
glerait c.  322.  Actuellement  il  est  localisé  dans  l'aire  11-15  où 
du  reste  n  persiste  encore  plus  ou  moins  suivant  les  points  et  les 
témoins,  et  il  se  manifeste  dans  des  mots  de  toute  époque,  cf. 
montagne  c.  507,  peigne  c.  560,  signe  c.  711,  vigne  c.  791, 
charogne,  empeigne,  ivrogne,  ligne  L.,  etc.  On  ne  peut 
pas  faire  état  de  kvoii  borgne  L.,  usité  partout,  pour  conclure 
que  la  réduction  de  n  à  n  appartient  à  tout  le  domaine  ;  car, 
outre  que  ce  mot  est  d'origine  inconnue,  cette  forme  isolée 
peut  bien  avoir  été  empruntée. 

Bien  que  l'amuïssement  des  consonnes  finales  soit,  comme  les 
pages  précédentes  le  montrent,  plus  important  dans  nos  parlers 
qu'en  français,  il  arrive  qu'une  consonne  s'y  maintienne,  alors 
qu'elle  est  amuïe  en  français.  On  a  déjà  vu  plus  haut  p.  42  le  cas 
d'«  huis  »  ;  de  même  chez  la  plupart  des  témoins  deux  et 
trois  ont  des  formes  à  consonne  finale  à  la  pause  :  dns  partout 
sauf  ^«  7  a,  12  b,  tro£  1-8',  n  a,  c,  -ç  9-1 1  b,  13-22,  -ç  12;  et 
dix  c.  254 N.  E.  conserve  cette  forme,  même  dev'ant  consonne. 
En  outre  l'analogie  fait  parfois  triompher  à  la  pause  la  forme  à 
consonne  sonore,  normalement  usitée  devant  voyelle,  dans  troj, 
trois,  I  b,  7  a,  dix  c.  254.  Toutefois,  il  ne  faut  pas  voir  dans 
frtit  fruit  c.  370  une  forme  où  /  final  se  serait  maintenu  par 
une  action  de  la  phonétique  syntaciique,  mais  le  représentant 
d'un  étymon  *fnicta  qui  se  retrouve  dans  d'autres  parlers 
romans,  cf.  Meyer-Lubke,  EW.  3537,  et  Gr.d.  R.  Spr. ,11,  §  54. 

§  30.  Les  liaisons. 

En  raison  de  l'amuïssement  des  consonnes  finales,  les  hiatus 
dans  la  phrase  sont  plus  nombreux  qu'en  français. 

1°  Entre  adjectif  et  substantif,  on  a  vu  p.  39  que  «  beau  »  se 
dit  ordinairement  bé  même  devant  voyelle,  ptî  petit  L.  est  la 
seule  forme  usitée.  Au  contraire  ^/  quel  L.  dans  la  phrase 
[«  Quel  âge  as-tu  ?  »j  a  été  employé  par  presque  tous  les  témoins. 


-4é  - 

Les  noms  de  nombre  présentent  de  même  ordinairement  des 
formes  à  finale  consonantique  devant  les  mots  à  initiale  voca- 
lique;  cependant  dfi  deux  L.,  fré  trois  id.  sont  très  fréquents 
devant  voyelle,  surtout  dans  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  et  ce 
fait  est  assez  remarquable  en  raison  des  particularités  signalées 
plus  haut  sur  ces  deux  noms  de  nombre. 

2°  Après  un  substantif,  la  liaison  ne  subsiste  que  dans  quelques 
locutions  usuelles  :  je  n'ai  guère  recueilli  que  d  enœt  e  kï^,  d'au- 
jourd'hui en  quinze,  20  a  et  22  a  aujourd'hui  L.,  de  td:(e  ot, 
de  temps  à  autre,  2  c . 

3°  Après  une  forme  verbale,  la  liaison  n'est  régulière  que 
lorsque  le  pronom  sujet  de  la  3^  personne  est  postposé,  cf.  p.  ex. 
elle  Z,.;  je  n'ai  pas  demandé  «  vas-y,  donnes-en  »,  cf.  toutefois 
à  la  fin  du  paragraphe.  Elle  est  en  outre  assez  fréquente  après 
«c'est  »,  cf.  être  L.,  et,  avec  des  consonnes  variées,  dans  l'im- 
parfait prochain  formé,  comme  on  le  verra  §  125,  avec  l'ancien 
adverbe  or.  Mais,  en  dehors  de  ces  cas,  elle  est  exceptionnelle  :  je 
n'ai  relevé  q\iQe forât  et...,  il  faudrait  être...,  du  témoin  20  a,  v. 
la  c.  334  N.  E.,  et  un  y  d'origine  obscure,  dû  peut-être  à  une 
propagation  de  celui  que  nous  verrons  4°,  entre  l'indicatif  présent 
d'«  avoir  »  et  le  participe  «  eu  »  au  seul  point  19,  avoir  L. 

4°  Après  les  prépositions  et  les  conjonctions  la  liaison  est  éga- 
lement très  rare,  sauf  dans  des  composés  tels  qu'avant- hier  L., 
qui  de  plus  présente  parfois  un  :{  analogique,  etc.  Je  n'ai  en 
outre  recueilli  que  pw^  «  en  avoir  »  des  témoins  9  et  14  a,  cf. 
en  c.  285  N.  E.,  e  y  en...,  à  une...,  des  témoins  19  c  et  22  a,  à 
Z,.,  qui  est  refait  snvey  t,  à  un,  cf.  p.  38,  et  cy  ûr,  à  l'heure, 
de   17  f,  g  heure  L.  qui  a  peut-être  la  même  origine. 

Parmi  les  faits  concernant  les  conjonctions,  il  faut  signaler 
l'emploi  indifférent  de  kà  et  kàt,  quelle  que  soit  l'initiale  du  mot 
suivant  quand  L.,  etv'it  e  y  œt,  vingt-huit,  des  témoins  17  f, 
19  c,  20  a,  22  b  vingt  L.,  dont  le  y  paraît  être  une  propagation 
de  celui  que  nous  venons  devoir  après  «  à  ». 

5°  Les  faits  obtenus  concernant  l'adverbe  sont  peu  nombreux. 
Quand  l'adverbe  précède  l'adjectif,  tro  tropZ,.  est  la  seule  forme 
usitée  ;  par  contre  «  bien  »  est  partout  lié  par  n,  et  ce  traitement 


—  47  — 

est  de  beaucoup  le  plus  répandu  dans  l'expression  «  je  voudrais 
bien  avoir  de  celle-ci  »,  bien  L;  cf.  aussi  tôt  e  le  rod,  tout  à  la 
ronde,  i8,  20  a,  21  a,  22  a   autour   L. 

A  côté  de  ces  cas  où,  dans  l'ensemble,  la  liaison  a  rarement 
lieu,  il  en  est  un  certain  nombre  où  elle  est  au  contraire  con- 
stante, à  savoir  après  les  articles  et  les  pronoms  et  adjectifs  prono- 
minaux, en  notant  ce  fait  important  que  yetw  ont  partout  la 
valeur  de  consonnes  et  empêchent  toute  liaison  :  je  n'ai  relevé 
qu'une  exception  pour  u>  dans  m  woe  auge  c.  57  au  Val- 
d'Ajol. 

Il  s'est  même  produit  après  les  pronoms  quelques  développe- 
ments analogiques.  «  on  »,  p.  ex.  dans  on  a  c.  67,  «  on  est  » 
être  L.,  est  lié  dans  de  nombreuses  localités  par  un  :(  qui  pro- 
vient probablement  de  «  nous,  vous  »  ;  l'influence  d'  «  ils,  elles  » 
est  exclue  puisque  ces  deux  pronoms  se  disent  partout  el,  ell 
devant  voyelle.  De  même,  on  emploie  partout  «  ça  z  »  devant 
une  forme  verbale  à  initiale  vocalique,  cf.  ce  L.  ;  seul  le  témoin 
18  dit  sa  «  est  »,  mais  c'est  très  probablement  un  usage  individuel. 
Dans  l'expression  donne-m'en  c.  284  la  plupart  des  témoins 
disent  «  me-s-en  »,  évidemment  d'après  «  nous-en  »,  et  de 
même  une  forme  :^î  s'emploie  après  je  c.  418  d'après  «  nous-y  », 
etc.;  ce  développement  ne  s'est  produit  que  dans  les  localités  où 
le  pronom  «  je  »  a  une  seule  forme  /,  et  où  par  conséquent  le 
groupement  de  «  je  »  avec  «  y  »  était  devenu  à  peu  près  impos- 
sible sans  ce  procédé. 

§  31.  Assourdissement  des  consonnes  finales. 

Conformément  à  un  traitement  qui  dépasse  de  beaucoup  notre 
domaine  et  qui  appartient  sans  doute  à  la  phonétique  syntac- 
tique  de  tous  les  parlers  français,  une  consonne  sonore  qui 
devient  finale  par  suite  de  la  chute  d'un  e  féminin  s'assourdit, 
quand  elle  se  trouve  en  contact  avec  une  sourde  suivante,  cf. 
|.ais-toi  c.  739,  à  côté  de  l'infinitif  se  taire  c.  738,  exprimé  par- 
tout par  le  représentant  de  l'a.  fr.  coisier  <^*qnetiare  Meyer-Lûbke, 
EW.  6956  ;  laconsonne  de  mange  c.  474  est  restée  sonore  devant 
«  puisque  tu  as  faim  »,   là  où  les  témoins  ont  fait  une  pause. 


-48- 

Ce  phénomène  d'assimilation  est  semblable  à  celui  qui  se  pro- 
duit à  l'intérieur  du  mot,  cf.  §  8i,  A  i°. 

C'est  par  une  extension  analogique  de  ce  traitement  que  les  con- 
sonnes sonores  finales  sont  devenues  sourdes  en  toute  position, 
sauf  naturellement  devant  une  consonne  sonore  suivante.  Mais 
ce  phénomène  caractérise  la  région  de  Remiremont  et  surtout 
les  points  ii,  13  et  14,  où  l'assourdissement  a  lieu  à  peu  près 
sans  exception.  Les  points  12  et  15  le  présentent  également, 
mais  avec  moins  de  régularité,  cf.  le  traitement  du  suffixe  âge 
p.  ex.  dans  fromage  c.  368,  il  neige  c.  520,  le  représen- 
tant du  latin  uber  au  sens  de  pis  de  la  vache  c.  582,  garde 
c.  372,  il  garde  c.  375,  froide  c.367,  seize  c.  702,  treize 
c.  765,  dos  11-15.  sauf  ^cl;^  12  b  douze  L.,  etc..  Arbre  c.  39, 
gerbe  c.  385,  herbe  c.  406,  cL  aussi  rîd',  meule  à  écraser  le 
chanvre,  14a,  chanvre  L.,  sont  à  peu  près  les  seuls  mots  où  la 
consonne  finale  m'ait  paru  moins  nettement  sourde,  et  peut-être 
ce  fait  est-il  simplement  attribuable  à  l'insuffisance  de  mon 
audition. 

En  dehors  de  l'aire  11-15,  l'assourdissement  est  peu  répandu; 
le  point  lé  est  le  seul  où  il  se  manifeste  avec  quelque  fréquence  ; 
ailleurs  il  est  sporadique,  cf.  ^os  10  a,  b,  11,  i2a-ié  chose  L.^ 
mύ,  moisit,  9  moisir  L.,  aire  et  grange  c.  15  et  394,  bise 
c.  100,  etc;  ;  quatorze  c.  624  a  une  sourde  finale  dans  une  aire 
plus  considérable  qui  comprend  les  localités  9-17,  19-21.  On 
voit  par  ces  exemples  que  le  phénomène  est  étranger  à  la  plu- 
part des  parlers  de  la  Haute-Moselle  ;  cependant,  ainsi  que  le 
fait  est  indiqué  dans  V Atlas,  introduction,  p.  xx,  la  sonorité  des 
consonnes  finales  est  moins  nette  qu'en  français,  et  j'ai  même  noté 
grîj  2c,  6  b  grise  L.,  inortiuçs  2c  mortaise  L.,blcs  5  c  Biaise  L., 
et  làe,  -s  5  d,  qui  représente  probablement  le  même  type  que 
le  tr.  longe  et  s'emploie  pour  désigner  la  longue  poutre  qui 
passe  sous  les  essieux,  voiture  L.  Pour  le  s  du  féminin  kh-yd'S, 
creuse,  profonde  c.  617  de  l'aire  19-22  et  d'autres  adjectifs  en 
eâsse  et  aussi  pour  celui  du  substantif  betœs,  lait  de  beurre,  cf. 
§§  M  5  et  147. 


—  49  — 

§  32.  Métathèses  de  r. 

Ces  métathèses  qui  sont  multiples  sont  souvent  en  contradic- 
tion apparente  :  c'est  un  fliit  qui  résulte  à  la  fois  de  l'époque  dif- 
férente à  laquelle  elles  ont  dû  avoir  lieu  et  de  réactions  analo- 
giques qui  en  ont  troublé  le  cours. 

1°  D'après  les  c.  222  couvrir  et  547  ouvrir,  exprimé  dans 
la  plupart  des  localités  par  un  composé  avec  «  de  »  (pour  la 
reformation  de  l'aire  11-15,  cf.  §  143,  B),  r  s'est  placé  parméta- 
thèse  après  la  consonne  initiale.  Le  traitement  existe  actuellement 
dans  toutes  les  formes  verbales,  et  cependant  kœvrî  des  témoins 
I  b,  5  a,  7  a,  8  a,  c  semble  prouver  que  la  métathèse  s'est  d'abord 
produite  dans  les  formes  toniques. 

2°  Suivant  une  autre  métathèse,  r  implosif  final  dans  la  syl- 
labe protonique  passe  après  la  consonne  initiale,  cf.  fourmi  c. 
360  et  corvée  c.  214  ;  fromage  c.  368  est  un  exemple  douteux 
parce  que  le  traitement  est  analogue  à  celui  du  français  ;  quant 
zdrœmt  dormir  L.  et  à  fermer  L.  et  c.  342,  on  ne  peut  pas 
non  plus  en  foire  état,  parce  que  la  métathèse  a  pu  se  produire 
dans  les  formes  toniques.  Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  deux  verbes, 
elle  est  attestée  très  anciennement  par  la  forme  saint  fremin 
NAL.  2531,  78,  et  en  tout  cas  elle  est  antérieure  à  la  suivante. 

3°  D'après  celle-ci,  r  combiné  avec  la  consonne  initiale  d'une 
syllabe  protonique  passe  à  la  fin  de  cette  syllabe.  Toutes  les 
localités  la  présentent  dans  les  formes  de  «  prendre  »,  cf.  prenez 
c,  614,  les  futurs  de  verbes  tels  qu'entrer,  rentrer,  montrer 
L.,  les  représentants  de  l'a.  fr.  trestuit  tous  c.  761,  et  également 
à  peu  près  sans  exception  dans  ceux  de  l'a.  fr.  grillet  aux  sens  de 
grillon  et  de  grelot  c.  401  et  398  ;  elle  se  produit  même  dans 
des  mots  récemment. adaptés  du  français  tels  que  brebis  c.  118, 
grenouille  c.  400.  Mais  souvent  elle  ne  comprend  qu'une  partie 
du  domaine  et  reste  localisée  dans  la  vallée  de  la  Moselotte,  sauf 
ûrwel  truelle  c.  770  qui  existe  au  point  5  et  quelques  formes 
de  la  préposition  «  entre  »  en  composition,  cf.  entre  c.  302 
N.E.  Dans  la  vallée  même  de  la  Moselotte  l'extension  en  est 
variable:  à  côté  de  fourmi  c.  360,  fromage   c.  368,  froment 

Les  parlers  des  Vosges  méridionales.  4 


—  50  — 

c.  369^  premier  c.  613,  les  représentants  du  fr.  trua^id  au  sens 
de  paresseux  c.  552  qui  couvrent  l'aire  17-22,  codcrne  19-22 
chardonneret  Z,.,  issu  par  étymologie  populaire  du  croisement 
de  «  chardonneret  »  et  de  «  chaudronnier  »,  broyer  c.  123, 
corvée  c.  214,  prêter  c.  61'),  perye  20-22  prier  L.,kervâ  1^-22 
crever  L.  ne  dépassent  pas  le  point  19  qui  parfois  ne  possède 
pas  le  traitement.  Exceptionnellement  e/e^ru^^/éc rouelles  c.  277 
existe  au  seul  point  5  ;  mais  dans  ce  cas  il  est  très  probable  que 
nous  avons  affaire,  comme  dans  groseille  c.  402,  à  un  mot 
influencé  par  le  français.  Le  traitement  de  mots  comme  «  fro- 
mage, froment,  premier  »  est-il  dû  à  une  action  semblable  du 
français  dans  les  points  où  la  métathèse  n'est  pas  attestée  ou  en 
est-il  indépendant,  il  est  impossible  de  le  dire.  Mais  en  tout  cas, 
ailleurs  l'irrégularité  a  nécessairement  une  autre  cause.  Dans  les 
verbes  «  crever  »  etc.  elle  est  clairement  due  à  l'influence  des 
formes  toniques  où  la  métathèse  n'a  pas  lieu,  cf.  ces  formes  au 
Lexique;  et  comme  ces  verbes  sont  à  la  fois  assez  nombreux  et 
très  usités,  le  développement  de  la  métathèse  a  été  par  propaga- 
tion analogique  entravé  dans  des  substantifs  tels  que  «  fourmi  », 
etc. 


CHAPITRE  IV 

TRAITEMENTS   ANCIENNEMENT   COMMUNS    EN    RECUL 

Il  m'a  paru  intéressant  de  grouper  ensemble  un  petit  nombre 
de  traitements  qui  sont  représentés  dans  toutes  les  localités,  sauf 
parfois  au  Val-d'Ajol,  mais  n'y  existent  plus  que  comme  des  sur- 
vivances d'un  état  ancien.  Les  causes  du  recul  de  cet  état  peuvent 
être  multiples,  développement  phonétique,  réactions  analogiques, 
disparition  des  mots  qui  étaient  soumis  au  traitement  considéré, 
etc.  Les  faits  exposés  au  §  37  sont,  d'après  l'explication  qui  y 
est  admise,  d'origine  morphologique,  mais  en  raison  de  leur 
aspect  actuel,  qui  a  parfois  fait  croire  qu'on  est  en  présence  d'un 
développement  phonétique  de  r  final,  j'ai  jugé  préférable  de  les 
classer  ici. 

A.     —  Vocalisme. 

§  33-  è  <i^y  devant  r. 

On  a  vu  §  I  que  nos  parlers  ont  réduit  l'ancienne  diphtongue 
ay  2.  â  en  position  finale  tonique.  Devant  r  un  développement 
particulier  en  e  s'est  produit  anciennement,  mais  il  n'en  reste 
plus  que  des  traces.  Actuellement  er  <C  area  est  usité  dans  les 
localités  1-7,  19-22  au  sens  de  jardin  c.  414,  we(r)  guère  c. 
403  <C  anc.  h.  ail.  weigaro  l'est  dans  les  localités  11-14,  j'ai  en 
outre  relevé  en  quelques  points  les  dérivés  de  «  vair  »  <C  vàriu 
comme  noms  de  bœufs  ou  de  vaches  vèrôÇm.)  12  a,  19c,  vertl(î.^ 
12  a  à  côté  de  varel  3a  bœuf,  vache  L.  ;  mais  hrer  =1  fr.  braire 
au  sens  de  pleurer  L.,Jèr,  trer  faire,  traire  id.  n'existent  plus 
qu'au  Val-d'Ajol.  Il  est  clair  que  brâr,fâr,  trâr  des  autres  points 
ont  été  refaits  sur  les  formes  de  l'indicatif  présent  brâ,  jâ,  trâ  ; 
dans  «  guère  »  e  est  devenu  â  puis  0  sous  l'influence  de  la  labiale 


—  52  — 

initiale  dans  les  localités  autres  que  11-14,  vârel  de  3  a  doit  son 
â  à  la  même  cause. 

Il  est  dii-ficile  de  dire  si  le  développement  s'est  fait  d'à  en  e  ou 
au  stade  ay  par  ey.  Cependant  la  deuxième  hypothèse  est  plus 
probable  ;  car  le  développement  est  non  seulement  ancien,  mais 
dans  les  textes  médiévaux  on  trouve,  à  côté  des  formes  eire,  ère 
<  area  NAL.  l'y'^i,  81,  etc.,  des  formes  iere,  hiere  où  ie  semble 
attester  un  diphtongaison  de  Yc  sous  l'influence  du  y,  diphton- 
gaison qui  se  sera  ensuite  réduite  comme  dans  le  suffixe  «  ier  » 
et  le  groupe  ^'^^f  <  lat.  c  ouvert -|-  y,  cf.  plus  haut,  p.  7.  Je  n'ai 
pas  relevé  ces  formes  dans  les  chartes  des  NAL.,  mais  elles  sont 
courantes  dans  V Inventaire  sou ti)i aire  :  ieres  1381^  III,  p.  39, 
col.  I,  13  16  id.,  p.  40,  col.  2,  hiere  1307,  I,  p.  50,  col.  i,  etc. 

§  34.  Traitement  d'il  latin  protonique  en  hiatus. 

C'est  un  fait  bien  connu  que  la  conservation  d'il  latin  proto- 
nique en  hiatus  dans  les  parlers  lorrains  et  wallons,  cf.  Horning, 
§  118.  M.  H.  a  également  constaté  que  dans  l'aire  F  de  son 
enquête,  c'est-à-dire  dans  mon  propre  domaine,  /  rivalise  avec 
û  (d'où  w),  mais  sans  essayer  d'expliquer  ce  fait.  En  effet  û  (d'où 
w)  a  actuellement  une  extension  beaucoup  moins  grande  qu'z 
(d'où  y).  On  ne  le  trouve  partout  que  dans  truelle  c.  770,  dont 
l'étymon  avait  certainement  un  û  comme  le  français  et  la  plu- 
part des  langues  romanes,  cf.  triia,  truella,  triilla  Kôrting  9771 
et  9775,  et  dans  les  représentants  du  fr.  huer  huà,  -e,  d'origine 
onomatopeïque,  cf.  Meyer-Lûbke,  £"/^.  4221,  au  seub  de  crier 
L.,  recueillis  dans  la  plupart  des  localités.  Essuyer  c.  311  n'a 
û  ou  îf  que  dans  l'aire  1-7  et  bruyère  L.  que  dans  l'aire  20- 
22  sous  la  forme  berwer.  Quant  à  trûyà  des  points  9,  10  pares- 
seux c.  552,  c'est  sans  aucun  doute  une  forme  adaptée  du  fr. 
truand.  Dans  tous  les  autres  cas  on  ne  trouve  plus  qu'//,  iv  au 
Val-d'Ajol  seulement  et,  dans  les  autres  locaUtés,  y  qui,  en  com- 
binaison avec  un  n  précédent,  donne  y,  cf,  éternuer  c.  315, 
les  représentants  de  «  nuée  »  nuage  c.  530,  ceux  de  «  buée  » 
au  sens  de  lessive  c.  447,  «  essuyer  »  déjà  cité,  sye  partout  sauf 
cûà  12  suer  L.,  tye  partout  sauf  tive  lia,  c,  -à  12  tuer  id.  On 
remarquera  qu'au  Val-d'Ajol  //  (ou  w)  est  le  traitement  prédomi- 


—   )i   — 

nant:  on  y  dit  en  effet  niiê  ou  mue,  biue,  reciuà,  Ciîà,  tiuà;  cependant 
à  côté  de  b-wà,  faire  la  lessive,  de  12  b,  le  témoin  a  a  indiqué  ^^â  et 
«  éternuer  »  n'a  que  des  formes  avec  n.  Quant  à  tiOe  de  11  a,  c, 
c'est  très  probablement  la  forme  française  adaptée. 

Le  recul  d'«  est  à  mon  avis  le  résultat  d'actions  analogiques  ; 
la  plupart  des  mots  où  u  protonique  s'était  conservé  sont  des 
verbes  ou  des  substantifs  verbaux;  il  n'est  donc  pas  surprenant 
quu  ait  pénétré  des  formes  toniques  dans  les  protoniques  pour 
se  réduire  ensuite  à.  i,  y;  et  dans  «  nuée  «  qui  n'a  pas  de  verbe 
correspondant,  u  s'est  introduit  par  propagation  analogique,  si 
ce  n'est  pas  plutôt  un  emprunt  relativement  récent,  cf.  §  151,  s. 
v°  nuage^ 

B.  —  Consonantistne. 

§35.  Persistance  de  w  dans  le  groupe  kw. 

Ce  traitement  qui  est  également  un  des  plus  caractéristiques 
des  parlers  lorrains,  cf.  Horning,  §  146,  est  encore  bien  repré- 
senté dans  notre  domaine  :  toutes  les  localités  le  possèdent  dans 
hivet  quatre  L.,  cacher  c.  130,  carême  c.  134,  les  représen- 
tants du  type  quadruviu  au  sens  de  visite  c.  795,  cf.  sur  ce 
mot  §  151.  Mais  dans  d'autres  mots,  même  apparentés  à  ceux- 
ci,  il  est  en  voie  de  régression,  et  l'évolution  en  cours  s'exerce 
différemment  dans  les  22  localités:  «  querre  »  et  «  (re)quérir  », 
usités  partout  au  sens  de  chercher  c.  176,  ont  perdu  iv  dans 
l'aire  1-8',  c'est  également  dans  cette  région  que  l'initiale  de 
«  carême  entré  »  qui  signifie  carnaval  c.  136  est  réduite  à  k  ; 
mais  *quetiare  employé  partout  au  sens  de  se  taire  c.  738  ne 
présente  plus  hu  que  dans  les  points  12,  13  et  22,  àcôtéde  tohuc 
toujours  c.  759  de  l'aire  17-22  formé  de  «  tout  -j-  coi  »,  cf. 
infra  §  151;  dans  quatorze  c  624,  hu  n'existe  plus  qu'à  La 
Bresse,  et  enfin  zu  a  complètement  disparu  dans  ka,  kât  quand 
L.  et  dans  ekcl  écuelle  c.  278,  qui  suppose  une  forme  plus 
ancienne  ekweh  recueillie  ailleurs  par  Horning  §  118. 

I.  Xyeryat,  rouet,  de  20-22,  dérivé  de  «  roue  »,  cf.  §  59,  on  ne  peut 
rien  conclure,  car  c'est  un  mot  voyageur,  cf.  §  151  s.  vo. 


—  54  — 
§  36.  è,  €  <C  ancien  /^  final. 

Ce  traitement,  anciennement  attesté  dans  les  parlers  lorrains 
oîi  il  est  très  répandu,  cf.  Horning,  §  133,  appartient  également 
à  notre  domaine,  où  il  est  en  voie  de  recul.  Le  Val-d'Ajol  même 
ne  le  possède  pas;  mais  l'a-t-il  perdu  ou  ne  l'a-t-il  jamais  connu, 
c'est  une  question  présentement  insoluble.  Le  seul  mot  où  é,  e 
paraissent  avoir  disparu  par  développement  phonétique  est  sec  c. 
697-9,  qui  se  dit  jo  aux  points  i-io,  12  et  sa  au  point  19  ;  et 
encore  cette  explication  n'est-elle  pas  certaine  ;  il  est  en  effet  pos- 
sible que  dans  ces  localités  la  forme  masculine  ait  perdu  sa  con- 
sonne sur  le  modèle  des  nombreux  adjectifs  dont  le  masculin  se 
distingue  du  féminin  par  l'absence  de  consonne  finale.  Quoi  qu'il 
en  soit,  en  dehors  de  ce  cas,  le  recul  des  formes  avec  ë,  €  provient 
de  la  substitution  de  formes  nouvelles  :  dérivés,  emprunts  au 
français  ou  aux  parlers  voisins.  Le  représentant  du  français  hac 
au  sens  d'auge  c.  57,  queM.  Meyer-Lubke,  EW .  868,  rattache  à 
un  type  haccus  d'origine  obscure,  ne  subsiste  plus  que  dans  l'aire 
16-22,  tandis  qu'ailleurs  on  emploie  «  auge  »,  cf.  §  89,  2°  ;  soc 
c.  713  est  exprimé  par  un  dérivé  dans  les  localités  1-8,  12  ;  bouc 
c.  105  n'offre  même  plus  de  formes  simples;  sac  L.  se  dit  scë 
1-8,  19-22,  -€  8-10  c%  14-18,  c%s  13  a%  mais  les  témoins  10  a- 
c,  II- 14  a-  emploient  la  forme  française  sàk.  Quant  au  repré- 
sentant de  «  bloc  »  au  sens  de  bille  de  bois  L.,  cf.  §  20,  1°,  je 
ne  l'ai  recueilli  que  dans  quelques  localités. 

§  37.  ^,  f  <;  ancien  groupe  final  rs. 

Toutes  les  localités,  à  l'exception  du  Val-d'Ajol,  présentent  e 
ou  le  phonème  f  qui  en  est  issu,  cf.  sur  ce  développement  §  47, 
à  la  fin  d'un  certain  nombre  de  mots  qui  ont  un  r  en  français 
actuel  ;  toutefois  leur  accord  ne  s'étend  qu'à  une  partie  des 
exemples.  Clair  L.  se  dit  bien  lye  1-8',  11  a,  c,  -ç  9-11  b, 
1 3-22  à  côté  de /)'a  de  12  b;  mais  mur  c.  516  se  dit;;/// aux  points 
12  et  19-22  ;  les  témoins  12,  20  a,  21  a  emploient  àû  à  côté 
de  àiXe  1-8',  11  a,  c, -f  9-11  b,  13-19,  22  dur  L.  ;  et  les  formes 
avec  ^,  f  de  vert  c.  787,  court  c.  217  et  four  c.  358  occupent 
un  nombre  encore  plus  restreint   de  localités  ;  si  ffee,  -ç  fiel  c. 


—  55  — 

344  sont  sans  aucun  doute  des  formes  de  «  fier  »,  qui  a  eu  le 
sens  d'amer  et  a  été  ainsi  employé  substantivement  pour  dési- 
gner le  fiel,  on  ne  peut  cependant  pas  se  prononcer  sur  la  forme 
fye  qui  peut  représenter  phonétiquement  «  fier  »  ou  «  fiel  ». 

L'explication  de  ces  faits  a  été  donnée  par  This,  p.  40,  à  qui 
M.  Meyer-Lubke,  Gr.d.R.  Spr.,  I,  §  561,  l'a  empruntée  -.-e,  ç 
représentent  le  développement  phonétique  d'un  ancien  groupe 
final  rs,  dont  le  s  n'est  autre  que  celui  du  nominatif  de  l'ancienne 
flexion  nominale.  Cette  explication  est  beaucoup  plus  satisfai- 
sante que  celle  que  M.  Cuny  a  admise  Revue  des  langues  romanes, 
t.  49,  p.  532,  et  d'après  laquelle^,  Ç  seraient  issus  de  r  final 
par  développement  phonétique.  Elle  a  en  effet  l'avantage  de 
rendre  compte  de  l'extension  irrégulière  du  traitement  et  de  son 
absence  complète  dans  de  nombreux  mots  anciennement  termi- 
nés en  r  tel  que  mûr  c.  517,  jour  Z.,  les  formes  du  singulier 
de  l'indicatif  présent  du  v.  courir  Z-.,  etc.  Notre  domaine  pré- 
sente même  une  spécialisation  remarquable  des  deux  anciennes 
formes  casuelles  de  «  clair  »  :  tandis  qu'il  conserve,  comme  nous 
l'avons  vu,  l'ancien  nominatif  avec  la  valeur  d'adjectif,  il  emploie 
partout  l'ancien  accusatif  au  sens  de  petit-lait  iye  i-ii,  13-22, 
tyà  12  lait  L.  Il  faut  en  outre  noter  que  sûrZ,.,  cf.  les  formes 
§  6,  i",  a  partout  un  r  final  dû  à  l'action  analogique  du 
féminin. 


CHAPITRE  V 


TRAITEMENTS  CONVERGENTS 


Les  traitements  qui  font  l'objet  de  ce  chapitre  ont  le  caractère 
commun  d'être  convergents,  c'est-à-dire  qu'un  traitement  nouveau 
tend  à  se  substituer  à  un  traitement  plus  ancien  qu'il  a  déjà 
réussi  à  éliminer  plus  ou  moins  dans  les  différentes  localités  de 
notre  domaine.  La  dénasalisation  et  le  développement  d'un  w 
devant  voyelle,  §§  38  et  40,  présentent  quelques  faits  compliqués 
ou  d'interprétation  douteuse,  que  les  nécessités  de  l'exposé  n'ont 
pas  permis  de  déplacer.  Mais,  ces  réserves  faites,  tous  les  traite- 
ments considérés  ici  ont  le  grand  intérêt  de  nous  faire  saisir  sur 
le  vif  des  évolutions  en  cours.  Or  si  celles-ci  se  produisent  dans 
des  conditions  très  variées,  deux  particulièrement  importantes,  à 
savoir  la  réduction  /,  )  k  -e,  j  et  l'amuïssement  de  s  devant  con- 
sonne, cf.  §§  42  et  43,  remontent  d'une  façon  analogue  le  long 
des  vallées,  et  dans  le  deuxième  cas  il  est  tout  à  fait  certain  que 
l'ancienne  prononciation  recule  non  par  développement  spontané, 
mais  par  emprunt  aux  parlers  de  la  région  de  Remiremont. 
Nous  avons  là  un  exemple  bien  net  d'un  changement  phonétique 
dû  à  l'influence  qu'exerce  un  centre  sur  des  parlers  voisins  et 
socialement  inférieurs. 

A.  —  Vocalisme. 

§  38.  La  dénasalisation. 

1°  Dénasalisation  dans  les  voyelles  nasales  en  position  finale 
ou  devant  une  consonne  autre  que  n,  m. 

Le  processus  de  la  dénasalisation  est  double  dans  tous  nos  par- 
lers :  ou  bien  l'élément  nasal  disparaît  purement  et  simplement, 
ou  bien  une  consonne  nasale  se  dégage  après  la  voyelle,  avec 
ou  sans   disparition  de  l'élément  nasal   de  celle-ci  ;  mais,  dans 


les  deux  cas,  l'état  ancien  subsiste  dans  une  partie   variable  du 
domaine. 

Dans  le  premier  cas  l'accord  des  localités  est  à  peu  près  com- 
plet pour  le  traitement  de  l'ancienne  nasale  -f"  consonne  en  syl- 
labe protonique  ;  on  a  vu  en  effet  §  2 1  qu'l  est  le  traitement  actuel- 
lement le  plus  répandu  ;  et  cependant  on  a  également  noté  que 
«  gencive  »  et  «  sentir  »  conservent /dans  l'aire  i-io.  Dans  tous 
les  autres  cas  la  dénasalisation  varie  considérablement.  On  peut 
poser  en  règle  générale  qu'une  voyelle  nasale  abrégée  persiste 
dans  l'aire  1-9  et  se  dénasalise  dans  les  autres  localités,  sauf  aux 
points  10  et  12  qui  participent  aux  deux  traitements:  bye  i-ioa, 
c,  ^jy^  lob,  II,  14-22,-^12,  13  bien  Z-.,  chien  c.  186  (la  quan- 
tité longue  de  1-8'  et  le  développement  particulier  de  1-7  n'im- 
portent pas  ici),  ta  i-io,  ta  12,  tb  II,  13-22  temps  L.,  bon  c. 
104,  point  c.  590,  lesdésinences  de  la  i"  etde  la  3'  pers.  du  plu- 
riel de  l'ind.  prés,  connaissons  c.  205,  crèvent  c.  230  bis, 
etc.  L'aire  i-io  ne  présente  que  des  cas  sporadiques  de  dénasali- 
sation, et  surtout  quand  la  syllabe  est  protonique  ;  en  ce  dernier  cas 
la  nasale  brève  est  souvent  à  peine  perceptible  :  enfle,  enflera, 
en  fiée  c.  293  et  -4,  les  représentants  à'*emputare}Atytx-Luh\ie, 
EW.  2862,  au  sens  de  greffer  c.  397,  la  forme  difficile  qui  cor- 
respond à  l'impératif  viens  c.  782,  cf.  §  135;  plantain  c.  585 
qui  est  partout  dénasalisé  peut  être  emprunté.  Le  point  10  par- 
ticipe davantage  aux  deux  traitements,  mais  tandis  que  les  témoins 
a,  b  présentent  des  faits  incohérents,  le  parler  de  c  a  une  apparence 
régulière  :  la  nasale  est  conservée  en  position  finale  et  disparaît 
devant  consonne,  cf.  bye,  to  mais  fori  <  scindula  bardeau  c. 
84,  etc. 

Les  faits  qui  précèdent  montrent  que  la  dénasalisation  se  pro- 
duit après  abrègement  de  la  voyelle  :  il  n'est  donc  pas  surprenant 
que,  quand  dans  l'aire  1-22  la  voyelle  est  restée  longue,  le  déve- 
loppement n'ait  pas  lieu,  cf.  pye  i-io,  pye  11-21,  -en  22  (cf.  sur 
cette  forme  p.  suivante),  descendre  c.  245,  on  c.  21  et  6j, 
regain  c.639.  Il  en  est  de  même  de  la  dénasalisation  d'î  dans 
chemin  c.  171,  chacun  c.  148,  etc.,  comparés  à.vî,vît,  vin, 
vingt  L.  usités  partout. 


-58- 

Dans  tous  ces  cas,  Textension  de  la  forme  à  voyelle  nasale 
longue  est  très  variable  ;  nue,  regain,  est  limité  au  seul  point  12, 
tandis  que  dans  «  plein  »  elle  couvre  toute  l'aire  11-22.  Ces  varia- 
tions de  la  quantité  d'une  voyelle  finale  n'ont  rien  d'étonnant, 
et  on  en  a  vu  de  nombreux  exemples  précédemment. 

Il  existe  cependant  quelques  cas  sporadiques  de  dénasalisation 
d'une  voyelle  longue  dans  manger  c.  472,  mot  quia  à  d'autres 
égards  un  traitement  particulier,  cf.  §  57,  2"*,  et  gendre  c  381  ; 
mais  dans  ce  dernier  mot  il  n'est  pas  certain  que  la  quantité  de 
jer  des  localités  1,5,  20-22  soit  primitive,  puisque  17-19  disent;1r. 

Le  deuxième  mode  de  dénasalisation,  qui  consiste  essentielle- 
ment dans  le  dégagement  d'une  consorme  nasale,  existe  égale- 
ment dans  tout  notre  domaine  ;  mais  l'extension  en  varie  encore 
davantage  que  celle  du  premier  mode .  Ce  sont  les  voyelles  û  et 
?  qui  sont  le  plus  atteintes  par  ce  développement,  cf.  brun  c. 
123,  jeun  c.  421,  un  c.  775,  quelqu'un  c.  629.  Cepen- 
dant ces  cartes  ne  se  superposent  pas,  et  on  a  vu  plus  haut 
des  exemples  tels  que  vî,  vin,  etc.,  où  la  dénasalisation  ne  se 
produit  pas  ;  il  est  même  assez  curieux  que  «  chacun  »  ne  se 
comporte  nulle  part  comme  «  quelqu'un  »  ;  cf.  aussi  tôt  î  =  fr. 
tout  un  19  d,  22  b  au  sens  de  pareil  L.  Les  parlers  de  l'aire  19- 
22  emploient  în  un  L.  en  fonction  d'article  au  moins  devant 
une  consonne  palatale,  tandis  que  partout  ailleurs  on  dit  î  ;  et 
au  point  22  le  développement  d'une  résonance  nasale  «  se 
produit  assez  fréquemment  en  position  finale,  cf.  mèn,  pin  main, 
pain  L.  C'est  aussi  dans  l'aire  19-22,  et  presque  uniquement 
là,  que  le  même  phénomène  a  lieu  à  l'intérieur  d'un  mot:  sînh, 
-àt,  epïng,  brànkâ  cinq,  cinquante,  épingle,  brancard  L., 
bcinkàl  19  a,  21  a,  22  a  bancal  id.,  luànkà  22  a  manquer  id., 
le  dérivé  d'  «  angle  »  au  sens  de  coin  c.  196,  ongle  c.  533, 
ombre  c.  531,  moitié  c.  505,  langue  c.  441,  mercredi  c. 
491,  les  mots  terminés  par  «  endre  »  tels  que  descendre  c. 
245,  cf.  sur  ces  mots  §§  11  et  29,  8°.  Mais  lundi,  lundi,  de  3  a, 
c  est  probablement  une  modification  de  lûdî  d'après  lûn,  lune. 
J'ai  cité  parmi  les  exemples  plusieurs  mots  récemment  empruntés 
pour  montrer  que  le  développement  est  actuel  ;  et  en  effet  le  par- 


—  59  — 

1er  populaire  de  cette  région  présente  le  même  traitement,  éânté, 
chantent,  des  témoins  19  b,  21  a  n'est  pas  tout  à  fait  identique, 
car  éàtà  chanter  L.  est  la  seule  forme  de  l'aire  19-22  ;  le  m  y 
vient  d'une  assimilation  semblable  à  celle  qui  explique  vtn 
«  deux  »,  vingt-deux,  de  tout  le  domaine;  dans  les  deux  cas  la 
première  d'un  groupe  de  deux  dentales  est  devenue  n.  Ailleurs 
je  n'ai  relevé  que  quelques  cas  sporadiques  du  même  traitement  : 
ep'ink  13  a  épingle,  kankwâ  id.  hanneton  c.  405,  trànt  12  a 
trente  c.  767,  dinge  14  b  sonner  L.,  fingye  15  sanglier  c. 
681,  etc.  On  peut  contester  l'explication  qui  vient  d'être  propo- 
sée :  il  est  en  effet  théoriquement  possible  que  la  consonne 
nasale  qui  suit  la  voyelle  nasale  représente  le  traitement  le 
plus  ancien,  et  que  le  développement  ait  consisté  non  pas  dans 
le  dégagement,  mais  dans  Tamuissement  de  la  consonne  nasale. 
Mais,  de  quelque  façon  qu'on  envisage  la  formation  de  l'état 
actuel,  on  reste  en  présence  d'un  traitement  convergent. 

2°  Dénasalisation  devant  «,  /;;. 

Il  est  fort  difficile  de  saisir  par  le  seul  moyen  de  l'oreille  si  une 
voyelle  placée  devant  n,  m  est  nasalisée  ou  purement  orale,  par- 
ticulièrement quand  cette  voyelle  est  brève.  C'est  pourquoi  mes 
documents  sont  sur  ce  point  sujets  à  caution.  Mais  si  dans  des 
mots  comme  «  ensemble,  femme,  ressemble  »,  cf.  p.  13,  il  n'est 
pas  absolument  certain  que  la  nasalisation  manque  aussi  complè- 
tement que  l'attestent  mes  graphies,  on  voit  qu'en  tout  cas  elle 
est  à  peu  près  imperceptible.  D'autre  part,  quand  la  voyelle  était 
étymologiquement  libre  devant  une  seule  consonne  nasale,  p. 
ex.  dans  cuisine  c.  237,  chaîne  c.  149,  laine,  luneZ,.,  il  est 
impossible  d'affirmer  d'une  façon  décisive  que  les  parlers  qui 
ont  une  voyelle  orale  représentent  l'état  le  plus  récent,  ou  qu'en 
d'autres  termes  tout  notre  domaine  a  anciennement  nasalisé  les 
voyelles  placées  devant  w,  m.  Il  existe  en  tout  cas  toute  une 
série  de  mots  qui  avaient  étymologiquement  un  à  issu  d'à  devant 
consonne  nasale  entravée,  et,  dans  un  nombre  variable  de  loca- 
lités, cet  à  a  perdu  sa  nasalité.  Seul  année  c.  32,  où  la  voyelle 
est  à  la  fois  protonique  et  brève,  est  désanalisé  dans  tout  le 
domaine  ;  les  autres  mots  conservent  toujours  a  dans  toute  la 


—  éo  — 

vallée  de  la  Haute-Moselle  et  sporadiquement  ailleurs,  cf.  vànà 
i-io,  12  a,  17a,  f,  19c,  -e  iia-c,  vàne  13-15,  -à  i6a,  r8,  20-22, 
vanner  L.,  les  formes  qui  dérivent  du  type  pannii  Meyer-Lubke, 
EPF.  6204,  au  sens  de  balai,  balayer  cjS,  pànè  2c,  8'c,  19  c, 
pâ-  lia,  12a,  dérivé  du  même  type,  pan  de  chemise  L.,  les 
représentants  du  v.  qui  se  rattache  au  latin  gannire  id.,  id.  3676, 
beugle  c.  98,  étrangler  c.  321  dont  le  o- a  été  assimilé  à  la 
voyelle  nasale,  cf.  §  81,  A  6",  et  où  n  -\-y  est  devenu  ensuite  y, 
différents  mots  d'origine  onomatopéïque  qui  signifient  miauler 
c.  497,  cf.  §  151  s.  v"*.  Il  est  curieux  que  sàmdî  soit  la  seule 
forme  de  tous  nos  parlers,  réserve  faite  de  sàmdî  réemprunté  en 
français  ;  mais  cette  particularité  tient  sans  doute  à  l'entrave  de 
la  consonne  nasale.  Quant  aux  représentants  de  «  chanlatte  »  au 
sens  de  chéneau  £.,  cf.  encore  §  81,  A  6°,  ils  peuvent  avoir 
subi  l'influence  de  chêne  Z,. 


B.  —  Consonanlisme. 

§  39.  Absorption  d'un  y  par  la  consonne  précédente. 

y  se  combine  partout  avec  n  pour  donner  n,  comme  on  l'a  vu 
§  lé,  2°  ;  l'exception  constituée  par  le  suffixe  correspondant  au 
fr.  ier  n'est  qu'apparente,  cf.  p.  7. 

y  ôiQ  l'ancienne  diphtongue  y^  issue  d'û' latin  tonique  libre  après 
palatale  a  été  également  absorbé  partout  après  les  fricatives  /,  ;, 
^,  j  <  k,  g  latins  v.  §  42,  cf.  les  représentants  du  fr.  marcher 
au  sens  de  battre  en  grange  c.  87,  manger  c.  472,  et -e,  ç, 
c,j,h,  dont  l'origine  est  exposée  §  43,  cf.  engraisser  c.  295,  les 
représentants  de  l'a.  fr.  coisier  <  *quetiare  au  sens  de  se  taire 
c.  738.  En  dehors  d'un  fait  d'emprunt  propre  aux  localités  17  et 
18,  cf.  §  89,  le  phénomène  est  sans  exception  dans  les  infinitifs  et 
participes  de  la  première  conjugaison  et  dans  les  mots  ancienne- 
ment terminés  en  ié  tels  que    marché  c.  478. 

Mais  après  ces  diverses  fricatives  y  persiste  ici  et  là  dans 
d'autre^  mots  dont  les  conditions  phonétiques  sont  différentes. 
Dans  sœur    c.  714  €,  Ç,c  sont  relativement  récents;  il  en  est 


—  él  — 

de  même  de  la  dénasalisation  de  chien  c.  i86  et  des  représen- 
tants de  l'étymon  *assianu  au  sens  de  petit  bardeau  bardeau 
c.  83,  et  de  la  reformation  de  jouer  c.  424  d'après  les  formes 
toniques,  cf.  §  59  ;  dans  ces  mots  l'absorption  du  y  n'a  eu  lieu  que 
dans  l'aire  17-22  qui  la  présente  également  dans  chier  c.  188, 
sur  lequel  cf.  §  143  ;  mais  même  là  y  a  persistédans  <'  essuyer  », 
cf.  les  formes  de  l'infinitif  essuyer  c.  311  aux  points  18,  19  et 
khié,  rkhiè  (sic)  de  La  Bresse  d'après  Hingre,  le  participe  passé 
féminin  employé  au  sens  d'abri  contre  la  pluie  c.  7  et  plus 
haut  §  34.  Enfin  jeune  c.  422,  qui  a  dû  passer  parles  stades 
juene,  jyen,  conserve }»  aux  points  9,  10  et  12. 

On  sait  qu'on  explique  par  une  propagation  analogique  la 
réduction  de  ye  à  e  qui  a  eu  lieu  en  français  dans  tous  les  verbes 
de  la  première  conjugaison  :  le  développement  s'est  produit  régu- 
lièrement après  les  consonnes  palatales  et  a  gagné  les  verbes  où 
le  y  était  précédé  d'une  autre  consonne,  cf.  Meyer-Lûbke,  Gr.  d. 
R.  Spr.,  I,  §§  259^  260,  Schwan-Behrens,  §  243.  Mais  dans 
notre  région  il  ne  s'est  pas  propagé  avec  autant  d'intensité  qu'en 
français. 

Après  c?,  t\Q  y  persiste  partout  dans  edyè  i-io,  11  b,  12,  16-22, 
é-  13,  â-  lia,  c,  d,  14,  15  aider  L.,  m'rf}'!  partout  s^\ii  vœ-  12 
vider  id.  ;  mais  dans  le  verbe  formé  de  «  re-i- guetter  »  qui 
signifie  regarder  c.  640,  cf.  §  151  s.  v°,  le  Val-d'Ajol  dit 
rewete,  eiete  ]Qter  c.  419  occupe  un  nombre  assez  important  de 
localités. 

Après  s,  ye  subsiste  encore  à  peu  près  sans  exception  dans 
l'aire  8-10,  16-22,  cf.  chasser  c.  166,  les  représentants  de 
*tittiare  téter  c.  748,  maisevàse3.wi\.ncer  c.  60  a  déjà  gagné  les 
points  16  et  17. 

Enfin  après  r  (on  sait  en  effet  que  les  parlers  orientaux  ont 
palatalisé  a  dans  les  verbes  en  irare,  iirarc,  cf.  Suchier,  Gr .  Gr., 
P-  755)  y^  ^st  prédominant  dans  l'aire  17-22,  cf.  cirer  c. 
192,  eÇùrye  l'j  f,  19  d,  -œr-  20  c,  21  e,  22  b  assurer  L., 
pelûrye  19  a,  c,  d,  20  c,  21  a,  e,  22  b,  -œr-  17  f ,  g  paître  id., 
rkûrye  17  g,  çk-  19  d,  eÇM-  21  e,  22  b  récurer  id.,  tire  17  a, 
mais    tïrye    ij  f,   g-22    tirer    id.  ;    ailleurs  il  n'a    laissé  que 


—   62   — 
quelques  traces,  et  je  n'ai  relevé  que  petûrye  aux  points  13  et  15. 

§  40.  Développement  d'un  w  devant  voyelle. 

Ce  traitement  très  répandu  dans  nos  parlers  a  une  double 
origine  :  il  se  produit  soit  par  diphtongaison,  soit  par  développe- 
ment de  îv  après  une  consonne  labiale. 

1°  0  représentant  0  latin  ouvert  ou  fermé  s'est  diphtongue 
régulièrement  devant  un  groupe  r  -\-  consonne  qui  aujourd'hui 
est  souvent  amuï  en  tout  ou  en  partie  (les  variations  de  la  quan- 
tité de  Vo,  d'origine  syntactique,  sont  sans  importance  ici),  cf. 
kwon,  fwô  corne,  fort  L.  et  d'autres  exemples  cités  §  18.  Mais 
on  rencontre  des  exceptions  dont  l'extension  est  variable  et  l'in- 
terprétation délicate  :  quatorze  c.  624  qui  présente  des  formes 
sans  tu  non  seulement  dans  tout  notre  domaine,  mais  dans  les 
autres  parlers  lorrains,  cf.  la  carte  de  VAL.  et  Horning  §  87, 
doit  sans  doute  cette  particularité  à  l'ancien  groupe  initial  kw,  v. 
plus  haut  §  35,  qui  aura  empêché  le  développement  du  ty  dans  la 
syllabe  tonique.  Mais  a-t-on  affaire  ailleurs  à  des  formes  anciennes 
où  la  diphtongaison  n'a  pas  eu  lieu,  ou  à  des  formes  récentes 
où  un  recul  du  w  se  serait  produit,  il  est  difficile  de  le  décider 
d'une  façon  certaine,  et  la  question  est  encore  compliquée  dans 
plusieurs  exemples  par  la  possibilité  d'une  influence  française  : 
cL  fo£  II  a  force  L.,  pot  11  a,  c  porte  id.,  tordre  c.  757, 
orge  c.  535,  rote  et  rot  cités  §  25,  les  formes  correspondant 
à  l'a.  fr.  courre  §  25,  tôt  =:  fr.  tourte  tartine  c.  742,  tô  i  b, 
2  a-c,  3  b,  4c,  6  a,  7  a,  b,  8  b,  8'  b,  9,  18  tour  L. 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  diphtongaison  d'o  n'est  pas  nécessaire- 
ment liée  à  la  présence  d'un  r  suivant  :  huo-è',  bouche,  de  22, 
mwod,  mouche,  de  12,  cf.  §  21,  de  même  que  bzuob  <  ail.  bube 
fils  c.  347  doivent  peut-être  leur  w  kh  labiale  précédente.  Mais 
à  La  Bresse,  on  dit  kivô  cou  L.  et  Hingre  donne  aussi  la  même 
forme  au  sens  de  coup,  bien  que  je  n'y  aie  recueilli  que  ko,  comme 
dans  toutes  les  autres  localités  ;  on  notera  encore  les  formes 
avec  w  du  mot  fr.  adapté  rengaine  L.  Au  Val-d'Ajol  le 
développement,  tout  en  n'atteignant  pas  ces  derniers  mots,  a  une 
extension  remarquable  ;  on  y  dit  en  effet  woy,  swoy,  gwoc,  jwon, 


-  63  - 

tîvoy,  wo-e,  çwoye,  woU  kwos  oie,  soie,  gauche,  jaune  L., 
table  C.735,  auge  c.  57,  glisser  c.  391,  ourlet  c.  545, 
truie  c.  771  ;  VAL.  donne  en  outre  woé,  orge,  tandis  que  j'y  ai 
obtenu  la  forme  wèr€,  orge  c.  535,  cf.  §  75,  6";  enfin  hwà 
encore  c.  291  de  cette  même  localité,  cf.  §  69,  7",  a  proba- 
blement une  origine  semblable.  M.  P.  Passy  a  remarqué  cette 
particularité  du  Val-d'Ajol  Revue  de  philologie  fr.,   1892,  p.    145. 

2°  Il  est  très  fréquent  que,  dans  tous  nos  parlers,  après  les  diffé- 
rentes consonnes  labiales  un  lu  apparaisse  devant  les  voyelles  a,  e,  0, 
et  dans  ce  cas  nous  avons  affaire  non  à  une  diphtongaison  comme 
dans  le  cas  précédent,  mais  à  un  développement  de  w  sous  l'action 
de  la  consonne  labiale.  L'amuïssement  d'un  r  placé  après  la 
voyelle  qui  a  eu  souvent  pour  conséquence  de  l'allonger  a  pu 
contribuer  à  ce  développement  ;  mais  si  les  mots  où  ces  deux 
phénomènes  coïncident  sont  trop  nombreux  pour  que  ce  soit  un 
effet  du  hasard,  cet  amuïssement  n'en  est  cependant  une  condi- 
tion nécessaire.  Citons  comme  exemples  typiques  :  après  b 
b-wâye  1-7,  -ôye  8-22  bâiller  L.,  après  p  parler  c.  553,  paroi 
c.  554,  pwâre  1-7,  -orè  8-21,  -en  22  parrain  L.,  après  m  les 
représentants  du  fr.  marcher  au  sens  de  battre  en  grange  c.  87 
et  de  l'a.  fr.  mitan  au  sens  de  milieu  c.  498. 

Mais  à  côté  de  ces  mots  qui  ont  partout  le  même  traitement, 
d'autres,  également  nombreux,  ne  présentent  w  que  dans  une 
partie  des  localités. 

Après  b  w  est  limité  dans  bercer  c.95  à  l'aire  8-11,  13-22, 
dans  baver  c.  89  à  l'aire  8-10,  ié-22,  dans  brebis  c.  118  aux 
points  9-11,  bwène  baigner  L.  n'existe  même  qu'au  point  5  ;  cf. 
encore  begne  du  point  i  à  côté  de  bwâgiïe  de  la  vallée  de  la  Mose- 
lotte  bégayer  c.  92,  et  bedlô  de  12  à  côté  de  bwâdle  de  l'aire  lé- 
22  bavard  c.  88,  sur  l'origine  de  ces  mots,  cf.  §   151. 

Après  p  pîvetu,  -iije,  -(ihe  trou,  trouer  c.  769  n'appartien- 
nent qu'à  l'aire  9-1 1,  13-16,  cf.  aussi  perche  L.  On  remar- 
quera particulièrement  que,  tandis  que  pwe  1-15,  pwà  16-22  par 
L.  présente  un  w  partout,  ce  w  manque  dans  les  composés 
formés  de  «  tout  -|-  par  »  +  un  pronom  personnel  au  sens  de 
seul  L.  et  c.  707  dans  toute  l'aire  17-22. 

Après  m  w  comprend  les  deux  vallées  dans  le  mot  qui  désigne 


-  64  - 

une  couverture  de  bardeaux  posée  contre  le  mur  c.85  et  qui 
semble  correspondre  au  fr.  ramée  avec  une  extension  de  sens  diffi- 
cile à  expliquer  ;  il  est  également  développé  presque  partout  où  le 
mot  est  usité  dans  les  représentants  du  latin  inasii  au  sens  de  jar- 
din c.  414  et  dans  les  dérivés  en  «  ée  »  désignant  le  charme 
c.  160,  cf.  encore  les  représentants  de  mare  au  sens  de  lac  L.,  les 
formes  de  Saint-Amé  id.;  mais  il  est  plus  restreint  dans 
minuit  c.  499,  «  flammèche»  au  sens  d'étincelle  c.  317; 
mwete  marteau  L.  ne  se  rencontre  que  dans  l'aire  9-1 1,  13-16, 
mwetï  Martin  id.  et  automne  c.  59  qu'aux  points  9-1 1,  jermivà 
germer  c.  387  et  smwà  semer  L.  qu'au  point  18.  Parfois  w 
manque  partout  sans  raison  apparente,  cf.  manger  c,  472, 
maréchal-ferrant  c.479,  matin,  mardi,  marguillier  L., 
etc.  L'influence  du  français  a  pu  jouer  un  rôle  ;  on  le  voit  clai- 
rement dans  «  mère,  père  »  qui  ne  possèdent  plus  de  forme 
labialisée  qu'au  sens  de  femelle,  mâle  Z,.,  miver,  piuer  19  a,  21 
a,  et  miuêre,  pwêre  Hingre  ;  mais  cette  explication  ne  s'applique 
pas  à  tous  les  mots.  Enfin,  dans  certains  cas,  on  peut  se  deman- 
der s'il  ne  s'est  pas  produit  un  recul  phonétique  de  w,  par 
exemple  dans  ràmoy  c.85  '^^  20  et  21,  rwo)'^  guérir  c.  404  < 
re-\-  medicare  de  11,  mojà  maison  c.465  des  parlersde  la  vallée 
de  la  Haute-Moselle.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  développement  du  w 
doit  avoir  commencé  anciennement,  à  en  juger  par  le  mot 
Giramoix  d'un  texte  de  1342,  A/^L.  2532,  127,  qui  représente 
sans  doute    la    localité   actuelle    de    Gérardmer. 

Après /les  exemples  sont  peu  nombreux  :  fève  c.  343  où  w 
est  assez  répandu,  fwây  de  4  a,  5  a,  c,  d,  6  b,  7  c  fée  L.,  cf. 
aussi  Jzvaue  Hingre,  fivermàç  9  et  fwermwàe  i  a  étincelle 
c.  }ij,  fwerïn  11  a  farineL. 

Le  traitement  des  mots  où  tu  correspond  à  un  v  ancien  est 
analogue  aux  faits  précédents  :  à  côté  de  veiller  c.  779,  vert 
c.  787  qui  ont  u>  partout,  les  parlers  sont  en  désaccord  dans  tra- 
vailler c.  763,  les  formes  ïssuqs  de  *canapal  11  chénevis  c.  174, 
les  représentants  du  fr.  vaisseau  au  sens  de  cercueil  c.  145,  cf. 
aussi  vhi  de  20-22  voisin  L.  Toutefois  il  convient  d'ajouter 
qu'on  ne  peut  affirmer  que  w  se  soit  développé  après  v,  qui  se 


-  65   - 

serait  ensuite  amuï;  bien  que  cette  iiypothèse  soit  assez  pro- 
bable, cf.  §  17,  3°,  il  est  cependant  possible  que  w  soit  issu 
directement  de  v,  cf.  aussi  §  12,  4°.  De  toute  façon  le  cas  de 
corvée  c.  214  est  particulièrement  obscur  et  se  prête  à  diffé- 
rentes interprétations,  cf.  §  28,  3°. 

§  41.  ty,  dy  <  kl,^l. 

Ce  développement  qui  s'est  fait  par  l'intermédiaire  du  stade 
ky,  gy  existe  dans  toutes  les  localités,  ainsi  que  le  montrent  les 
exemples  tyo,  dyh  clou,  glace  L.,  etc.;  k  et  g  ont  cependant 
subsisté,  non  seulement  quand  }>  s'est  amuï  ou  que  /  dont  il  est 
issu  a  subi  une  métathèse,  cf.  §§29,  2°  et  83,  1°,  mais  dans  quel- 
ques autres  mots,  à  savoir  sanglier  c.  681  dont  je  n'ai  relevé 
qu'une  forme  avec  d  au  point  12,  et  sarcler  c.  683  qui  conserve 
Â; dans  les  localités  10,  13,  14  et  17-22. 

§  42.  £,  j  et  €,  j  zzz£,  j  du  français. 

Tandis  que  l'aire  8'- 18  présente  sans  exception  les  deux  pho- 
nèmes €,  j  dans  les  mêmes  conditions  que  le  français,  l'aire  1-8, 
19-22  conserve  l'état  ancien  é,  )  dans  un  nombre  considérable  de 
mots  dont  il  suffira  de  citer  comme  exemples  typiques  cheveu 
c.  181,  manger  c.  472.  Toutefois  cette  division  de  notre 
domaine  en  deux  aires  n'est  rigoureuse  que  devant  voyelle  ;  et 
encore  faut-il  ajouter  que  le  point  19  présente  quelque  flotte- 
ment :  le  témoin  b  dit  à  la  fois  ^et  et  éet  chat  L.,  et  je  n'y  ai 
recueilU  que  ^^  cher  id. ,ylr  gendre  c.  381, /tê^ï  jeudi  c.  420; 
mais  parfois  la  présence  de  €,  j  o\i  même  des  phonèmes  qui  en 
sont  issus,  f ,  /;,  cf.  §  47,  vient  de  ce  que  nous  avons  affaire  à  des 
mots  français  adaptés,  p.  ex.  «  charpi  «charpie  c.  163.  Ailleurs, 
c'est-à-dire  quand  é,  j  se  sont  trouvés  en  contact  avec  une  con- 
sonne, la  réduction  de  é,  ]  à  ^,  ;  existe  également  dans  toute 
l'aire  1-8,  19-22  ;  mais  bien  qu'elle  soit  assez  ancienne  pour  que 
que^,  y  participent  dans  les  localités  19-22  au  développement  ^, 
;  >  ç,  /j  étudié  §  47,  elle  se  produit  sans  régularité  et  comprend 
parfois  tous  les  points,  parfois  une  partie  seulement  de  l'aire. 
Les  parle/s  des  Vosges  méridionales.  5 


—  6é  — 

Après  une  consonne,  elle  est  aujourd'hui  fort  rarement  attes- 
tée ;  mais  elle  s'est  sans  aucun  doute  produite  anciennement 
dans  échelle  c.  264  et  dans  «  mouche  »,  v.  les  formes  p.  18  et 
le  dérivé  signifiant  abeille  c.  4  ;  les  formes  franc-comtoises 
prouvent  que  le  traitement  actuel  de  nos  parlers  a  pour  base  un 
ancien  é,  malgré  ce  qu'en  ont  dit  Horning  p.  81  sq.  et  Meyer- 
Lùbke,  Gr.  d.  R.  Spr.,  I,  §  953,  cf.  encore  infra  §  47.  Actuellement 
elle  ne  semble  pas  se  produire  dans  ces  conditions,  sauf  peut- 
être  au  point  19,  où  l'on  pourrait  ainsi  expliquer  par  un  déve- 
loppement de  phonétique  syntactique  les  formes  citées  plus  haut 
et  /,  je,  du  groupe  syntactique^/  t  que  j'y  c.  418;  quant  au 
point  21,  y  de  ce  même  groupe  n'y  a  été  employé  qu'une  seule 
fois  par  le  témoin  a  et  sans  doute  accidentellement. 

Devant  consonne,  à  l'initiale  ou  à  l'intérieur  du  mot,  les 
exemples  de  la  réduction  sont,  au  contraire,  très  nombreux,  cf. 
entre  autres /ml  1-19,  hmè  20-22  jumeauL.,  genièvre  c.  382, 
genou  c.  384,  les  représentants  de  Vz.îr.  geline  poule  c.  602, 
acheter  c.  8,  le  dérivé  du  mot  qui  signifie  noix  pour  dési- 
gner le  noyer  c.  527,  etc.  La  consonne  réduite  gagne  même  par 
analogie  les  formes  où  la  voyelle  protonique  est  maintenue, 
p.  ex,  dans  chenille  c.  175,  chemise  c.  173,  etc.  Cependant 
dans  je  mangerais  c.  475  ;  est  souvent  conservé  dans  l'aire  1-7 
sous  l'influence  des  autres  formes  verbales. 

Devant  les  demi-consonnes  î^  et  y  les  faits  sont  plus  compli- 
qués. Devant  iv  e  couvre  l'aire  8-22,  tandis  que  1-7  conservent  /, 
cf.  cheval  c.  179,  chouette  c.  190,  et  pour  ;  on  peut  citer  le 
mot  régional  désignant  les  deux  poutres  horizontales  qui  main- 
tiennent les  montants  auxquels  les  bêtes  sont  attachées  )wày  1  c, 
5  d,  mais/zi/d)/  19  a,  b,  chivoy  21  a,  22  a  et  les  formes  des  autres 
localités  s.  v°étable  Z,.,  mot  vraisemblablement  dérivé  du  type 
jugu.  Devant  jy,  que  ce  y  subsiste  ou  qu'il  ait  été  absorbé  par 
la  palatale,  la  réduction  est  beaucoup  plus  restreinte  et  n'atteint, 
en  dehors  de  l'aire  8'-i8,  que  les  localités  8  et  19  et  encore  d'une 
façon  partielle,  cf.  chèvre  c.  182,  chien  c.  186,  chier  c.  188, 
jeune   c.  422,  jouer   c.  424.  La  comparaison  de  ety  chier,  Z)»^, 


-  67  - 

jouer,  et  des  formes  i'iy  de  19  a-c,  ]ûy  de  8  b  montre  bien  que 
la  réduction  a  été  causée  par  la  présence  du  ;y. 

En  position  finale,  devant  un  mot  à  initiale  consonantique,  /,  / 
perdent  régulièrement  partout  leur  élément  dental,  cf.  lu  dans 
[«  tache  de  graisse  »]  tache  L.,  s%€  dans  [«  sac  de  blé  »]  sac  id., 
mèche  de  lampe  c.  484;  cependant  «  mange  »  dans[«  mange 
puisque  tu  as  faim  »]  c.  474  a  conservé  ;  dans  l'aire  1-8,  sans 
pour  les  mêmes  raisons  que  «  je  mangerais  »,  p.  ^^,  et  aussi 
parce  que  le  groupe  syntactique  n'est  pas  étroitement  uni  et  que 
les  témoins  ont  dû  faire  une  pause  entre  «  mange  »  et  «  puisque». 

M.  Grammont,  qui  a  observé  dans  le  parler  de  Damprichard 
des  faits  analogues  à  ceux  qui  viennent  d'être  exposés,  les  explique 
par  une  dissimilation  qui  se  serait  produite  devant  une  dentale, 
cf.  La  dissimilation  consonantique,  p.  5 1  ;  dans  notre  domaine  du 
moins,  la  réduction  a  également  lieu  devant  une  labiale,  comme 
le  montrent  les  exemples  cités  de  «  jumeau,  cheval,  chouette  », 
et  par  conséquent  elle  y  provient  non  pas  d'une  dissimilation, 
mais  de  la  simplification  d'un  groupe  de  phonèmes  trop  compli- 
qué, comme  cela  s'est  passé  plus  anciennement  dans  «  mouche, 
échelle  ». 

§  43 .  Amuïssement  de  s  (ou  de  ses  représentants  ç,  h)  devant 
consonne. 

La  disparition  de  s  dans  cette  position  est  attestée  pour  tout 
notre  domaine  parles  formes  du  v.  êt.rel,.,  les  représentants  de 
genesta,  cf.  Meyer-Lùbke,  EW.  3733,  jnet  1-19,  hnet  20-22 genêt 
id.,  ceux  de  mustela  motel  partout  sauf-é/  11  a,  d,  15  a  belette 
id.,  dans  lesquels  l'influence  du  français  est  exclue.  Mais  si  l'aire 
1-15  a  perdu  toute  trace  de  ce  s,  sauf  quelques  faits  d'emprunt 
exposés  §  89,  la  vallée  de  laMoselotte  conserve  ce  phonème,  avec 
une  prononciation  ç  devant  une  consonne  sourde,  h  devant  une 
sonore,  dans  une  série  considérable  de  mots:  copeau  de  hache 
c.  207',  dont  le  représentant  correspond  au  fr.  attelle,  dérivé  de 
l'a.  fr.  aste  <C  hasta,  éclair  c.  268  dont  les  formes  représentent 
soit  le  substantif  féminin  dérivé  d'un  verbe  d'origine  obscure,  cf. 
*exlucidare  Meyer-Lubke,  EW,  2021,  etGôhri,  Revue  de  dialec- 


—  68  — 

tologie  romane,  IV,  p.  60  sq.,  soit  un  dérivé  en  à  de  ce  substantif, 
éclore  c.  270,  épais  c.  303,  étable    c.  313,  éternuer    c.  315, 
faire  la  litière  c.  459  dont  les  représentants  <C  *sternire,  paille 
c.  549  dont   les  représentants  correspondent  au  fr.  archaïque  et 
dialectal  étrain,  sevrer     c.  709  dont   les  représentants  corres- 
pondent à  l'a.  fr.  espanir  <.  germ.  spanjan  Thomas,  Mélanges, 
p.  71.  Or  à  côté  de  ces  mots  il  en  existe  un  grand  nombre  qui 
ne  conservent  ç,  h  que  dansune  partie  de  l'aire  ié-22,  et  dans 
ce  cas  ce  sont  toujours  les  villages  les  plus  proches  de  Remiremont 
qui  les  perdent.  Ce  trait  est  la  preuve  certaine  que  c'est  la  pro- 
nonciation de  la  région  de  Remiremont  qui  fait  reculer  celle  de  la 
vallée  de  la  Moselotte.  C'est  naturellement  au  point  16  que  l'at- 
taque s'exerce  le  plus  vigoureusement.  Pour  plusieurs  mots,  les 
témoins    hésitent  entre   les  deuxj  prononciations,  cf   épaule 
c.  305,épouvantail  c.  307,  étrangler  c.  321,  épiZ.  :  voici 
exactement  les  réponses  obtenues  :  a  dit  cçpol,  eçpïy  (indiqué  aussi 
par  c),  eçpwbvbt  mais  tràne  et  tçt-,  b  epol  epîy  mais  epovot  et  eçp-. 
Parfois  16  ne  connaît  plus   que  des  formes  sans  f  :  cf,  coquille 
c.  209  (pour  l'origine  de  kâf,  çkâf,  cf.  $   151),  croûte    c.  236, 
écorce  c.  272,  écume,  écumoire    c.  279,  écureuil    c.  280, 
étoile  c.  319,  étoupe  c.  320,  écouter  L.  17  se  joint  à  lé  et 
se  sépare  du  reste  de  la  vallée  pour  le  traitement  de  crête  c.  229. 
Le  recul  de  f  est  encore  plus  fort  dans  couture  c.  220,  retè  1-19 
mais  reçtè  20-22  râteau  L.,  vît)  i-io,  12-19,  '^^'  ^^  "^^is  veçtt 21 
a,  vœ-  20  a,  22  a  vêtir  \àk,  où  les  formes  avec  f  n'existent  plus  que 
dans  les  trois  villages  20-22  ;  dans  l'impératif  de  «  dévêtir  »  donné 
en  réponse  à  ôte  tes  habits     c.  538,  seul  le  témoin    22    a 
a  employé  une  forme  avec  ^(pour  la  chute  du  /  final,  cf.  p.  42). 
La  comparaison  de  râteau  avec  le  dérivé  qui  sert  à  désigner  la 
partie  portant  les  dents  du  râteau  est  particulièrement  instructive: 
en  effet,  tandis  que  reÇÛ  n'occupe  plus  que  l'aire  20-22,  ce  dérivé 
a  des  formes  avec  ç  dans  toute  la  vallée  de  la  Moselotte,  sauf  au 
point  16  :  lé  b  dit  reth,  16  c  -e,  mais  18,  21  a,  22  a,  un  témoin 
de  Basse-sur-le-Rupt  disent  ràçûlî,  17  a  et  19  c-?.  La  plus  grande 
résistance  de  ce  dérivé  -tient  évidemment  au  sens  plus  restreint 
et  au  caractère  plus  local  de  ce  mot. 


-  69  - 

e^ty'eÇyes  é cl zircie  0.269  du  seul  témoin  19  a  et  ^^^^«  hêtre  I. 
du  témoin  18  qui  conserve  ^  comme  heÇ  de  22,  à  côté  de  het  de 
tous  les  autres  témoins,  constituent  des  exceptions  peu  impor- 
tantes. Quantà^f/aoùt  c.  34  de  18,  ce  n'est  une  forme  ancienne 
qu'en  apparence,  cf.  §  89. 


CHAPITRE  VI 

TRAITEMENTS    d'eXTENSION    LIMITÉE 

Dans  un  certain  nombre  de  traitements,  dont  plusieurs  sont 
parmi  les  plus  importants  de  notre  domaine,  le  développement 
nouveau  ne  se  présente  que  dans  une  partie  des  localités,  tandis 
que  le  traitement  ancien  se  conserve  intact  dans  les  autres.  Il 
convient  donc  de  consacrer  un  chapitre  spécial  à  ces  faits  que 
leur  aspect  actuel  ne  permet  de  considérer  ni  comme  conver- 
gents ni  comme  divergents. 

A.  —  Vocalisme. 

§  44.  rt  <  ^  <C  ancien  ci  <ia  latin  tonique  libre,  sauf  après 

palatales. 

Le  traitement  qui  fait  l'objet  de  ce  paragraphe  est  un  de  ceux 
qui  ont  le  plus  attiré  l'attention  des  dialectologues,  depuis 
qu'Ascoli,  dans  un  article  fameux  Schi'^:^i  franco-proveniali,  Archi- 
vio  Glottologico  Italiano,  III,  pp.  éi-120,  a  essayé  d'établir  qu'^ 
latin  tonique  libre,  sauf  après  palatales,  s'est  conservé  dans  une 
région  située  à  l'Est  de  la  France  et  comprenant  notamment  le 
sud  des  Vosges,  c'est-à-dire  précisément  le  domaine  de  notre 
enquête.  Depuis,  la  limite  tracée  par  Ascoli  a  été  rectifiée,  cf.  p. 
ex.  Suchier,  Gr.  Gr.,  2^  éd.,  p.  755,  mais  en  somme  le  trai- 
tement de  nos  parlers  n'a  pas  encore  été  examiné  dans  le 
détail. 

Disons  tout  de  suite  que  nous  considérons  Va  de  ces  parlers 
comme  secondaire,  car,  avant  d'aborder  la  discussion,  il  faut 
exposer  les  faits  qui  sont  singulièrement  plus  compliqués  que 
les  études  précédentes  ne  le  laissaient  voir. 

Dans  tous  les  mots  où  la  voyelle  est  devenue  finale  après  la 


—  71  — 

chute  des  consonnes  finales,  le  traitement  des  localités  ir,  13- 
15  est  uniformément  e,  et  celui  du  Val-d'Ajol  uniformément  à. 
Dans  le  reste  du  domaine,  à  savoir  l'aire  i-io,  j6-22,  il  faut 
considérer  la  nature  des  sons  qui  précèdent  la  voyelle. 

1°  Quand  le  mot  ne  contient  dans  la  syllabe  précédant  la 
voyelle  ni  une  voyelle  antérieure  ni  un  y,  et  qu'en  outre  il  n'a 
pas  perdu  par  syncope  une  voyelle  antérieure,  le  traitement  de 
tous  ces  villages  est  régulièrement  a  :  nà,  prà  nez,  pré  L.,  etc.  ; 
si  essuyer  c.  311  et  jouer  c.  424  ont  un  e  dans  l'aire  1-7  à 
côté  de  hivâ,  crier,  cf.  §  34,  cette  particularité  est  due  à  une 
action  analogique,  cf.  §  141. 

2°  La  syllabe  précédente  contient  une  voyelle  antérieure. 

Si  la  voyelle  est  I,  û  ou  œ,  tous  ces  parlers  ont  e  :  fofUe,  fume, 
brœle,  sœpe  faufiler,  fumer,  brûler,  souper  L.,  etc.  Il  en 
est  de  même  quand  ï  se  réduit  à.  y  :  se  fye  se  fier  L.,  oublier 
c.  543,  etc.;  en  dehors  de  quelques  cas  de  substitution  de  suffixe, 
la  seule  exception  apparente  que  nous  ayons  relevée  est  frœmà  r- 
8'  fermer  L.,  mais  la  métathèse  du  r  y  est  plus  récente  que  le 
changement  d'e  en  a.  On  remarquera  notamment  dans  la 
c.  710  siffler  l'opposition  des  deux  formes  fyûtà  etfyœte,  toutes 
deux  représentant  l'a.  fr.  flailter,  de  quelque  façon  qu'il  faille 
expliquer  îi  ;  cf.  encore  khcova  et  khkeuvè,  écouvillonner,  donnés 
comme  coexistant   à  La  Bresse  par  Hingre. 

Quand  la  voyelle  précédente  est  e,  e  est  parfois  le  traitement 
de  tout  le  domaine  :  clarté  L.,  eme  2  a,  5  b,  c,  d,  f  aimer  id., 
tyetie  5  f,  -hi-  21  a  tonner  id.,  depyeme  muer  c.  514.  Mais  à 
côté  de  ces  mots  on  en  trouve  d'autres  qui  ont  à  :  enterrer  c. 
300,  bwéle  18,  20  b,  mais  -à  2  b,  c,  5  b,  c,  d,  7  b  <C  belare 
beugler  c.  98  et  pleurer  L.,  les  représentants  de  l'a.  fr.  flairer 
au  sens  de  caresser  c.  135,  germer  c.  387. 

3°  La  voyelle  antérieure  de  la  syllabe  précédente  est  tombée. 
Dans  beaucoup  de  mots  le  traitement  est  partout  e:  cuisiner 
c.  237,  les  formes  issues  du  participe  passé  du  v.  filer  au  sens  de 
fil  c.  345,  les  noms  de  lieux  formés  avec  villare,  cf.  Introd.  Mais 
allumer   c.  26  et  sonner    c.  717  offrent  des  faits  différents  : 


—  72  — 

ehfià  est  la  forme  de  l'aire  i-8'  et  de  17  a,  et  «  sonner  »,  par- 
tout où  la  voyelle  est  tombée,  se  dit  snà. 

2°  La  voyelle  est  précédée  d'un  y  issu  d'un  /  combiné  ou  d'u. 

Dans  ces  deux  cas  e  est  le  traitement  le  plus  fréquent  :  cf. 
d'une  part  «  clair  »  p.  54,  tye  clef  Z,.,  et  de  l'autre  sye,  tye  suer, 
tuer  L.  ;  y  peut  même  être  absorbé  par  une  palatale  précédente, 
comme  on  l'a  vu  dans  quelques  formes  d'  «  essuyer  »  et  de 
«  jouer  »  p.  61.  Par  contre,  sarcler  c.  684  et  souffler  c.  720 
ont  à  dans  un  domaine  presque  identique  à  celui  d'elnià,  et  il 
en  est  de  même  d'enfler  L.  Quant  à  sanglier  c.  681  et  «  trem- 
bler »  trembler  c.  766^  ils  présentent  une  substitution  de  suf- 
fixe partout,  sauf  st^yà,  -dyà,  sanglier,  du  Val-d'Ajol. 

En  résumé,  si  l'on  considère  la  répartition  des  faits,  on  cons- 
tate que,  toutes  les  fois  qu'il  y  a  désaccord  entre  la  vallée  de  la 
Haute-Moselle  et  celle  de  la  Moselotte,  à  se  trouve  dans  la  pre- 
mière, è  dans  la  seconde.  Les  villages  9  et  10  qui  sont  situés  à 
la  limite  des  deux  aires  se  rattachent  à  la  vallée  de  la  Moselotte 
pour  «  allumer,  enfler,  sarcler,  souffler  »,  mais  à  la  vallée  de  la 
Haute-Moselle  pour  a  flatrer»  ;  quant  à  '^Imà,  allumer,  de  17  a, 
c'est  probablement  une  forme  accidentelle.  Or  cette  répartition 
s'accorde  bien  avec  la  position  des  deux  vallées.  En  effet  e  est  le 
traitement  unique  de  la  région  qui  avoisine  au  nord  la  vallée  de 
la  Moselotte,  cf.  pour  la  vallée  de  Cleurie  Adam,  pp.  léi,  380- 
398,  419,  et  pour  Gérardmer,  AL.  point  76.  Seuls  quelques  vil- 
lages placés,  non  loin  de  Vagney,  dans  la  vallée  du  Bouchot,  qui 
débouche  dans  celle  de  la  Moselotte,  à  savoir  Gerbamont,  Sapois, 
Rochesson,  et  en  outre  la  commune  de  Basse-sur-le-Rupt,  for- 
mée de  hameaux  situés  dans  les  hauteurs  dominant  au  nord 
Vagney  et  Thiéfosse,  présentent  des  faits  analogues  à  ceux  de 
ces  localités.  De  son  côté  la  vallée  de  la  Haute-Moselle  touche  à 
la  partie  du  département  de  la  Haute-Saône,  où  nos  cartes 
montrent  que  le  traitement  régulier  est  a  aux  points  23  et  26, 
et  à  aux  deux  autres  24  et  25.  Quant  à  la  région  de  Giromagny 
(Territoire  de  Belfort),  séparée  de  la  partie  orientale  de  notre 
vallée  par  la  masse  considérable  du  Ballon  d'Alsace,  le  traite- 
ment y  est  également  a,  ci   Horning,  §  r,  AL.  pointés. 


Par  contre,  quand  la  voyelle  se  trouve  devant  une  consonne  dans 
fier,  mer,per  frère,  mère,  père  L.,  fève  c.  343,  cf.  aussi  sève 
L.,  les  parlers  vosgiens  ne  connaissent  que  le  traitement  e.  Nous 
n'examinerons  que  plus  loin,  §  49,  les  mots  qui  contiennent  la 
terminaison  correspondant  au  français  ée,  dont  le  rapprochement 
n'est  pas  présentement  nécessaire. 

Cet  exposé  détaillé  était  indisposable  avant  la  discussion  de  la 
question  posée  par  Ascoli,  qui  ne  possédait  sur  nos  parlers  que 
des  renseignements  fragmentaires.  C'est  également  le  cas  des 
autres  linguistes  qui  en  ont  parlé  du  reste  sommairement. 
Aucun  d'eux  n'a  vu  l'importance  des  mots  qui  présentent  e. 
M.  Horning,  §  i,  traite  rapidement  des  mots  Qnye,  mais  il  consi- 
dère que  les  verbes  ^/we,  brœle,  àrtve,  que  Thiriatlui  a  communi- 
qués comme  usités  à  Saint-Amé  {àrtve  est  d'ailleurs  inexact  au 
lieu  d'èrwe),  sont  empruntés  au  français  ;  mais,  si  l'emprunt  est 
possible,  le  traitement  de  la  voyelle  finale  n'en  est  pas  moins 
local.  Quant  à  la  question  de  l'origine  d'^,  M.  Horning  la 
rappelle  simplement  en  note,  sans  essayer  de  la  résoudre.  M.  Meyer- 
Lubke  en  parle  brièvement  et  incline  à  considérer  a  comme 
secondaire,  Gr.  d.  R.  Spr.,  I,  §§  225  et  262,  en  s'appuyant  sur 
iyè,  clef:  le  passage  de  tya  à  tye  sous  l'influence  de  }'  est  exclu, 
dit-il,  par  le  fait  que  le  développement  d'^  en  e  après  ty  issu  de  cl 
n'existe  pas  dans  ces  régions.  Suchier,  Gr.  Gr.,  p.  755,  exprime 
une  opinion  semblable,  cf.  aussi  la  carte  I  à  la  fin  du  volume, 
mais  il  s'occupe  des  parlers  franc-comtois  :  il  invoque  comme 
argument  contre  l'antiquité  d'^  l'existence  d'autres  a  secondaires 
issus  d'^. 

Au  point  de  vue  de  la  géographie  linguistique,  rappelons  que 
tous  les  autres  parlers  lorrains  ne  connaissent  qu'^  ou  des  pho- 
mènes  issus  de  cet  e,  cf.  Horning,  §  i,  les  cartes  de  VAL.  et  ce  qui 
a  été  dit  plus  haut  p.  72.  Si  cependant  les  parlers  situés  au 
sud  de  notre  domaine  ne  présentaient  qu'^t,  cette  continuité  géo- 
graphique serait  sans  doute  un  argument  'puissant  en  faveur  de 
l'antiquité  de  ce  phonème  ;  mais  on  sait  qu'il  n'en  est  rien, 
M.  Grammont,  La  Franche-Montagne,  pp.  (>(>  sq.,  s'appuie  préci- 
sément sur  la  présence  d'^  à  Montbéliard  pour  contester  l'anti- 


—  74  — 

quité  d'à  dans  les  parlera  de  la  Franche-Montagne.  Vautherln, 
Châtenois,  p.  17,  indique  que  dans  cette  localité  peu  éloignée  de 
Montbéliard  les  infinitifs  et  les  participes  de  la  i"  conjugaison 
sont  en  aï  ;  cf.  aussi  les  formQsfêve  ou  faîve,  fraîre,  raîve,  sève.  De 
plus,  dans  les  villages  24-26  de  mon  enquête,  on  trouve  à  la  fois 
la  deuxième  personne  du  pluriel  en  ^',  cf.  asseyez-vous  c.  49 
et  de  nombreuses  formes  en  e  qui  paraissent  représenter  d'an- 
ciennes terminaisons  en  q,  p.  ex.  à  Va  twà,  ils  l'ont  tué,  26 
mais  «  il  est  »  tive  25,  26,  àse,  assez,  26,  ^-25,  gnfe,  («  je  suis  ») 
égratigné,  24,  26,  ée  eiôré,  voiture  à  échelles,  24,  25,  etc. 

D'autre  part,  si  l'on  examine  les  conditions  phonétiques  dans 
lesquelles  a  se  rencontre,  le  traitement  de  «  fève,  frère  »,  etc., 
prouve  qu'il  n'est  pas  ancien.  Car  on  ne  voit  pas  pourquoi  Va 
se  serait  conservé  dans  les  mots  en  atu,  are,  etc.,  et  aurait  évo- 
lué vers  e  dans  «  fève  »,  etc.,  tandis  que  le  développement  con- 
traire s'explique  aisément. 

Les  documents  anciens  seraient  ici  particulièrement  utiles  ; 
malheureusement,  parmi  les  chartes  de  l'abbaye  de  Remiremont 
que  j'ai  copiées,  analysées  ou  lues,  il  n'en  •  existe  pas  qui  pro- 
viennent d'une  façon  certaine  de  la  région  où  a  se  présente 
actuellement  ;  en  tout  cas,  on  peut  noter  que  dans  aucune  on  ne 
trouve  de  formes  en  a.  En  outre,  dans  les  pièces  publiées  dans 
les  Documents  rares,  la  déclaration  des  droits  du  ban  de  Ramon- 
champ,  faite  en  1341  parle  maire  Gérardin,  contient  entre  autres 
la  forme /jrm,  prés,  t.  Il,  p. '2 19,  et  celle  du  ban  de  Vagney, 
faite  en  1345  par  Jehan  de  Plànoy  (section  actuelle  de  Basse-sur- 
le-Rupt),  de  nombreux  infinitifs  en  er,  eir,  id.  p.  223  sq. 

De  l'exposé  et  de  la  discussion  qui  précèdent,  il  ressort 
qu'Ascoli  s'est  trompé  en  considérant  qua,  dans  nos  parlers, 
représente  directement  a  latin,  et  que  MM.  Meyer-Lùbke  et 
Suchier  ont  raison  d'y  voir  le  résultat  d'un  développement  secon- 
daire. Mais  il  convient  en  outre  de  remarquer  la  diversitéactuelledes 
traitements.  Tandis  que,  dans  les  parlers  des  localités  23-26  delà 
Haute-Saône,  a  n'a  laissé  subsister  que  très  peu  d'e  et  que  le 
Val-d'Ajol  offre  un  état  assez  semblable,  nos  deux  vallées  con- 
servent beaucoup  d'anciens  e,  et  des  deux  c'est  la   vallée  de  la 


—  75  — 

Moselotte  qui  en  possède  le  plus.  Faut-il  conclure  de  cette 
variété  qu'a  pénètre  par  emprunt  ?  Cette  conclusion  n'est  pas 
nécessaire.  On  a  déjà  dû  remarquer  que  la  plupart  des  mots 
cités  sont  des  formes  verbales,  infinitifs  ou  participes  ;  et  par 
conséquent,  les  différences  de  l'extension  d'à  peuvent  être  dues  à 
des  phénomènes  d'analogie.  Il  semble  cependant  que  les  parlers 
voisins  exercent  une  certaine  action,  puisqu't?  résiste  davantage 
dans  la  vallée  de  la  Moselotte  qui  est  limitée  au  nord  et  à 
l'ouest  par  des  parlers  ne  connaissant  que  ce  traitement. 

§  45.  ly  (ï,  î)  <;  yéy  <C  ancien  ieie  <C  hûn  ata  après  palatales. 

D'après  les  deux  cartes  araignée  c.  38,  chargée  c.  159  ^îV, 
auxquelles  nous  n'ajoutons  pas  de  nombreuses  formes  qui  ne 
font  que  les  confirmer,  toute  la  vallée  de  la  Moselotte  et  les 
localités  9  et  10  disent  ey  (on  trouve  yey  dans  les  mots  où  ;y  n'a 
pas  été  absorbé  par  la  consonne  précédente)  ;  au  contraire  les 
localités  1-8',  II,  12  et  14  présentent  î  (j),  qui  se  réduit  ordinai- 
rement à  î  aux  points  13  et  14.  Les  deux  exemples  cités  du  point 
13  ont  des  formes  particulières,  ser jey  rehit  sur  les  participes 
des  verbes  en  e,  erene  probablement  repris  au  français,  mais  on  y 
dit  erï,  airée,  €Osn,  chaussée  d'étang,  brhî,  brassée,  piuenl,  poignée, 
etc. 

M.  Horning,  §  13  (cf.  aussi  Meyer-Liibke,  Gr.  d.  R.  Spr.,  I, 
§  267),  a  expliqué  exactement  l'origine  d'î(^y)  par  une  réduction 
du  groupe  yey.  Mais  comment  convient-il  d'interpréter  les  faits 
de  l'aire  9,  10,  16-22  ?  M.  H.,  qui  n'a  recueilli  que  quelques 
formes  de  cette  région,  est  disposé  à  considérer  au  moins  les 
formes  participiales  comme  refaites  sur  le  masculin.  Il  est  bien 
certain  que  ce  genre  de  réactions  analogiques  n'a  rien  d'invrai- 
semblable; le  participe  passé  féminin  du  v.  tirer  L.  en  est  un 
bon  exemple  :  à  côté  de  ttrây,  part,  fém.,  5  d,  on  trouve  un 
substantif  de  formation  plus  ancienne  tîrt(y\  portion  de  pré 
entre  deux  rigoles,  2  c,  5  d,  pré  L.  Toutefois  M.  H.  a  tort  de 
considérer  comme  embarrassants  et  peu  probants  les  mots  knayey, 
quenouillée,  de  Saint-Amé,  et  meney  =  a.  fr.  mâisniee  de  Saint- 
Amé  et  de  La  Bresse^  et  d'autre  part  de  s'appuyer  sur  nœti,  nuitée. 


-  76  - 

de  La  Bresse,  pour  admettre  qui  est  également  le  traitement 
régulier  de  ces  localités;  si  ce  mot  que  j'ai  également  recueilli, 
cf.  nœtl{y)  5  c,  d,  20  a,  21  e,  22  b  et  neiUie  Hingre,  n'est  pas 
refait  sur  un  verbe  en  /,  tel  qu'aineûli  noté  à  La  Bresse  par 
Hingre  à  côté  de  neûtié,  il  faut  y  voir  un  emprunt  comme  d'autres 
formes  citées  §  88,  1°.  En  effet,  il  existe  une  série  importante  de 
mots  où  l'aire  9,  10,  16-22  présente  (^y)ey  et  qu'il  est  peu  vrai- 
semblable d'expliquer  par  des  reformations  analogiques  :  cf. 
«  poignée  »  mancheron  c.  470,  evyey  lé  a,  19  c  aiguillée  Z,.,' 
^m^v}' brassée  id.,  hwoeey  16  a,  17  a,  18,  -é-  19-22,  porte  exté- 
rieure du  fenil,  mot  d'origine  obscure,  fenil  id.,  keruy  16 a,  18, 
-/-  19  b,  c,  ce  qu'on  met  dans  la  crèche,  foin  id.,  iosyey  21  a 
chaussée  d'étang  id.,  etc. 

§  46.  _)'d  <C  yà  devant  /. 

On  a  vu,  §  9,  que  yœ  est  le  traitement  correspondant  d'une 
façon  normale  au  français  eu  issu  du  latin  0  ouvert  tonique 
et  libre.  Devant  /  la  plupart  des  parlers  de  la  vallée  de  la 
Haute-Moselle  développent  yœ  en  yo,  et  l'on  trouve  aussi  yo  au 
Val-d'Ajol.  Les  faits  sont  les'suivants  :  meule  à  aiguiser  Z,.  se 
dit  myol  dans  l'aire  3-8',  cette  dernière  localité  employant  aussi 
la  forme  antérieure  wy^/ ;  de  même  trémie,  fréquemment  refait 
sur  «  meule  »,  est  dit  ûrmyol  par  5  a  et  tre-  par  6  a,  7  a,  8  a,  8' 
a,  9.  Pour  désigner  les  poutres  qui  soutiennent  un  plancher, 
6  b,  c  seuls  ont  employé  syol  <C  sola,  tandis  que  i  c,  5  b,  8'  b, 
9,  16  b,  18,  19  a,  c,  21' a,  22  a  ont  dit  5y^/,  cf.  poutre  L. 
Enfin  pour  la  bobine  ou  cannette  du  tisserand,  qui  est  désignée 
par  le  représentant  de  l'ancien-haut-all .  spuola,  4  a,  5  a,  6  a, 
8'  b  disent  pyôl,  12  a  t'pyol,  mais  5  d,  8'  ï pyâl,  bobine,  can- 
nette L.;  et  de  ce  mot  on  a  tiré  un  dérivé  qui  désigne  une 
espèce  de  dévidoir /)y(5/M  4  a,  5  a,  polyû  8'  d,  f  dévidoir  c.  248 
AT.  E. 

Ce  traitement  yo  est  manifestement  récent;  on  remarqueraqu'il 
n'a  pas  atteint  les  points  i  et  2  de  la  vallée  de  la  Haute-Moselle. 
Mais  il  est  impossible  de  décider  si,  dans  les  points  5  et  8  et  12 
où  les  deux  traitements  yo  et  yœ  sont  en  rivalité,  nous  sommes 


—  77  — 

en  présence  d'un  développement  en  cours  ou    d'un   phénomène 
de  recul. 

B.  —  Consonantisme. 

§  47-  f  (0.  /^<^W'- 

Cette  double  série  de  phonèmes  dont  l'extension  est  très  grande 
constitue  un  des  traitements  les  plus  caractéristiques  des  parlers 
orientaux  et  particulièrement  de  la  Lorraine  ;  l'on  peut  en  trou- 
ver un  classement  assez  confus  dans  Adam,  pp.  25-48,  plus 
scientifique  dans  Horning,  pp.  8i-8-j,  et  surtout  dans  un  article 
de  M.  Cuny,  Palatales  et  vélaires  dans  la  vallée  de  la  Meurthe, 
Revue  des  langues  romanes,  t.  XLIX,  p.  521  sq. 

La  situation  respective  des  deux  séries  de  phonèmes  dans  notre 
domaine  peut  se  définir  de  la  façon  suivante  :  ^,  /  se  rencontrent 
exclusivement  dans  l'aire  1-8',  Ç  h  exclusivement  dans  l'aire  9-10, 
13-22,  Remiremont  et  Le  Val-d'Ajol  (cette  localité  a  en  outre 
une  prononciation  plus  vélaire  d)  participent  aux  deux  traite- 
ments. A  Remiremont  les  témoins  b,  e,  f  ne  connaissent  que  Ç, 
h,  c  ne  connaît  que  €,  j,  a  hésité  entre  les  deux  prononciations  : 
pour  le  Val-d'Ajol,  cf.  §  87  '.  Cette  distribution  se  rencontre 
sans  exception  toutes  les  fois  que  ces  phonèmes  correspondent  : 

a)  A  d'anciennes  spirantes  s,  ;^  en  contact  avec  u  n  phonème 
palatal  : 

1°  Soit  dans  des  groupes  qui  contenaient  nny  d'origine  latin, 
cf.  graisse  c.  295,  les  représentants  du  fr.  huis  p.  42,  «  pois- 
son »  p.  26,  maison    c.  465,  etc.; 

2°  Soit  quand  elles  se  sont  trouvées  devant  et  plus  rarement 
après  une  voyelle  antérieure,  cf.  sanglier  c.  681,  sœur  c.  714, 
suif  c.  730,  sur  c.  733,  prise  L.,  assise  c.  51,  les  représentants 
de  «  mise  »  au  sens  de  mèche   de    fouet    c.  485  ; 

b)  Au  groupe  latin  sk  devant  a  ou  une  voyelle  antérieure,  cf. 
«mouche  »  p.  18,  échelle    c.  264,  descendre    c.  245  ; 

I.  A  Plombières  qui  est  voisin  du  Val-d'Ajol,  on  trouve  également  cette 
dualité  de  traitements,  le  centre  avec  e,  j,  le  hameau  des  Granges  avec  ç^  h, 
d'après  P.  Passy,  Revue  de  philologie  française,  1892,  p.  159  sq. 


c)  Au  groupe  rs,  quelle  que  soit  l'origine  du  s,  cf.  force  L. 
morceau   id.,  et  plus  haut  §  37. 

Par  contre,  quand  les  phonèmes  é,  /  se  sont  réduits  à  €,  j 
devant  une  consonne  dans  les  conditions  définies  §  42,  ç(c)  h  se 
présentent  sans  régularité.  C'est  ainsi  que  je  n'en  ai  relevé  aucun 
exemple  dans  les  localités  13  et  14,  et  que  je  n'en  puis  citer  qu'un 
seul  pour  9,  12,  15,  16,  à  savoir  arranger  c.  46.  Dans  l'aire 
même  17-22,  où  le  traitement  est  plus  fréquent,  il  est  cependant 
irrégulier,  Ç,  h  la  comprennent  tout  entière  dans  acheter  c.  8, 
jeter  c.  419,  etc.;  mais  dans  chenille  c.  175,  genêt  Z,,, 
genièvre  c.  382,  «  jumeau  »,  p.  (>(>,  les  représentants  de  l'a. 
fr.  ^d//«^  p  o u  1  e  c.  602,  ils  n'existent  que  dans  l'aire  20-22,  dans 
genou  c.  384  /;  ne  se  rencontre  même  que  dans  les  localités  21 
et  22,  et  on  ne  le  retrouve  nulle  part  dans  cheval  c.  179,  je 
mangerais  c.  475,  etc.  Toutefois  Ç,  h  pénètrent  par  extension 
analogique  là  même  où  é,  j  devraient  dans  l'aire  19-22  subsister 
régulièrement,  p.  ex.  dans  eÇet,  achète,  17  a,  18,  19  c,  20  a, 
Çety  jette,  17  a,  18,    20  a,  en  Çéney,  une  chenille,  20-22,  etc. 

L'opinion  la  plus  répandue  sur  les  relations  de  succession  des 
deux  séries  de  phonèmes  Ç  (f)  h  et  €,  /,  et  qui  paraît  à  première 
vue  la  plus  simple,  consiste  à  considérer  que  Ç  (c)  h  sont  issus 
de  £,j,  cf.  G.  Paris,  Romama,X,  p.  607,  Apfelstedt,  Lothr.  Ps., 
p.  XLiii,  etc.,  et  elle  semble  appuyée  par  les  faits  qui  ont  été 
exposés  en  dernier  lieu  :  il  est  en  effet  incontestable  que,  dans 
les  cas  où  Ç,  h  proviennent  d'anciens  é,  ;,  ils  ont  passé  par  le 
stade  €,  ;'.  Cependant  M.  Horning  est  d'un  avis  contraire  :  son 
principal  argument  est  que  dans  des  villages  de  la  région 
messine  plusieurs  infinitifs  de  la  r'  conjug.  présentent  y 
après  les  spirantes  ^,  h  ou  €,  j  issus  des  phonèmes  anciens  indi- 
qués 1°,  2°  et  3°,  tandis  que  ce  y  est  absorbé  par  €,  /issus  de  /,  /. 
Cet  argument  me  paraît  être  sans  valeur  :  le  même  fait  se 
retrouve  dans  notre  région,  cf.  p.  ex.  pêcher  c.  558,  et  le)'  est 
certainement,  ici  et  là,  un  simple  cas  d'extension  analogique  due 
à  l'influence  des  nombreux  verbes  en  ye  dans  notre  région,  en  yè 
ou  yœy  dans  la  région  messine.  (C'est  même  ainsi  qu'il  faut 
expliquer  les  formes  de  chauffer  /,.,cf.  aussi  §  141,  qui  ont  paru 


—  79  — 

inexplicables  à  M.  H.).  Cette  interprétation  est  rendue  évidente, 
pour  notre  domaine,  par  la  comparaison  du  traitement  de  la 
3«  pers.  sing.  de  l'ind.  prés,  de  «  pêcher  ^)  pû€î(y)  8  b,  8'  b,  -f- 
9,  lo  b,  II  b,  13  a,  16  a,  17  a,  18,  19  b,  20  a,  -c-  12  a  à  côté 
de  pu€  de  8  b,  11  c,  où  la  terminaison  ï(}')  correspond  au  fr. 
ie  des  verbes  en  ier  tels  que  «  marier  »,  etc.,  cf.  §  141.  L'argument 
fondé  sur  le  traitement  d'  «  échelle  »  ne  me  paraît  pas  plus  con- 
vaincant. Si  4  est  le  traitement  le  plus  ancien,  on  devrait,  dit 
M.  H.,  avoir  une  forme  avec  un  y  secondaire  et  une  voyelle  œ 
ou  des  formes  analogues  ;  mais  /  a  pu  empêcher  ce  développe- 
ment. Enfin,  il  tire  un  troisième  argument  du  traitement  des  mots 
tels  que  le  hnn  musca,  dont  l'évolution  5C>>  c  lui  paraît  peu  vrai- 
semblable. C'est  ce  dernier  argument  quia  le  plus  frappé  M.  Meyer- 
Lûbke,qui  s'appuie  sur  le  traitement  de  «  mouche  »  §  653  pour 
admettre  qu'en  lorrain  «  soit  ^  et  f  sont  tous  deux  issus  de  s' 
(c-à-d.  s  mouillé),  soit  e  est  issu  de  ^  »  ;  mais  il  est  aussi  con- 
testable que  les  deux  autres,  cf.  p.  66,  1.  4,  et  le  développement 
récent  de  ^  à  ^  dans  «  acheter  »  signalé  plus  haut.  Au  reste,  à 
propos  des  parlers  de  la  Franche-Comté,  dont  le  traitement  est 
fort  semblable  à  celui  des  parlers  lorrains,  M.  H.  ajoute  en  note; 
p.  83,  qu'il  est  disposé  à  admettre  que  ^  n'y  est  pas  issu  de  â. 
On  peut  donc  conclure  que  dans  notre  domaine  €,  j  repré- 
sentent l'état  le  plus  ancien,  et  ^  (t),  h  un  développement 
relativement  récent,  et  qui  n'a  pas  même  réussi  à  se  substi- 
tuer complètement  à  l'autre  à  Remiremont  et  au  Val-d'Ajol. 


CHAPITRE  VI 


TRAITEMENTS  DIVERGENTS 


Les  traitements  qui  sont  exposés  dans  ce  chapitre  ne  sont  pas 
seulement  parmi  les  plus  compliqués  de  notre  domaine,  mais 
l'interprétation  se  heurte  souvent  à  de  sérieuses  difficultés. 
Les  cas  de  mélange,  qui  sont  nombreux,  les  modifications  d'ori- 
gine analogique  et  les  particularités  dues  à  la  phonétique  syn- 
tactique  donnent  aux  faits  actuels  un  aspect  touffu  ;  aussi,  même 
quand  on  connaît  suffisamment  l'état  ancien,  il  n'est  pas  aisé  de 
suivre  l'enchaînement  des  développements  divergents.  Mais  il 
arrive,  et  pour  des  séries  très  importantes,  que  l'état  ancien  lui- 
même  soit  mal  connu,  et  dans  ce  cas  les  faits  se  prêtent  à 
diverses  explications,  sans  qu'il  soit  possible  de  se  prononcer  avec 
certitude. 

Ce  chapitre  présente  un  autre  fait  remarquable,  et  qu'il  con- 
vient de  signaler  à  l'attention.  Aucun  d^  traitements  considérés 
ici  ne  concerne  le  consonantisme  ;  tous  concernent  le  vocalisme. 
On  comprend  en  effet  que,  dans  un  domaine  aussi  restreint 
que  le  nôtre,  le  consonantisme,  qui  est,  comme  on  sait,  beau- 
coup moins  mobile  que  le  vocalisme,  ne  donne  pas  lieu  à  des 
développements  multiples. 

§  48.  yt,  yà,  t  tx.  a  <i  e  latin  tonique  ouvert  devant  r  -\-  con- 
sonne. 

La  diphtongaison,  qui  est  un  traitement  bien  connu  des  parlers 
lorrains,  cf.  Horning,  §  37,  et  dont  j'ai  relevé  un  exemple  ancien 
pierche  dans  un  compte  de  l'abbaye  de  Remiremont,  non  daté 
mais  probablement  du  xiV  siècle,  NJL.  25.^2,  76,  est  régulière- 
ment représentée  par 3'^  dans  l'aire  1-8'  et  parle  développement 
postérieur  jij  dans  les  localités  9,  10,  16-21,  d.  entre  autres  fe  r 
c.  340,  herbe  c.  406,  perdre  c.  567,  terre  c.  747,  ver  c.  785, 
etc.  La  Bresse  conserve  ordinairement  le   traitement  ancien  ye  ; 


—  Si   — 

cependant  on  y  emploie  déjà  quelques  tormes  en  yâ,  empruntées 
aux  parlers  voisins  :  on  ne  doit  pas  faire  état  des  réponses  du 
témoin  22  a,  dont  les  hésitations  proviennent  de  ses  déplacements, 
et  particulièrement  de  rvyâdo=  «  revers-dos  »  à  la  renverse  c. 
649,  qui  ne  m'a  été  donné  que  par  ce  témoin  et  à  côté  duquel 
Hingre  ne  signale  que  Çai)  rvyê-dô  ;  mais  Ihyàn  lanterne  L. 
est  la  seule  forme  actuellement  usitée  à  La  Bresse,  et  Hingre  a 
relevé,  outre  lantiânc,  à  la  fois  Lambiâ  et  -ê,  Lambert.  Le  Val- 
d'Ajol  se  sépare  complètement  de  ces  parlers  et,  conformément  à 
ceux  de  la  Franche-Comté  qui  ignorent  la  diphtongaison,  pré- 
sente uniquement  e.  Le  traitement  des  localités  11,  13-15  est 
compliqué  :  yâ  y  est  parfois  attesté  partout,  par  exemple  dans 
«  à  la  renverse  »,  «  ver  »,  mais  on  y  trouve  aussi  de  nom- 
breuses formes  non  diphtonguées  en  à  pât,  perdre,  au  point  11, 
le  tât,  Le  Tertre,  promenade  située  dans  Remiremont  même,  des 
témoins  1 1  a,  c  (tandis  que  15  b  dit  â  tyât),  tar,  terre,  aux  points 
II  et  13  ;  «  herbe  »  même  n'a  nulle  part  de  formes  diphtonguées. 
Il  est  possible  que  certaines  de  ces  formes  aient  subi  l'influence  du 
français,  mais  cette  explication  est  exclue  pour  le  verbe  dèvàr^ 
^d-,  ouvrir  c.  347,  refait,  comme  on  leverra§  i/|  3,  su  rie  participe 
issu  de  deopertu.  Nous  sommes  donc  ici  en  présence  de  faits  de 
mélange  de  parlers,  qu'on  retrouve  également  ailleurs,  par 
exemple  à  Uriménil,  où  M.  Raillant  a  relevé  à  la  fois  tam  et 
via,  nia,  nerf,  etc. 

Quelques  mots  font  partout  exception  pour  des  causes  parti- 
culières. Si  perche  L.  ne  présente  pas  de  formes  diphtonguées, 
la  forme  ancienne /)/>;r/j5  prouve  que  cette  anomalie  ne  vient  pas 
d'une  condition  phonétique  propre  à  ce  mot,  mais  qu'il  a  été 
repris  au  français  ou  à  des  parlers  voisins.  Quant  à  herse,  her- 
ser c.  408  qui  se  rattachent  à  un  verbe  *herpicare  avec  un  c 
ouvert,  comme  de  nombreux  représentants  romans  d'*herpex, 
herse,  cf.  Meyer-Lùbke,  EIV.  4141,  et  aux  représentants  de 
«  bers  »  berceau  c.  94  et  à  bercer  c.  95,  l'absence  dediphton- 
gaison  y  estdue  à  l'influence  analogique  de  formes  verbales  atones  ; 
la  voyelle  a  été   postérieurement  allongée  en  position  tonique  ; 

Li's  parlers  di's  Vosges  mcridionales.  6 


—   82    — 

mais  dans  d'autres  parlers  M.  Horning,  §  37,  a  relevé  des 
formes  diphtonguées.  Enfin  la  voyelle  simple  de  la  préposition 
vers  L.  s'explique  par  la  fonction  atone  de  ce  mot  dans  la 
phrase. 

§  49.  â)',  ey,  é,  ày,  oy  <  ancien  eie  (=  fr.  ée)  <  latin  ata,  sauf 
après  palatales. 

Ici,  comme  au  §  44,  il  faut  considérer  à  part,  pour  une  grande 
partie  de  nos  parlers,. les  cas  où  une  voyelle  de  la  série  antérieure 
se  trouve  dans  la  syllabe  précédente^  ceux  où  cette  voyelle  a 
disparu  et  ceux  où  la  terminaison  est  précédée  d'un  y. 

Dans  tous  les  cas  le  traitement  est  uniformément  e  au  Val- 
d'Ajol,  èy  au  point  13  et  chez  les  témoins  a,  b,  c,  d  de  Remire- 
mont  (b  articulant  faiblement  _)'),  et  enfin  ây  dans  les  localités  i- 
8',  14  et  15  et  chez  le  témoin  11  e.  Dans  le  reste  du  domaine  le 
traitement  est  ^jy  aux  points  9,  10,  16-19  ^^  éy  aux  points  20-22, 
quand  les  conditions  phonétiques  ne  répondent  pas  à  la  définition 
donnée  au  début  du  paragraphe;  au  contraire,  quand  ces  conditions 
sont  réalisées,  il  y  est  ordinairement  ey  dans  toute  l'aire  9,  10,  16- 
22,  cf.  d'une  part  année  c.  32,  journée  c.  425,  etc.,  et  d'autre 
part  cheminée  c.  172,  enflée  c.  294,  les  représentants  de 
«  buée  »  dans  faire  la  lessive  c.  447,  etc.  ;  sonnée  c.  718  suit 
le  traitement  de  l'infinitif  dont  on  a  parlé  p.  72.  Cependant  on 
y  rencontre  d'importantes  irrégularités  :  on  y  dit  pur  tout  fcimay 
fumée  L.ypyây  plaie  id.,  alors  qu'on  y  attendait  des  formes  en 
e.y  ;  cf.  encore  fyœrây,  semence  de  foin,  de  16  a,  22  b,  fieiirâe 
Hingre,  mot  dérivé  ^q  jyâr  =  (r.  feurre(y.  fourrage  c.  362)  et 
Çinây  de  17  g  échine  c.26j.  Toutes  ces  formes  ne  sont  expli- 
cables que  si  on  les  considère  comme  étrangères.  D'autre  part  oy 
de  20-22  n'a  pas  non  plus  éliminé  complètement  le  traitement 
précédent  ây.  Outre  les  formes  citées  ci-dessus,  on  peut  ajouter 
rây  rayon  de  miel  L.  qui  correspond  à  l'a.  fr.  ree  <  bas 
ail.  rata  d'après  le  Dicl.  Gén.  rayon  3,  hây  haie  id.  et  fày  des 
témoins  20  a,  21  a,  e  ;  à  propos  de  ce  dernier  mot  on  remarquera 
que  Hingre  donne  fwaue,  et  Horning,  pour  cette  même  localité, 
foy,  §  2. 


^  83  - 

Qnay  soit  postérieur  à  ey,  c'est  ce  qui  n'est  mis  en  doute  par 
aucun  linguiste,  cf.  Horning,  §  2,  Meyer-Lùbke,  Gr.d.  R.  Spr., 
I,  §  236.  Ascoli,  tout  en  citant  pêle-mêle  les  mots  enata  avec  les 
autres  exemples,  reconnaissait  qu  ay  s'étend  jusqu'au  nord  delà 
Lorraine,  qu'il  considérait  cependant  comme  étant  hors  du 
domaine  où  a  latin  se  serait  conservé  ;  cf.  plus  haut,  §  44.  Sur 
l'extension  de  ce  traitement  on  peut  se  rapporter  à  Adam  année 
p.  298,  cheminée  p.  311,  Horning  §  2,  Zeliqzon  §  2,  etc.,  et  on 
notera  également  à  Uriménil,  d'après  Haillant,;m<Ma^^,  biaye,ché- 
mnaye,  etc.  Puisque  9,  10,  ié-22  conservent  encore  £;y  sous  la 
forme  ey  dans  certaines  conditions  définies  plus  haut,  il  en 
résulte  que  les  deux  aires  14,  15  et  1-8',  qui  ne  connaissent  plus 
<\\iay  et  qui  sont  sans  contact,  ont  suivi  indépendamment  un 
développement  parallèle. 

Dans  l'aire  1-8'  nous  possédons  du  reste  encore  une  trace  du 
stade  antérieur  ey.  Pour  désigner  la  ration  de  foin  qu'on  prépare 
pour  toute  la  journée,  les  témoins  2  a,  c,  5  a,  c,  d  ont  indiqué 
l'expression  fàr  le  kwey  foin  L.  ;  or  ce  mot  est  certainement  le 
même  queÇkœvey  de  18,  19  a-c,  qui  a  le  même  sens.  On  le  trouve 
aussi   à  La  Bresse  d'après  Hingre  s.  v°  khkeuvéc,  au  Tholy  (arr. 
de  Remiremont)  d'après   Adam,  p.  286,  fdre  le  squevèïe,  faire  la 
ration  du  bétail  pour  la  journée,  et  M.  Horning  l'a  recueilli  à  La 
Poutroye  (Alsace),  p.  119,  scœvey,  dont  la  traduction  «  Bùnde 
Futter»  semble  être  insuffisamment  précise.  On  remarquera  que 
dans  ces  localités  ,tous    les   autres   mots    en    ata   sont  en    ay. 
M.  Horning,  Le,  a  donné  l'étymologie  exacte  scopata.  Le  sens 
ne  se  rattache  pas  au  sens  général  de  scopare,  balayer,  dont  nos 
parlers  ne  possèdent  plus  de  représentants,  cf.  la    c.  78,  mais  au 
sens  plus  particulier  d'écouvillonner  un  four,  que  Hingre  a  noté 
à  La  Bresse  sous  le  mot  khkeuvê.  On  a  comparé  le  geste  de  celui 
qui  tire  le  foin  du  grenier  au  geste  de  celui  qui  écouvillonne  un 
four.   Dans    les  explications  de  Hingre  s.  v.  kbkeiwée  l'idée   de 
secouer  est  mise  en  valeur  d'une  façon  trompeuse  ;  il  dit  en  effet . 
«  foin,  paille,  toutes  choses  semblables  qu'on  a  secouées  en  les 
répandant.  Se  dit  spécialement  du  foin  qu'on  tire  du  tas  avec  un 
croc  fait  exprès  dit  creucha  de  fwô,  et  puis  qu'on  secoue  douce- 


-  84  - 

ment  en  le  jetant  dans   la  grange  à    battre,  pour    le  repas   du 
bétail  ». 

^  ^o.  è,  à,  ô  <C  a  dans  les  monosyllabes  ou  leurs  composés. 

Les  composés  de  «  là  »  cela  c.  140  ou  la  forme  abrégée  de  ce 
mot  ça  c.  129,  là  c,  433,  là-bas  c.  433,  voilà  c.  800,  les 
représentants  del'a.fr.  ;rt  déjà  c.  241,  la  c.  43  i,  pronom  person- 
nel féminin  en  fonction  de  régime  tonique,  constituent  une 
série  distincte^  dont  l'évolution  particulière  est  due  à  leur  rôle  et 
surtout  à  leur  forme  monosyllabique,  cf.  Meyer-Lùbke,  Gr.  d. 
R.  Spr.,  l,  §§  221  et  228,  qui  montre  que  des  faits  analogues  se 
sont  produits  dans  d'autres  régions. 

Le  traitement  est  d'une  régularité  parfaite  dans  les  deux  val- 
lées :  en  effet  celle  de  la  Moselotte  présente  uniquement  à,  celle 
de  la  Haute-Moselle  uniquement  0.  Par  contre  la  région  de 
Remiremont  11-15  flotte  entre  plusieurs  traitements  ;  sans  doute 
e  y  est  prédominant  (e  n'existe  que  dans  «  ja  »  au  Val-d'Ajol), 
mais  les  deux  autres  y  coexistent,  à  seulement  au  Val-d'Ajol, 
mais  0  partout  et  d'une  façon  variable  suivant  les  mots,  les  loca- 
lités et  les  témoins.  C'est  pour  «  ça  «  que  les  témoins  présentent 
les  variations  les  plus  nombreuses,  puisque  se  et  so  sont  tous  deux 
employés  dans  tous  les  points  de  l'aire.  Dans  les  autres  mots 
elles  sont  moins  fréquentes  :  jo,  déjà,  n'a  été  employé  à  Remi- 
remont qu'une  seule  fois  par  1 1  b  qui  a  dit  deux  fois  je,  et  de 
même  seul  11  d  s'est  servi  dety^/o;  enfin  12  a  a  indiqué  à  la  fois/rt 
et  le.  Mais  il  y  a  en  outre  désaccord  entre  le  traitement  des  diffé- 
rents mots  dans  presque  toutes  les  localités  de  cette  aire  11-15.  Il 
est  inutile  d'insister  sur  Remiremont  dont  l'état  troublé  apparaît 
suffisamment  dans  les  lignes  précédentes  ;  mais  au  Val-d'Ajol  où 
à  est  prépondérant,  on  dit  cependant  je  (et  je),  se  et  so;  à  Saint- 
Nabord,  outre  so,jÔ  est  la  seule  forme  usitée,  tandis  que  les  autres 
mots  sont  en  e;  au  contraire,  Saint-Étienne,  outre  se,  ne  dit  que 
le,  à  côté  des  autres  mots  qui  sont  en  Ô.  Bellefontaine  est  la  loca- 
lité où  les  faits  sont  le  plus  réguliers  ;  en  somme,  je  n'y  ai  relevé, 
à  côté  du  traitement  e,  qu'une  seule  fois  se  chez  le  témoin  1 3  a, 
ce  qu'on  peut  considérer  comme  un  accident. 


-  85   - 

Quels  sont  les  rapports  des  trois  traitements  à,  ô,  è  ?  Dans 
les  parlers  orientaux  è  est  actuellement  de  beaucoup  le  plus 
répandu,  d.  pour  les  parlers  lorrains  Horning,  §  5,  Adam, 
p.  57  sq.,  p.  207  sq.,  les  cartes  de  VAL.  383,  7^1,  784,  etc.. 
Raillant  çai,  lai,  jai,  etc.,  et  pour  les  parlers  franc-comtois, 
outre  mes  cartes,  Grammont,  La  Franche-Montagne,  p.  106, 
etc.  rt  est  également  assez  fréquent,  mais  0  est  relativement  rare  et 
ne  paraît  exister  que  dans  les  parlers  lorrains  et  seulement  dans 
une  région  voisine  de  la  nôtre,  dans  la  vallée  deCleurieauTholy, 
tolb,  vdlô,jo  Adam,  pp.  207,  208,  422,  à  Gérardmer/o  Horning, 
§  5,  slo  Herzog,  Einkitung,  §  73,  à  Rehaupal  (arr.  de  Saint-Dié) 
vanlo,  là-bas,  'Adam  p.  208,  à  Deycimont  (arr.  d'Épinal)  çu-ld, 
çolle-lo,  celui-là,  celle-là,  id.,  p.  60. 

D'autre  part,  d'après  l'opinion  généralement  admise,  e  repré- 
sente l'état  attesté  par  les  documents  médiévaux  sous  la  forme  aiy 
cf.  Meyer-Lùbke,  Gr.  d.  R.  Spr.,  I,  §  258,  Kisserling,  Die  Beton- 
ten  Fokale  im  Alththringischen  (In.  Diss.)  Halle,  Colbatzky, 
1890,  pp.  30  et  31,  et  dans  les  chartes  de  Remiremont /a/ 
NAL.  2531,  (>(),  88  bis,  etc.  Par  conséquent  on  doit  admettre 
que,  dans  notre  domaine  comme  ailleurs,  la  succession  des  déve- 
loppements a  été  e  (d'où  ^),  à,  ô.  Mais  cette  explication,  satisfai- 
sante pour  les  parlers  des  deux  vallées,  n'éclaircit  pas  totalement 
les  faits  de  la  région  de  Remiremont.  Il  est  surprenant  que, 
sauf  au  Val-d'Ajol  qui  présente  les  trois  traitements,  e  soit  dans 
les  localités  11,  14,15  en  rivalité  avec  oet  nulle  part  avec  à.  Faut- 
il  donc  en  conclure  qu'o  est  étranger  à  cette  région  et  que  c'est 
une  prononciation  empruntée  aux  parlers  de  la  Haute-Moselle  et 
de  la  Cleurie  (car  à  l'ouest  e  est  prédominant  et  probablement 
unique)  ?  Cette  conclusion  n'est  pas  absolument  nécessaire  :  mal- 
gré l'absence  actuelle  d'à  dans  l'aire  11,  14,  1 5,  il  est  possible  qu'o 
en  soit  anciennement  issu  dans  une  de  ces  localités  et  se  soit 
ensuite  mêlé  avec  t'.  Quoiqu'il  en  soit,  11,  12,  14,  15  présentent 
dans  cette  série  de  mots  un  mélange  particulièrement  remar- 
quable. 

§  51.  I,  a,  d  dans  la  syllabe  protonique  <C  anciens  a,  ai,  e  <. 
a  OM  e  latins. 


—  86  — 

Bien  que  les  faits  considérés  ici  représentent  des  phonèmes 
étymologiquement  différents,  il  m'a  paru  utile  de  les  réunir; 
car,  outre  qu'on  évite  ainsi  des  redites,  les  développements  de 
ces  faits  sont  connexes  et  s'éclairent  mutuellement. 

1°  Dans  une  série  importante  de  mots  tous  les  parlers  ont  un 
seul  traitement^  :  a)  =  ancien  a   dans    asseoir    c.  47,  etc.; 

b)  =  ancien  ai  dans  «  faîne  »,  p.  37,  etc.  ;  c)  =  ancien  e  dans 
descendre   c.  245,  etc. 

2°  Dans  une  autre  série,  (  est  le  traitement  à  peu  près  exclu- 
sif de  l'aire  1-15,  tandis  qu'rt  est  prépondérant  dans  l'aire  16-22. 

A.  —  Dans  un  certain  nombre  de  mots  la  présence  d'^:  de  l'aire 
16-22  semble  être  liée  à  celle  d'un  zu  antérieur  :  a)  =  ancien  a 
dans  les  représentants  du  fr.  marcher  battre  en  grange  c.  87, 
«  par  »  p.  63,  garder  c.  374,  cacher  c.  130,  etc.  ;  b)  = 
ancien  ai  dans  les  représentants  de  l'a.  fr.   baiesse  fille    c.  346  ; 

c)  =  ancien  e  dans  ceux  de  merendare  goûter   c.  393. 

Les  témoins  des  localités  16  et  17  manifestent  quelque  flotte- 
ment :  16  a  ne  dit  avec  à  que  pivà,  par,  et  bwà^e,  piocher  L., 
16  b  dit  bwtycs,  fille,  à  côté  de  kiaà^ey,  cachée;  de  même  17  a, 
b  emploient  biutyes  et  17  a  kwhe,  cacher,  -àt,  cachette.  En  outre 
il  est  au  moins  un  mot  qui,  dans  toute  l'aire  16-22,  n'a  que 
des  formes  en  e,  à  savoir  bwetertiii  18,  20  a,  21  a,  22  a  Barthé- 
lémy L.  Qu'il  y  ait  une  relation  entre  la  présence  d'un  w  et 
celle  d'un  â,  c'est  ce  qui  semble  ressortir  des  formes  de  «  par  », 
comparées  à  celles  de  ce  mot  dans  le  composé  «  tout  -|-  par  »  + 
un  pronom  personnel  au  sens  de  seul  L.  et  c.  707,  et  aussi  du 
traitement  de  quatorze  c.  624  qui  présente  à  la  fois  w  ti  à  zn 
seul  point  22. 

B.  —  Il  existe  en  outre  une  série  importante  de  mots  où  à 
apparaît  dans  l'aire  16-22,  sans  qu'on  puisse  Her  sa  présence  à 
celle  de  conditions  phonétiques  particulières  :  a)  =  ancien  a 
dans  avoir,  savoir  Z,.,  chevreau  c.  183,  les  représentants  du 
k.  echevetteéc\\twe2i\x  c.  266,  laver  c.  442,  passer  c.  557,  le 
dérivé  de  trahe  au  sens  de  poutre  c.  605,  les  représentants 
d'apiariu  a.u  sens  de  rucher  c.  671  (pour  la  modification  de  la 
consonne,  cf.  §  151),   sarcler    c.    68^,   etc.  ;  b)    =    ancien  ai 


-  87  - 

dans  les  représentants  du  fr.  agassc  pie  c.  57e,  haïr  L.,  etc.  ; 
c)  =  ancien  e  dans  enterrer  c.  ^00,  éternuer  c.  315, 
hier  soir  c.  409,  les  futurs  et  conditionnels  de  tenir,  venir, 
L.  et  §§  21,  143,  etc. 

Si  à  est  localisé  dans  la  vallée  de  la  Moselotte,  sa  présence 
n'y  est  pas  constante.  Le  point  16  flotte,  comme  dans  le  cas 
précédent,  entre  e  et  à,  le  témoin  a  n'emploie  avec  à  que  pàsà, 
à?^,  rucher,  et  le  témoin  b  dit  phâ  et  util,  extrémité  du  râteau 
qui  porte  les  dents,  râteau  L.;  de  plus  çtàne,  éternuer,  n'est 
employé  que  dans  l'aire  19-22,  hàye,  haïr,  que  dans  Taire  20- 
22,  ttàvàt,  poutre,  n'existe  même  qu'au  point  22,  et  on  notera 
que  les  représentants  de  s  ternir  e  au  sens  de  faire  la  litière  c. 
459,  dont  les  conditions  phonétiques  sont  pourtant  identiques  à 
sternntare,  ont  e  dans  toutes  les  localités  de  l'aire  ié-22.  Il  faut 
enfin  signaler  les  formes  usitées  au  seul  point  12  àije  agneau 
L.,  et  eràrji  araignée  c.  38.  Mais  à  d'engraisser  c.  295  des 
localités  17-22  vient  de  «  graisse  »,  cf.  §  i. 

3"  Une  troisième  série  est  constituée  par  des  mots  qui  ont 
trois  traitements  :  on  trouve  ordinairement  e  dans  Taire  i-io,  à 
aux  points  12  et  ié-22,  0  dans  Taire  11,  13-15. 

A .  —  Un  premier  groupe  est  formé  de  mots  dont  la  voyelle 
est  suivie  de  /  :  a)  =  ancien  a  dans  alêne  c.  17,  aller  c.  18, 
alouette  c.  30,  chaleur  c.  150,  échelon  c.  265,  malade 
C.466,  saler  c.  678,  vallée  c.  777,  etc.  ;  b)  =  ancien  e  dans 
atteler  c.  53,  gelée  c.  379,  peler  c.  563,  etc. 

La  répartition  des  faits  est  assez  régulière  ;  cependant  plusieurs 
points  offrent  quelques  variations.  15  a,  dont  le  traitement  le 
plus  fréquent  est  Ô,  dit  cependant  avec  e  elod,  alêne,  eluét, 
alouette,  et  hésite  entre  £îvo1o  et  -clÔ  chevalet  c.  180  ;  de 
même  11  b  dit  eeelot,  échelle  placée  en  avant  de  la  voiture  à 
foin,  voiture  L.,  11  d  màlâj,  malade.  Aux  points  8  et  8'  les 
formes  avec  à  sont  fréquentes  :  éàlû,  chaleur,  8  a,  svàlo,  cheva- 
let, 8  a,  b,  8'  a,  h,  sale  S'  a-d  salière  de  cuisine  L.,  €àlo, 
échelon,  8  b,  U-  8'  a,  b,  e,  eeàlot  8'  b  (et  même  7  a)  égout- 
toir  pour  les  fromages  L.,  hàloj,  cf.  §  151,  pelure  c.  564, 
tàld  %  b,   8'  a,   d  talon  L.  Quelle  que  soit  l'explication  que 


—  88  — 

nous  adopterons  pour  les  rapports  des  trois  traitements,  il  est 
certain  qu'une  partie  des  formes  qui  viennent  d'être  citées  est 
empruntée  à  des  parlers  voisins. 

Le  point  lé  présente  des  hésitations  semblables  à  celles  qui 
ont  été  signalées  plus  haut  :  le  témoin  a  dit  (ji^elà,  aller,  elwàt, 
alouette,  sclà  saler,  b  de  même  dit  soml à.  elwàt  de  i8  est  peut- 
être  accidentel  ;  mais  il  existe  plusieurs  mots  pour  lesquels  la 
vallée  de  la  Moselotte  ne  connaît  qu'e  :  çeli,  ridelle,  21a,  khaili 
Hingre,  voiture  L.,  il  fallait  c.  333,  cf.  aussi  «  il  a  y)  felUy 
—  fallu,  17  a  falloir  L.,  fallu  Hingre  s.  \° fan.  Pour  les 
formes  de  «  falloir,  valoir  »  avec  ô,  cf.  §  58. 

B.  —  Dans  une  deuxième  série  la  voyelle  est  précédée  ou  suivie 
d'une  consonne  labiale  :  cf.  les  représentants  de  l'a.  fr.  batoyer 
baptiser  c.8i,  bavard  c.  88,  baver  c.89,  cheveu  c.  181, 
épouvantail  c.307  exprimé  par  un  substantif  verbal  d'«  épou- 
vanter »  ■<  *expaventare,  gd.z on  c.  377,  maçon  c.  462,  taon 
c.  740,  etc. 

Ici  encore  on  notera  plusieurs  irrégularités  :  ira,  c  disent 
bevâ,  bavard,  16  z-liuâvâ,  mais  16  b  biuevà,  baver;  les  formes 
d'(c  épouvantail  »  au  point  16  sont  particulièrement  remar- 
quables :  eçpwbvk  16  a,  epb-  et  tçpb-  16  b;  mais  la  forme  la  plus 
notable  est /a'i,  taon,  18-21,  -en  22. 

C.  —  Dans  un  troisième  groupe  la  syllabe  suivante  contient 
une  voyelle  postérieure,  cf.  charbon  c.  156,  chardon  c.157, 
charrette  c.  164,  chaton  c.  168,  «  étron  »  dans  le  mot  qui 
désigne  le  bousier  c  114,  etc.  16  flotte  ici  comme  précédem- 
ment, cf.  eeràt  de  lé  a,  b  et  ^â-  de  16  a  ;  de  même  au  Val- 
d'Ajol  on  dit  ^^râ/,  ;ero  jarret  c.  415.  Le  rôle  de  la  voyelle 
postérieure  ressort  de  la  comparaison  de  «  charrette  »  à  char- 
rue c.  165  et  du  mot  issu  de  *carrik  qui  désigne  la  partie  de 
la  grange  qui  se  trouve  en  avant  c.  395.  Si  11,  13-15  disent 
drîiÇj),  charrue,  c'est  par  analogie  d'après  «  charrette  ».  C'est 
sans  doute  de  même  qu'il  faut  expliquer  ebsœr  fouet  c.  355 
des  points  11  et  15,  et  sbyû  sureau   c.734  de  11,  14,  15. 

Après  avoir  établi  l'état  actuel  des  parlers,  il  nous  reste  à  en 
tenter  une  explication.  Faut-il  admettre  qu'é  est    à   la   base  de 


-  89  - 

tous  les  faits,  et  c\nâ  et  o  en  sont  une  évolution  postérieure  ? 
Faut-il  au  contraire  admettre  qu'a  représente  le  traitement  pri- 
mitif dans  les  mots  où  il  correspond  à  un  a  ancien  ?  Quant  à 
0  de  la  région  de  Rem'iremont,    il    est   nécessairement  issu  d'à. 

Les  graphies  des  documents  anciens  prouvent  qu'e  était  très 
répandu  dès  le  xiii*  siècle  :  cf.  i°  ai  :  ai,  à,  NAL.  2531,  66,  etc. 
lai,  h,  article,  id.  88  b,  etc.,  airieraiges  id.  79,  aicroixa[n\ce 
id.,  aiqiiis,  acquis,  \à.  ^i,  aivoi\fi\ne  id.  m,  wa/mw^/r  (peut- 
être  zc'o/-)  id.  104;  2°  ei  :  cheiiaiis  =  a.  fr.  chesal  2542,  33  ' 
3°  w  :  u'oira[n]tirai  2531,  42  ;  4°  ^  :  chescun  2529,  41,  meniere 
2530,  47,  ivernison  2531,  71,  cherrees  (au  sens  de  charretées)  id. 
83,  merguerite  2542,  31,  messecUer  id.  73.  Notons  aussi  les  gra- 
phies inverses  :  paemens  2531,  91,  saremens  id.  88  b,  laxie  2529, 
41,  sad  id.,  chamin  2531,  88  b,  etc.  Dans  ces  conditions  il  est 
impossible  de  faire  état  de  xahy  déjà  cité  p.  34  pour  conclure 
que  devant  /  a  subsistait  ou  avait  déjà  reparu  à  Remiremont  vers 
le  XIV*  siècle. 

L'extension  et  la  régularité  du  traitement  des  villages  de  la 
Haute-Moselle  qui,  sauf  devant  /  aux  points  8  et  8',  ne  con- 
naissent presque  exclusivement  qu'^,  et  la  présence  Irèquente  d'è 
dans  le  reste  du  domaine  s'accordent  bien  avec  les  données  de 
ces  textes.  De  plus  la  comparaison  des  mots  qui  avaient  ancien- 
nement e  et  où  la  succession  e,  a,  0  n'est  pas  douteuse  vient 
encore  à  l'appui.  On  doit  donc  conclure  qu'^  de  la  vallée  de  la 
Moselotte  et  du  Val-d'Ajol  est  toujours  issu  d'un  stade  e,  et  qu'il 
en  est  de  même  d'à  devant  /  aux  points  8  et  8'.  M.  Meyer- 
Lùbke,  qui  admet  Gr.  d.  R.  Spr.,  \,  §  349,  qu'^  est  le  traitement 
normal  des  parlers  lorrains,  signale  la  présence  d'un  r  après  0  de 
nombreux  mots  d'Uriménil,  mais  sans  en  tirer  de  conclusion  : 
en  effet  les  faits  précédents  montrent  qu'il  n'y  a  pas  lieu  de 
faire  état  de  la  présence  de  ce  phonème. 

Mais  comment  faut-il  expliquer  les  nombreuses  irrégularités 
qui  ont  été  relevées  ?  Une  partie  est  peut-être  due  à  des  condi- 
tions phonétiques  particulières  :  il  semble  bien  que  la  conser- 
vation d'c  dans  «  Barthélémy  »  2°  A,  «  il  fallait  »  id.,  «  taon  » 
3"  B  est  attribuable  à  l'influence  des    voyelles   claires    suivantes. 


—  90  — 

Pour  les  autres  cas  on  peut  penser  que  nous  sommes  en  pré- 
sence de  développements  en  cours  :  c'est  ainsi  qu'on  pourrait 
expliquer  le  flottement  de  8  et  8'  3°  A  et  de  toute  la  vallée  de 
la  Moselotte  2°  B.  La  résistance  de  l'état  ancien  est  évidem- 
ment renforcée  par  le  traitement  des  parlers  voisins  :  nous  en 
avons  un  bel  exemple  dans  «  râteau  »,  p.  68,  comparé  à  son 
dérivé  râf/^/t  17  a,  19  c,  -fé  18,  21  a,  22  a  ;  celui-ci,  ayant  un 
caractère  plus  local,  a  développé  à  dans  l'aire  17-22,  conformé- 
ment à  la  tendance  de  ces  parlers,  tandis  que  «  râteau  »  a  par- 
tout ^.  Quant  aux  hésitations  du  point  lé,  elles  tiennent  à  sa 
situation  ;  d'autres  ont  un  caractère  plus  individuel,  telles 
q\ïè€elot  de  II  b  3°  A,  dont  le  £  est  également  étranger,  màlâf 
de  1 1  d,  etc . 

§  52.  Traitements  divergents  de  l'ancienne  diphtongue  oi. 

Les  traitements^en  sont  si  variés  qu'il  est  nécessaire  de  faire 
plusieurs  subdivisions  ;  encore  réussira-t-on  difficilement  à  trou- 
ver une  explication  pleinement  satisfaisante  de  la  façon  dont 
s'est  formé  l'état  actuel .  Sans  doute  cette  complexité  si  grande 
est  partiellement  due  à  des  développements  divergents  ;  mais 
les  faits  contradictoires  auxquels  se  heurte  toute  interprétation, 
et  la  présence  de  nombreux  cas  de  traitements  doubles  et 
même  triples  dans  une  même  localité  ne  peuvent  être  attribués 
qu'au  mélange  des  parlers. 

1°  à,  e,  ô  <,  ancien  oi  <C  e  latin  fermé  libre  ou  suivi  d'un 
phonème  palatal . 

Cette  triple  série  de  traitements  se  rencontre  en  premier 
lieu  dans  le  cas  où  la  voyelle,  précédée  d'une  consonne  autre 
qu'une  labiale,  est  actuellement  finale,  cf.  croit  c.  232,  droit 
c.  261,  froid  c.  367,  étroit,  roi,  soif,  soir,  toit  L.  Il 
résulte  de  tous  ces  faits  qu'^  est  le  traitement  de  beaucoup  le 
plus  étendu,  puisqu'il  comprend  toute  l'aire  i-io,  16-22.  La 
région  de  Remiremont  offre  à  la  fois  les  trois  traitements,  mais 
la  répartition  en  est  irrégulière  :  seuls  12  et  13  présentent  ô 
sans  exception  ;  à  Remiremont  S  est  également  le  plus  usuel, 
mais  II  b  a  employé  krà,  crois,  etdrà,  droit,  11  d  ^r^  ;  14  et  15 


—  91  — 

ont  e  comme  traitement  principal,  mais  /5  y  est  aussi  attesté  par 
hrèy  étroit,  de  14  b,  et  ro,  roi,  de  14  a,  et  par/r^,  froid,  rô  et 
sÔ,  soif,  des  différents  témoins  de  15.  Quant  à  la  =  îx .  loir 
rat  c.  638,  nous  en  reparlerons  plus  loin.  Au  reste  la  régularité 
des  localités  i-io,  12,  16-22  n'est  qu'apparente  :  les  points  8- 
10,  ié-19  disent  dre  dans  de  nombreux  composés  de  «  droit  » 
servant  à  former  des  adverbes  de  lieu,  cf.  là -bas  c.433  et 
là-haut  c.  435;  en  outre  19-22  disent  (^r)de.  il  doit  c.  250, 
forme  qui  n'est  explicable  par  aucune  action  analogique,  tandis 
que  (;')ié  peut  être  refait  sur  fo,  vo,  il  faut,  il  vaut.  Enfin  il  faut 
citer  un  certain  nombre  de  formes  verbales,  la  désinence  à  <C 
eit  du  Val-d'Ajol  à  la  3*  pers.  sing.  de  l'imparfait  de  l'indicatif, 
celle  en  à  i-io,  12,  16,  en,  13-15  de  même  origine  à  la  3' 
pers.  sing.  du  conditionnel,  celle  en  à  12,  e  13-15,  17,  18,  è 
II  <iei^  à  la  2=  pers,  pluriel  du  futur,  et  enfin  celle  en  à  12, 
e  I  -8',  18-22  <<  ois  à  la  i''  pers.  sing.  'de  l'indicatif  présent,  cf. 
les  §§  114,  115  et  112. 

Cette  triple  série  à,  ë,  ô  existe  encore  quand  la  consonne 
finale  est  maintenue  dans  les  formes  féminines  droite  c.  261, 
étroite  c.  327,  froide  c.  367,  cf. encore  raide  c.6}6  N.  E.; 
or  dans  ces  formes  l'extension  d'^  est  plus  grande  que  dans  les 
mots  précédents,  réserve  faite  des  formes  verbales  ;  non  seule- 
ment II  d  dit  dret  et  etret,  et  13  une  forme  secondaire //-g/,  mais 
^  est  le  traitement  de  toute  l'aire  17-22;  enfin  refroidir  L. 
l'atteste  également  pour  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  où  les 
témoins  5  c,  d,  8^  b  ont  indiqué  refredye.  Enfin  dans  ce  cas  le 
Val-dAjol  présente  à. 

M.  Horning,  §  70,  et  M.  Meyer-Lûbke,  Gr.  d.  R.  Spr.,  I,  §  76, 
ont  essayé  d'expliquer  les  faits  correspondants  des  parlers  lor- 
rains. Le  premier  admet  qu'un  stade  ancien  oi  s'est  réduit  à  0 
d'où  est  sorti  a.  Le  second,  frappé  par  la  coexistence  d'o  et  a 
dans  plusieurs  localités,  suppose  qu'il  s'est  produit  un  croise- 
ment de  deux  groupes  de  parlers,  et  il  ajoute  :  c  0  représente  oi 
et  en  est  issu  comme  a  d'ai;  ainsi  la  perte  de  l'élément  palatal 
est  commun  à  toute  la  Lorraine  ;  mais  la  base  est  ai  pour  le  sud, 
oi  pour  le  nord  qui  se  rattache  ainsi  au  messin  et  au  wallon.  » 


—  92  — 

Mais  ces  deux  essais  d'interprétation  ont  le  grand  défaut  de  pas- 
ser sous  silence  le  stade  e.  Il  est  vrai  que,  en  dehors  de  notre 
domaine,  il  est  actuellement  peu  répandu  dans  les  parlers  vos- 
giens  :  M.  Haillant  signale,  s.  v°  so,  se,  soif,  sei,  soir,  de  Hadol 
(canton  de  Xertigny,  arr.  d'Épinal),  à  quelques  kilomètres  d'U- 
riménil,  et  d'autre  part  M.  Edmond  a  recueilli  à  Arches  (can- 
ton et  arr.  d'Épinal),  n°  67  de  \'AL.  cire,  droit,  -t,  droite,  etfet, 
étroite,  ret,  raide  (m.),  st,  soif,  se  soir,  te,  toit.  Or  ce  stade  ëest 
très  important  ;  car  il  paraît  difficile  de  le  considérer  comme  issu 
d'û  dans  notre  domaine.  Au  contraire  il  est  très  tentant  de  le 
considérer  comme  l'état  le  plus  ancien  d'où  à  se  serait  déve- 
loppé normalement  en  position  finale  :  la  forme  de  «  refroidir  » 
de  la  vallée  de  la  Haute-Moselle  est  inexplicable  autrement. 
Enfin  là,  rat,  de  Remiremont  et  de  Saint-Nabord,  et  qui  existe 
aussi  à  Uriménil,  cf.  la  graphie  là  de  Haillant,  suppose  un  stade 
antérieur  In,  dont  l'a  a  été  allongé  peut-être  sous  l'influence 
des  mots  en  à  tels  que  «  renard  »,  §  i.  Il  résulte  de  tout  ce  qui 
précède  que  l'explication  de  M.  H.  ne  convient  pas  à  notre  région, 
et  qu'il  est  préférable  d'y  considérer  ô  comme  issu  d'à,  lui- 
même  postérieur  à  e  :  cette  interprétation  est  notamment 
appuyée  par  le  traitement  d'avez  c.  69  et  §  115,  et  par  celui  de 
«  coi  »  signalé  §  35  où,  grâce  au  groupe  initial  A'îc,  l'état  ancien 
de  la  voyelle  a  été  conservé. 

Il  reste  maintenant  à  expliquer  comment  e  est  sorti  du  stade 
oi  attesté  abondamment  par  les  documents  médiévaux,  p.  ex. 
hoirs  NAL.  2530,  47,  etc.,  doit  (3'  p.  s.  ind.  pr.  de  devoir)  id., 
trois  là..  2531,  68,  etc.,  droit  là.,  id.  113,  etc.  Quant  à  l'hypothé- 
tique ai  de  M.  Meyer-Lûbke,  je  n'en  ai  relevé  aucune  trace,  pas 
plus  que  de  graphies  en  0,  sauf  devant  e,  cf.  plus  loin,  3°.  A 
mon  avis  oi  a  donné  naissance  ici,  comme  après  les  labiales,  cf. 
§  8,  à  lue  qui,  après  les  consonnes  autres  que  les  labiales,  s'est 
réduit  à  e.  Le  stade  we  est  encore  attesté  par  plusieurs  formes 
des  parlers  limitrophes  de  la  Franche-Comté  23-25,  à  savoir 
dwt',  doigt,  23,  rive,  roi,  24,  id.,  raide,  23,  -â  24,  25,  sive,  soif, 
23,  -â  24,  25,  tiuâ,  toit,  id.  On  peut  en  outre  noter  que 
M.  Grammont  a  adopté  une  explication  semblable  pour  le  parler 


—  93  — 

de  la  Franche-Montagne,  p.  8i.  Mais  de  toute  façon  il  est  remar- 
quable que  nulle  part  le  traitement  ne  soit  complètement  cohé- 
rent. Dans  la  région  de  Remiremont  ii,  13-15  nous  avons  cer- 
tainement affaire  à  des  faits  de  mélange  ;  ailleurs  cette  expli- 
cation, tout  en  étant  possible,  n'est  pas  nécessaire.  11  semble 
bien,  en  effet,  que  la  phonétique  syntactique  ait  joué  un  rôle 
important  dans  ces  développements  irréguliers  :  en  effet  au  Val- 
d'Ajol  0  et  dans  la  vallée  de  la  Moselotte  à  ne  se  développent 
qu'en  position  finale,  mais  devant  consonne  on  trouve  respec- 
tivement à  et  e,  c'est-à-dire  que  les  voyelles  tendent  à  s'y 
fermer  dans  le  premier  cas  et  à  rester  ouvertes  dans  le  second. 
Cette  explication  permet  également  d'éclaircir  les  particularités 
des  morphèmes  cités  dans  les  pages  précédentes,  e  de  la  i"  pers. 
sing.  de  l'ind.  présent  usité,  même  dans  la  vallée  de  la  Haute- 
Moselle,  où  à  se  manifeste  cependantavec  une  grande  régularité,  etc. 

Par  contre  devant  s,  :(,  oia  eu  un  développement  différent  ;  la 
spirante  a  été  palatalisée,  et  0  a  persisté,  comme  le  montre  le  trai- 
tement de  «  trois  »,  p.  45,  et  de  connaître  L.;  si  cro  î  tre  c.  2^  5 
a  cependant  un  à  dans  l'aire  16-22,  il  faut  sans  doute  attribuer 
cette  anomalie  à  la  3^  pers.  sing.  de  l'ind.  présent  krà  19  c,  20  a, 
22  a,  où  la  chute  ancienne  des  consonnes  finales  a  dû  laisser 
oi  intact,  et  qui  a  donc  pu  se  développer  comme  dans  les  mots 
de  la  série  précédente.  Ailleurs  au  contraire  c'est  l'infinitif  qui  a 
réagi  sur  cette  forme,  d'où  krô  2  a,  c,  4  a,  5  b,  7  a,  8'  a,  -Ô 
II  a-c,  15  b.  De  même  devant  nie  y  a  été  absorbé,  et  nos  par- 
1ers  présentent  tous  0,  cf.  Ion  <C  ligna  i  a,  b,  c,  2  a,  3  b,  5  d, 
7  a,  8'  f,  9,  18,  19  a,  c,  22  a,  Ion  13  b,  15  a,  Ion  12  a  bûche 
de  bois  L.,  cf.  aussi  lolngnes  NAL.  2531,  83.  Sur  le  dérivé 
là^e  du  Val-d'Ajol,  cf.  infra,  §  64. 

2°  â,  e,  Ô  <C  oi  devant  r,  L 

Il  faut  étudier  à  part  les  mots  dont  la  voyelle  est  suivie  de  r 
ou  /,  parce  que  la  répartition  des  traitements  actuels  est  tout  à 
fait  différente  de  la  précédente  ;  cf.  asseoir  c.  47,  chandelle 
c.  153,  étoile  c.  319,  genièvre  c.  382  dont  les  représentants 
correspondent  à  l'a.  fr.  genoivre,  seul  normal,  comme  on  le  sait, 
noircir    c.  525,  seigle   c.701  (cf.  dans  les  documents  médié- 


—  94  -^ 

viux  soile  NAL.  2529,  41,  etc.,  issu  régulièrement  de  5^:^/^)  et 
dans  le  Lexique  les  représentants  de  mustela  belette,  croire, 
noir^  toile,  les  représentants  du  fr.  choir  tomber,  ton- 
nerre, verre,  voir.  Dans  cette  série,  comme  dans  la  pré- 
cédente, la  consonne  qui  se  trouve  devant  la  voyelle  est  autre 
qu'une  labiale  ;  «  verre,  voir  »  y  ont  été  entraînés  par  l'in- 
fluence du  /■,  mais  le  développement  différent  de  «  boire, 
poire  »,  cf.  §  8,  montre  que  cette  influence  pouvait  être  anni- 
hilée par  celle  de  la  labiale.  Le  traitement  de  beaucoup  le  plus 
étendu  est  e  qui  comprend  régulièrement  l'aire  i-io,  ié-22. 
Les  parlers  de  la  région  de  Remiremont  au  contraire  sont  hési- 
tants et  présentent  dans  des  proportions  différentes  les  trois 
stades  e,  à,  0.  C'est  à  Remiremont  qu'é  a  le  plus  d'extension  : 
1 1  a,  c  l'emploient  dans  «  asseoir,  chandelle,  choir,  croire,  noir, 
toile,  verre  »,  11  a  dit  aussi  noee  et  -Ce,  noircir  ;  par  contre  1 1  b, 
sauf  sol,  seigle,  ne  connaît  que  des  formes  en  e  ;  enfin  1 1  a,  d 
disent  tyenâr,  tonnerre,  11  c  tt-,  11  a,  c,  ewâr,  verre,  11  d 
nâçe,  noircir.  Aux  points  12,  13-15  rt  et  0  sont  beaucoup  moins 
usuels  qu'l  :  à  côté  des  autres  mots  qui  sont  en  e  12  dit  7îâr, 
noir,  nâryt,  noircir,  luâr,  verre,  13  zuor,  verre,  14  a  sol,  wor, 
verre,  /^^«âr  et  hésite  entre  luâretwer,  voir,  15  a  dit  ;/i(?/t1/,  belette, 
jnbv,  genièvre,  sol,  et  1 5  c  wâr,  voir.  Notons  enfin  qu'«  étoile  » 
n'a  partout  que  des  formes  en  e  et  que  »  genièvre  »  n'en  a  pas  en  5 
à  Remiremont.  Des  hésitations  analogues  se  retrouvent  fréquem- 
ment dans  d'autres  parlers  vosgiens  :  il  suffit  de  comparer  les 
formes  d'Uriménil  et  des  localités  de  VAL.  Ici  encore  l'apparente 
régularitéde  l'aire  i-io,  ié-22  est  démentie  par  d'autres  faits  :  la 
carte  802  je  verrai  donne  en  effet  des  formes  en  0  pour  l'aire 
8-10,  16-22  et  en  à  pour  l'aire  1-7,  et  les  futurs  et  les  condition- 
nels d'«  asseoir,  croire,  choir  »  sont  semblablement  traités. 

Les  parlers  limitrophes  de  la  Franche-Comté  attestent, 
comme  dans  le  cas  précédent,  le  stade  we  par  quelques  formes 
de  23-25  :  nwàr  24,  25,  nwer  23,  swel,  seigle,  twel,  toile,  23.  Par 
contre  le  développement  des  parlers  vosgiens  semble  avoir  été 
tout  autre  ;  en  effet  si  on  admet,  comme  pour  les  mots  étudiés 
plus  haut,  qu'c   est  sorti  de  we,  la  genèse  d'à  et  0  dans  les  futurs 


—  9)  — 

et  les  conditionnels  d'«   asseoir    »,    etc.,  dans   les   deux  vallées 
devient  tout  à  fait  obscure.  Au  contraire  si  on  considère  qu'o, 
après  avoir  couvert  les  deux  vallées,  est  devenu  â  puis  e,    les 
formes  des  futurs  et  des  conditionnels  apparaissent  comme  des 
vestiges  des  étapes  antérieures.   On  est  amené   ainsi  à  adopter, 
conformément  à  l'explication  de  M.  Horning,  que  devant  r,  /, 
oi,  au  lieu  de  passer   par  we,  s'est   réduit    à  o.    Le    traitement 
d'huile  L.,  el  partout  sauf  ol    lia,  formes  qui  procèdent  de 
l'ancien  oik,  appuie  cette  interprétation  ;  il  est  plus  difficile  de 
faire  état  de  chaîne  c.  149,  et  de  ^ân^/,  chaînette,  de  I2àcôtéde 
€on,  chaîne.  Il  n'y  a  pas  de  contradiction  à  proposer  deux  explica- 
tions différentes,  l'une  pour  les  mots  où  la  voyelle  est  suivie  de  r,  l, 
l'autre  pour  ceux  qui  ont  été  traités  p.  91  sq.  ;  cette  diversité  s'ac- 
corde bien  avec  lasituationde  notre  domaine,  limité  au  nord  par  des 
parlers  qui  semblent,  ainsi  que  M.  Horning  l'admet,  ne  connaître 
lue  dans  aucune  des  deux  séries  que  nous  venons  d'examiner,  et 
au  sud  par  d'autres  parlers  qui  ont  zuc  dans  toutes  les  deux. 
3°  Traitement  à'oie,  d'origines  variées,  en  syllabe  tonique. 
D'après  les  faits  fournis  par  craie,  sillon  dont  les  représen- 
tants correspondent  au  fr.  raie<i\zt.  riga,  soiedeporc,  taiede 
duvet  L.,  doigt  c.  256,  qui  correspond,  dans  toute  l'aire  i-ii, 
13-18,  à  l'a.  fr.  dote  <C*dita,  monnaie  c.  506,  quelques  formes 
de  courroie  L.  et  dévoie  id.,  le  traitement  dominant  est  oj, 
semblable  à    celui   d'oie  L.   On    trouve    cependant    quelques 
divergences  :  «  courroie,  raie,   taie  »   ont   sporadiquement  des 
formes  avec  u,  et  «  voie   »   même  n'en  a  pas  d'autres,  en  outre 
il  faut  signaler  {j-yiily  il  doit    c.  250,  si  cette  forme    représente 
l'ancien  subjonctif  ^o/e  NAL.  2531,  79, cf.  aussi Schwan-Behrens, 
§413,  qu'on  trouve  déjà  avec  la  fonction  d'indicatif  id.    2542, 
42,  etc.,  cf.  sur  ces  formes  en  «/  §   62  ;   surtout  il  faut   remar- 
quer les  formes  en  ày  de  «  monnaie  »  dans  l'aire   ié-19  et  de 
«  craie  »  et  «  soie  »  dans  l'aire  17-19. 

Il  n'y  a  pas  de  raison  de  douter  qu'o}»  ne  soit  issu  directement 
du  stade  ancien  oie.  Mais  dans  ces  conditions  ây  des  localités  16- 
19  doit  être  considéré  comme  un  développement  récent  qui 
existe  au  reste  dans  d'autres  parlers  vosgiens,  cf.  Horning,  §  50, 


-  c,6  - 

et  les  cartes  de  VAL.  correspondant  à  nos  mots.  Les  documents 
du  Moyen  Age  ont  régulièrement  la  graphie  oie,  p.  ex.  monoie 
NAL.  2530,  47,  me-  2531,  68,  banvoie  id.,  sire  bua'es  diz^  des  loyes 
2542,  24,  où  loyes  équivaut  au  fr.  Jo^e  <C  german.  Jaubja  et 
désigne  probablement  la  commune  d'Eloyes  du  canton  de  Remi- 
remont,  aujourd'hui  à  ou  e  loy  suivant  les  parlers,  Eloyes  L., 
très  rarement  oe,  p.  ex.  soent,  soient,  2529,  41.  Quant  aux  formes 
de  plie  c.  588,  on  ne  peut  pas  les  utiliser,  car  il  a  pu  se  pro- 
duire des  réactions  analogiques,  comme  on  le  verra  plus  loin  5° 
et  §143. 

4°  a,e,  0  <Z  oi  devant  ancien  l  <^  e  latin  fermé. 
Les  parlers  manifestent  dans  cette  série  une  remarquable  régu- 
larité, cf.  bouteille  c.  115,  les  représentants  du  fr.  corneille 
corbeau  c.211,  corbeille  c.212,  oreille  c.  534,  les  repré- 
sentants du  fr.  seilh  seau  c.  695,  etc.  Les  localités  1-8',  16-22 
ont  régulièrement  ày,  exceptionnellement  allongé  dans  «  cor- 
neille »  au  point  22,  et  12  ay  le  plus  souvent  long;  9,  10 
forment  une  petite  aire  en  ey,  11,  13-15  une  aire  enr7y;seul  le 
témoin  1 1  b  hésite,  disant  à  la  fois  botoy,  kûnoy,  oroy,  bôtey,  sey^ 
pwerey  pareil  L.  et  kôrbày. 

Le  traitement  ey  de  9,  10  est  particulièrement  intéressant,  et 
doit  être  rapproché  des  nombreuses  formes  en  e  étudiées  plus  haut 
1°  ;  il  faut  d'autre  part  noter  le  dérivé  seyd  seau  c.  696  des 
localités  i-io,  16.  Il  semble  bien  que  nous  ayons  dans  ces  formes 
la  réduction  d'un  stade  ancien  u>e,  tel  que  nous  l'avons  adopté 
p.  92.  On  sait  qu'au  Moyen  Age  cil  est  devenu  oil  dans  les  par- 
lers orientaux,  cf.  Meyer-Lûbke,  Gr.  d.  K.  Spr.,  I,  §  86,  et  dans 
nos  documents  consoil  NAL.  2531,  71,  78,  etc.  ;  et  ce  groupe  0î7 
a  pu  soit  se  réduire  directement  à  oy,  comme  M.  M.  L.  l'admet, 
soit,  comme  nous  le  supposons,  se  développer  en  oel,  wel,  el,  ey, 
ay,  oy.  Parmi  les  formes  des  parlers  limitrophes  de  la  Haute-Saône 
on  notera  sweyô,  -ày-  seau  c.  696,  qu'on  peut  rapprocher  de 
formes  que  j'ai  recueillies,  loin  de  notre  domaine,  à  Besançon 
kûmvey,  corbeau,  su'ey,  seau,  cf.  aussi  Grammont,  La  Franche- 
Montagne,  p.  90,  qui  adopte  une  explication  semblable  à  celle  qui 
est  proposée  ici. 


—  97  — 

^°  a,  e,  0  en  syllabe  protonique  .^  en  <C  t-'  latin  ouvert  ou 
fermé  devant  palatales. 

La  plupart  des  mots  appartenant  à  cette  série  sont  des  formes 
verbales  ou  des  dérivés;  aussi  de  nombreuses  réactions  analogiques 
ont-elles  compliqué  l'aspect  des  faits  actuels,  cf.  pour  le  traite- 
ment des  formes  atones  d'  «  asseoir,  croire,  voir,  broyer,  plier  », 
§  143.  Mais  si  «  scier  »,  employé  partout  au  sens  de  faucher 
c.  336,  noyer,  nier  L.  ont  dans  l'aire  1-8' une  voyelle  é  issue 
des  formes  toniques,  et  si  le  dérivé  en  ette  qui  désigne  une  espèce 
de  petite  scie,  cf.  c.  691,  est  également  refait  sur  le  simple 
«  scie  »  c.  692,  ces  mots  présentent  au  point  12  à,  aux  points 
1 1,  13-15  0  et  dans  les  localités  9,  10,  16-22  e,  qu'il  est  difficile 
de  considérer  comme  analogiques.  De  même  si  sàyà  et  soyô  seau 
c.  696  doivent  peut-être  leur  voyelle  au  simple  «  seille  »,  seyd 
paraît  bien  attester  un  état  ancien.  Il  est  donc  probable  que  dans 
toutes  ces  formes  e  représente  la  réduction  de  we  que  Taire  franc- 
comtoise  23-26  conserve  encore  dans  les  formes  de  «  seillon  » 
citées  plus  haut,  siueyt,  faucher,  de  23,  diœye  dé  L.  de  23-26, 
weyot  oie  L.  de  24-26,  etc.  ;  cf.  aussi  Grammont,  La  Franche- 
Montagne,  p.  83  sq.,  et  la  graphie  oi  des  textes  anciens,  p.  ex. 
proiier  NAL.  2531,  66,  proiiei  id.  83  a,  89,  etc. 

§  53.  fl,  é,  0  <C  ^  issu  d'^  latin  fermé  et  entravé. 

1°  Les  parlers  de  1 1  à  22  sont  relativement  réguliers  ;  mais  l'aire 
i-io  présente  des  faits  si  compliqués  que  l'interprétation  en  est 
aussi  délicate  que  celle  du  paragraphe  précédent.  Si  l'on  considère 
le  traitement  des  mots  bouc  c.  105,  dérivé  avec  le  suffixe  ^^,  char- 
rette c.  164,  épais  c.  303,  il  est  c.  323,  fraîche  c.  363, 
mêle-toi  c.  487,  sec  c.  697,  seize  c.  702,  on  peut  établir  (en 
laissant  de  côté  les  variations  de  la  quantité  et  du  timbre  de 
«  seize  »  dans  Taire  11-15)  que  16-22  ont  à,  i-io  0,  11,  13-15 
è,  12  0  en  position  finale  et  à  devant  consonne  d'une  façon  ana- 
logue au  traitement  exposé  p.  90  sq.  Mais  la  régularité  de 
cette  série  qu'on  pourrait  cependant  allonger  est  contredite  par  le 
traitement  de  quelques  mots.  Réservons  le  cas  de  même  c.  488, 

Les  parlers  des  Vosges  r)iei'idio)iaIe<:.  7 


-  98  - 

de  veuf  c.  788  et  de  «  faible  »  évanouir  c.  329,  en  raison  des 
consonnes  labiales.  Mais  8'- 10  disent  trâ:(,  1 1  b  -j,  15  -as,  1 1  a,  c, 
13,14  -«treize  c.765,  ce  qui  est  en  désaccord  avec  le  traite- 
ment de  «  seize  »  ;  dans  cercle  c.  144,  crèche  c.  226,  les 
représentants  de  u  flammèche  »  au  sens  d'étincelle  c.  317, 
neige  c.  520,  vert  c.  787,  1-8'  ont  des  formes  en  rt,  9  et  10 
disent  krh,  nej,  ^,  10,  16  sek,  20  a  ne),  11  b  à  la  fois  le  nu  et 
c  nos  (nous  négligeons  ici  les  variations  de  la  quantité  et  du 
timbre  de  «  neige  »,  comme  plus  haut  celles  de  «  seize  »).  e  de 
«  neige  »  provient  sans  doute  des  formes  verbales  atones,  cf. 
plus  loin  2°.  Mais  pour  les  autres  mots  toute  tentative  d'expli- 
cation dépend  de  la  façon  dont  on  interprète  le  développement 
de  toute  la  série.  Or  des  explications  variées  ont  été  proposées, 
principalement  par  MM.  Fœrster,  Horning  et  Meyer-Lùbke. 
M.  Fœrster  (dont  je  résume  l'opinion  d'après  M.  H.)  admettait 
que  la  voyelle  e  a  passé  à! a  à  t?.  M.  H.,  §  70,  objecte  qu'en  ce 
cas  la  conservation  à'e  ouvert  entravé  ne  s'explique  pas  ;  mais 
il  faut  ajouter  que  les  exemples  sept  L.  et  des  mots  en  elle  tels 
que  «  selle  »  au  sens  de  chaise  id.  sont  peu  nombreux  et  ne 
sont  pas  à  l'abri  de  toute  discussion  ;  on  trouve  notamment  le 
traitement  ô  non  seulement  dans  omU  2  c,  5  d,  8'  f,  19  a,  21  a, 
-e  13  a,  14  a,  15  b  =  a.  fr.  aesmer  <,  adaestimare  Meyer-Lùbke, 
EW.  139,  estimer  L.,  mais  dans  o€  2  c,  5  d  --=  fr.  éche  <C  esca 
amorce  L.,  cf.  aussi  aukhe  Hingre.  Quoi  qu'il  en  soit,  M.  H. 
conclut  qu'o  doit  être  antérieur  à  a  et,  rapprochant  le  traitement 
d'(r  fermé  entravé  de  celui  du  même  e  libre,  il  propose  de  consi- 
dérer 0  comme  issu  d'o/.  M.  M.-L.,  G.  d.  R.  Spr.,  I,  §  112,  modi- 
fie l'explication  de  M.  H.,  comme  il  l'a  fait  pour^  fermé  libre,  et 
suppose  qu'o  et  a  sont  originaires  de  deux  centres  ;  mais  ce  ne 
sont  plus  les  mêmes  que  ceux  qu'il  avait  admis  pour  0  ti  a  issus 
d'é  fermé  libre.  Celui  d'o  serait  méridional  (bourguignon),  celui 
d'à  septentrional,  et  tandis  qu'o  se  serait  développé  d'o/,  a  aurait 
passé  par  les  étapes  e,  è,  à.  Mais  si  a  vient  des  parlers  septentrio- 
naux, on  ne  voit  pas  comment  il  a  pu  pénétrer  au  Val-d'Ajol 
tout  entouré  par  0,  et  on  peut  soulever  la  même  objection  pour 
les  parlers  de  la  vallée  de  la  Moselotte.   En   effet   les  données 


—  99  — 

d'Adam,  de  Horning  et  de  VAL.  permettent  d'établir  un  trai- 
tement 0  pour  Génirdmer  (où  du  reste  les  faits  sont  assez 
incohérents)  et  Le  Tholy  :  pour  Gérardmer,  cf.  H.,  §  58,  AL. 
point  76,  pour  Le  Tholy  Adam  boucho,  bouc,  p.  304,  protè,  prê- 
ter, p.  363,  tourot,  rouet,  p.  368,  etc.  Faut-il  donc  se  rallier  à 
l'explication  de  M.  Horning  ?  Cette  hypothèse  de  la  diphton- 
gaison à!e  en  oi  me  semble  cependant  se  heurter  à  de  sérieuses 
difficultés  dans  notre  domaine.  On  n'a  pas  remarqué  que  dans 
des  mots  tels  que  «  seize,  treize  »,  s'ils  avaient  passé  par  le  stade 
oi,  la  spirante  finale  aurait  dû  être  infectée  par  le  y  comme  dans 
«  trois  »,  p.  45,  dix  c.  254.  De  plus  les  documents  médiévaux 
ne  connaissent  pour  ainsi  dire  pas  la  graphie  oi  \  les  seuls 
exemples  que  j'en  ai  relevés  sont  moime  NAL.  2531,  71,  moiinme 
2542,  37  ;  et  si  j'ai  eu  raison  d'admettre,  p.  92,  qu'o/  <  c 
fermé  libre  est  devenu  lue  puis  e,  cette  graphie  s'explique  aisé- 
ment. Au  contraire  la  graphie  a  est  très  usuelle,  cf.  tra-^^e  2531, 
108,  rematre  id.  71,  abbasseid.  et  surtout  des  noms  de  personnes 
tels  que  jannate  id.  91,  etc.;  0  est  plus  rare,  cf.  jannot  id.  90  et 
aussi  abbaiisse  2529,  41. 

Il  me  semble  donc  qu'il  faut  revenir  à  l'opinion  de  M.  Fœrs- 
ter  :  èhlà,  nom  de  lieu-dit  de  Ferdrupt,  en  français  Le  Châte- 
let,  indiqué  par  7  c  et  confirmé  par  d'autres  patoisants,  atteste 
encore  l'état  ancien  de  la  région  de  Ferdrupt .  Les  particularités 
de  «  treize  »  sont  sans  doute  dues  à  des  faits  de  mélange  de 
parlers;o/,  êtes,  de  Val-d'Ajol  est  analogique,  cf.  §  133,  stk, 
cercle,  de  9,  10,  16  peut  être  considéré  comme  une  adapta- 
tion récente  du  français,  de  même  que  sàk.  Dans  «  vert  »  r 
aujourd'hui  amuï  a  pu  contribuer  au  maintien  d'^.  Mais  il  reste 
bien  des  faits  obscurs  :  faut-il  admettre  que  la  voyelle  s'est  diph- 
tonguée  devant  une  palatale  dans  «  crèche,  neige  »,  comme  on 
le  voit  au  point  23  qui  dit  nwej,  sweé,  sèche,  -l,  sécher,  et  aussi 
Iwïjl  léger  c.  444;  «  sèche  »  et  «  sécher  »  devraient  leur  trai- 
tement anormal  dans  la  vallée  de  la  Haute-Moselle  à  l'influence 
de  «  sec  ».  Il  est  au  reste  possible  que  cqs  faits  contradictoires 
doivent  en  partie  leur  origine  au  mélange  des  parlers.  La  chose 
est  certaine  pour  a  dès  »  qui  se  dit  da  et  ^0  à  La  Bresse  d'après 


—    100    — 

Hingre,  et  je  ne  vois  pas  d'autre  explication  pour  k  ô  s  k  a  qu'est- 
ce  que  »  que  L.,  usité  dans  la  vallée  de  la  Moselotte,  à  côté  du 
traitement  avec  ^  de  «  qui  est-ce  que  »  qui  c.632.  Enfin  il  est 
possible  que  la  conservation  d'à  dans  un  certain  nombre  de 
mots  de  la  vallée  de  la  Haute-Moselle  et  au  Val-d'Ajol  y  soit  due, 
comme  nous  l'avons  également  admis  p.  93^  à  des  phénomènes 
de  phonétique  syntactique  :  à  ne  se  serait  normalement  fermé 
en  0  qu'en  position  finale  et  aurait  tendu  à  se  maintenir  devant 
consonne,  la  forme  masculine  de  «  vert  »  serait  refaite  sur  le 
féminin;  et  on  expliquerait  de  même  Ve  de  la  petite  aire  9,  10. 
2°  Il  convient  d'examiner  à  part  le  traitement  que  les  parlers  de 
la  vallée  de  la  Moselotte  présentent  dans  les  verbes  blesser  c.  102, 
nettoyer  c.  $23,  prêter  c.  615,  sécher  c.  700,  les  représen- 
tants de  *tittiare  téter  c.  748.  Ces  parlers  ont  conservé  e  dans 
la  syllabe  protonique  ;  cependant  les  formes  toniques  l'ont  fait 
reculer  dans  plusieurs  de  ces  mots  ;  parfois  au  contraire  e  est  com- 
plètement tombé  :  «  blesser  »  seul  offre  encore  e  dans  toute 
l'aire  16-22,  dans  les  représentants  de  *tittiare  ^  est  limité  à  19- 
22,  de  même  dans  «  prêter  »  (22  a  doit  pratà  à  ses  pérégrina- 
tions), dans  «  sécher  »  il  ne  comprend  même  que  20  et  21, 
quant  à  «  nettoyer  »  ernetyî  n'a  été  indiqué  que  par  19  a,  parce 
que  la  forme  française  a  chassé  les  formes  patoises,  mais  Hingre 
donne  encore  nétié,  et  l'on  peut  en  outre  citer  aifièvelè,  affaiblir, 
Hingre  ;  e  a  même  pénétré  dans  les  formes  toniques,  cf.  p.  ex. 
prît  19  a,  20  a,  21  a,  e,  22  b,  biesse,  Hingre  s.  y°biessé.  Par  contre  il 
est  complètement  tombé  dans  tsye  19-22,  sce  20,  21,  fi)e  20  a, 
dont  on  peut  rapprocher  ce  que  Hingre  dit  s.  v°  nagé  :  «  on  dit 
aussi  negé,  à  l'infinitif,  et  aux  part,  plus  spécialement.  » 

§  54.  Traitement  d'ancien  oi)i  en  position  finale  ou  devant  con- 
sonne et  d'ancien  ci  devant  n,  tous  deux  après  labiale. 

Les  phonèmes  dont  nous  avons  à  parler  ici  ont  plusieurs  ori- 
gines :  on  sait  en  effet  qu'en  plus  des  cas  où  oin,  oine  corres- 
pondent aux  mêmes  phonèmes  du  français,  les  parlers  orientaux 
traitent  par  oin,  oine  tous  les  mots  où  e  fermé  latin  libre  se  trou- 
vait devant  une  nasale  et   après   une  labiale,  cf.    sur  ce   point 


—   loi   — 

Meyer-Lûbke,  Gr.  [d.  R.  Spr.,  I,  §§  89  et  92.  Nous  y  joignons 
également  «  bon  »  dont  la  forme  ancienne  était  régulièrement 
biien,  attestée  dans  les  documents  de  Remiremont  par  les 
graphies  boin  NAL.  2529,  41,  etc.,  boinne  2531,  71,  78,  etc. 

La  complexité  des  faits  provient  moins  de  |la  nature  des  inno- 
vations qui  sont  simples  que  de  la  variété  de  leur  extension. 
On  peut  les  résumer  de  la  façon  suivante  :  le  traitement  lue,  par 
dénasalisation  ivt,  existe  sans  concurrence  dans  les  localités  8, 
8',  II,  13-15,  une  innovation  luo,  par  dénasalisation  lub,  s'est 
produite  dans  les  localités  1-7,  9,  10,  16-22,  une  autrety^au  Val- 
d'Ajol.  Mais  la  persistance  de  l'état  ancien  dans  les  points  i-io, 
12  donne  à  leurs  parlers  un  aspect  assez  incohérent.  Considé- 
rons d'abord  le  phonème  oin  dans  le^  mots  foin  c.  353,  moins 
c.  502,  poing,  point  c.  590  et  bon  c.  104.  Les  isoglosses  de 
ces  cartes  n'offrent  à  peu  près  aucune  différence.  C'est  d'une 
part  le  traitement  ancien  zt'/dans  les  localités  8  et  8',  dénasalisé 
en  liî  dans  l'aire  11,  13-15,  d'autre  part  deux  prononciations 
nouvelles  d'origine  semblable  lua  au  point  12,  wd  dans  les  loca- 
les 1-7,  9,  10,  dénasalisé  dans  l'aire  16-22.  Ce  développe- 
ment a  dû  se  produire  assez  récemment,  car  2  c  connaît  encore 
la  forme  archaïque  biuesà,  bonsoir,  cf.  aussi  les  faits  étudiés  plus 
loin.  Quant  à  miue,  moins,  de  2  c,  4  a  qui  emploient  aussi 
mw^),  il  est  moins  probant,  car  ce  mot  est  combattu  par  l'expres- 
sion n  mt  ta,  de  sorte  que  miue  est  peut-être  simplement  repris 
au  français. 

Devant  consonne,  dans  dimanche  c.  252,  les  faits  sont  assez 
différents,  puisque  dans  ce  cas  la  vallée  de  la  Haute-Moselle  con- 
serve we,  wo  ne  se  trouvant  que  dans  l'aire  16-22  ;  dans  les  loca- 
lités II,  13-15  la  nasalisation  a  été  maintenue  par  la  quantité 
longue  de  la  voyelle,  et  12  se  joint  à  ces  localités. 

Quand  oi  se  trouvait  devant  ne,  dans  avoine  c.  63,  peine  c. 
562,  veine  c.  780,  9  et  10  se  joignent  à  la  vallée  de  la  Mose- 
lotte,  tout  en  s'en  distinguant  par  la  nasalisation  de  la  voyelle, 
et  11-15  sont  également  d'accord,  sauf  quelques  variations  sur 
la  quantité.  Si  faner  c.  335  et  mener  c.  490  peuvent  être  cités 
ici,  c'est  que  dans  la  plupart  des  points  l'infinitif  et  les  formes 


—    102    — 

atones  sont  refaits  sur  les  formes  toniques.  Or,  en  dehors  de 
modifications  analogiques  survenues  dans  w  mener  »^  cf.  §  143, 
fwonà  et  mivonà  sont  en  lutte  dans  la  vallée  de  la  Haute-Moselle 
avec  les  formes  plus  anciennes  fiuènà  et  mwenà.  La  plupart  des 
localités  et  même  beaucoup  de  témoins  participent  à  cette  lutte; 
on  en  jugera  par  le  détail  des  faits  suivants  : 

fwinà  I  a,  b,  e,  2  b,  d,  e,  4  a,  5  a,  d,  7  a,  b. 
tnîvenâ  i  a,  b,  d,  e,  2  b,  e,  4  c,  5  a,  c,  6  a,  f. 
fwojià  I  d,  2  a,  c,  3  b,  4  a,  b,  5  e,  f,  6  a,  b. 
mwonà  2  a,  c,  d,  3  b,  4  a,  5  e,  f,  6  a,  b,  7  b. 

Si  parfois  certaines  localités  paraissent  ne  pas  connaître  les 
deux  traitements,  c'est  l'effet  du  hasard  ;  une  nouvelle  enquête 
modifierait  certainement  ces  données,  et  l'on  peut  assurer  que  i, 
3  et  7  en  sont  au  même  point  que  2-6  ;  i  miudne,  je  mène,  du 
témoin  c  l'atteste  pour  i .  Le  traitement  de  «  faner  »  s'explique 
aisément  par  l'influence  de  «  foin  »,  comme  celui  de  «  bonne  » 
par  celle  de  «  bon  ».  Quant  à  «  mener  »  il  a  sans  doute  été 
entraîné  par  «  faner  »,  car  zvo  ne  peut  pas  y  être  régulier,  étant 
donné  le  traitement  d'  «  avoine,  peine,  veine  ». 

Les  différents  traitements  qui  viennent -d'être  exposés  pro- 
viennent pour  une  part  du  développement  spontané  de  luè  par 
réaction  de  la  semi-consonne  labiale  sur  la  voyelle  ;  des  faits 
analogues  existent  dans  l'aire  23-26,  dont  23  dit  toujours zt'^,  24- 
26  lue,  vJe  ou  we.  Cependant  seule  la  vallée  de  la  Moselotte  pré- 
sente un  traitement  uniforme  wo.  Sans  doute  les  différences  de 
«  foin  »,  etc.,  d'une  part,  et  de  «  dimanche  »  etc.,  de  l'autre,  dans 
l'aire  1-7  peuvent  s'expliquer  phonétiquement,  car  la  consonne 
finale  de  «  dimanche  »,  etc.,  a  pu  entraver  l'action  du  w;  cette 
explication  convient  aussi  aux  faits  du  Val-d'Ajol,  et  si  9,  10 
ont  w/dans  «  dimanche  »  alors  que  tous  les  autres  mots  y  sont 
en  wo,  won,  on  peut  attribuer  cette  conservation  à  l'action  de  la 
palatale  finale.  Il  est  probable  cependant  que  le  maintien  de  l'état 
ancien  dans  ces  différents  cas  a  été  favorisé  par  la  persistance  de 
cet  état  dans  les  localités  voisines. 

L'exception  que  constitue  mar  <  lat.  mitior,  très  usité  dans 


ro: 


notre  région,  cf.  mauvais  Z,.,  et  dans  d'autres  localités  lor- 
raines, cf.  Adam,  p.  269,  manre  (Landremont,  canton  de  Pont- 
à-Mousson,  M.-et-Moselle),  ne  peut  pas  s'expliquer  par  un  déve- 
loppement particulier  ;  c'est  un  mot  vraisemblablement  refait 
sur  un  ancien  verbe  aiiianrir  qui  paraît  être  aujourd'hui  disparu, 
cf.  amanri:^  NAL.  2531,  71,  -ries  id.  78,  etc. 


CHAPITRE    Vil 

TRAITEMENTS    PARTICULIERS    OU    ACCIDENTELS. 

La  nature  des  traitements  réunis  dans  ce  chapitre  est  très 
variée  :  outre  de  nombreux  faits  d'origine  analogique,  on  y 
trouve  des  développements  qui  ne  se  manifestent  que  sous  la 
forme  de  tendances,  ou  encore  des  développements  dont  l'aspect 
accidentel  est  dû  à  leurs  conditions  particulières.  C'est  précisé- 
ment le  cas  des  faits  d'assimilation,  de  dissimilation  et  de  méta- 
thèse  qu'on  rencontrera  ici.  Il  est  bien  vrai,  comme  M.  Gram- 
mont  l'a  montré  pour  la  dissimilation  consonantique,  que  ces 
phénomènes  ne  sont  pas  des  accidents,  mais,  comme  «  pour  telle 
ou  telle  langue  en  particulier...  ces  lois  sont  des  possibilités  », 
il  arrive  souvent  que  dans  leur  application  elles  revêtent  l'appa- 
rence de  faits  accidentels . 

A.  —  Vocalisme. 

§  55.  Changements  réciproques  d'»  en  /  et  d'/  en  u. 

Le  développement  d'z/  en  i  se  présente  dans  un  assez  grand 
nombre  de  mots  de  dates  diverses,  mais  avec  une  extension 
très  variable.  Le  pis  de  la  vache,  désigné  par  des  formes  issues 
du  latin  uber,  pis  c.  582,  a  partout  /.  Le  représentant  de  l'a.  fr. 
tuit  tout  L.  a  conservé  u  en  quelques  points  :  tu  a  été  em- 
ployé par  2  c,  4  a,  12  b,  13  b,  tandis  que  la  grande  majorité  des 
autres  témoins  disent  //,  quelques-uns  seulement  se  servant  de 
ta,  mais  dans  le  composé  trestuit  la  forme  avec  û  existe  seule,  cf. 
tous  c.  yéi.  «  Un  »  protonique,  c'est-à-dire  en  fonction  d'ar- 
ticle, se  dit  t{n)  partout  ;  mais  quand  il  est  tonique  avec  la 
valeur  de  nom  de  nombre,  iln  et  un  persistent  dans  l'aire  1-15, 
d.  un    c.  775  et  aussi  les  composés  chacun    c.  148  et    quel- 


—  105  — 

qu'un  c.  629.  «  Du  »  se  dit  dï  partout  sauf  une  autre  forme 
do  de  II  et  13,  et  l'on  comparera  encore  enclume  c.  290, 
dont  le  m,  à  côté  du  n  des  parlers  franc-comtois,  semble  au 
reste  révéler  une  influence  française . 

L'origine  d'ï  dans  ces  différents  mots  est  \ariée.  Dans  «  du, 
tuit,  un  »  nous  avons  aff"aire  à  une  délabialisation  à'u  en  posi- 
tion finale  ;  dans  (e)kim,  km,  enclume,  il  y  a  eu  assimilation  de 
Vu  au  y  du  groupe  ky  au  stade  disparu  ekyiim  ;  dans  les  repré- 
sentants d'iiber,  i  est  dû  à  une  dissimilation  de  1'?/  sous  l'in- 
fluence de  la  labiale  voisine,  phénomène  qu'on  retrouve  dans 
des  mots  plus  ou  moins  anciens  rhume  c.  659,  nnne  de  17  et 
22  meunier  c.  49e,  mitre  et  -à  de  la  vallée  de  la  Moselotte 
taupinière  c.  744  (cf    sur  ces  formes  §  151),  buffet  c.  127. 

Les  causes  du  développement  d'/  en  û  sont  plus  obscures. 
Dans  certains  mots  u  semble  s'être  substitué  à  /  par  suite  d'in- 
fluences analogiques.  C'est  ainsi  que  le  représentant  d'un  ancien 
type  *charril  «<  *carrile,  qui  désigne  la  partie  de  la  grange  qui  se 
trouve  en  avant  c.  395,  se  dit  ^erû  dans  les  localités  5,  19-22, 
peut-être  d'après  «  charrue  ».  Dans  le  mot  qui  signifie  coin  de 
la  maison  c.  196,  àngrûàe  seul  point  19,  à  côté  des  formes  en 
/  qui  dérivent  d'«  angle  »  plus  le  suffixe  féminin  /  correspondant 
au  fr.  ie,  doit  probablement  son  û  à  une  substitution  de  suffixe. 
Mais  il  reste  quelques  autres  mots  dont  Vu  ne  peut  pas  s'expli- 
quer ainsi.  Il  semble  qu'il  se  soit  produit  une  véritable  «  con- 
fusion »  entre  /  et  u,  comme  le  dit  M.  Grammont  à  propos  de 
faits  semblables  du  parler  de  la  Franche-Montagne,  p.  60  sq.  Au 
reste  il  faut  ajouter  que  ce  traitement  est  attesté  dans  nos  parlers 
par  des  mots  qui  peuvent  y  avoir  pénétré  avec  cette  voyelle.  On 
ne  peut  pas  faire  état  des  représentants  d'«  artisan  »,  au  sens  de 
mite  c.  500,  car,  outre  que  ce  mot  est  probablement  emprunté, 
les  formes  anciennes,  d.  D.  G.  s.  v°,  ne  permettent  pas  d'en 
étabhr  le  premier  type,  mfirœy  miroir  L.  des  témoins  11  a,  c, 
13  a,  14  a,  15  a,  rideau  c.  ééo,  gibier  c.389  sont  des  em- 
prunts, u  n'existe  dans  si  et  aussi  L.  qu'au  Val-d'Ajol,  qui  dit 
cù  et  ocn.  d'accord  avec  Taire  franc-comtoise  qui  emploie  -eu  et 
om.  Hérisson    c.407  demande  quelques    explications  :  ù,  qui 


—    lOé    — 

couvre  une  aire  considérable,  représente  très  probablement  un 
ancien  /  qui  provenait  d'une  assimilation  de  la  voyelle  initiale  à 
IV  intérieur.  VAL.  donne  une  forme  frjJ  pour  Gérardmer  point 
76,  et  Meyer-Lùbke,  EJV.  2897, //ww  d'après  h  Faune  populaire  de 
Rolland,  mais  sans  préciser  le  dialecte,  jrsà  et  des  formes  con- 
nexes avec  /  sont  très  répandues  dans  les  parlers  d'Ardenne, 
d'après  Ch.  Bruneau,  Enquête  linguistique  sur  les  patois  d'Ardenne, 
Paris,  Champion,  191 3,  s.  v°  hérisson.  Par  contre  les  formes 
avec  u  ne  sont  pas  nombreuses  dans  les  parlers  voisins  de  notre 
domaine  ;  VAL.  ne  donne  qu  ùrsô  à  Champ-le-Duc  77  ;  d'après 
Haillant  on  dit  eurson  à  Uriménil  ;  mais  il  est  possible  qu'tt  ait 
eu  une  plus  grande  extension,  car  œ  peut  en  être  issu.  C'est 
pourquoi  on  ne  peut  pas  affirmer  qu'u  se  soit  développé  dans 
notre  région  et  n'y  soit  pas  importé.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  même 
û  se  retrouve  dans  les  représentants  du  verbe  «  hérisser  »  au 
sens  d'exciter  c.  331,  cf.  infra,  §  151.  Pour  les  formes  de 
chez   c.  185  qui  ont  «,  cf.  §  69, 

§  56.  La  nasalisation. 

Les  réserves  que  j'ai  dû  faire  §  38,  2°  et  sur  la  valeur  de  mes 
graphies  et  sur  l'interprétation  des  voyelles  nasalisées  devant  «, 
m  s'appliquent  également  ici.  Toutefois,  en  dehors  de  ces  cas 
discutables,  tous  nos  parlers  en  présentent  d'autres  où  une 
voyelle  a  été  incontestablement  nasalisée  sous  l'influence  d'une 
consonne  nasale  précédente. 

/■  est  nasalisée  à  peu  près  partout  dans  chemise  c.  173  et  le 
mot  qui  signifie  mèche  de  fouet  c.  485  et  qui  n'est  autre  que 
le  participe  passé  du  v.  «  mettre  ».  nn:^  de  15,  20,  22  est  la 
forme  du  français  populaire,  mis  de  11,  -;^  de  5,  8'  un  mélange 
de  cette  forme  et  du  traitement  patois. 

Les  faits  concernant  e  sont  à  la  fois  plus  nombreux  et  plus 
variables  :  seul  mercredi  c.  491  présente^  dans  presque  toutes 
les  localités,  minuit  c.  499,  à  cause  de  ses  deux  nasales,  l'offre 
davantage  que  moitié  c.  505  et  que  le  représentant  de  l'a.fr.  mitan 
au  sens  de  milieu  c.  498  (ce  mot  est,  comme  on  sait,  d'ori- 
gine contestée  ;  M.  Meyer-Lùbke,  EPF.  5462,  adopte  mediu  tem- 


—  107  — 

pîis,  et  nos  parlers  postulent  un  étymon  avec  une  voyelle 
identique  à  celle  de  «  temps  »)  ;  meno  mancheron  c.  470  est 
isolé  au  point  12,  et  l'influence  de;«^,  main,  y  est  probable.  Mais 
on  dit  mhn  même  c.  488  et  L.  dans  l'aire  1-9  et  les  localités 
16,  17,  et  la  nasalisation  est  fréquente  dans  des  mots  empruntés 
au  français  assez  récemment  comme  «  ménager  »  au  sens  d'é- 
pargner   c.  304,  medôl  8'  c,  14  a,  b,  16  a   médaille  L.,  etc. 

La  nasalisation  à'o  est  plus  restreinte  :  elle  est  rare  ou  non 
attestée  en  dehors  de  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  cf.  messe 
c.  493,  nettoyer  c.  523,  mote  =a.  fr.  moulier  2  a,  c,  e,  4  b, 
5  a,  f,  6  a,  8  b  église  L-,  hio€  2  b,  c,  e  connaître  L.,  pwe- 
rhnô,  à  cause  de,  2  c,  8  '  b,  per-,  parce  que,  5  g,  formé  de  «  par 
amour  »  amour  L.,  à  côté  desquels  no,  -^  nos  L.  a  été 
employé  par  r  i  a,  c,  12  a,  14  a  et  «0  nous  Z,.,  pronom  tonique, 
par  12  a,  c. 

Celle  d'^  n'est  attestée  que  par  trias,  messe,  du  Val-d'Ajol. 

Il  faut  en  outre  noter  que  quelques  cas  de  nasalisation  se 
produisent  sans  consonne  nasale  voisine,  cf.  pigeon  c.  578,  les 
représentants  du  dérivé  d'une  forme  disparue  issu  de  pectus  au 
sens  de  trayon  c.  764,  cf.  Horning,  §  42,  le  mot  epwes  de  5  a, 
c,  d,  g  moment  i.  qui  me  paraît  représenter  le  fr.  espace,  cf. 
Haillant  epoéce  ;  5  c,  d  disent  même  pwe  epwes,  avec  nasalisation 
de piue,  par;  enfin  jarret  c.  415  offre  aussi  dans  la  vallée  de 
la  Haute-Moselle  une  curieuse  nasalisation  de  la  finale.  Quant 
à  persil  c.  572  qui  a  un  I  dans  les  deux  vallées,  il  est  moins 
probant,  car  ce  peut  être  un  mot  étranger. 

Les  causes  de  la  nasalisation  de  ces  derniers  mots  sont  obs- 
cures. Mais,  même  dans  les  autres  exemples,  l'exposé  précédent 
montre  qu'elle  se  produit  d'une  façon  accidentelle.  En  somme 
nous  sommes  en  présence  d'une  tendance  dont  l'action  est  très 
irrégulière,  parce  qu'elle  s'est  rencontrée  avec  la  tendance  con- 
traire à  la  dénasalisation  dont  on  a  vu  le  succès  §  38. 

§  57.  Traitements  particuliers  des  voyelles  nasales. 

1°  Traitement  de  «  gendre  ». 

Gendre    c.  381  présente  dans  les  deux  vallées  une  voyelle 


—  io8  — 

},  souvent  dénasalisée  :  nous  avons  affaire  ici  à  une  conservation 
de  l'état  le  plus  ancien  et,  d'après  le  traitement  de  /5r  tendre 
L.,  cette  particularité  est  due  à  la  palatale  initiale. 

2**  Palatalisation  de  la  voyelle  nasale. 

Une  palatale  suivante  a  causé  le  développement  d'à  en  e  dans 
changer  c.  154,  planche  L.  partout  sauf  au  Val-d'Ajol,  et  la 
comparaison  de  chambre  c.  151,  chandelle  c.  153,  etc., 
montre  que  la  palatale  précédente  n'exerce  pas  la  même  action . 
Quant  à  grange  c.  394,  manche  c.  468  qui  ont  un  traitement 
semblable,  il  est  possible  q\ïe  se  soit  développé  très  ancienne- 
nement,  quand  la  syllabe  tonique  était  encore  libre,  comme  on 
l'admet  pour  chanvre  c.  155.  Manger  c.  472  se  distingue  des 
mots  précédents,  non  seulement  parce  que  la  palatalisation  est 
attestée  partout,  mais  parce  qu'elle  a  abouti  à  des  phonèmes 
variés  :  outre  les  formes  dénasalisées  des  points  12-14,  ^^  ^^  ^i, 
la  voyelle  est  /dans  les  locaUtés  11  et  22.  C'est  un  fait  connu 
que  dans  de  nombreux  parlers  gallo-romans  «  manger  »  a  un 
traitement  particulier,  cf.  AL.  c.  809. 

C'est  encore  à  une  palatalisation  (f,  ç,  c  initiaux  sont  posté- 
rieurs au  développement  d'î,  causé  par  les  phonèmes  suivants) 
qu'est  dû  i  de  sanglier  c.  681  dans  tout  le  domaine,  et  pour 
lequel  il  est  inutile  de  supposer  un  type  *sïngulare,  comme  le 
fait  M.  Horning  §  68,  avec  quelque  hésitation,  il  est  vrai;  et 
c'est  de  la  même  façon  qu'il  faut  expliquer  ïl  d'ongle  c.  533 
dans  l'aire  1-17.  M.  H.,  §  105,  déclare  qu'un  type  *ûngu]a  en 
rendrait  bien  compte,  mais  il  est  invraisemblable,  et  la  persis- 
tance d'o  dans  l'aire  18-22  prouve  clairement  qu'?  est  récent. 
VAL.,  c.  942,  donne  même  la  phase  intermédiaire  e  :  e^  69, 
egyot  59.  On  ne  peut  pas  objecter  que  les  formes  de  l'aire  18-22 
sont  peut-être  empruntées  au  français,  car  un  dérivé  inconnu 
du  français  et  qui  désigne  les  ongles  de  l'espèce  bovine  présente 
le  même  traitement  :  î^yôt  2  a,  5  a,  -gy-  7  a,  8'  b,  9,  -ot  13  a, 
14  a,  -àt  17  a,  mais  ogyàt  18,  cnïg-  19-22  et  aussi  ogyot  6  a.  Quant 
aux  formes  de  rumigare  rumine  rZ,.  qui  ont  partout  l,  à  côté  du 
fr.  ronger,  cî.  D.  G.,  ronger  i,et  Meyer-Lùbke,  EW.  7440,  elles 
peuvent  s'expliquer  diversement. 


—   109  ^ 

Enfin  il  faut  noter  le  traitement  t  qne  l'aire  1-7  présente  dans 
chien  c.  186  et  le  mot  régional  qui  désigne  les  petits  bardeaux 
c.  83  et  qui  est  issu  d'un  iype*assia}ui.  Ce  développement  loca- 
lisé dans  la  petite  aire  1-7  doit  être  assez  récent  et  s'est  vraisem- 
blablement produit  après  l'absorption  du  }'  par  la  palatale  précé- 
dente, cf.  §  39,  puisque  bien  L.,  etc.,  ne  le  connaît  pas.  M.  Hor- 
ning,  §  7,  note  i,  a  donc  tort  d'en  rapprocher  le  procès  de  l'a.  fr. 
jist  <  jacet.  Toutefois  il  il  est  curieux  que  tous  nos  parlers  aient 
au  pluriel  de  l'imparfait  une  terminaison  7  qui  correspond  à  un 
type  ancien  iens,  cf.  §  136,  et  dont  le  désaccord  avec  «  chien  » 
dans  les  localités  autres  que  l'aire  1-7  vient  sans  doute  de  ce  que 
nous  avons  affaire  à  un  morphème  et  non  à  un  mot. 

§  58.  Action  d'une  consonne  labiale  sur  une  voyelle  voisine. 

On  a  déjà  dans  les  pages  précédentes  un  certain  nombre  de 
développements  qui  sont  dus  à  cette  action,  cf.  particulièrement 
§  51,  3°  B.  Il  en  est  d'autres,  assez  nombreux,  qui  ont  été  réser- 
vés pour  le  présent  paragraphe  ;  en  effet,  même  quand  il  est  cer- 
tain que  nous  avons  affaire  à  une  labialisation,  elle  se  produit 
ordinairement  dans  des  conditions  tout  à  fait  irrégulières,  au 
point  même  que  l'interprétation  en  est  obscure. 

C'est  par  une  action  de  la  labiale  suivante  qu'il  faut  expliquer 
le  traitement  de  chèvre  c.  182  dans  les  deux  vallées  ;  mais  il 
est  curieux  que  ni  fièvre  L.  ni  lièvre  c.454  ne  présentent 
nulle  part  ce  développement.  Il  semble  donc  qu'il  se  soit  produit 
après  l'absorption  du  y  par  la  palatale  précédente  et  que  syœv  des 
points  9,  10,  16,  17  soit  dû  à  un  mélange  de  parlers. 

Il  existe  aussi  toute  une  série  de  mots  où  un  â  d'origine 
diverse  devient  0  dans  le  voisinage  d'une  labiale.  Il  faut  laisser  de 
côté  les  mots  dont  le  type  étymologique  avait  une  terminaison 
correspondant  au  fr.  able,  car  le  traitement  de  la  voyelle  en  est 
inséparable  de  celui  des  consonnes  suivantes,  comme  on  le  verra 
plus  loin,  §  89.  D'autre  part  des  mots  comme  boto  bâton  L.,  les 
représentants  du  fr .  valet  au  sens  de  domestique  c.257  peuvent 
avoir  pénétré  dans  notre  domaine  avec  la  voyelle  0,  comme  les 
mots  récemment  adaptés  papier,  patience!,.  Mais  en  dehors 


—    110   — 

de  ces  mots  il  en  est  plusieurs  autres  qui  constituent  une  série 
assez  régulière  et  présentent  le  traitement  ancien  à  dans  l'aire  i- 
7  et  un  é  dû  à  une  labiale  voisine  dans  les  autres  localités,  cf. 
«  bâiller,  parrain  »  p.  63,  marraine  L.,  parler  c.  553,  les 
représentants  à.Q  quadruviu  au  sens  de  visite  c.795,  cf.  §  151, 
et  de  remedicare  au  sens  de  guérir  c.  404.  Ces  deux  mots  sont 
particulièrement  probants  parce  que  l'influence  du  français  est 
exclue.  Quelques  mots  conservent  aussi  sporadiquement  l'état 
ancien  dans  l'aire  8-22,  garde  c.  372  aux  points  8,  8'  et  11, 
guère    C.403  dans  ces  mêmes  points  et  au  point  15. 

Les  autres  cas  de  labialisation  sont  beaucoup  plus  irréguliers. 
Si  le  traitement  de  «  faible  »,  cf.  s'évanouir  c.  329,  même 
c.  488,  veuf  c.  778,  qui  ont  tous  trois  étymologiquem.ent  un  e 
fermé,  manifeste  l'influence  des  consonnes  labiales,  màm  de  11, 
12,  14,  15  est  surprenant  ;  peut-être  faut-il  attribuer  le  main- 
tien de  l'a  aux  nasales  qui  l'entourent;  quant  hfyàv,  vàv  de  l'aire 
18-22,  Va  peut  avoir  été  conservé  en  syllabe  entravée;  de  plus 
il  semble  qu'rt  y  devienne  0  moins  aisément  qu'^.  C'est  ce  qui 
paraît  résulter  du  traitement  de  crèvent  c.230  ^/5,  bécasse 
c.  90,  béquer  L.  ;  woj-o  maçon  c. 462  y  est  isolé  au  point  21 
(je  ne  considère  pas  ici  le  traitement  de  Taire  11,  13-15,  qui  a 
été  exposé  §  51,  3°B).  Almanach  c.29  n'est  pas  un  mot  pro- 
bant, car  il  est  récent  et  a  pu  pénétrer  avec  la  voyelle  0,  et  si 
lever  c.449  et  450  a  également  un  0  dans  toute  l'aire  i-io, 
16-22,  il  ne  faut  pas  oublier  que  le  stade  antérieur  n'est  pas  tout 
à  fait  le  même  que  dans  les  mots  précédents  et  qu'on  doit  partir 
d'un  ^  attesté  dans  l'aire  11-15.  Dans  la  vallée  de  la  Haute- 
Moselle  ô  est  plus  répandu  que  dans  celle  de  la  Moselotte  :  aux 
mots  qui  viennent  d'êtres  cités  on  peut  ajouter  p .  ex.  le  repré- 
sentant de  l'allemand  Falle  au  sens  de  piège  c.  577  ;  mais  là 
aussi  le  développement  est  fort  irrégulier.  On  ne  trouve  sovh 
savon  c.  690  qu'au  point  3,  dans  valoir  c.  778,  falloir!,.,  cf. 
aussi  il  fallait  c. 333,  0  est  également  assez  restreint,  et  dans 
des  mots  tels  que  baptiser  c.  81,  baver  c.  89,  etc.,  la  labiale 
n'a  exercé  aucune  action.  Quanta  moltà  bourdon  c.  m  issu 
de  màltày  cf.  sur  ynalot  et  inaleion  usités   dans  les  parlers  orien- 


—  III  — 

taux  Bulletin  de  dialectologie  romane,  IV,    I,  p.  20,   il  peut  avoir 
pénétré  dans  les  parlers  de  la  Haute-Moselle  avec  la  voyelle  ô. 

On  trouve  aussi  quelques  formes  sporadiques  où  un  ancien  ë 
semble  être  devenue  œ  sous  l'influence  d'une  labiale  voisine  :fœ 
fils  c.  347  est  limité  aux  témoins  11  a,  c;  mais  à  côté  de  mœ 
millet  L.  des  mêmes  témoins,  pmœ,  tmâ  de  14  a  atteste  le 
même  développement,  et  22  a  a  également  employé  pnœ  qui  est 
dû  au  croisement  de  pie  avec  une  forme  7nâ  aujourd'hui  disparue, 
cf.  §  1 5 1  ;  de  même  mediii  est  représenté  par  7né  dans  le  composé 
«  parmi  »  de  toute  l'aire  17-22,  cf.  pendant  c.  565,  et  che- 
ville L.  a  une  terminaison  œy  chez  les  témoins  2  a,  6  b,  8'  e, 
16  a,  sans  qu'on  puisse  y  reconnaître  une  substitution  de  suffixe; 
Il  faut  encore  noter  dyomwee  du  point  12  dimanche  c.  252  et 
frbmâ  de  6  f  fermer  Z,.,  fromà  de  8'  a  et  frome  de  14  a  fermez 
c.  342  N.  E.  Ces  dernières  formes  sont  toutefois  peut-être  ana- 
logiques d'après  les  mots  étudiés  p.  31.  Enfin,  c'est  sans  doute  à 
la  labiale  précédente  qu'il  faut  attribuer  le  [développement  à'e  en 
a  dans  bdl  belle  L.  usité  partout,  «am/g,  nouvelle,  que  Hingre 
donne  s.  v°  nôvê,  les  représentants  d'un  type  ancien  *novelaison 
ou  *navelison,  cf.  pomme  L.,  étudiés Roiiiania,  XLII,  p.  357,  et 
pûcàlèy,  pissenlit,  de  12. 

§  59.  /t  ■<  ancienne  diphtongue  ue  <<  0  latin  ouvert  et  libre. 

Ce  développement  ne  s'est  produit  que  'dans  un  très  petit 
nombre  de  mots.  Roue  c.  667  présente  dans  les  localités  8-10, 
12,  ié-22  un  traitement  yâ,  yœy,  conforme  à  celui  de  «  bœuf», 
etc.,  cf.  §  9.  Mais  dans  les  deux  aires  1-7,  11,  13-15  ce  groupe  de 
phonèmes  s'est  réduit  à  /i('y)'.  Au  point  13  un  développement 
secondaire  rœy  a  eu  lieu,  qui  existe  également  à  Uriménil  et  ail- 
leurs, cf.  Haillant  renie  et  AL.  c.  1170.  C'est,  à  mon  avis,  de  la 
même  façon  qu'il  faut  expliquer  kîiye  cueillir  L.  de  l'aire  1-8'  : 
û  y  est  une  réduction  de  la  voyelle  de  l'ancienne  forme  tonique 

I.  Ce  développement  confirme  la  théorie  de  M.  Horning,  §  80,  suivant 
laquelle  tout  î<  <  0  latin  ouvert  provient  de  yœ;  on  peut  encore  compzrerbil£Ô 
billot  L.  de  23,  25  c,  26  a,  b,  à  côté  de  byœéo,  etc.,  des  autres  témoins,  et 
t}û  et  t}'^f  ntui  L.,  adjectif  et  nom  de  nombre,  de  23-26. 


112 


cueille,  et  Vdé  de  kœye  des  autres  localités  est  un  affaiblissement 
de  cet  û,  qui  s'est  produit  dans  les  formes  atones  d'après  le  §  24  . 
Mais  si  cette  explication  est  exacte,  on  remarquera  que  le  traite- 
ment de  «  roue  »  et  celui  de  «  cueillir  »  ne  se  superposent  pas. 
Quant  aux  formes  toniques  de  jouer  L.,  elles  ne  présentent 
(\uû{y'),  sauf  en  quelques  points  ii;  mais  il  est  difficile  de  se  pro- 
noncer sur  ces  formes,  car,  si  elles  peuvent  être  dues  à  un  trai- 
tement particulier  causé  par  la  palatale  précédente,  il  est  égale- 
ment possible  qu'elles  soient  analogiques,  du  moins  en  dehors 
de  l'aire  où  la  réduction  de  ue  à.u  est  attestée  par  «  roue  »,  etc., 
cf.  §  143. 

§  éo.  ô  <C  i"i  <i  0  latin  fermé  tonique  et  libre. 

A  côté  d'w,  qui  est  de  beaucoup  le  plus  répandu,  cf.  §  5,  quelques 
mots  présentent  en  différents  points  un  0,  qui  me  paraît  être  un 
développement  récent  d'fï.  C'est  ainsi  que  fleur  c.  351  se  dit 
fyô  dans  toute  l'aire  17-22.  De  même  meilleur  L.  se  dit  myo 
dans  la  même  région,  cf.  aussi  mio  Hingre.  Dans  un  village  voi- 
sin, Saint-Etienne,  les  témoins  a  et  b  ont  employé  la  forme 
devœdyo  dévidoir  c.  248  N.  E.,  enfin  12  dit  po  peur  L. 
M.  Horning,  §  99,  a  signalé  le  même  fait,  mais  sans  le  commen- 
ter, pour  «  meilleur  »  à  La  Bresse  et  pour  «  fleur  »  dans  trois 
villages  qui  se  trouvent  dans  les  vallées  situées  au  Nord  de  celle 
de  la  Moselotte.  Si  incertaines  que  soient  souvent  les  graphies 
de  l'ouvrage  d'Adam,  on  peut  utiliser  les  formes  suivantes  de 
chaleur  p.  310:  tchalo  Ban-sur-Meurthe  (canton  de  Fraize, 
arr.  de  Saint-Dié,  Vosges),  chtalo  (sic)  Mandray  (id.),  chalo 
Trampot  (canton  et  arr.  de  Neufchâteau,  Vosges). 

Ces  derniers  exemples  montrent  que  la  diffusion  d'o  est  assez 
grande  ;  il  est  cependant  invraisemblable  d'y  voir  le  résidu  d'un 
traitement  commun  antérieur  à  n.  Il  est  beaucoup  plus  probable 
que  ces  formes  représentent  un  développement  récent,  qui  n'a  fait 
qu'apparaître  et  n'a  atteint  que  quelques  mots. 

§  ér.  0  issu  d'û. 

Ce  traitement  apparaît  notamment  dans  le   représentant   de 


—  in  — 

radicare  M.  L.,  EIV.  6992,  au  sens  d'arracher  c.^5,  dont  j'ai 
relevé  la  forme  royt  aux  points  i,  11,  19,  21,  cf.  aussi  ranyé 
Hingre,  tandis  que  les  localités  2,  5,  6  conservent  l'état  ancien 
raye.  On  doit  probablement  en  rapprocher,  bien  que  ces  mots 
soient  d'origine  obscure,  gâye  de  2,  4,  5,  («)«)'^  de  2,  5,  6  et 
^o;'^  de  II,  13,  14,  19,  21,  22,  (;/)o)'^de2,  8,  15,  19  caresser 
c.  135,  racler,  traire  L. 

Les  conditions  n'en  sont  pas  claires  ;  peut-être  avons-nous 
affaire  à  un  développement  de  la  voyelle  protonique,  qui  se 
S3ra  d'abord  formé  dans  la  région  de  Remiremont,  cf.  §  51,  et 
aura  de  là  pénétré  dans  les  vallées.  Il  semble  que  ce  soit  ainsi 
qu'il  faille  expliquer  l'o  des  dérivés  d'  «  aise  »  au  sens  d'aisé 
c.  16,  bien  qu'à  persiste  dans  la  région  de  Remiremont,  alors 
que  les  deux  vallées  présentent  uniquement  0;  il  est  en  effet 
possible  que  dans  la  région  de  Remiremont  ces  dérivés  aient  été 
depuis  refaits  sur«  aise  »  ;  cf.  aussi  §  85,  1°. 

§  62.  îi  issu  d'é. 

En  dehors  des  faits  exposés  §§  18  et  25,  et  dont  au  reste  l'in- 
terprétation n'est  pas  absolument  certaine,  il  existe  dans  nos 
parlers  un  certain  nombre  de  mots  où  un  ancien  0  s'est  spora- 
diquement développé  en  €1.  J'ai  déjà  eu  l'occasion  p.  95  de 
signaler  les  mots  anciennement  terminés  en  oie,  mais  sans  entrer 
dans  le  détail,  rfiy  =  fr.  raie  <  riga  au  sens  de  sillon  L.  a  été 
employé  par  le  seul  témoin  16  a,  kûn'iy  courroie  id.  par  8'  f  et 
16  a  (il  faut  vraisemblablement  en  rapprocher  la  forme  mascu- 
line ekûrû  de  13  a),  tûy  taie  id.  est  la  forme  du  Val-d'Ajol,  vûy 
voie  id.  la  seule  que  j'aie  obtenue,  mais  seulement  chez 
quelques  témoins,  2  c,  9,  19  c,  22  a;  on  ne  peut  indiquer 
qu'avec  des  réserves  {r)dûy,  doit  c.250^  dont  l'origine  est  dou- 
teuse, cf.  p.  95.  Il  faut  en  outre  noter  £nûy  ■<  *camiabula  col- 
lier c.  199  de  12  et  13,  cf.  §  89,  et  myè  glisser  c.  391  de  4-7, 
certainement  issu  de  eoye  employé  dans  les  localités  voisines,  et 
qui  doit  avoir  la  même  étymologie,  encore  inconnue,  que  l'adjec- 
tif xauUcnt  du  Psautier  Lorrain.  Enfin,  quant  -i  fn  fou  L.  de  22 
a.  et  que  Hingre  donne  également  s.  v.  joû  comme  la  forme  de 

Les  parlers  des  Vosges  ïuéridioitales.  8 


—   iH  — 

La  Bresse,  il  est  difEcile  de  dire  si  elle  est  récemment  issue  de  fo 
ou  si  c'est  un  emprunt  au  français,  comme  /w  de  ii  a,  13  a,  14 
a,  16  a. 

§  63.  à  <  ^  en  position  finale  au  Val-d'Ajol. 

Ce  développement  est  propre  à  cette  localité  dans  des  mots 
tels  que  bras,  drap,  verrat  Z,.,  qui  s'y  disent  brà,  drà,  vrà  à 
côté  de  brë,  drè,  vrë  de  tous  les  autres  points,  cf.  aussi  verglas 
c.  78e.  Ce  traitement  existe  également  dans  le  village  voisin  de 
Saint-Bresson,  où  M.  P.  Passy  a  relevé  M,  chat,  cf.  R.  ph.  fr., 
1892,  p.  133. 

§  64.  à  <  0  ou  ('  protoniques  au  \'al-d'Ajol. 

Le  premier  cas  est  attesté  par  un  certain  nombre  d'exemples  : 
pâtney  pommier  c.  ')^6,pyàtner  Plombières  L.,  tànetonnezu 
id.,  /â«%  tonnelier  c.  756,  làne,  tas  de  bûches  prêtes  pour  le 
sciage,  mot  dérivé  d'un  simple  cité  p.  93,  bûche  de  bois  L. 
Ce  développement  paraît  s'être  produit  régulièrement  dans  ces 
mots,  à  la  suite  du  maintien  de  la  voyelle  protonique,  cf.  p.  26 
sq.  ;  il  existe  dans  une  localité  voisine,  Granges-de-Plombières, 
où  M.  P.  Passy  a  recueilli  pamèy  (d'où  pani)  et  tanèy,  R.  ph.  jr., 
1892,  p.    12. 

Quant  au  deuxième  cas,  je  ne  l'ai  relevé  quedansà/l^  éclair 
c.2é8  (cf.  sur  ce  mot  §§  43  et  69,10°)  et  làjey  léger  c.  444, 
où  il  est  vraisemblablement  dû  à  une  propagation  analogique  du 
traitement  exposé  §  51,  3°. 

§  65.  0  <^œ. 

Ce  traitement  ne  se  présente  que  dans  quelques  mots  :  oçi  < 
exire,  sortir  L.,  des  points  13,  14  et  16,  oçïfyœ,  qui  est  un 
composé  de  ce  verbe,  printemps  c.  616,  des  points  11,  13  e 
14,  et  enfin  ÔC  =  fr.  huis,  porte  L.,  du  Val-d'Ajol.  Dans  le 
verbe  oçï  et  son  composé  Ô  est  un  développement  analogique  qui 
a  été  amené  par  la  rivalité  d'Ô  et  d'à'  en  syllabe  protonique,  cf. 
§  24.  Quant  à  oc  du  Val-d'Ajol,  il  est  probablement  refait  d'après 
ce  verbe,  bien  que  je  n'y  aie  pas  recueilli  de  forme  avec<7  ;  mais  il 


_   1,5  — 

est  possible  que  ce  traitement  y  existe  chez  d'autres  patoisants,  ou 
qu'il  ait  disparu  après  avoir  contaminé  «  huis  »,  cf.  §  133. 

$66.  î  <iè  entre  consonne  et  r. 

Ce  traitement  est  attesté  par  les  représentants  dufr.  bergerettezu 
sens  de  bergeronnette  c.  97  aux  points  5,  19-22,  qui  sont  les 
seuls  à  connaître  ce  mot,  par  jôniré  de  5  a,  dérivé  de  «  jaune  », 
cf.  aussi  M. -L.,  EJV.  }6/\6,  qui  désigne  la  chanterelle,  champi- 
gnon L.,  et  par  krâ-èïro  des  témoins  2  c,  5  d,  f,  21  a,  cf.  aussi 
crâchiron  Hingre,  espèce  de  hotte  L.,  dérivé  d'un  simple  krâé, 
emprunté  aux  parlers  alémaniques,  v.  §  153.  En  dehors  de  notre 
domaine,  on  peut  au  moins  sxgnzXtr  chossiron,  pré  vert,  cf.  §  83, 
7°,  et /awmV^' d'Uriménil,  d'après  Haillant,  qui  donne  également 
cette  forme  ou  d'autres  apparentées  pour  plusieurs  localités  lor- 
raines. Mais  ce  traitement  est  représenté  par  un  trop  petit  nombre 
de  mots  pour  qu'on  puisse  reconnaître  comment  il  s'est  formé,  ni 
s'il  appartient  originairement  à  notre  domaine  ou  y  est  importé. 
En  tout  cas,  si  kraétro  est  bien  une  forme  propre  à  notre  région, 
elle  prouve  qu'ï  y  est  senti  comme  élément  d'un  suffixe  corres- 
pondant au  fr.  eron  ;  c'est  ce  que  montre  aussi  la  forme  récem- 
ment adaptée  du  français  mûéiro  de  i  b,  2  a,  3  a,  4  a,  6  e,  7  a 
moucheron  L.,  et  c'est  probablement  ainsi  qu'il  faut  expliquer 
les  formes  de  chevron  L.,  qui  sont  à  peu  près  partout  terminées 
^2ix:  iro,  Mvtro  1-8,  19-22,  ^-8'-ii  b,  13-18,  ^è-  11  a,  c,  12  a, 
^èvrô  12  b. 

§  67.  ye,  y  à  <C  /  devant  /. 

Ce  traitement,  très  fréquent  dans  les  parlers  méridionaux,  cf. 
Gr.  d.  R.  Sp.,  I,  §  37,  n'est  attesté  dans  notre  région  que  par 
(e)dyel  des  localités  i,  2,  5,  18,  19,  21  argile  c.  43,  issu  d'une 
ancienne  forme  ardile,  v.  plus  loin  §151,  par  ohyel  16  a,  19  c,  -al 
8'  b  habile  L.,  et  enfin  par  «  ville  »  dans  le  dermavyhl  8  c, 
8'  d  la  Dermanville,  nom  de  lieu-dit  de  la  commune  de  Rupt. 

§  68.  Agglutination  d'une  voyelle  initiale. 

La  voyelle  de  l'article  féminin  le  a  été  agglutinée  dans  quelques 


—  ii6  — 

mots,  par  ex.  enœl  <inubiluM.L.,  f/F.  5975,  nuage  c.530,  erà 
toit  à  porcs  c.753,  cf.  §  151,  eryœy  roue  c.667,  eryât  rouet 
c.  668;,  egos  =  fr.  gousset2.\e  d'oreiller  L.,  eéo^  a,  -£-  18  chaux 
id.,  eeno  2  c,  4  a,  6  b,  f  chenal  id.,  etc.  Dans  des  mots  mascu- 
lins comme  paroi  c.  554,  cf.  §  144,  gland  Z,.  qui  se  dit  partout 
edyà  sauf  0-  11  d,  15  a,  à-  17  a,  19  b,  20  a  (dans  ce  dernier 
mot  è-  et  à-  s'expliquent  par  l'action  analogique  des  traitements 
exposés  §51),  il  est  difficile  d'admettre  qu'^  provient  de  l'article 
masculin  qui  est  à  peu  près  partout  le,  cf.  §  90,  à  moins  d'admettre 
qu'^  a  été  postérieurement  modifié  en  e  d'après  les  nombreux 
mots  qui  présentent  ce  phonème  à  l'initiale.  Il  est  possible  aussi 
que  le  développement  d'^  résulte  de  la  rivalité  de  la  tendance  à 
apocoper  c  initial,  cf.  §  26,  et  de  l'état  antérieur.  Pour  etô  =  fr. 
toit  au  sens  d'abri  c.  7,  aux  points  12  et  13,  v.  le  §  151.  Une 
double  agglutination  a  même  eu  lieu  dans  ombre  c.  531.  Enfin 
on  a  déjà  signalé  §  27  les  mots  qui  commençaient  anciennement 
par  r  -\-  e  -{-  cons.,  et  qui  aujourd'hui  commencent  souvent  par 
er  -\-  cons. 

§  69.  Il  faut  enfin  citer  un  certain  nombre  de  traitements  acci- 
dentels qui  concernent  des  mots  isolés  soit  dans  tout  le  domaine, 
soit  dans  quelques  localités,  parfois  dans  une  seule. 

1°  Chez    c.  185. 

Dans  la  plupart  des  localités  «  chez  »  présente  un  î  dont  l'ori- 
gine n'est  pas  certaine  :  on  peut  admettre  qu'il  provient  d'un  trai- 
tement particulier  de  la  forme  ancienne  chies  ;  mais  il  n'est  pas 
impossible  que  ces  formes  en  T.  soient  postérieures  à  celles  en  û 
qui  sont  signalées  dans  lesN.  E.,  et  qu'elles  en  soient  issues  par 
un  changement  d'w  protonique  en  /,  comme  on  l'a  vu  §  55. 
Quant  à  celles-ci,  elles  sont  très  probablement  dues  à  l'influence 
analogique  de  la  préposition  «  sus  »  qui  s'emploie  aussi  au  sens 
de  «  chez  ».  Des  formes  de  «  chez  »,  avec  u  sont  attestées  dans 
de  nombreux  parlers  lorrains  et,  bien  que  moins  souvent,  l'em- 
ploi de  «  sus  »  avec  cette  valeur  sémantique,  cf.  Adam,  p.  192, 
et  AL.  c.  chez. 
;  2°  «  Coisier  »  au  sens  de  se  taire    c.  738. 


I  17   — 


Le  traitement  de  «  coisier  »  <C  *quetiare,  qui  est  employé 
partout,  est  remarquablement  varié.  Ainsi  qu'on  l'a  vu  §  35,  les 
formes  des  points  13,  14  et  22  conservent  encore  le  iu<hi  groupe 
étymologique  kiu  \  d'autre  part,  kwebe  de  13,  14  représente  l'état 
le  plus  ancien  delà  voyelle,  que  la  labiale  précédente  a  maintenue, 
conformément  au  §  8,  cf.  aussi  p.  92.  Ailleurs  l'action  de  cette 
labiale  a  été  annihilée  par  l'influence  analogique  du  traitement 
exposé  §  52,  e\.*kiucy:(j'ë  est  devenu ku'ôy:(yë.  Enfin  Vu  des  localités 
1-8',  12,  qui  est  certainement  postérieur  à  Ô,  s'est  probablement 
développé  en  syllabe  protonique,  comme  les  mots  étudiés  §  25,  1°. 

3"  Épaule   c.  305. 

Tandis  que  toutes  les  localités  i-ii,  13 -22  traitent  ce  mot  comme 
le  français,  cf.  M.-L.,  Histor.  Gr.,  §  175,  d'après  lequel  espalle  s'est 
développé  en  espaule  par  changement  du  premier  /  en  //,  le  Val 
d'Ajol  présente  un  traitement  particulier  epâl  où  le  premier  /  a 
été  simplement  amuï.  Ce  développement  est  attesté  dans  d'autres 
parlers  lorrains,  cf.  Horning,§  18,  et  AL.  c.  épaule.  Mais  il  est 
impossible  de  dire  si  les  formes  en  0  sont  partout  spontanées  ou 
en  partie  empruntées  au  français. 

4°  Chevreuil   c.  184. 

Une  voyelle  s'est  développée  entre  les  deux  consonnes  du  groupe 
intérieur  vr,  vraisemblablement  parce  que  la  série  de  phonèmes 
vryâ  était  trop  difficile  à  prononcer  (il  semble  moins  probable  que 
nous  ayons  affaire  à  une  métathèse  analogue  à  celle  de  jentviryc 
genévrier,  de  i  b,  ou  à  celles  qui  ont  été  décrites  §  32,  2°).  Dans 
l'aire  1-8'  il  s'est  produit  ensuite  un  nouveau  développement,  la 
chute  du  y  de  yœ  par  dissimilation.  D'autre  part,  la  voyelle  de 
liaison  n'est  pas  partout  la  même;  l'aire  10,  17-22  présente  ^"  et 
l'aire  1-8'  î,  qui  est  probablement  postérieur  et  dû  soit  à  l'in- 
fluence du  3^  soit  à  celle  des  mots  étudiés  §  66. 

Dans  les  parlers  de  la  région  de  Remiremont,  les  formes  fran- 
çaises qui  se  sont  substituées  aux  formes  patoises  ne  permettent 
plus  de  reconnaître  s'ils  ont  participé  au  traitement  des  deux 
vallées  :  cependant,  et  bien  qu'une  autre  résolution  du  groupe 
vryœ  existe,  attesté  par  ^evrïœ  du  point  87  de  VAL.,  le  fait  est 
assez  probable,  car  on  voit  €êvïrœ  €èvèryâ  rivaliser  encore  avec  les 
formes  empruntées  aux  deux  points  8'  et  10. 


—  II«  — 


5°  Traitement  de  «  trestout,  trestuit  »  au  sens  de  tout,  tous 
L.  et  c.  yéi. 

Tous  nos  parlers  emploient  des  représentants  de  ce  composé 
usuel  en  ancien  français  sous  les  formes  îerto,  -à  et  tortô,  -û,  cf. 
aussi  tortoî,  /or//<j  Uriménil,  et  Adam  tout,  p.  loo.  Il  est  clair  que 
torto  doit  Yo  de  la  syllabe  initiale  à  une  assimilation,  et  que  cet  ô 
a  ensuite  pénétré  par  analogie  dans  «  trestuit  » .  Les  formes  en  e 
ne  subsistent  plus  que  dans  l'aire  i-8,  et  encore  faut-il  remarquer 
que  les  deux  traitements  ont  été  relevés  dans  presque  tous  les 
villages  de  cette  aire  :  seuls  3  et  6  n'ont  fourni  que  des  formes 
en  e,  tandis  que  4  a  n'a  employé  que  des  formes  en  Ô.  Mais  ce 
sont  là  des  particularités  des  témoins,  et  il  n'est  pas  douteux 
que  toutes  les  localités  de  l'aire  1-8  possèdent  les  deux  traite- 
ments. 

6°  Traitement  de  la  voyelle  de  «  quelque  »  dans  quelque 
chose,  quelque  part,  quelqu'un   c.  626,  -8,  -9. 

L'aire  18-22  présente  un  traitement  particulier  Mk,  dont  l'ïest 
certainement  dû  à  une  assimilation  exercée  par  î(n),  un,  de 
«quelqu'un».  Cet  /  a  ensuite  gagné  par  analogie  les  deux 
autres  expressions  a  quelque  chose,  quelque  part  «  ;  mais  il  est 
curieux  qu'il  ne  se  rencontre  pas  dans  quelquefois  c.  627  : 
c'est  qu'en  vérité  les  parlers  emploient  surtout  «  des  fois  »  et  que 
«  quelquefois  »  a  moins  de  vitalité  que  «  quelque  chose  »,  bien 
que  cette  dernière  locution  ait  été  également  empruntée  au  fran- 
çais à  une  date  assez  récente. 

.7°  Encore  c.  291. 

L'aire  ié-22  emploie  une  forme  kà  et  le  point  12  une  forme 
kwà,  dont  le  traitement  particulier  provient  sans  doute  de  la 
fonction  du  mot,  mais  dont  le  développement  n'est  pas  clair. 

8°  Poussin  c.  604. 

«  Poussin  »  présente  partout  dans  la  syllabe  initiale  un  u  dont 
l'origine  est  obscure.  Est-il  dû  à  une  assimilation  partielle  à  la 
voyelle  finale  ou  à  un  croisement  avec  «  puce  »  ?  Il  est  curieux 
que  le  fr.  pucelk  dont  l'étymon  *pnllicela,  cf.  M.  L.,  EW.  6819, 
est  apparenté  à  celui  de  poussin  <  pullicina,  ait  également  un  u  ; 
mais  on  ne  peut  pas  en  tirer  de  conclusion,  car  cet  u  est  explique 


—  119  — 

diversement  et  peut,  du  reste,  avoir  une  autre  cause  que  celui 
que  présente  «  poussin  »  dans  notre  domaine. 

7°  Pièce  L. 

Tous  nos  parlers  s'accordent  pour  présenter  une  forme  non 
diphtonguée,  pès  usité  partout  sauf  à  Remiremont,  où  pès  est  dû 
à  un  développement  secondaire,  d.^  20  ad finem.  Notre  région 
n'a  donc  pas  connu  le  traitement  particulier  attesté  par  le  fr.  pièce, 
car  il  n'y  a  pas  de  raison  de  penser  que  pës,  pès  provienne  de 
«  pièce  »  par  réduction  de  la  diphtongue. 

10°  Éclair  c.  268. 

En  raison  de  l'obscurité  de  l'origine  du  verbe,  dont  un  dérivé 
est  employé  partout  au  sens  d'éclair,  cf.  §  43,  on  ne  peut  que 
signaler  que  la  voyelle  en  est  partout  e,  sauf  au  Val-d'Ajol,  qui 
connaît  aussi  un  état  à,  cf.  encore  §  64. 

Indiquons  enfin  la  forme  de  8'  b  î-eïfyœ  printemps  c.  éi6, 
qui  est  très  probablement  individuelle  et  dont  H  initial  provient 
d'une  assimilation  à  1'?  de  la  syllabe  suivante,  cf.  sur  ce  mot 
§  151.  Pour  «  année  »,  v.  p.  23,  note. 

B.  —  Consonantisme. 

§  70,  ib  <C  V. 

Ce  phonème  que  nos  parlers  ne  connaissent,  outre  quelques 
emprunts  au  français,  que  dans  les  mots  étudiés  ici,  y  est  issu 
det^  dans  le  groupe  secondaire  hv  suivi  d'une  voyelle  antérieure. 
Le  traitement  n'est  attesté  que  pour  une  partie  des  localités  :  on 
ne  peut  en  effet  guère  citer  que  hwe  eu  veau  L.  et  cuve  c.  238 
des  points  11,  13,  14,  kiuey,  cf.  p.  83,  le  dérivé  en  î  =  fr.  // 
du  latin  scopa  au  sens  d'écouvillon  c.  275,  et  kvJe,  œufs  de 
grenouille,  =  fr.  couvain,  au  point  18,  œuf  L. 

§  7 1 .  ÎC  <  V. 

Ce  traitement  apparaît  partout  dans  la  forme  monosyllabique 
de  cheval  c.  179,  où  l'articulation  du  v  a  été  assimilée  à  celle 
de  la  voyelle  labiale  0  (Jfo  du  seul  témoin  6  d  est  probablement 
une  forme  individuelle  où  \qv  a  été  assourdi  en/par  assimilation 


—    120   — 

à  ^).  Chevalet  c.  i8o  ne  présente  wqne  dans  quelques  points, 
et  encore  y  est-ii  en  partie  analogique.  Enfin,  un  développement 
semblable  se  rencontre  dans  egrewh  écrevisse  c.  276  du  point 
14.  Sur  le  w  de  «  corvée  »,  cf.  p.  38. 

§  72-  V. 

1°  V  <C  w. 

Ce  traitement  s'est  produit  accidentellement  dans  î;e/rt  voilà 
c.  800  et  vesî  VOICI  L.  des  points  19-22,  sans  doute  en  rai- 
son de  l'emploi  particulier  de  ces  mots  :  on  peut  comparer  le 
développement  également  accidentel  du  fr.  populaire  via.  Dans 
vJiî,  voisin,  de  20-22  il  est  impossible  de  dire  si  v  représente  un 
développement  récent  ou  l'état  ancien,  qui  aurait  été  conservé  par 
suite  de  la  chute  de  la  voyelle  de  la  syllabe  initiale. 

2°  V  dans  aiguille  L.,  aiguiser  c.  12. 

L'extension  du  v  dans  ces  deux  mots  est  importante  ;  mais  je 
ne  puis  que  signaler  le  fait  dont  l'explication  m'échappe. 

Dans^orw)',  XwtI,  corvée,  des  points  11  et  12,  on  ne  peut  pas 
savoir  si  le  t'est  issu  d'un  ancien  lu,  cf.  p.  38,  ou  si  nous  n'avons 
pas  simplement  affaire  à  des  formes  empruntées  au  français  ; 
d'autre  part,  dans  les  représentants  de  l'étymon  probable  *jiigata, 
dérivé  de  jugu,  que  nos  parlers  emploient  pour  désigner  les  deux 
poutres  horizontales  qui  maintiennent  les  montants  auxquels  les 
bêtes  sont  attachées,  cf.  p.  66,  plusieurs  formes  ont  un  v  inter- 
vocalique  qui  paraît  être  récent. 

§  73-  ^• 

On  a  vu  §  12,  1°  que  nos  parlers  conservent /.'  germanique. 
Cette  aspiration  a  même  gagné  quelques  mots  qui  ne  la  possé- 
daient pas  étymologiquement,  mais  ce  développement  est  ordi- 
nairement limité  à  quelques  localités.  Il  est  le  plus  répandu  dans 
hérisson  c.  407  et  dans  les  représentants  du  fr.  hérisser  au  sens 
d'exciter  un  chien  c.  331  ;  but  outre  c.  54e  occupe  égale- 
ment une  aire  assez  étendue,  mais  heé,  -e  herse,  -er  c.  408 
n'existe  que  dans  les  villages  i  et  2,  et  hopà,  hb-  greffer  c.  97 
que  dans  les  villages  i,  2  et  5. 


—    121    — 

Enfin  il  faut  aussi  noter  le  développement  d'un  h  entre  deux 
voyelles  à  l'intérieur  du  mot  dans  les  représentants  de  cuciilla  au 
sens  de  citrouille  c.  193  et  dans  ceux  du  îv.  fléau  récemment 
emprunté  et  adapté  fléau    c.  350. 

§  74.  Développement  d'un  v  rinal. 

Ce  traitement,  qui  se  produit  après  la  voyelle  0  et  dont  on  a 
déjà  parlé  §  29,  5°,  se  rencontre  surtout  à  Remiremont,  où  il  se 
manifeste  du  reste  sans  régularité  ;  il  y  a  en  effet  des  divergences 
non  seulement  entre  les  différents  témoins,  mais  dans  l'usage  de 
chacun  d'eux,  cf.  entre  autres  Noël  c.  524,  hœhey  ri  a  estomac 
du  veau  c.  312,  iiicy  ir  a-c  maiL.,  etc.  En  dehors  de  Remire- 
mont  je  n'ai  noté  que  quelques  formes,  par  exemple  Pney  agneau 
£.,  îoriy  taureau  c.  745  de  14  a,  etc.;  mais  il  est  possible  que 
mon  audition  ait  été  insuffisante,  cf.  Atlas,  p.  xx.  Toutefois,  si 
c'est  là  en  partie  la  cause  des  variations  de  mes  graphies,  elles 
proviennent  probablement  aussi  du  fait  que  y  ne  s'articule  nette- 
ment et  peut-être  ne  se  développe  que  lorsque  le  mot  est  à  la 
pause.  Ce  traitement  n'est  du  reste  pas  propre  à  notre  domaine  ; 
M.  P.  Passy  l'a  relevé  à  Granges-de-Plombières,  Revue  de  phil. 
fr.,  1891,  p.  145,  cf.  aussi  ûjey,  oiseau,  for^)/,  taureau,  à  Voivres 
(canton  de  Bains,  ar.  d'Épinal),  point  58  de  VAL.,  et  Adam  qui 
donne  torée  pour  Saint-Nabord  et  taurée  pour  Vaubexy  (c.  de 
Dompaire,  a.  de  Mirecourt),  taureau,  p.  375,  etc.  En  outre  il 
semble  remonter  à  une  époque  assez  reculée,  d'après  la  graphie 
ancienne  porceil,  pourceil,  que  M.  Haillant  a  signalée  s.  v.  pouhhé. 

§  75.  Amuïssement  de  consonnes  en  groupe. 

1°  V. 

Ce  développement  s'est  produit  partout  à2ir\syœ  V,  2"  et  3=  pers. 
sing.  indic.  prés,  de  vouloir  L.  (seul  12  a  dit  encore  vyœ),  dans 
por  pauvre  id.  et  dans  l'adverbe /'ro/;;o,  -b,  correspondant  au  fr. 
bravement,  que  plusieurs  témoins  ont  employé  au  sens  de  beau- 
coup, bien  id. 

g  s'estamuï  partout  dans  étrangler  c.  321,  peut-être  par  assimi- 
lation,cf.  plusloin  p.  127, et  dznsevœl  1-12  a,  13-22,  evây  12  b,  c 
aveugle  L. 


—    122    — 

3°  d. 

d  tombe  partout  àzns ph-  prendre  L.  par  un  développement 
qui  n'est  pas  clair, 

4°/. 

Le  représentant  de  l'a.  fr.  auques  <i  aliquid  au  sens  dequelque 
chose  C.626  a  une  forme  remarquable  ak,  usitée  partout  sauf 
au  point  13,  qui  emploie  une  forme  secondaire  ek.  Ce  traitement 
n'est  pas  propre  à  notre  domaine  ;  on  le  retrouve  dans  de  nom- 
breux parlers  lorrains,  cf.  Horning,  §  18,  tandis  qu'é^  qui  serait 
la  forme  régulière,  cf.  oc  Grammont,  La  Franche-Montagne,  n'a 
été  relevé  dans  aucune  localité  de  la  Lorraine.  Ma  carte  626 
montre  que  la  forme  anormale  existe  aussi  dans  la  région  franc- 
comtoise  limitrophe.  Faut-il  admettre,  comme  le  fait  M.  H., 
qu'il  s'est  produit  de  bonne  heure  un  amuïssement  de  /,  ouqu'^^ 
provient  des  parlers  lorrains  où  al -\-  cons.  devient  à,  cf.  H., 
loco.cit.  ?  De  toute  façon  la  diffusion  d'une  forme  aussi  particu- 
lière qu'Â^,  d'où  procède  par  palatalisation  secondaire  é^,  etc.,  ne 
peut  s'expliquer  que  par  des  emprunts,  aussi  bien  dans  notre 
petit  domaine  que  dans  l'ensemble  des  parlers  qui  l'emploient. 

Il  faut  enfin  citer  pu  plus  Z,.  où  /  s'est  amuï,  comme  en  fran- 
çais populaire,  sans  doute  sans  passer  par  *pyû. 

50;'. 

On  a  vu  §  17  que  Tamuissement  de  r  est  régulier  devant  les 
consonnes  dentales;  au  contraire  devant  les  chuintantes  /,  ;,  ^,  ; 
correspondant  aux  phonèmes  français  €,  j,  il  se  produit  assez  fré- 
quemment, mais  sans  régularité,  et  semble  n'être  dû  qu'à  une 
propagation  analogique.  C'est  ainsi  qu'à  côté  de  perche  L.quij 
partout  où  je  l'ai  recueilli,  a  perdu  son  r,  un  dérivé  en  î  qui  désigne 
une  espèce  de  grenier,  c.  399,  le  conserve  dans  l'aire  1-8,  21,  cf. 
encore  bergeronnette  c.97,  charger  c.  159,  orge  c.  535.  La 
persistance  du  r  est  particulièrement  fréquente  au  Val-d'Ajol,  d. 
mwer-ee  battre  en  grange  c.  87,  er€  et  àrd  herse  -er  c.408, 
fôr-e  fourche  L.,  fworje  forger  id.,  etc.;  et  notez  aussi 
wor-e  orge,  tandis  que  VAL.  a  recueilli  wo€. 

D'autre  part,  deye  derrière  c.244,  qui  est  la  forme  usitée  dans 
toute  l'aire    1 1,  i  3-22,  n'est  explicable  que  si  on  y  voit  une  réduc- 


—   125    — 

tîon  particulière  du  groupe  ry  à  j  ;  on  la  trouve  également  dans 
%)%  19  carrière  L.,  aïyè  Hingre. 

§  76.  k  se  mouille  ou  devient  /  devant  une  voyelle  anté- 
rieure. 

Le  mouillement  de  k  devant  une  voyelle  antérieure,  qui  est 
si  répandu  dans  les  parlers  gallo-romans,  n'est  attesté  dans  notre 
domaine  que  par  quelques  formes  isolées,  à  savoir  i^yœpt  =  a.  fr. 
escopir  cracher  c.  224  au  point  15,  et  le  dérivé  i^yœpèt  au  sens  de 
salive  c.  680  aux  points  13,  14  et  1 5 .  Le  parler  d'Uriménil  pro- 
nonce ce  verbe  de  la  même  manière,  cf.  tieuppè  Raillant,  mais  le 
mouillement  y  est  également  sporadique,  tandis  qu'il  est  très  fré- 
quent dans  les  parlers  de  la  Meurthe-et-Moselle,  v.  Adam,  p.  22. 
D'une  façon  analogue  k  est  devenu  t  au  point  18  qui  dit  Çtœpe 
et  -àt,  cracher  et  salive;  et  il  est  remarquable  que  ce  traite- 
ment soit  là  aussi  limité  à  ces  deux  mots. 

§  77.  ;  analogique  à  la  fin  des  mots. 

L'alternance  syntactique  de  ;  et  /,  qui  a  été  notée  à  la  fin  du 
mot  §  42,  a  amené  par  analogie  le  développement  de;  dans  cer- 
tains mots  qui  ne  le  possédaient  pas  étymologiquement.  C'est 
ainsi  que  chemise  c.  173  présente  la'finale  ;  dans  l'aire  19-22  et 
que  le  mot  qui  signifie  mèche  de  fouet  c.  485,  cf.  §  56,  se  dit 
niT]  dans  les  localités  1-4,  6-8,  21.  Le  caractère  accidentel  de  ce 
développement  explique  qu'il  n'existe  par  d'exemple  de  é  dans 
les  mêmes  conditions. 

§  78.  Traitement  des  consonnes  finales  de  «  moiste  ». 

A  côté  des  formes  de  ce  mot  étudiées  §  29,  7°,  j'ai  relevé  mœé 
chez  les  témoins  2  c,  4  a  et  -^  chez  8'  a,  12  a,  13  a,  14  a,  dont 
on  peut  rapprocher  meiiche  d'Uriménil  et  rémuché,  imprégné 
d'humidité,  Allain  (canton  de  Toul,  M.-et-^.),  Adam,  p.  281. 
Dans  ces  différentes  localités  le  traitement  n'est  pas  conforme  à 
celui  du  groupe  st  tel  qu'on  l'a  vu  §  43.  Cette  particularité  pro- 
vient vraisemblablement  de  ce  que,  l^y  de  «  moiste  »  ayant  trans- 
formé  s  en    f,    ces   parlers  se  sont    trouvés  en   présence    d'un 


—    12. 


groupe  exceptionnel^^  qu'ils  ont  modifié  en  /,  conservé  ou  réduit 
ensuite  normalement  dans  les  différentes  localités;  cf.  pour  une 
autre  explication  Horning,  Die  Behandlung  d.  latein.  Prûparoxytona, 
pp.  13,  14.  Quant  à/^c^<;,  flasque,  Hingre,  dont  M.  H.  rattache 
d'autres  formes  zflaccidus,  cf.  aussi  M.  L.,  EW.  3342,  pourquoi  ne 
pas  le  tirer  deflaccus,  comme  le  D.  G.  le  fait  pour  le  français 
flache,  malgré  la  note  7,  p.  12,  de  M.  H.  ? 

§  79.  Traitement  du  groupe  initial  d'écornée   c.  274. 

Étant  donné  l'amuïssement  de  l'ancien '5  devant  consonne,  cf. 
§  43,  il  est  remarquable  que  toute  la  vallée  de  la  Haute-Moselle 
conserve  dans  ce  mot  des  formes  avec  sk  ou  £k.  Il  est  difficile  d'y 
voir  des  emprunts  aux  parlers  voisins;  tout  au  plus  pourrait-on 
attribuer  £k  des  points  i  et  2  à  une  imitation  des  parlers  de  la 
Moselotte.  Mais  la  cause  du  maintien  de  la  spirante  me  paraît 
autre.  Nos  parlers  possèdent  en  effet  un  mot  correspondant  au 
{vânçais  encorné,  cf.  corne  L.  Or  le  développement  phonétique 
devait  amener  une  identité  formelle  des  deux  types  «  encorné  » 
et  «  écorné  »  ;  elle  existe  même  aux  points  i  et  2  qui  disent 
kûnà,  -ây  avec  les  deux  sens.  Mais  elle  était  trop  gênante  pour 
que  les  parlers  n'essayent  pas  de  l'éliminer.  Les  parlers  de  la 
région  de  Remiremont  se  sont  contentés  du  maintien  de  l'initiale 
I  dans  «  écorné  »  ;  mais  dans  l'aire  i-io  on  est  allé  jusqu'à  la 
conservation  exceptionnelle  du  s. 

§  80.  l  <ir  dans  bôlyb  caneton  c.  133. 

Je  ne  puis  que  signaler  cette  forme  usitée  dans  les  localités 
I,  2,  5,  qui  est  issue  de  la  forme  encore  concurrente  bôryo,  elle- 
même  dérivée  du  simple  bwor,  car  la  cause  de  cette  anomalie 
m'est  inconnue. 

§  81.  Assimilation. 

A  —  Assimilation  par  contact  direct. 

1°  Une  sourde  devient  sonore  ou  une  sonore  devient  sourde 
par  assimilation  à  la  consonne  suivante. 

Le  premier  cas  est  attesté  par  souvent  c.  727,  b^e  <  pisellu 
pois  c.  592,  bde,-ù]eperds  c.  568,  perdu  c.  570,/'^^  1-7,  17-22 


—    12)    — 

pesant  L.,  le  deuxième  par  jeter  c.  419,  le  dérivé  de  ce  verbe 
qui  signifie  essaim  c.  308,  dessus  L.,  deftï  1-19  déshabiller 
id., médecin  c.  486,  etc.  Si  dans  «  dessous  »  sous  c.  72e 
c'est  au  contraire  la  consonne  intérieure  qui  a  été  assimilée, 
c'est  que  d  a  été  conservé  par  l'influence  analogique  des  nombreux 
composés  avec  «  de  »,  puis  «  sous  »  a  été  refait  sur  «  dessous  ». 
Il  en  est  de  même  de  âzitr  des  témoins  5  b-d,  f ,  6  d  dessus  Z,., 
composé  d'une  forme  qui  correspond  à  l'a.  fr.  soure,  représentant 
régulier  du  latin  supra. 

2°  ri  devient  //. 

Cette  assimilation  est  attestée  dans  l'aire  19-22  par  to  pel  le  et 
tôt  pt'l  lèy  seul  c.  707  et  L.,  qui  sont  formés  de  «  tout  +  par  » 
-|-  les  pronoms  personnels  équivalant  au  fr.  lui,  elle  ;  dans  les 
autres  localités  «  par  »  présente  sa  forme  ordinaire  sans  consonne 
finale. 

3°  /;-  devient  //,  rarement  rr. 

Les  parlers  présentent  fréquemment  l'assimilation  de  Ir  en  // 
dans  les  futurs  et  les  conditionnels  des  verbes  dont  le  radical  est 
terminé  par  /  et  dans  les  substantifs  dérivés  en  «  ie  »  dont  le 
simple  se  terminait  également  par  cette  consonne,  cf.  p.  ex. 
sella  4  a,  5  c,  8'  c,  9,  5^-  18,  19  c,  21  a,  22  a,  futur  de  saler 
L.,  pii€elh{y)  i  a,  b,  8'  a,  -ç-  18  cochonnerie  id.,  etc.  Les 
formes  avec  /;■  sont  au  reste  abondamment  représentées,  et 
Hingre  ne  paraît  même  pas  avoir  connu  le  traitement  //,  cf. 
khélrà,  futur  de  khéla,  écosser,  Monogr.,  p.  79,  et  bwadehie,  bavar- 
dage, poukhelrie,  etc.,  Lex.  Il  n'est  cependant  pas  propre  à  notre 
domaine,  ainsi  que  le  montrent  bcdelUe,  pouhheUie  d'Uriménil. 

L'assimilation  en  rr  est  attestée  par  rro  Laurent!,,  de 
La  Bresse,  les  formes  de  Basse-sur-le  Ruptid.,  et  elle  s'accorde 
avec  celle  de  ri  en  //  2°  et  celle  de  nr  en  rr  exposée  plus  loin. 
Le  développement  de  Ir  en  //  me  paraît  être  dû  à  l'influence 
analogique  des  formes  à  radical  terminé  par  /,  qui  aura  entravé 
l'assimilation  de  Ir  en  rr  ;  mais  comme  les  patoisants  articulent 
difficilement  le  groupe  l-\-  r  alvéolaire,  il  en  est  résulté  que  Ir  a 
été  assimilé  en  //.  Ce  fait  est  assez  ancien,  car  le  simple  de 
pnMli{y)  a  perdu  son  /  dendis  une  date  relativement  reculée,  et 


—    126   — 

d'autre  part  l'existence  de  la  terminaison  ellie  à  Uriménil,  assez 
éloigné  des  localités,  qui  ont  actuellement  le  traitement  //  non 
seulement  dans  cette  terminaison  mais  dans  les  verbes  à  radical 
terminé  par  /,  invite  à  penser  que  //  a  été  à  son  tour  refoulé  par 
des  formes  refaites  en  Ir. 

4°  nr  devient  r  (par  rr),  rarement  nn. 

L'assimilation  d'tir  en  rr,  réduit  ensuite  à  r,  paraît  être  à  la 
base  des  futurs  de  tenir,  venir  L.,  cf.  les  formes  plus  loin  §  143 
ad  fin.  ;  et  l'on  sait  que  l'a.  fr.  présente  la  même  assimilation 
dans  dorrai,  donnerai,  etc. 

L'assimilation  contraire  en  nn  n'est  attestée  que  par  eennl  des 
témoins  4  a,  6  b,  8  c,  8''  a,  d,  f,  qui  désigne  la  baguette  du  cou- 
drier, cf.  coudrier!,.,  et  qui  est  dérivé,  au  moyen  d'un  suffixe 
«  aril  »,  d'un  simple  etn  écharde  L.,  qui  vient  soit  de  l'ancien 
h.  ail.  skina,  comme  le  fr.  échine,  soit  plus  récemment  de  l'ail. 
schiene,  éclisse.  La  forme  non  assimilée  existe  également,  cf.  £enrt 
le,  6  d,  khèneri,  Hingre;  cf.  en  outre  plus  loin  §  83,  4=.  Le 
développement  d'nr  en  nn  paraît  avoir  comme  cause  indirecte  une 
influence  analogique  du  simple,  de  même  qu'on  l'a  vu  pour  //. 

5°  ^r  devient  dd. 

Cette  assimilation  s'est  produite  dans  les  deux  mots  perdrix 
c.  ;)7i  et  Ferdrupt  L.,  dont  le  premier  élément  correspond  au 
fr.  Frédéric.  Tandis  que  le  groupe  rdr  de  perdrix  a  été  simple- 
ment réduit  à  dr  dans  les  localités  13-16,  20-22,  cf.  p.  130,  les 
points  3-9,  17-19  présentent  une  forme  peddt  qui  s'explique  par 
une  assimilation  de  drendd;  on  la  retrouve  également  dans /^f^^cfw, 
seule  forme  employée  par  tous  les  témoins  interrogés. 

6°  Diverses  consonnes,  notamment  /,  précédées  d'une  nasale 
deviennent  n  ou  tn. 

Cette  assimilation  est  attestée  par  plusieurs  mots,  dans  lesquels 
/  est  implosif  ou  explosif. 

a)  /  est  implosif  dans  eme  n  lœy,  usité  au  Val-d'Ajol  avec  le 
sens  de  par  terre,  cf.  terre  L.,  et  qui  équivaut  au  fr.  «emmi  le 
lieu  »,  et  dans  hwènje  5  c,  d,  -nhî  19  c,  subst.  ouadj.  qui  signifie 
bon  loisir  ou  désœuvré  et  qui  équivaut  au  fr.  «  bon  loisir  » 
(le  suffixe  e  -zzz  fr.  icr  est   dû    à    une  substitution),    cf.    encore 


—    127   — 

bwônehé  Hingre  et  houonhé  donné  par  Haillant  pour  Ventron  s. 
v°boé-lohi.  Pour  les  formes  qui  ont  conservé  /,  cf.  loisir  L. 

b)  Les  cas  dans  lesquels  /  est  explosif  sont  plus  compliqués. 
Pour  désigner  le  chéneau  L.,  toutes  les  localités,  où  j'ai 
demandé  ce  mot,  présentent  des  formes  avec  n,  seuls  21  et  22 
disent  Mlt't.  Dans  un  article  de  la  Romania,  XLI,  p.  173,  j'ai  con- 
sidéré les  formes  avec  n  comme  représentant  un  mot  ancien 
channette,  issu  de  channe,  et  j'ai  dû  admettre  que  plusieurs  de  ces 
formes  étaient  à  demi  francisées.  Il  est  beaucoup  plus  probable, 
comme  M.  Thomas  me  l'avait  fait  observer,  qu'elles  sont  toutes 
issues  de  «  chanlatte  »,  et  que  /  est  devenu  n  par  assimilation  à 
la  voyelle  nasale  précédente.  Ce  développement  est  ancien,  car  n 
a  une  grande  extension  à  la  fois  dans  les  parlers  lorrains  et  dans 
ceux  de  la  Franche-Comté.  «  Chanlatte  »  survit  cependant  en 
quelques  points,  notamment  les  localités  21  et  2 2  de  mon  enquête  : 
cf.  aussi  chaktte,  chenal,  Landremont  (c"  Pont-à-Mousson, 
M.-et-M.),  Adam,  p.  2}S,  cimilotte,  chenal,  Dongermain (a' Toul, 
id.),  id.,  p.  240. 

Une  assimilation  semblable  s'est  produite  dans  une  forme  nou- 
velle signifiant  ainsi  c.  14.  Sur  le  modèle  de  dlsi,  encore  usité 
dans  toute  la  vallée  de  laMoselotte  et  dans  quelques  autres  points, 
on  a  formé  un  nouvel  adverbe  avec  «  là  »,  dont  le  /  est  ensuite 
devenu  n  par  assimilation  à  la  nasale  précédente.  La  forme 
ancienne  subsiste  encore  dans  quelques  parlers  franc-comtois,  cf. 
dinlai  Châtenois,  dains  lai  Plancher-les-Mines,  etc. 

Une  assimilation  analogue  de  g  précédé  d'une  voyelle  nasale 
a  dû  se  produire  dans  étrangler  c.  321,  après  le  changement  de 
/  en  y,  cf.  p.  121. 

Nous  avons  vu  p.  59  l'assimilation  d'une  dentale  à  une 
nasale  précédente.  Il  faut  en  outre  en  rapprocher  la  réduction  de 
wè  à  w  dans  Plombier  es  Z-.,  la  forme  ^aw  ^0,  chambre  du  haut, 
de  14  a,  c.  151  N.  E.,  et  pèm  e  tyer  pomme  dp  terre  c.  595  de 
l'aire  1-7,  qui  présente  une  assimilation  du  groupe  m  d  à  m  par 
mm,  encore  attesté  chez  les  témoins  2  c,  6  b,  7  b,  cf.  N.  E. 
Enfin  c'est  sans  doute  par  une  assimilation  de  ^  à  m  que  «  com- 
ment »  est  souvent  réduit  à  une  forme  mo,  -b,  -a,  ci.  comme, 
comment  JL. 


—    128    — 

Pour  €em  du  point  8' chanvre    c.  155,  cf.  plus  loin  §  88. 

7°  s  explosif  est  assimilé  à  une  fricative  précédente. 

Cette  assimilation  a  eu  lieu  dans  dix-sept  c.  255  ;  en  effet 
dans  dheet,  -çç-  qui  occupent  la  plus  grande  partie  de  notre 
domaine,  s  de  sept  a  été  assimilé  à  la  fricative  de  dix.  Le  nom 
de  lieu  Rochesson  L.  paraît  présenter  un  traitement  analogue. 
Postérieurement  à  cette  assimilation,  €€,  çç  se  sont  réduits  à  ^,  ^ 
aux  points  ii,  14-17,  19,  21.  Ce  phénomène  est  assez  rare,  car 
VAL.  ne  donne  une  forme  analogue  que  pour  le  point  219  de 
la  Belgique,  où  l'on  dit  duçt.  Au  point  12,  desset  est  le  résultat 
d'une  assimilation  inverse,  si  cette  forme  n'est  pas  due  à  un 
croisement  avec  le  français. 

B.  —  Assimilation  à  distance. 

1°  s  initiale  devient  €  ç  par  assimilation  à  une  fricative  suivante. 

s-j  est  devenu  i-j  dans  €djc,  songer,  des  témoins  11  c  et  iz|  a, 
cf.  penser  L.,  développement  qu'on  retrouve  ailleurs,  cf.  chongé 
Uriménil,  Horning  §  152,  AL.  c.  995,  -6  et  €ojî  Pierrecourt, 
Haute-Saône,  d'après  le  lexique  de  Juret,  p.  140,  Niemeyer, 
Halle,  191 3.  C'est  ainsi  qu'il  faut  expliquer  ^erse  =  fr.  cerceau 
2  c,  5  d,  qui  désigne  des  raquettes  pour  marcher  sur  la  neige,  à 
côté  de  sorçede  15  a,  19  c,  21  ^,sorhhés  Adam,  Saint- Amé,  p.  286, 
bien  que  ce  mot  présente  des  difficultés,  et  que  l'origine  de  la 
fricative  intérieure  soit  en  particulier  obscure. 

2°  /  initial  devient  n  par  assimilation  à  n  intervocalique  précé- 
dant la  voyelle  tonique  dans  nïuâ  20-22,  issu  de  l'inâ,  cf.  arc-en- 
ciel  c.  40  et  §  151. 

3°  Une  sourde,  qui  se  trouvait  à  l'initiale  du  mot,  est  devenue 
sonore  par  assimilation  à  une  sonore,  qui  se  trouve  à  l'initiale  de 
la  syllabe  suivante  dans  les  représentants  du  fr.  carder  et  de  l'a. 
fr.  targier  <  *tardicare:  gedà  5  c,  d,  8'  f,  16  a,  gà-  19  c,  gUe 
II  e,  15  3.,  gejà  12  a  curdev  L.,  dt'je  \  c,  2  c,  4  a,  5  a,  c,  dâ/e 
18  tarder  id.  Peut-être  est-ce  ainsi  qu'il  faut  expliquer  le ^ de ^^3', 
quille  L. 

4°  v  et  n  sont  devenus  m  par  assimilation  à  une  labiale  précé- 
dente dans /)3W«  pivoine!,  de  13  a,  14  a,  attesté  également  à 
Uriménil,  d'après  Haillant  qui  donne  piâine,  pom  panne  L.  de 


—    129    -— 

2  b,  5  d,  1 3  a,  22  a,  un  t.  de  Basse-sur-le-Rupt,  epermejt 
apprivoiser  0,36  de  8'  a,  e,  ex.  Jfy'wi  faîne  L.  de  5  a, 
ces  deux  dernières  formes  étant  peut-être  individuelles  et  du 
moins  exceptionnelles, 

5°  On  a  vu  plus  haut,  §  24,  que  dans  la  plupart  de  nosparlers, 
la  syllabe  initiale  de  dimanche  c.  252  correspond  à  celle  de  l'a, 
fr.  dietnanche;  or  le  groupe  dy  est  devenu  ;  aux  points  2,  3,  4  et 
22,  vraisemblablement  par  assimilation  au  ;  final. 

Le  ;  final  de  chemise,  qu'on  pourrait  être  tenté  de  considérer 
comme  dû  à  une  assimilation  au  €  initial,  me  paraît  avoir  une 
autre  origine,  cf.  §  77. 

6°  /  implosif  devient  r  par  assimilation  à  r  final  dans  les  repré- 
sentants de  l'ail,  meiker  miverkâr  i-i  i,  13-15,  mivà-  16-22,  màrker 
12  a,  fabricant  de  fromages,  fromager  L. 

6°  Une  assimilation  de  /  initial  à  un  r  implosif  a  probablement 
eu  lieu  dans  herbe  c,  406  aux  points  8'  et  16;  en  effet  les  formes 
ryeb,  ryâb  paraissent  être  issues  des  formes  disparues  *ryerb,  *-a-, 
dont  r  initial  représente  l'article  agglutiné  qui  subsiste  encore 
dans  de  nombreuses  localités,  cf,  plus  loin  §  84, 

7°  Enfin  il  faut  signaler  le  mot  lézard  c.452,  dont  les  formes 
de  l'aire  i-ii  sont  d'une  complexité  embarrassante.  Si  le  point 
de  départ  est  bien  Icjrad  avec  un  r  intercalé,  forme  attestée  au 
points'  et,  avec  changement  de;  en  h,  aux  points  10  et  11, 
It'bidd  du  point  9  est  dû  à  une  assimilation  du  r  intérieur  au  / 
initial,  cf.  encore  plus  loin  §  82,  3°  et  §  83,  6°, 

Quant  au  traitement  de  la  consonne  initiale  de  s  i  x  c,  7 1 2,  que 
M.  M,-L.,  Gr.  d.  R.  Spr.,  I,  §  160,  considère  comme  assimilée  à 
la  consonne  finale  aujourd'hui  amuïe,  l'explication  n'en  est  pas 
certaine,  car  on  a  vu  plus  haut,  p.  7,  que  la  voyelle  a  peut-être 
passée  par  le  stade  ici,  et  le  premier  /  a  pu  palatiser  le  s  initial. 

§  82.  Dissimilation. 

Il  m'a  paru  intéressant  de  classer  les  différents  cas  de  dissimilation 
de  notre  domaine  d'après  les  lois  que  M.  Grammont  a  établies. 

1°  lotstt  celui-ci,  celle-ci  c.  141  s'est  réduit  à  té^zl  aux  points 
I,  2,  8,  8',  suivant  la  loi  I. 

Les  parlers  des  Vosges  méridionales.  9 


—  130  — 

2°  Le  )>  final  de  faible,  cf.  s'é  vanouir  c.329,  est  tombé 
partout  par  suite  de  la  dissimilation  exercée  par  le  y  du  groupe 
initial,  conformément  à  la  loi  II. 

3°  Lézard  c.  452  présente  dans  l'aire  1-8  une  forme  rejlâd, 
qui  me  paraît  être  issue  de  la  forme  *lejlad,  étudiée  plus*  haut, 
par  une  dissimilation  conforme  à  la  loi  IV. 

4°  Gencive  c.  380  suit  dans  l'aire  11-22  la  loi  VIII.  Mais 
tandis  que  les  localités  17-22  ont  dissimulé  la  fricative  intervoca- 
lique  en  d,  11- 16  l'ont  dissimilée  en  ;(;  cette  différence  de  traite- 
ment provient  de  ce  que  la  première  dissimilation  s'est  faite  au 
stade  ;-/  et  la  deuxième  au  stade  /-/.  On  sait  que  gencive  a  subi 
également  en  français  une  dissimilation,  sur  laquelle  cf.  M.  L., 
Einfiïhning  in  das  Studium  d.  Rom.  Spr.,  2"  éd.  Heidelberg,  1909, 
§  147.  C'est  également  suivant  cette  loi  que  s'est  développé  / 
des  formes  désignant  l'hirondelle  c.410,  dont  r  final  a  ensuite 
disparu  dans  la  plupart  des  points. 

y  par  prendre!,,  a  perdu  partout  r  du  groupe  initial  pr 
conformément  à  la  loi  IX.  C'est  probablement  d'après  cette  loi 
qu'il  faut  expliquer /jww  fable  L.  des  témoins  19  b,  20  a,  22  a, 
forme  qu'on  retrouve  ailleurs. 

6°  La  loi  XI  est  attestée  par  les  foits  suivants  :  le  dérivé  en  rè 
de  l'a.  fr.  bel,  au  sens  de  premier  lait  de  la  vache  qui  a  vêlé  c.  438, 
dont  le  /  est  devenu  ^'partout,  sauf  au  point  12,  kmôt  pomme 
de  terre  c.  595  des  localités  20  et  21,  cf.  §  89,  et  très  répandu 
dans  les  parlers  lorrains,  d'après  Adam,  p.  360,  tniœ  du  point  14, 
issu  de  /Jwœmillet  L.,  forme  issue  d'un  croisement,  comme  on 
le  verra  §  151.  Si  dans  pnâ  de  12  a  et  piiœ  de  22  a,  issus  de  *p}m, 
*pmœ,  de  même  origine,  la  dissimilation  est  contraire,  c'est  par 
suitede  l'action  conservatrice  exercée  par  plà,  pie,  cf.  id. 

7°  Arbre  c.  39  est,  dans  toutes  les  localités,  traite  d'après  la 
loi  XII  ;  il  en  est  de  même  de  mercredi  c.  491,  sauf  en  quelques 
points  qui  ont  repris  la  forme  française,  et  des  formes  pcdfï,  pè-, 
d'où  pcddï  Çd.  p.  I2é)  perdrix  c.571;  pour  pejî  de  12,  cf. 
p.  132. 

8°  j^^  échasse  L.  des  témoins  9  et  19  a,  et  qu'Adam  donne 
pour  Saint-Amé  saihhe,  p.  284,  est  dissimilé  d'après  la  loi  XIV.  Si 


—  131  — 

le  féminin  de  l'adjectif  <^4,  f^,  sec,  cf.  plus  loin  p.  137,  qui  est  régu- 
lièrement cm  au  point  14,  khâkhe  à  La  Bresse,  d'après  Hingre,  est 
€às  chez  les  témoins  2  a,  7  a,  8'  d,  cf.  aussi  hhâsst  que  Raillant 
donne  pour  Cornimont  s.  v.  hha,  cette  exception  s'explique  par 
l'influence  analogique  du  masculin.  Cf.  pour  sac,  sec,  plus  loin, 

§83,7°- 

9°  Plier    c.  588  subit  dans  toute  l'aire  1-9 une  dissimilation 

qui  a  dû  se  produire  dans  les  formes  à  désinence,  où  py  est  dans  la 
syllabe  atone,  conformément  à  la  loi  XVI.  C'est  également  cette 
loi  qui  explique  Ôgrepin  aubépine  c.  56  de  l'aire  10-22,  mais 
l'origine  du  r  est  obscure. 

Il  est  cependant  au  moins  un  traitement  qui  paraît  échapper 
à  une  loi  de  M.  Grammont,  c'est  celui  de  ryebet  ryàb  de  8  '  et  16, 
qui  sont  issus  de  formes  anciennes  *ryerb,  -a-,  cf.  §  81  B  6°,  et 
qui,  pour  une  cause  que  j'ignore,  sont  en  contradiction  avec  la 
loi  VII.  En  outre  il  me  semble  que  éevirœ,  e-  chevreuil  c. 
184  de  l'aire  1-8'  ont  perdu  le  v  d'une  ancienne  terminaison}'^, 
encore  attestée  dans  la  vallée  de  la  Moselotte,  par  suite  d'une 
dissimilation  exercée  par  Xi  de  la  syllabe  précédente.  Quant  à 
Ibtot,  -et,  -et,  -ât  celui-là,  celle-là  c.  142  des  localités  i-ii, 
14-16,  issus  de  formes  antérieures  lotlol,  etc.,  la  dissimilation 
de  /  appuyé  tonique,  contraire  à  la  loi  II,  s'explique  par  la  résis- 
tance particulière  qu'a  dû  offrir  l'article  initial .  Enfin  je  ne  puis 
que  signaler  elor  de.  l'aire  1-8',  alêne  c.  17,  dont  le  dévelop- 
pement est  obscur  :  c'est  au  reste  un  mot  sujet  à  de  nombreux 
accidents,  cf.  §  83  adfinem. 

§  83.  Métathèse. 

1°  fable  L.,  boucle  c.  106  et  le  mot  tyop,  employé  pour 
désigner  les  deux  chevilles  qui  fixent  le  joug  au  timon  par  les 
témoins  2  c,  5  a,  6  b,  8'f,  19  c,  et  au  sens  de  nœud  par  12 
a,  15  a,  cf.  voiture,  nœud  L.  et  qui  correspond  au  fr.  couple, 
comme  Adam  l'a  bien  vu  p.  23  (M.  M.  L.,  EW.  2209,  propose 
un  type  latin  *cloppa,  mais  pour  des  parlers  italiens),  présentent 
tous  une  métathèse  d'après  laquelle  un  }'  passe  de  la  syllabe 
finale  dans  la  syllabe  tonique.  Ce  développement,  qui  dépasse  de 
beaucoup    notre  domaine,   cf.    tieuppe,    Adam,  p.    23,    qui   le 


—    132  — 

donne  pour  Allain  (ar.  de  Toul,  M.-et-M.),  et  jiaufe,  id., 
p.  323,  Haillant  s.  v° s'est  probablement  produit  avant  le  chan- 
gement de/  en  )';  le  fait  est  du  moins  assuré  pour  fable,  qui  est 
dé]ï  Jlaves  dans  le  Lothrmgisches  Psalter,CX.VUl,  85. 

2"  /  du  groupe  Jl  a  passé  à  la  fin  de  la  syllabe  protonique 
dans  les  représentants  de  Jîamuièche  au  sens  d'étincelle  c.  317 
dans  toute  l'aire  1-9,  dont  les  formes  commencent  par  fer  ou 
fwer.  On  remarquera  que  les  autres  parlers  qui  emploient  flam- 
mèche ne  connaissent  pas  cette  métathèse,  cf.,  outre  ma  carte  317, 
AL.  c.  étincelle,  et  Adam,  p.  2^2,  fiainoiiche  ;  et  il  est  donc  peu 
probable  que  le  premier  type  de  nos  parlers  soit  l'a.  fr.  falevesche 
<C  germ.  falaiviska. 

3°  Une  métathèse  remarquable  s'est  produite  dans  certaines 
formes  d'oseille  c.  537.  Ce  mot  d'origine  difficile,  et  que 
M.  M.  L.,  EIV.  104,  rattache  à  un  type  *acidula,  est  représenté 
dans  presque  tout  notre  domaine  par  un  dérivé  en  -ette;  mais 
tandis  que  les  localités  2-8'  ont  un  groupe  intérieur  yV  et  9,  18- 
20  un  groupe  /?/,  toute  l'aire  10-17  a  des  formes  avec  Ih,  12 
possédant  les  deux  traitements.  Ce  phénomène  n'est  pas  propre 
à  notre  domaine  ;  on  le  retrouve  dans  de  nombreux  parlers 
lorrains,  cf.  AL.  c.  954,  Adam,  p.  354,  Haillant  olhotte.  Il  est 
même  peut-être  antérieur  à  la  chute  de  la  voyelle  intermédiaire, 
cf.  du  moins  lijotte,ché  par  Adam  pour  Vittel  (arr.  de  Mirecourt, 
Vosges). 

4°  r  est  passé  de  la  syllabe  tonique  dans  la  protonique  dans 
eernï  des  témoins  5  a,  b,  f,  cf.  sur  ce  mot  §  81  A  4°.  C'est  éga- 
lement ainsi  qu'il  faut  expliquer  pejl,  perdrix,  du  Val  d'Ajol  ; 
en  effet,  cette  forme  suppose  un  stade  antérieur  *perdî,  qui 
était  lui-même  issu  par  métathèse  de  pediï,  cf.  §  81  A  5°. 

5°  r  est  passé  de  la  syllabe  finale  atone  dans  la  tonique  dans 
eldrb,  ombre  c.  531,  de  la  vallée  de  la  Moselotte. 

.  6°  A  côté  de  rejlâd,  lézard,  traité  §  82,  3°,  les  localités  1-3,6 
emploient  moins  usuellement  une  forme  rjelâd,  dont  le  ;  s'est 
déplacé  évidemment  après  les  mots   terminés  par  une   voyelle. 

7»  Les  formes  en  £-s,  que  sac  L.,  sec  c.  697-9,  sécher  c.  700, 
sécheresse!,  présentent  dans  l'aire  11,  13-15,  me  paraissent 
dues  à  une  métathèse  de  5-^  en  es.  Ce  traitement,  assez  répandu 


—   15^  — 

en  dehors  de  notre  domaine,  cf.  chaisse,  chaissot,  sachet,  chosse, 
chossé,  chasseresse,  chossiron,  pré  vert,  Uriménil,  Horning,  §  135, 
AL.  c.  1178  et  1209,  a  été  expliqué  autrement.  M.  Horning, 
les  rapprochant  de  formes  avec  ^-^  également  fréquentes,  cf.  Adam, 
p.  369,  This,  op.  cit.,  §  59,  etc.,  admet  qu'il  s'est  d'abord  produit 
une  assimilation  de  s-€  en  £-£,  puis  une  dissimilation  de  e-e  en 
£-s.  Bien  que  cette  explication  soit  satisfaisante  en  apparence,  je 
crois  qu'il  faut  l'écarter,  parce  que  la  dissimilation  admise  par 
M.  Horning  est  en  contradiction  avec  les  lois  XIV  et  XVII  de 
M.  Grammont,  sans  qu'on  voie  la  raison  de  cette  exception. 

Je  signalerai  enfin  la  forme  de  développement  obscur  enol, 
alêne,  des  points  i  et  2,  cf.  supra  §  82,  ad  finem. 

§  84.  Agglutination  et  apocope  d'une  consonne  initiale. 

A.  L'agglutination  d'une  consonne  initiale  s'est  produite  assez 
fréquemment,  et  des  consonnes  diverses  participent  à  ce  traite- 
ments On  peut  citer: 

1°  l'agglutination  de  la  consonne  de  l'article  dans  herbe  c.  406 
et  ombre   c.  531,  cf.  encore  §  68  ; 

2°  celle  du  n  de  l'adverbe  en  dans  aller   c.  18  ; 

3°  celle  du  d  de  la  préposition  «  de  »  dans  ainsi  c.  14,  devo 
3-5,  6,  8,  8',  17,  22,  detô  22,  avec  L.,  dœeifyœ  11  a  prin- 
temps   c.  616  N.  E.  ; 

4°  celle  de  ;^  dans  ;(o,  ^ol  eux,  elles  c.  328,  281,  qui  provient 
de  prépositions  telles  que  «  dans,  chez  »,  cf.  V)Q\irQns,  Beitràge, 
p.  287,  et  dans  :(/,  y,  cf.  plus  haut,  p.  47  ; 

5°  ou  c.  542  présente  en  quelques  points  une  forme  vu,  dont 
le  V  paraît  s'être  développé  entre  voyelles.  Quant  au  v  de  vira, 
futur  d'aller  L.,  l'origine  en  est  obscure;  peut-être  est-il  dû  à 
l'influence  analogique  de  venir  L.  De  même  \tn  initial  d'oser 
L.  et  d'oseille  c.  537,  qui  se  rencontre  en  quelques  localités, 
est  embarrassant,   cf.  pour  oseille  §  151. 

Enfin  je  rappellerai  lézard,  dont  on  pourrait  être  tenté  d'ex- 
pliquer les  formes  de  l'aire  i-ii  par  une  agglutination  de  l'article, 
mais  que  j'ai  cru  devoir  expliquer  autrement  §§  82,  83. 

B.  L'apocope  d'une  consonne  initiale  est  au  contraire  fort  rare;  je 
nerairelevée,saufoubli,quedansJ/7^'noyer  c.  527despoinrs6et7. 


CHAPITRE   VIII 

MÉLANGES    DE    PARLERS 

Bien  que  le  point  de  vue  auquel  les  faits  des  chapitres  précé- 
dents sont  considérés  soit  essentiellement  linguistique,  il  nous 
est  arrivé  plus  d'une  fois,  pour  expliquer  le  traitement  d'une  ou 
de  plusieurs  localités,  d'admettre  qu'il  s'est  produit  des  mélanges 
de  parlers.  Mais  il  convient  d'examiner  d'une  façon  plus  systé- 
matique, et  non  pas  simplement  en  passant,  comme  nous  l'avons 
fait  jusqu'ici,  quelle  part  revient  à  la  géographie  dans  l'état  pho- 
nétique de  nos  parlers,  et  en  particulier  quel  rôle  a  joué  Remi- 
remont,  le  centre  principal  de  notre  région,  et  dont  l'importance 
est  encore  accrue  par  sa  situation  au  débouché  des  deux  vallées. 
Il  importe  de  se  rappeler  que  nous  ne  nous  appuyons  que  sur 
les  faits  actuels  et  que,  comme  le  dit  M.  Meillet,  Introduction  à 
l'étude  des  langues  indo-européennes,  3'  éd.,  1912,  p.  16,  «  il  est 
généralement  impossible  de  discerner  ce  qui  provient  de  change- 
ments spontanés  de  ce  qui  provient  d'emprunts  ».  C'est  pour- 
quoi on  ne  peut  pas  faire  état  des  traitements  communs  réguliers 
exposés  au  chapitre  I.  Mais,  même  quand  une  innovation  com- 
prend à  la  fois  la  région  de  Remiremont  et  les  parlers  contigus 
des  vallées,  comme  par  exemple  la  réduction  de  /,  /  à  ^,  /,  cf. 
§  42,  on  ne  peut  pas  en  conclure  qu'elle  a  été  empruntée  par 
ceux-ci  à  celle-là.  Un  traitement,  qui  couvre  actuellement  une 
aire  cohérente,  peut  être  le  résultat  de  développements  spontanés 
qui  se  sont  formés  en  plusieurs  points  séparés.  Si  par  exemple 
on  considère  le  traitement  de  chasser  c.  166  et  des  verbes 
analogues,  cf.  §  39,  on  voit  que  ye  persiste  dans  l'aire  8-10,  16- 
22,  tandis  que  les  deux  aires  sans  contact  1-7,  11-15  présentent 
e,  comme  en  français.  Or  imaginons  que  dans  un  certain  laps  de 
temps  les  points  8-10,  qui  séparent  les  deux  aires,  réduisent  à  leur 


—  135  — 

tour  ye  À  e  ;  nous  aurons  alors  une  aire  cohérente  1-15,  et  un 
dialectologue,  s'appuyant  uniquement  sur  la  configuration  des 
aires,  pourra  d'une  façon  erronée  conclure  que  la  réduction 
d'ye  à  e  s'est  d'abord  produite  dans  l'aire  11-15  et  a  pénétré  par 
emprunt  dans  la  vallée  de  la  Haute-Moselle. 

De  même  la  présence  de  deux  traitements  dans  une  localité 
n'est  pas  nécessairement  due  à  un  emprunt  d'un  de  ces  traite- 
ments ;  cette  dualité  peut  provenir  de  ce  que  nous  sommes  en 
présence  de  développements  en  cours  :  c'est  ainsi  que  pourraient 
s'expliquer  par  exemple  le  flottement  que  les  témoins  des  locali- 
lités  8  et  8',  1 6  et  17  manifestent  entre  â  et  ^,  §  51,  la  coexis- 
tence d'^  et  t'  correspondant  à  oi  du  français  dans  la  vallée  de 
la  Moselotte,  §  52  i",  celle  d'^  et  ô  du  Val  d'Ajol  <  e  latin 
tonique  fermé  entravé,  §  53,  etc. 

On  sait  d'autre  part  qu'il  est  souvent  difficile  de  reconnaître 
si  nous  avons  affaire  à  des  emprunts  de  prononciation  ou  à  des 
emprunts  de  mots.  Parmi  les  exemples  de  mélanges  qui  sont 
donnés  plus  loin,  il  en  est  plusieurs  qui,  très  probablement  ou 
même  certainement,  sont  des  mots  empruntés.  Cependant,  si 
par  là  ils  appartiennent  au  lexique,  ils  peuvent  être  étudiés  ici, 
parce  qu'ils  intéressent  également  la  prononciation,  et  qu'au 
reste  on  ne  reconnaît  leur  origine  étrangère  que  par  leurs  parti- 
cularités phonétiques. 

§  85.  La  région  de  Remiremont  et  les  deux  vallées. 

Ces  réserves  faites,  il  existe  un  certain  nombre  de  traitements 
d'importance  diverse,  qui  ont  pénétré  par  voie  d'emprunt  de  la 
région  de  Remiremont  dans  les  deux  vallées. 

Celui  qui  à  la  fois  est  le  plus  considérable  et  révèle  le  mieux 
cette  action  du  centre  sur  les  vallées  est  sans  contredit  l'amuïsse- 
ment  de  s  devant  consonne,  dont  le  détail  a  été  exposé  et  discuté 
§  43.  On  peut  également  admettre  que  la  diff"usion  du  traitement 
de  «  trestout,  trestuit  »,  cf.  §  69,  5°,  a  la  même  origine.  Il  nous 
reste  enfin  à  examiner  quelques  traitements  dont  nous  n'avons 
pas  encore  parlé  : 

1°  Traitement  de  la  voyelle  protonique  de  maison,  raison, 
saison. 


-  i3é  - 

Ces  trois  mots  présentent  o  partout,  à  l'exception  du  Val-d'Ajol 
qui  àilrahoQls-,  à  côté  de  rojo,  s-  i-8  ',  ii  a,  c,  roho,  s-  9-1 1  b, 
13-22,  cf.  raison,  saison  L.et  maison  c.  465.  Or  ce  dévelop- 
pement d'à  protonique  en  0  ne  se  produit  régulièrement  que 
dans  la  région  de  Remiremont,  cf.  §  51  ;  même  dans  maison, 
l'action  de  la  labiale  pré  édente  ne  peut  pas  rendre  compte  de 
la  forme  de  l'aire  1-7,  d'après  le  §  58;  il  faut  donc  en  conclure 
que  les  parlers  ont  emprunté  le  traitement  de  ces  mots  à  la  région 
de  Remiremont.  On  rapprochera  de  ces  faits  ceux  qui  ont  été 
étudiés  §  61. 

2°  Traitement  d'rt  tonique  entravé  et  précédé  d'une  palatale. 

Les  quelques  mots  qui  contiennent  étymologiquement  cette 
voyelle  présentent  des  formes  si  variées  qu'il  faut  les  examiner 
un  à  un. 

D'après  les  cartes  789  viande  et  803  voiture,  les  représen- 
tants de  chair  et  char,  homophones  partout  où  ils  coexistent,  se 
disent  éâ  dans  l'aire  1-7,  19-21,  et  ^â  9-ri,  13-18,  mais  dans 
les  localités  8,  8'  12  et  22  ils  ont  des  formes  palatalisées,  ie  au 
point  8,  au  sens  de  voiture,  ^è  au  point  8'  avec  le  même  sens, 
€ye2c\i  point  12  et  éezu  point  22  avec  les  deux  sens.  Pour  désigner 
les  écluses  des  prés  c.  271,  l'aire  8-1 1,  13-19  emploie  un  mot 
d'origine  obscure,  mais  dont  Va  est  certainement  ancien  et  pro- 
bablement étymologique;  or  le  traitement  de  ce  mot  ne  coïncide 
pas  avec  le  précédent;  en  effet  à  côté  de  €â  du  point  11  et  fâ  de 
l'aire  13-19,  non  seulement  8  et  8  '  ont  une  forme  palatali- 
sée  se,  mais  9  et  10  présentent  le  même  traitement  fÉ.  Ajoutons 
que  £â  est  attesté  soit  seul,  soit  dans  le  composé  €â  d  ov;  chez 
les  témoins  2  a,  5  a-d,  f,  et  chez  un  témoin  subsidiaire  de  3,  cf. 
N.  E.  de  la  carte  271. 

Les  représentants  d'essart  modifient  encore  les  données  précé- 
dentes. J'ai  en  effet  recueilli  £e  au  sens  de  champ  communal, 
cf.  champ  c.  152,  dans  l'aire  1-7;  en  outre  Hingre  donne  pour 
La  Bresse  non  seulement  khat  comme  nom  commun  mais  une 
prononciation  plus  ancienne,  curieusement  conservée  dans  le 
nom  de  lieu  Lambiè-khiê,  en  fr.  populaire  Lambert-xart,  s.  v° 
Lamhia  (Hingre  a  évidemment  tort  d'expliquer  cette  particula- 


—   137  — 

rite  en  disant  que  «  khiê  est  lui-même  déformé  par  l'influence 
de  -biê,  car  autrement  il  se  prononce  khê  »).  Enfin,  parmi  les 
noms  de  lieux  qui  contiennent  également  essart,  il  convient  de 
noter  spécialement  hhnace,  Harmandxart,  de  12  b,  ho  Çyà  t  kiikii, 
Xard  du  coucou,  de  19  c,  kôtreÇyâ,  Contrexard,  de  16  b,  17  a,  b, 
18;  cf.  pour  des  parlers  voisins  Haillant,  Soc.  Eniul.  Vosges, 
1883,  p.  262. 

Les  formes  defeuillard,  cf.  Dict.  Gén.,  au  sens  de  feuilles  de 
carottes,  navets,  etc.,  feuille  I,.,  sont  palatalisées  partout-sauf 
dans  la  région  de  Remiremont  :  fûyer  2  a,  c,  5  a,  6  c,  8  '  c,  fê- 
lé a,  19  a,  b,  fouyère  s.  m.  Hingre,  mais  fûyâr  11  a,  fœ-  11  e, • 
15  a,  et  encore  fouyard s.  m.  Ha'ûhni,  fouïare,  Le  Tholy,  d'après 
Adam,  p.  253. 

Par  contre,  l'adjectif  usité  dans  tout  notre  domaine  au  sens 
de  sec,  improductif,  stérile,  cf.  les  c.  697-9,  conserve  partout  Va 
de  son  étymon  *exarsu,  qu'a  proposé  M.  Cuny,  Revue  des  langues 
roni.,  1906,  p.  525  et  527,  et  c'est  le  seul  traitement  de  tous  les 
parlers  qui  connaissent  ce  mot,  cf.  ^â,  €â€  La  Poutroye,  xâ 
Anould  (a.  de  Saint-Dié)  et  Laveline  (id.)  d'après  M.  Cuny,  khâ, 
sec,  aride,  Uriménil,  khâ,  maigre,  sec,  aride,  Le  Tholy,  Adam, 
p.  260  (qui  le  donne  aussi  au  sens  de  chaleur  pour  Dompaire, 
a.  de  Mirecourt),  Enfin  je  ne  fais  état  ni  de  gerbe  c.  385, 
parce  qu'il  est  impossible  de  distinguer  la  part  qui  peut  revenir 
à  la  forme  française,  ni  de  charge  c.  158,  qui  paraît  être  une 
adaptation  récente  du  mot  français. 

Pour  expliquer  l'incohérence  des  faits  qui  viennent  d'être 
exposés,  il  faut  remarquer  que  Remiremont  et  les  villages  13, 
14,  15  n'ont  pas  de  formes  palatalisées'.  Il  semble  bien  que  ce 
soit  là  la  raison  du  trouble  que  montrent  les  autres  parlers.  La 
palatalisation  ^  d'à,  qui  a  commencé  à  se  produire,  a  été  ensuite 

1 .  Si  l'on  peut  utiliser  une  cherté  de  loingnei  a  cher  ' xaley  NAL.  2542,  76, 
Remiremont  aurait  connu  une  prononciation  e  dans  char  ;  cf.  aussi  cherrée  extrait 
de  la  déclaration  des  droits  de  ban  de  Ramonchamp  faite  par  le  maire  Gérardin, 
en  1341,  Documents  rares  ou  inédits,  t.  II,  p.  210. 

2.  Il  est  bien  certain  qu'il  s'agit  d'une  palatalisation,  et  non  pas  d'un  chan- 
gement d'à  en  e  sous  l'influence  de  l'r  suivant,  puisque  renard  etc.  ne  pré- 
sentent qu'A. 


-  138  - 

entravée  par  l'influence  des  parlers  de  la  région  de  Remiremont. 
La  vitalité  des  différents  mots  a  joué  un  rôle  important.  L'adjec- 
tif €â  £â,  partout  très  usuel,  a  partout  la  même  voyelle.  Si  au 
contraire  «  essart  »  a  été  palatalisé  dans  l'aire  1-7,  c'est  que  ce 
mot  n'existe  plus  dans  la  région  de  Remiremont  ;  et  on  remar- 
quera que  dans  les  noms  de  lieux  le  mot  a  un  traitement  parti- 
culier. «  Feuillard  »  peut  devoir  l'extension  plus  grande  de  Ve  au 
maintien  de  l'r,  qui  de  son  côté  ne  s'explique  que  par  un 
emprunt  récent.  Quant  à  «  chair  »  et  à  «  char  »,  la  prononcia- 
tion de  Remiremont  a  réagi  sur  celle  de  la  vallée  de  la  Moselotte, 
qui  à  son  tour  a  atteint  celle  de  l'aire  1-7,  soit  qu'elle  ait  fait  dis- 
paraître une  forme  antérieure,  soit  qu'elle  ait  simplement 
empêché  le  développement  de  la  palatalisation.  Mais  «  chair  »  et 
«  char  »  sont  fortement  combattus  par  les  mots  français  viande 
et  voiture,  si  bien  que  l'action  des  patois  est  elle-même  amoin- 
drie. Il  est  remarquable  que  dans  la  vallée  de  la  H'*  Moselle,  €è 
et  £e,  issus  de  «  char  »,  subsistent  aux  points  8  et  8  '  qui  ont 
complètement  perdu  «  chair  ». 

4°  Traitement  de  «  garçonnet  »  au  sens  de  fils  c.  347. 

Ce  dérivé,  qui  se  dit gôçtiô  à  Remiremont  avec  un  développement 
de  Va  protonique  en  0  conformément  au  §  51,  a  pénétré  dans  les 
localités  voisines  9  et  16  où  il  se  dît  gôçno.  L'emprunt  est  en  outre 
attesté  au  point  16  par  le  développement  du  suffixe,  cf.  §  53. 

5°  Traitement  des  représentants  de  citrouille   c.  193. 

kâhol  et  kehol  des  deux  vallées  ne  peuvent  y  être  que  des  adap- 
tations de  kohol  de  la  région  de  Remiremont,  où  cette  forme 
représente  régulièrement  un  étymon  cuculla,  cf.  §  73.  En  péné- 
trant dans  les  deux  vallées,  t)  y  a  été  modifié  respectivement  en 
à  ou  en  e,  parce  que  les  patoisants  ont  conscience  qu'^,  e  de 
leurs  parlers  correspond  à  0  de  la  région  de  Remiremont. 

6°  Enfin,  on  peut  encore  noter  l'emploi  de  kôlc  coW'ier  c.  198» 
au  point  16,  où  ^est  étranger,  mais  peut  provenir,  il  faut  le  recon- 
naître, de  la  vallée  de  Cleurie  aussi  bien  que  de  l'aire  11,  13-15. 

§  86.  Le  parler  de  Remiremont. 

En  traitant,  dans    le  paragraphe  précédent,  de  l'influence  du 


—  139  — 

parler  de  Remiremont  sur  ceux  des  deux  vallées,  je  n'ai  pas 
tenu  compte  de  la  déchéance  de  ce  parler  ;  c'était  en  effet,  au 
point  de  vue  qui  nous  occupait,  un  fait  secondaire,  parce  qu'il 
est  très  récent  et  que  nous  sommes  encore  peu  éloignés,  d'une 
quarantaine  d'années  environ,  de  l'époque  où  ce  parler  avait  une 
vitalité  égale  à  celle  des  autres  localités  de  la  région. 

Actuellement  la  déchéance  est  telle  que  la  disparition  de  ce 
parler  est  toute  prochaine.  On  trouvera  aisément  dans  la  popula- 
tion de  Remiremont  des  personnes  parlant  des  patois  étrangers, 
mais  le  nombre  est  infime  des  patoisants  originaires  de  la  ville 
même,  et  qui  en  pratiquent  usuellement  le  parler.  Aux  six  patoisants 
que  j'ai  interrogés  et  que  j'ai  eu  beaucoup  de  mal  à  découvrir,  je 
crois  qu'il  serait  difficile  d'ajouter  plus  que  quelques  unités.  Dans 
dételles  conditions,  il  n'est  pas  surprenant  que  les  réponses  de  mes 
six  témoins  présentent  des  incohérences  fort  nombreuses  ;  il  suf- 
fit de  parcourir  les  cartes  de  mon  Atlas  pour  remarquer  avec 
quelle  fréquence  les 'pointillés,  qui  séparent  les  diverses  forriies, 
traversent  Remiremont.  C'est  qu'en  effet  il  n'y  a  plus  de  norme 
pour  faire  contre-poids  aux  phénomènes  individuels,  et  particu- 
lièrement pour  empêcher  l'invasion  des  formes  étrangères.  C'est 
ainsi  que,  d'après  le  §  47,  le  témoin  a  hésité  entre  les  deux  trai- 
tements ^,  /  et  ç,  h  ;  tout  en  employant  le  premier  d'une 
façon  prédominante,  il  lui  arrive  fréquemment  de  prononcer  le 
même  mot  avec  l'un  eu  l'autre  des  phonèmes  :  il  m'a  indiqué 
à  la  fois  e^eye  et  eç-  essayer  c.  309,  £ey  et  ç-  six  c.  712,  iiw 
et  -^  vert  c.  787,  etc.  ;  parfois  aussi  il  ne  connaît  que  le  trai- 
tement ç  h,  par  exemple  dans  f/7/o  essuie-mains  c.  310,  reÇye 
essuyer  c.  3 1 1,  ^zf^/;lestomac  du  veau  c.  3 12, etc. C'est  là  une 
particularité  tout  individuelle,  et  qui  est  due  à  'des  influences  fami- 
liales :eneffet,'la  mère  du  témoin  est  originaire  du  point  16,  qui  se 
trouve  dans  l'aire  de  ç  h,  et  de  plus  sa  femme  ne  connaît  que  ces 
phonèmes.  D'après  le  §  49,  tous  les  témoins  de  Remiremont,  sauf 
e,  cf.  sur  ce  fait  plus  loin,  §  88,  traitent  par  êy  la  terminaison  cor- 
respondant aufr.  ée,  sauf  après  palatales.  Cependant  a  et  c  ont  tous 
deux,  au  moins  une  fois,  employé  le  traitement  ay,  a  dans 
ofydy  enflée   c.  294,  c  dans  perây  mûrir   L.   Ces  deux  formes 


—  140  — 

sont  sans  doute  exceptionnelles,  mais  il  n'est  pas  moins  remar- 
quable que  ces  deux  témoins  adoptent  même  accidentellement 
une  prononciation  étrangère  dans  une  terminaison  aussi  usuelle. 
On  verra  plus  loin,  §  143,  comment  on  peut  expliquer  le  rap- 
port des  voyelles  ^  et^  d'aider  L.,  des  représentants  du  fr.  flairer 
au  sens  de  puer  c.  620  et  de  guetter  composé  avec  re  au  sens  de 
regarder  c.  640.  Ici  on  notera  que  11  b,  qui  dit  edye  et  rwetyt 
comme  les  parlers  des  deux  vallées,  dit  fyàrï  comme  les  autres 
témoins  de  Remiremont. 

Toutefois  il  serait  erroné  de  voir  dans  toutes  les  divergences 
des  témoins  des  faits  de  mélange  tout  récents  et  dus  à  la 
déchéance  particulière  du  parler  de  Remiremont.  On  a  vu  par 
exemple  aux  §§  48,  $1,  52  1°,  que  la  même  incohérence  règne  à 
la  fois  à  Remiremont  et  dans  les  localités  environnantes,  dont  la 
vitalité  n'est  guère  moindre  que  dans  les  villages  contigus  des 
deux  vallées.  Les  parlers  de  la  région  de  Remiremont  manifestent 
ainsi  une  notable  instabilité,  qui  s'explique  aisément  par  la  situa- 
tion de  cette  région. 

Mais  il  existe  d'autres  divergences  des  témoins  de  Remiremont 
qui  paraissent  avoir  une  cause  particulière  et  attester  que,  au  temps 
même  où  le  patois  était  usuel  à  Remiremont,  il  n'était  pas  uni- 
forme et  qu'il  y  avait  entre  le  parler  du  centre  et  ceux  de  la 
banlieue  un  certain  nombre  de  différences.  C'est  ainsi  que  nous 
avons  vu  §  27  que  la  voyelle  caduque  des  témoins  a  et  c,  qui 
habitent  le  centre,  est  uniquement  è,  tandis  que  les  autres  témoins 
connaissent  encore  plus  ou  moins  le  stade  antérieur  e.  De  même, 
d'après  le  §  49,  le  traitement  de  la  terminaison  correspondant 
au  fr.  ée,  sauf  après  palatales,  est  toujours  ày  chez  le  témoin  e,  à 
côté  à'èy  des  autres  témoins.  D'après  le  §  33,  ar  guère  c. 
403  subsiste  encore  à  Remiremont,  mais  cette  forme  n'ap- 
partient qu'au  témoin  b,  tandis  que  deux  autres,  c  et  e,  disent 
wà,  employé  également  par  f  dans  le  composé  wà  dyœj  vaurien 
L.  Enfin,  d'après  le  §  47,  si  les  deux  traitements  €  jtx.  ç  h  coexis- 
tent à  Remiremont,  on  remarquera  que  le  témoin  du  centre  c 
connaît  seulement  le  premier  et  que  les  témoins  b,d,  e,  f  con- 


—  141  — 

naissent  seulement  le  second.  Pour  l'usage  du  témoin  a,  cf.  plus 
haut,  p.  139,  et  plus  loin,  §  88. 

§  87.  Le  Parler  du  Val-d'Ajol. 

Parmi  les  nombreuses  particularités  qui  signalent  ce  parler  et 
dont  la  plupart  ont  déjà  été  étudiées  précédemment,  cf.  §§  28, 40, 
49,  54,  63,  69  3°  et  mîrz  ad  finem,  il  convient  d'en  citer  ici 
plusieurs  où  la  dualité  des  traitements  permet  de  reconnaître  des 
faits  de  mélanges.  Sans  doute  cette  dualité  peut  avoir  une  autre 
cause  et,  comme  on  l'a  déjà  indiqué  p.  135,  provenir  d'un  déve- 
loppement en  cours.  Mais  quand  l'un  des  traitements  ou  les 
les  deux  existent  aussi  dans  les  parlers  voisins,  et  c'est  le  cas  le 
plus  fréquent,  il  est  également  possible  que  l'un  de  ces  traitements 
ait  été  emprunté,  et  il  faut  avouer  qu'il  est  souvent  difficile  de 
décider,  cf.  la  coexistence  des  sourdes  et  des  sonores  en  position 
finale  §  31,  celle  des  formes  avec  ou  sans;y  final  §  29  5°  b,  celle 
d'w,  û)  et  y  <  u  en  syllabe  protonique  §  34,  le  triple  traite- 
ment e  a  Qto  <i  £w  protonique  §  21. 

Mais,  en  dehors  de  ces  cas  qui  prêtent  à  discussion,  il  en  est 
d'autres  où  l'interprétation  des  faits  est  moins  douteuse  et  où  il 
est  permis  de  conclure  avec  plus  de  certitude  à  un  mélange  de 
parlers. 

1°  Traitement  de  la  voyelle  d'fr  hier  L. 

Cette  forme  n'est  pas  explicable  phonétiquement,  puisque  tous 
les  mots,  dont  le  type  étymologique  contient  un  e  latin  ouvert 
et  libre,  ont  ye,  cf.  §  7.  Mais  si  l'on  remarque  que  les  parlers 
lorrains  de  mon  domaine  disent  tous  ermè  (le  point  22  avec  une 
prononciation  particuUère  In  de  la  finale),  issu  régulièrement  de 
herimane,  et  les  parlers  des  localités  comtoises  23-26  yi  <  heri, 
on  en  conclura  qu'/r  est  dû  au  croisement  de  ces  deux  types. 
Mais,  sans  la  connaissance  de  l'état  ancien  du  Val-d'Ajol,  il  est 
impossible  de  savoir  ici  de  quel  côté  est  venue  l'influence  étran- 
gère. 

2°  r  <  /. 

Ce  changement,  qui  n'est  attesté  au  Val-d'Ajol  que  par  srûy 
soleil  c.  71e,  est  au  contraire  sans  aucun  doute  emprunté  aux 


—  142  — 

parlers  franc-comtois,  où  ce  développement  est  plus  ou  moins 
répandu,  cf.  le  traitement  d'aller  c.  18,  chandelle  c.  153,  etc. 
de  l'aire  23-26,  et  P.  Passy,  Revue  de  ph.  fr.  et  pr.,  1896,  p.  176. 
Quant  à  kokràt  cassesole  c.  137,  si  r  y  est  bien  issu  d'un 
ancien  /,  cf.  sur  ce  mot  §  151,  c'est  plutôt  un  emprunt  lexi- 
cal. 

3°  Traitement  des  anciens  groupes  rt,  rd. 

On  a  vu  §  17  1°  que  ces  anciens  groupes  sont  réduits  partout 
à  /,  d.  Ceci  n'est  vrai  au  Val-d'Ajol  que  lorsqu'ils  se  trouvent 
en  position  finale,  cf.  pzft?/  porte  L.,  zuod  il  garde  c.  375.  Mais, 
à  l'intérieur  du  mot,  cette  localité  présente  un  développement 
particulier  é,'],  cf.  pïiéà  porter  L.,  wejà  garder  c.  374.  Il  y  a 
bien  en  apparence  des  conditions  phonétiques  propres  à  chacun 
des  deux  traitements,  mais  ce  n'est  que  la  régularisation  d'un 
mélange  de  parlers.  En  effet,  dans  les  parlers  franc-comtois  voi- 
sins le  traitement  unique  est  é,  j,  comme  il  est  t,  d  dans  les  par- 
lers lorrains,  cf.  pour  Plombières,  P.  Passy,  op.  laud.,  1892, 
p.  149,  qui  a  déjà  signalé  le  fait.  Cependant,  de  même  que  pour 
er,  il  est  impossible  de  se  prononcer  sur  le  mode  du  mélange,  en 
raison  de  notre  ignorance  de  l'état  ancien  du  Val-d'Ajol. 

4°  €  persiste  à  côté  de  c. 

Bien  que,  d'après  le  §  47,  ^  <<  -^  soit  le  traitement  régulier  du 
Val-d'Ajol,  £  y  subsiste  exceptionnellement  dans  quelques  mots, 
à  savoir /;ïï€  fraîche  c.  ^6^,  dôinh  =  a  fr.  domesche  <C  domes- 
ticu  apprivoisé  L.,  J€o,  à  côté  de  vito,  putois  c.  623,  mot 
d'origine  obscure,  cf.  §  151,  s.  v"  putois.  Étant  donné  l'extension 
de^  et  le  petit  nombre  de  mots  qui  présentent  €,  il  faut  considé- 
rer ces  mots  comme  modifiés  d'après  les  parlers  voisins  de  la 
Franche-Comté  et  de  Plombières,  qui  conservent  ^,  cf.  P.  Passy, 
op.  laud.,  p.  145. 

5"  ê  de  €ûyer  =  fr.  feuillard. 

Ce  traitement  particulier  de  «  feuillard  »,  cf.  sur  ce  mot  p.  137, 
provient,  à  mon  avis,  d'un  croisement  de  ce  mot  avec  «  fleur  », 
qui  s'est  produit  dans  des  parlers  où  l'initiale  de  «  fleur  »  est 
devenue  £.  Or  ce  traitement  n'existe  que  dans  des  parlers  franc- 
comtois   de    la  région  éloignée  de  Montbéliard    et  de   Belfort, 


—  Î43  — 

d.  su  Grammont,  chu  Vautherin,  etc.  C'est  donc  un  emprunt 
qui  n'a  pénétré  au  Val-d'Ajol  que  par  de  nombreux  internlé- 
diaires. 

On  ne  doit  pas  être  surpris  de  trouver  ces  mélanges  et  cette 
influence  des  parlers  franc-comtois  dans  cette  localité  qui,  en  rai- 
son de  sa  situation  géographique,  se  sépare  assez  fréquemment 
des  parlers  lorrains  de  notre  domaine  pour  se  rattacher  à  ceux  de 
l'aire  23-26  :  cf.  notamment  le  traitement  des  mots  qui  conte- 
naient étymologiquement  e  tonique  ouvert  devant  r  -J-  consonne 
§  48,  et  celui  de  si  et  aussi  p.  105,  etc. 

§  88.  Autres  mélanges. 

Les  mélanges,  causés  par  l'influence  du  parler  central  de 
Remiremont  sur  ceux  des  vallées  ou  par  la  situation  particulière 
du  Val-d'Ajol,  ne  sont  naturellement  pas  les  seuls  ^ue  présente 
notre  domaine.  On  a  vu,  p.  140,  que  les  parlers  environnant 
Remiremont  participent  à  la  même  incohérence.  Nous  avons 
également  déjà  signalé  un  certain  nombre  de  faits  de  mélange 
dans  les  parlers  des  deux  vallées,  à  La  Bresse  l'emprunt  de  yd  << 
ye,  §  48,  celui  de  kwô,  fwô,  court,  four,  dans  l'aire  2-6,  §  18,  les 
formes  en  ây  de  la  vallée  de  la  Moselotte,  §  49,  et  de  nombreuses 
particularités  des  §§  51  sq.,  cf.  aussi  les  variations  de  la  voyelle 
initiale  d'année,  c.  32,  p.  23,  note  i.  A  ces  faits  on  peut 
ajouter  les  suivants  : 

1°  ï{y)  <i  ancien  ieie  <C  lat  ata  après  palatales. 

D'après  le  §48,  toute  la  vallée  de  la  Moselotte  et  les  localités  9 
et  10  disent  régulièrement  (y)^}' ;  cependant  elles  ont  parfois 
emprunté  le  traitement  /  des  autres  parlers  ;  c'est  ainsi  qu'il 
faut  expliquer  mwetîy  moitié  c.  505  de  9,  10,  hîy  de  9,  àrï  de 
18  et  -î  de  16  a,  17  a  airée  L.  Pour  lûhi  purin  c.  622  de  17  et 
18,  cf.  infra  §  148. 

2°  Traitement  des  représentants  de  siffler,  -et  c.7[0  à 
Ferdrupt. 

Tandis  que  «  flaûter  »  est  àtvQnw  fyœte,  -à  dans  l'aire  8-18,  il 
est  traité  pzr  fyfità  dans  l'aire  1-6  ;  Ferdrupt,  qui  est  à  la  fron- 
tière des  deux  aires,  hésite  entre  les  deux  formes,  le  témoin   a 


—   14^  — 

emploie  fyœte,  les  deux  autres,  b  et  c,  fynlà,  et  c  ajoute  même 
que  fyœte  se  dit  à  Rupt  ;  et  cependant  pour  sifflet  je  n'ai 
recueilli  quQ  fyœtÔ. 

3"  Jeune,  les  représentants  de  hVm,  chanvre,  rouet,  sur. 

La  pénétration  des  parlers  voisins  ne  nous  est  parfois 
révélée  que  par  une  forme  isolée.  C'est  ainsi  que  d'après  la 
carte  422  jeune  tous  les  parlers  présentent  un  traitement  sem- 
blable de  l'ancienne  diphtongue,  cf.  §  9,  2°.  Mais  le  témoin 
2  b  m'a  donné  en  réponse  à  fils  c.  347  N.  E.  une  forme  jzuen. 
Cette  forme,  qu'on  peut  rapprocher  de /zwl'w  de  VAL.  point  86  c. 
jeune,  remonte  certainement  à  une  époque  reculée,  où  le  pre- 
mier élément  de  la  diphtongue  issue  d'o  ouvert  latin  était  encore 
u,  cf.  M.L.  Hist.  Gr.,  §55.  Elle  a  un  grand  intérêt  pour  les  parlers 
de  notre  région  ;  en  effet  elle  a  dû  évidemment  occuper  un 
domaine  plus  étendu  que  la  vallée  écartée  des  Charbonniers,  au 
pied  du  Ballon  de  Servance,  où  elle  subsiste  aujourd'hui  ;  et  on 
peut  en  conclure  que  la  forme  actuelle  des  localités  au  moins 
voisines  du  point  2  est  empruntée,  sans  que  rien  dans  sa  pho- 
nétique permette  de  le  reconnaître. 

De  même,  à  côté  de  rû  <  rivu,  usité  dans  toutes  les  localités 
au  sens  de  ruisseau  L.,  il  existe  au  même  point  2  une  ancienne 
forme,  qui  ne  subsiste  que  dans  le  nom  de  lieu  la  Goutte-du- 
Rieux,  en  patois  le  got  dî  ryœ.  Il  est  certain  que  ryœ  représente 
le  même  étymon  que  rû  ;  cela  résulte  de  la  précieuse  indication 
donnée  par  un  document  de  1596  cité  dans  Boyé,  op.  làtid., 
p.  189,  n.  I  : 

«  ...jusque  au  pied  vers  Saint-Maurice  de  la  montagne  dicte 
Hessieux  y  joignant  alias  la  Goutte  du  ru^,  ou  selon  l'idiome 
vulgaire  de  cette  contrée  la  Goutte  de  Riewe...  ». 

Il  est  également  probable  que  le  traitement  de  la  consonne 
finale  de  chanvre  c.  155  n'est  pas  partout  local  ;  en  effet  la 
forme  £em,  qui  n'existe  plus  actuellement  qu'au  point  8',  a  dû 
occuper  un  domaine  plus  étendu  ;  on  la  trouve  notamment  à 
Uriménil  et  dans  les  environs  de  cette  commune,  d.  Baillant, 
chaimc,  et  aussi  Horning,  p.  7,  n.  9  du  travail  cité  plus  haut, 
p.    15;   chainve  est  cependant  attesté  anciennement  dans   une 


—  I-l)  - 

déclaration  des  droits  du  ban  de  Ranionchamp,  taite  par  le 
maire  Girardin  en  i  ^ji,  Dociiineuls  rares  ou  inédits,  t.  II,  p.  219. 
Enfin  dans  sur  c.  7^^  la  torme  su  fait  reculer  au  Ménil  la 
forme  €ii  qui  y  est  indiquée  comme  vieillie  par  le  témoin  5  b. 
Quant  à  erynt  rouet  c.  668  du  témoin  5  a,  c'est  un  mot 
emprunté  tel  quel  aux  parlers  de  la  Moselotte  ;  et  peut-être  n'est- 
ce  qu'un  tait  individuel,  comme  l'emploi  de  tnro  de  19  c,  cf. 
Aliiis,  Introd  . ,  p.  wi. 

§  89.   Pénétration  de  traitements  étrangers  à  notre  domaine. 

Il  existe  enfin  un  certain  nombre  de  traitements  originaires  de 
parlers  qui  se  trouvent  en  dehors  de  notre  aire  1-22.  Nous  avons 
déjà  cité  plusieurs  faits  de  ce  genre,  notamment  les  emprunts 
que  le  \^il-d'A)ol  a  taits  aux  parlers  franc-comtois,  §  87,  ou  le 
traitement  d'rik  -<  aliqttid  qin  nous  a  paru  étranger,  §  75,  4". 
La  plupart  des  faits  qu'il  nous  reste  à  étudier  ici,  qu'ils 
intéressent  un  ou  plusieurs  mots,  s'expliquent  par  des  emprunts 
lexicaux,  mais  il  en  est  cependant  certains  où  nous  avons  bien 
afiaire  à  la  pénétration  d'une  prononciation  étrangère  :  c'est 
particulièrenient  le  cas  du  traitement  qui  va  être  immédiate- 
ment examiné. 

r'  Infinitifs  et  participes  passés  de  la  i"'  conjugaison  en  / 
après  L  h  aux  points  17  et  18. 

On  a  vu,  §  39,  qu'après  les  phonèmes  palataux  €.  ç,  l",  j,  h  l'an- 
cienne diphtongue  ie  est  réduite  à  f'  dans  toutes  les  localités,  sauf 
aux  points  17  et  18.  En  effet  ces  deux  villages  présentent  un 
développement  parciculicr /,  cf.  p.  ex.  bercer  c.  95,  engrais- 
ser c.  295,  aiguiser  c.  12,  apprivoiser  c.  36,  etc.  Au 
reste  ce  développement  n'est  exclusif  que  chez  les  témoins  18, 
17  d,  e,  c.-à-d.  à  Thiéfosse  et  à  Zainvillers,  hameau  de  "Vagney  ; 
mais  dans  le  centre  même  de  Vagney  /  est  en  rivalité  avec  e  : 
17  a  b,  c  ne  connaissent  qu'i"',  et  17  f,  g  participent  aux  deux 
traitements,  f  disant  rr: 7.;/,  aiguiser,  cphvcht,  apprivoiser,  'mais 
pâçe  percer  1^. ,  phùbt'  irouar  c.  769,  g  eperi'ehi ,  erh)  arran- 
ger   c.  46,  mais  rcvbe,  pu  M  puiser  L. 

Il  est  bien  certain  qui  ne  peut  pas  être  considéré  comme  dû 
Les  parlers  des   Vosges  méridionales.  10 


—  1^6  — 

à  un    développement  phonétique  propre,   puisqu'après  les  pala- 
tales €,  j  les  mêmes   localités    17,    18    ne    présentent  qu'^.  Un 
changement  de    conjugaison,    qui   aurait  fait    passer  ces   verbes 
dans  la  conjugaison    en  /,  esc  égale. nent  invraisemblable.  Mais, 
si    l'on    examine    l'état     phonétique    des    parlers    voisins,     on 
constate  qu'au  Xord   le    traitement  de  tous  les  verbes  de  la  i" 
conjugaison    dont    la     terminaison    était    anciennement    ie    est 
régulièrement    /.  On   peut    l'inférer  pour    la    vallée  de   Cleurie 
et    pour    Le    Tholy    des  faits    signales  par  Adam,   pp.   160  sq. 
et  180  sq.  M.  Horning,p§§  10  et  11,  et  VAL.  attestent  le  même 
état  pour  Gérardmer.  Par   contre   ce    que  M.  H.,  §  10,  indique 
pour  Saint-Amé,  sur  la  foi  de  Thiriat,  est  inexactement  localisé  ; 
il  est  certain  que  Saint-Amé  ne  connaît  qu'r  et  ye  ;  mais  ces  faits 
peuvent  être  vrais  de  Julienrupt,  section  du  Syndicat  voisine  de 
Saint-Amé  et  de  Cleurie,    ce  dernier  village  étant    la   patrie  de 
Thiriat.  Il  serait  intéressant  de  savoir  si  la  limitation  du  traite- 
ment /  aux  verbes  en  i',  j,  Ç,  h,  telle  que  la  formule  M.  H.,  y  est 
encore    exacte.    Quoi    qu'il    en  soit,    c'est   bien   à  cette   région 
que  Vagnev   et    Thiéfosse   ont  emprunté   /.    Quant  à  supposer 
qui    de     ces    deux    localités    représente    les    dernières     traces 
d'un  traitement,  qui  aurait  eu  une  plus  grande  extension  et  cou- 
vert un   plus   grand  domaine,  c'est  une  hypothèse  qui  se  heurte 
aux  plus  graves  difficultés,  et  qui  me  paraît  devoir  être  écartée. 
En  effet,  si  /avait  autrefois  correspondu  dans  ces  deux  localités  à 
tout  ye  du  français,  comme  c'est  le  cas  à  Gérardmer  et    dans  les 
parlers  franc-comtois  de  Taire    23-26,  il  serait  surprenant  qu'en 
reculant   il  eût   subsisté    dans   des  formes  verbales,  et  non  dans 
des  substantifs  tels  que  lièvre,  etc.  ;  et  s'il  acouvert  un  domaine 
plus  étendu,  on  ne  réussit   pas  à  expliquer  l'état  actuel  des  par- 
lers de  la  région. 

2°  Les  autres  mots,  dont  le  traitement  de  la  vovelle  est  aber- 
rant, sont  nettement  empruntés. 

Le  suffixe  de  kmÔt  pomme  de  terre  c.  593  des  localités  20 
et  21,  à  côté  d'-ât  du  §  53,  en  révèle  l'origine  étrangère;  Hingre, 
qui  a  recueilli  keinôte  au  sens  de  pomme,  ajoute  qu'il  est  un  peu 
exotique.  Il  provient  de  la  région  de  Tholy,  pour  lequel  Adam 
donne  k'}iwtte,p.  360. 


—  147  — 

â],  -j  auge  c.  $7  de  Taire  1-8'  y  est  également  étranger, 
puisqu'(5  V  est  le  traitement  normal  (Xal  -)-  consonne,  cf.  §  3. 
Pai-  contre  a  est  régulier  dans  la  région  de  Belforr,  d.  pour 
Le  Paix  (canton  de  Giromagnv)  Horning,  ^  18,  et  àd^c,  lui  Châ- 
tenuis,  erc.  Si  .w;;,  -/  sauge  c.  68.-(  peut  s'expliquer  de  même, 
l'origine  du  r  m'est  inconnue. 

Il  est  possible  aussi  que  va  •<  vas  cercueil  c.  1.^5  des 
points  1-7,  12  doive  sa  quantité  longue  aux  parlers  iranc-com- 
tois,  où  â  est  fréquent,  cf.  nez,    pré   L.,  etc. 

Enfin  il  est  wwQ  forme  J^dsc  que  les  témoins  7  a,  9,  10  a,  11  b, 
e,  13  a,  14  a,  17  a  m'ont  donnée  au  sens  de  méreil  L.,  et 
quHaillant  donne  aussi  pour  Uriménil  s.  v°  consé,  ci.  encore 
consô,  Adam,  p.  241,  d'AUain-aux-Bœufs  (M.-et-Moselle). 
M.  Thomas  a  établi  l'étymologie  de  ce  mot  ciimseccile  à  propos  de 
l'ancien  bourguignon  consed  ;  mais  le  traitement  ('  de  la  termi- 
naison -aie,  comparé  à  0  de  so,  sel,  etc.,  §  3,  montre  que  kàse  a 
été  importé  dans  nos  parlers,  et  vraisemblablement  de  la  région 
bourguignonne.  Il  y  est  encore  usité,  ainsi  que  l'attestent  consé  ' 
donné  par  Dartois,  Mém.  Acad .  Besançon,  1850,  p.  183,  et  kàsyœ 
AL.  c.  m  été  il  du  point  919,  en  Saônc-et-Loire  (sans  parler 
des  formes  des  parlers  méridionaux). 

3°  .V  devant  consonne. 

On  a  vu,  §  43,  que  .s"  devant  consonne  tend  à  s'amuir  dans  tout 
notre  domaine,  mais  qu'il  persiste  encore  fréquemment  sous  la 
forme  f  dans  la  vallée  de  la  Moselotte.  Mais  nos  parlers  pré- 
sentent en  outre  une  série  importante  de  mots  où  s  subsiste 
dans  un  nombre  variable  de  localités.  Août  c.  34  se  dit  ~o4  aux 
points  19  et  21  et  Hingre  donne  aussi  este  (oÇt  de  18  en  est 
un  développement  récent),  slrb  étron  L.  est  usuel  dans  toute 
la  vallée  de  la  Moselotte,  stt^yo  et  eu  le  c.  316  m'a  été  indiqué 
par  les  témoins  16  b,  c  et  11  d  et  estoy  par  16  b,  >trcl  étroite 
c.  327  est  la  forme  des  localités  14  et  15,  et  enfin    dans    écou- 

I.  Dattois  donne  en  outre  une  forme  refaite  conseille,  également  usitée 
dans  le  français  populaire  de  mon  domaine  et  fréquente  dans  les  mercuriales 
des  journaux  locaux.  (C'est  aussi  d'après  «  seigle  »  qu'est  refait  consaiile  de 
Totainville  (canton  et  arr.  de  Mirecourt,  Vosges),  cité  par  Haillant.) 


—  148  — 

vi  lion  c.  275  s  occupe  même  hi  moitié  de  la  vallée  de  la  Haute- 
Moselle.  Dans  tous  ces  cas,  nous  avons  affaire  à  des  mots  em- 
pruntés ou  dont  la  prononciation  a  été  modifiée  d'après  des  par- 
1ers  voisins.  Or  la  région  septentrionale  du  Tholy  et  de  Gérard- 
mer  conserve  régulièrement  s  devant  consonne  ;  c'est  donc  de 
là  que  vient  la  perturbation. 

4°  Traitement  de  l'ancien  groupe  bl  intervocalique. 

Notre  domaine  présente  concurremment  partout  deux  traite- 
ments y  et  /. 

V  est  d'une  part  attesté  dans  toutes  les  localités  par  le  mot  issu 
de  *cannabuJa  ML.,  EW.  1600,  qui  désigne  le  collier  en  bois 
avec  lequel  on  attache  les  bestiaux  dans  l'étable  collier  c.  199 
et  par  faible  dont  le  r  final  a  disparu  par  dissimilation,  cf.  §  82, 
2"  ;  on  peut  noter  aussi  les  formes  raye  17-22  et  -à  12,  issues 
de  *roublier   oublier    c.  5-13. 

/  de  son  côté  existe  dans  de  nombreux  mots,  soit  en  rivalité, 
soit  seul.  Table  c.  735  se  dit  M/ dans  l'aire  19-22  en  foce  de 
toy  àt  i-ii,  13-18  et  tivoy  de  12.  «  Rouable  »  <  rufabulu, 
employé  au  sens  de  tire-braise  c.  750,  cf.  p.  28,  n.  i,  n'a 
une  forme  avec  )'  ncoy  qu'au  point  9,  tandis  que  nuol  est  attesté 
dans  les  localités  10,  11,  14,  15  et  que  les  divers  dérivés  de  ce 
mot  ont  également  un  /;  mais  un  verbe  dérivé  de  w  rouable  », 
qui  a  le  sens  de  racler  le  fumier  de  l'étable,  se  dit  idye  aux  points 
1-9,  II,  14-16,  cf.  fu  mier  L.  et  plus  loin  §  15 1  ;  et  si  les  autres 
localités  désignent  cette  opération  par  un  autre  mot,  Hingre  donne 
pour  La  Bresse,  au  sens  de  «  plancher  ou  lambris  fait  avec  des 
dosseaux  »  (pour  ce  mot  local,  cf.  planche  L.),  un  substantif 
dérivé  de  ce  verbe  avec  le  sutfixe  e  =  fr.  ler,  reuyé  que  j'ai  moi- 
même  recueilli  au  sens  de  plancher  de  l'étable  raye;  5  c,  8'  b,  9, 
18.  En  outre  Hingre  donne  un  v.  rwauyé,  bouleverser,  qui  est 
certainement  dérivé  d'une  forme  de  «  rouable  »,  et  j'ai  de  mon 
côté  recueilli  fVtfO)^  2  c,  5  d,  6  b,  19  c,  au  sens  de  fouiller 
L.  M.  Haillant  a  relevé  des  formes  également  contradictoires 
roiiôle,  roiiôyé  et  reuyé  {v.^.  De  même  «  éteule  »,  soit  dans  les 
formes  du  simple,  soit  dans  celles  du  dérivé  en  à,  présente  à  la 
fois/  et  y,   d.    éteule   c.    316  et    les   X.  E.,  y  surtout  dans  la 


—  149  — 

région  de  Rcmireniont  ;  et  on  notera  que  le  témoin  i  c  m'a 
donné  également  retoya',  champ  moissonné  et  encore  couvert 
d'éteules,  eidetôye,  enlever  les  éteules,  cf.  pour  ce  verbe  éteule 
L.  Enlin  lé  a,  1 8,  19  b,  20  a,  21  a  disent  dolâ  doubler  L., 
ci  aussi  ilôla  Hingre,  à  côté  de  doye  15  a,  et  doyc  Baillant.  / 
est  mCMiie  le  seul  traitement  de  lâl  1-6,  çUll  16-22,  étable  c. 
313,  de  àt'lè  de  19,  21  et  22  -=  a.  fr.  sibler  ou  siibler  <i  sihilare 
siffler  c.  710  et  d'fv/a'/ de  1-9,  17-22  ■<  niibilu  nuage  c.  530 
(endy  de  3-6  est  le  résultat  d'un  croisement  récent  avec  nâyy 
Il  est  certain  que  les  deux  traitements  /  et  y  sont  tous  deux 
issus  d'un  stade  ancien  vl,  qu'on  peut  reconnaître  dans  certaines 
graphies  du  Moyen  Age  en  ///,  ainsi  que  l'a  déjà  indiqué  M.  H. 
§  181,  et  encore  conservé  au  point  86  de  VAL.  dans  revve, 
oublié(r).  Mais  il  est  non  moins  certain  que  ce  double  développe- 
ment n'a  pas  pu  se  produire  dans  les  mêmes  localités.  Or  /  est 
fort  rare  en  dehors  de  notre  domaine  ;  dans  les  parlers  lorrains 
je  n'ai  relevé  que  rèlyê,  oublier,  donné  par  H.  §  181  pour  Gérard- 
mer  et  que  VAL.  y  a  également  recueilli,  cf.  ;v/f'  point  76.  De 
plus,  si  l'on  réserve  table  qui  est  suspect  d'avoir  été  récemment 
adapté,  et  étable,  dont  le  genre  masculin  révèle  peut-être  une 
influence  ou  même  un  emprunt  germanique,  il  reste  un  cer- 
tain nombre  de  formes  avec  /,  telles  que  çœle,  enœl,  etc.,  qui 
sont  nécessairement  locales,  puisqu'elles  sont  inconnues  des 
parlers  voisins.  Les  formes  avec  y  semblent  donc  importées,  par- 
ticulièrement dans  les  deux  vallées.  Il  est  plus  difficile  de  se  pro- 
noncer sur  la  région  de  Remiremont  ;  il  est  assez  probable  que 
là  aussi  /  est  le  traitement  ancien  ;  mais  on  ne  peut  pas  être 
afiîrmatif,  car  les  mots  auxquels  nous  avons  affaire  sont  pour  la 
plupart  des  mots  voyageurs,  et  des  formes  avec  /  peuvent  être 
étrangères  dans  des  parlers  qui  les  possèdent  aujourd'hui.  En 
tout  cas  l'échange  des  formes  s'est  fait  surtout  entre  parlers  lor- 
rains, et  les  faits  actuels  ne  permettent  pas  d'attribuer  un  rôle 
particulier  aux  parlers  franc-comtois,  où  un  désordre  analogue 
et  dû  aux  mêmes  causes  s'est  produit. 


DEUXIEME    PARTIE 

MORPHOLOGIE      ET      SYNTAXE 


CHAPITRE  I 

DESCRIPTION     DU      SYSTEMt;     ACTUEL 

DES 
FORMES    PRONOMINALES    ET    VERBALES 

Note.  —  Les  formes  citées  dans  les  paragraphes  suivants  se 
trouvent  dans  le  Lexique  français-patois,  toutes  les  fois  qu'aucune 
référence  n'est  donnée. 

§  90.  Article. 

Les  formes  de  l'article  sont  : 

1°  Au  singulier. 

û  entre  consonnes,  /  après  voyelle   partout  sauf  Jo   en  tonte 
position  sauf  devant  voyelle  11,  13,  14,  le  ; 
Je,  /,  la,  r,  Yn,  un,  eu,  une,  0,  au,  partout; 
?  partout  sauf('  i  t  a,  c,   13,   au  ; 
dt  partout  sauf  do  11,  15,  du  ; 

2°   Au  pluriel. 

le,  de,  è  devant  consonne,  -:(  devant  voyelle  r-y,  11  a,  c,  !â, 
dâ,  â,  -:^  ailleurs,  les,  des,  aux  ;  rarement  0. 

§  91.  Pronoms  personnels. 

1°  Pronoms  sujets  atones. 


—    152    — 

r'=  pei's.  sing.  :  entre  consonnes  ;>  ii.  je<^,  lo,  13-17,  /  1-8', 
12,  18-22;  devant  voyelle/ 9-r  I,  13-18,  ly  ou  y  1-8',  12,  ;  ou  /; 
19-22,  cî.  p.  ex.  j'ai  c.  64. 

2'  pers.  sing.  :  entre  consonnes  â  partout  sauf /é  1 1  a-c,  devant 
voyelle  /  partout.  En  outre,  quand  le  pronom  est  postposé  dans 
des  phrases  interrogatives,  /  est  la  forme  de  beaucoup  la  plus 
usuelle  des  localités  i-io,  12,  18-22  après  voyelle  ;  après  con- 
sonne, îè  est  seul  usité  dans  l'aire  19-22^  18  emploie  à  la  fin  te  et 
le,  pour  la  vallée  de  la  Haute-Moselle  et  le  Val-d'Ajol  je  dispose 
de  peu  de  faits,  mais  la  seule  forme  que  j'aie  obtenue  est  te, 
dans  l'aire  ri,  13-17  la  forme  prépondérante  est  tu  que  8  c  a 
employée  au  moins  une  fois  dans  pas  tu,  penses-tu  ?  cf.  l'as- 
tu  lu  ?  c.  65,  qui  veux-tu?  c.  632,  dors-tu?  crois-tu? 
finiras-tu?  c.  772-4. 

i'^  pers.  plur.  :  uo  r-8  ,  12,  16-22,  ;'(.")  11,  j{e)  9-1 1,  13-17  ; 
ir  b  emploie  aussi,  mais  accidentellement,  no. 

2^  pers.  plur.  :  vo  partout.  En  outre  0,  vous,  est  assez  fréquent 
dans  les  phrases  interrogatives  après  «  qu'est-ce-que  ». 

y  pers.  sing.  et  plur.  :  devant  consonne  e  masc,  H  fém., 
devant  voyelle  ^V  masc,  eJl  fém.  partout. 

2"  Pronoms  employés  en  fonction  de  sujets  toniques  ou  après 
les  prépositions  : 

f  et  2"  pers.  sing.  :  ;///,  1i  partout. 

2'  pers.  plur.  :  no  partout  sauf  ;/()  12. 

2'  pers.  plur.  :  vo  partout. 

3'  pers.  sing.  :  masc.  lu  1-8,  11-15,  le  5  g,  8-10,  16-22  ;  fém. 
ley  i-io,   16-22,  Icy   i  i-i  5. 

y  pers.  plur.  :  masc.  hit  i-j,  lo  8-10,  16-22,  lu  12,  ^0  n, 
13-16,  eux  c.  328  ;  fém.  semblable  au  masculin  sauf;^()/  11,  13- 
16,  elles   c.  281. 

3°  Pronoms  compléments  proclitiques. 

r=  et  2"  pers.  sing.  et  plur.  :  devant  voyelle  /;;,  /partout,  entre 
consonnes  ;//!,  te  partout  saut  luê,  le  1 1  a-c  ;  no,  vô  partout. 
y  pers.  sing.  :  i"  en  fonction  de  complément  direct,  masculin 


—  153  — 

et  féminin,  mêmes  formes  que  l'article,  sauf  que  ri  b  au  mascu- 
lin n'emploie  que  le,  /;  2^  en  fonction  de  complément  indirect 
Il  partout. 

3'  pers.  plur.  :  i"  en  fonction  de  complément  direct  le,  -;^  1-7, 
II  a,  c,  /à, -;{8,  8',  11-15,  /'', -^  9,  10,  16-22,  les  c.  4^5  ;  2= 
en  fonction  de  complétuent  indirect,  mêmes  formes  suivies 
d'f. 

Au  point  de  vue  de  l'emploi  des  formes,  tous  nos  parlers  sup- 
priment «  le  »  du  groupe  «  le  lui  »  et  disent  par  ex.  «  je  lui 
ai  dit,  dis-lui  j),  etc.  ;  quand  le  pronom  complément  indirect  est 
au  pluriel,  ils  emploient  tous  le  tour  «  les  +  /  ». 

4"  Enfin,  après  l'impératif,  tous  nos  parlers  emploient  les 
(ormes  proclitiques,  mais  avec  de  nombreuses  particularités. 
Seuls  no,  vo,  lï,  les  différentes  formes  de  «  les  »  ne  comportent 
pas  d'observations  ;  quant  à  «  la  »,  il  a  déjà  étudié  §  50. 

Je  n'ai  recueilli  que  très  peu  de  faits  concernant  les  formes 
correspondant  au  fr.  leur,  mais  il  n'est  pas  douteux  que  les  par- 
lers doivent  employer  «  les  -|~  Y  "  i  '■^'^^^  ^"  ^-^'^  9^^^  ï^  1""-^^^ 
affirmer  pour  les  parlers  de  la  région  du  Thillot. 

r' p^rs.  sing.  :  après  consonne  Dit'  i-io,  12,  mt  11,  13-22, 
après  voyelle  ordinairement  /;/,  ci.  donne-n. 'en  c.  284,  dis- 
le-moi  c.  501. 

2"  pers.  sing.:  après  consonne  te  i-io,  12,  iè  16-22,  ti'i  11, 
13-16,  cf.  mêle- toi  c.  487;  après  voyelle  tu  occupe  à  peu  près 
la  même  aire,  t  n'est  très  usuel  que  dans  l'aire  1-8'  du  reste  du 
domaine. 

3*  pers.  sing.  masc.  :  après  consonne  le  i-io,  12,  /V  11,  15- 
22,  la  II,  13,  14  ;  après  voyelle  /  est  la  forme  usuelle  de  l'aire  r- 
10,  cf.  le   c.  443. 

Il  faut  enfin  noter  que,  dans  le  groupe  correspondant  au  fr.  le 
moi,  tous  nos  parlers  disent  à  peu  près  sans  exception  «  me  le  », 
cf.  la  c.   501. 

§  92.  Pronom  réfléchi. 

Les  formes  du  pronom   refléchi  atone  ne  comportent   aucune 


—  154  — 

observation,   car  elles  se  superposent   sur  celles  de   «   me,  te  » 
proclitiques. 

Quant  à  la  foime  tonique,  nos  parlers  l'ont^éliminée  et  rem- 
placée par  «  lui  )),  rarement  par  «  eux  »  ;  parfois  aussi  ils 
empruntent  latorme  Ivançuhc  swe,  cf.  la  carte  715.  En  outre  pour 
insister  surl'idée  pronominale,  dans  des  phrases  àsujet  imperson- 
nel telles  que  «  il  ne  faut  compter  que  sur  soi  même  »,  etc.,  les 
parlers  de  la  vallée  de  la  Moselotte  emploient  une  expression  qui 
leur  est  propre  hi  jô  le  ntom  17  b,  18,  -]b-  19  c,  22  b,  -ley- 
20  a,  cf.  aussi  ène  ^eb  Uviôme,  Hingre,  Morwo^raphie,  p.  45.  C'est 
par  hasard  que  je  ne  l'ai  pas  relevée  au  point  21. 

§  93.   Pronoms  adverbaux  01  et  y. 

Les  formes  du  premier  de  ces  pronoms  sont  très  variées. 
Outre  0  de  i-io,  a  de  12,  ^  de  i  r,  0  des  autres  localités,  usitées 
après  le  verbe,  cf.  donne-m'en  c.  284,  les  parlers  de  l'aire  1-8' 
et  de  II  emploient  à,  an,  12  et  13  à,  on  avant  le  verbe,  et  ceux 
de  l'aire  19-22  n  devant  les  verbes  à  initial  vocalique,  cf.  la 
c.  285,  enfin  une  forme  n  occupe  toute  la  vallée  de  la  Mose- 
lotte et  les  localités  9,  10  dans  nous  n'en  aurons  guère 
c.  286.  /par  contre  est  la  forme  unique  de  tout  le  domaine; 
mais  il  faut  noter  qu'elle  s'emploie  fréquemment  avec  la  valeur  de 
«  le  »  ou  de  u  lui  »  proclitique,  et  partout  dans  le  groupe  «  les 
-f-  y  »,  V.  page  précédente,  dont  l'interprétation  est  toutefois 
douteuse,  v.  §  127,  9". 

§  94.    Possessifs. 

1°  Adjectifs. 

nie,  te,  se,  nôt,  vol,  va  sont  usités  partout,  no  l'est  également, 
sauf  nô  de  11  a,  b,   12,14. 

Les  formes  du  pluriel  «  mes,  tes,  ses  »  se  superposent  sur  celles 
de  l'article. 

Les  autres  adjectifs  sont  plus  compliqués. 

Mon,  ton,  son  se  disent  entre  consonnes  ou  après  voyelle  et 
devant  consonne  tnô,  to,  so  chez  les  témoins  11  a,  c,  13,  14, 
ailleurs  respectivement  me,  te,  se  et  ni,  t,  s;  entre  voyelles  et  à 


—  155  — 

l'initiale  devant  vovclle  1 1  a,  c,  d  seuls  emploient  mon,  t-,s-,  tan- 
dis que  partout  ailleurs  on  dit  respectivement  uni,  tn,  su,  et  mhi, 
t-,  s-  (rarement  dans  le  second  cas  ■uni,!-,  .v-). 

Enfin  l'adjectif  de  la  3^  personne  présente  des  formes  très 
variées:  liit  (s.)  /•//  (pi.)  1-7,  liil  (s.)  là(p\.)  11-13,  16,  :{ût  (s.) 
:^/7  (pi.)   II,   14-16  et  la  (s.  et  pi.)  8-10,  16-22,  cf.    la  carte  448. 

2°   Pronoms. 

Mon  enquête  ne  donne  les  formes  de  tout  le  domaine  que 
pour  le  mien;  mais  le  tien,  le  sien  doivent  se  superposer,  et 
les  autres  pronoms  avoir  des  formes  peu  différentes  de  celles  de 
l'adjectif,  ainsi  que  cela  résulte  des  faits  complémentaires  que 
j'ai  recueillis  et  de  la  description  de  Hingre,  Monographie, 
p.    50. 

Tous  les  témoins  1-18  et  19  a,  22  a  disent  «  le  »  niyeyi  ou  -hi, 
sauf  ceux  de  12  qui  disent  iiiyhi;  quanta  l'aire  19-22,  elle  emploie 
une  forme  particulière  vit'y. 

§  95.  Démonstratifs. 

L'adjectif  s'exprime  partout  au  moven  du  tour  :  article  -|-  sub- 
stantif -f  «  ci   »  ou  «  la  ». 

Par  contre  les  tormes  des  pronoms  sont  si  compliquées  que 
l'exposé  seul  en  est  difficile  et  qu'on  ne  peut  ici  donner  qu'un 
aperçu  de  l'ensemble,  dont  le  détail  sera  examiné  plus  loin. 

Il  faut  considérer  à  part  le  pronom  pris  absolument  et  en 
groupe  avec  le  relatif.  Dans  le  premier  cas  on  trouve  dans  toute 
l'aire  1-15  et  sporadiquement  dans  les  autres  localités  des  repré- 
sentants des  deux  types  «  l'autre-ci,  l'autre-la  »,  dont  on 
remarquera  spécialement  qu'elles  ne  sont  usitées  qu'au  singulier. 
Outre  ces  deux  types,  ses),  sPlsiÇt),  scia,  selJâ{t)  sont  employées 
dans  la  vallée  de  la  Moselotte,  en  dehors  de  laquelle  je  n'ai 
recueilli  sellôt  qu'au  point  5.  Les  formes  du  pluriel  sont  partout 
sosïQ),  sÔIs:{t),  sô  «  la  »,  sol  «  la  »  (/),  sauf  au  point  12  qui  dit 
là  stosî,  -lâau  masculin  et  au  féminin,  cf.  les  cartes  141  et  142 
et  les  N.  E. 

Devant  le  relatif,  l'usage  de  nos  parlers  n'est  pas  moins  varié  : 


-  156  - 

se,  sb  sot,  sol,  employés  avec  ou  sans  l'article,  sont  réservés  res- 
pectivement, et  dans  des  aires  très  diverses,  au  masculin  singu- 
lier, au  masculin  pluriel  et  au  féminin  pluriel;  les  autres  formes 
sel,  su,  sïit,  grcàce  à  la  préposition  de  l'article,  servent  aux  deux 
genres  et  aux  deux  nombres;  il  faut  en  outre  noter  le  s  fil,  celle, 
du  point  9,  et  le  et  le  stût,  la  stoQ)  ^^  point  12,  cf.  les  N.  E. 
des  cartes  141  et  142. 

Le  pronom  neutre  se  dit  s  partout  dans  des  groupes  tels  que 
«  ce  n'est  pas  »,  etc.  ;  se  est  peu  usuel  actuellement,  partout  il 
peut  être  remplacé  par  «  ça  » .  En  outre  il  présente  un  traitement 
particulier  devant  le  relatif,  cf.  ce  que  c.  139,  d'après  laquelle 
nos  parlers  possèdent  trois  formes  s  k,  su  k  et  su  k,  ces  deux 
dernières  seulement  dans  les  deux  vallées  et  sn  k  seulement  dans 
celle  de  laMoselotte.  qui  emploie  très  peu  5  k;  on  notera  que  cette 
même  vallée  dit  su  là  cela  c.  140. 

§  96.  Relatifs  et  interrogatifs. 

1°  Le  relatif  n'a  qu'une  seule  série  de  formes  pour  toutes  les 
fonctions  :  k  devant  voyelle,  là  partout  sauf  /rf  1 1  a-c  entre 
consonnes. 

2°  Les  formes  périphrastiques  de  l'interrogation  «  qui  est-ce 
que,  qu'est-ce  que  »  sont  prépondérantes.  Je  n'ai  recueilli  kï  qu'en 
quelques  points,  cf.  qui  veux-tu?  c.  932  (ÀV,  Je  de  11,  15 
représentent  que  et  sont  probablement  des  erreurs  des  témoins). 
kl  paraît  cependant  être  encore  assez  usuel  dans  l'interrogation 
indirecte;  car  la  plupart  des  témoins  l'ont  employé  dans  la 
phrase  [«  On  ne  sait  à  qui  se  fier  »]  ;  quelques-uns  seulement 
ont  répondu  «  à  qui  est-ce   ». 

kè  est  la  forme  la  plus  i-épandue  de  «  quoi  »,  cf.  p'ukc,  pour- 
quoi, indiqué  par  tous  les  témoins  sauf  par  11  a,  quia  répondu 
pïikwe.  Cependant  beaucoup  de  témoins  ont  employé  kive, 
emprunt  probable  au  français,  en  réponse  à  [«  Nous  avons  de 
quoi)   ». 

«  Quel  »  se  dit  partout  ke  devant  consonne,  kel  devant 
vovelle  ;  quant  à  «  lequel»,  il  semble,  d'après  les  faits  recueillis 
dans   mon    enquête,    que  les    parlers    préfèrent  de  beaucoup  la 


—  1)7  — 

forme  avec    /  final.  Pour  les  faits  de    syntaxe   que   ces  pronoms 
présentent,  cf.  §  129. 

En  ce  qui  concerne  les  pronoms  indéfinis,  il  n'est  pas  utile 
d'en  réunir  les  formes  dans  l'exposé  du  système  fiexionnel.  Les 
uns,  comme  chacun,  quelqu'un,  intéressent  la  phonétique,  les 
autres,  comme  seul,  tout,  le  lexique  ou,  comme  même, 
quelque  chose,  rien,  les  relations  du  patois  et  du  français; 
tous  ces  faits  ont  été  ou  seront  étudiés  ailleurs  ;  pour  la  conser- 
vation de  formes  représentant  un  ancien  nominatif  dans  tout, 
cf.  §  120. 

LE    VERBE 

Note  préliminaire. 

Exposer  ici  le  détail  de  toutes  les  variations  que  présentent 
les  formes  verbales  des  vingt-deux  localités  ne  serait  pas  seule- 
ment tort  long,  mais  dépasserait  le  but  de  ce  chapitre  initial,  qui 
est  de  dégager  les  traits  principaux  du  système  fiexionnel  de  nos 
parlers.  C'est  pourquoi  on  a  passé  sous  silence  ici  de  nombreux 
faits  et  particulièrement  les  modifications  du  radical,  qui  seront 
mieux  à  leur  place  dans  le  chapitre  V,  §  143  ;  c'est  pourquoi  aussi 
on  a  écarté  le  procédé  de  classement  par  conjugaison,  qui  a  sa  rai- 
son d'être  dans  les  grammaires  historiques,  mais  qui  est  hors  de 
propos  ici  et  entraînerait  à  de  fastidieuses  redites. 

§  97.  Infinitif  et  participe. 

Les  terminaisons  de  Tinfinitit  sont  uès  nombreuses,  par  suite 
de  développements  phonétiques  ou  d'actions  analogiques. 

Au  fr.  er  correspondent  t\  ye,  e  partout,  à  dans  les  localités  i- 
10,  12,  16-22  et  /  accidentellement  aux  points  17-18,  dans  des 
conditions  exposées  §§  39,  44  et  89. 

Au  fr.  ir  correspond  partout  /. 

o/V  n'est  représenté  régulièrement  que  pixr  tct'd'hue,  s-  1-15,  à-, 
sa-  16-22  avoir,  savoir  Z.  et  par  a  de  vâlâ  12,  18-22,  velâ  8 
valoir  c.  778,  piucyà  et  vJâ  12  pouvoir  c.  606,  vouloir 
c.  808,  -iver  fréquent  dans  ces  verbes  et  dans  devoir  c.  249, 
falloir  L.  est  repris  au  français  ;  les   autres  terminaisons  en  i 


-  158  - 

et  »  et  aussi  ^  de  devoir  aux  points  12  et  16  sont  analogiques, 
comme  on  le  verra  plus  loin. 

//  est  assez  peu  répandu  ;  outre  les  laits  précédents,  on  le 
trouve  encore  dans  hiu,vnu.  tenir,  venir,  au  point  1 5  et  dans  ;"(?)'«, 
réussir  c.  63  5 ,  aux  points  14,  15  (les  faits  me  manquent  pour 
le  V.  «  ouïr  »). 

Les  infinitifs  à  terminaison  consonantique  ne  comportent  pas 
de  description;  et  il  en  est  de  même  des  formations  du  participe 
passé,   pour  lesquelles  on    doit    se    contenter   de     renvoyer  au 

§  142- 

Quant  au  participe  présent  et  au  gérondif,  ils  sont  partout  en 
à. 

§  98.  Indicatif  présent. 

A.  —  Singulier. 

La  deuxième  et  la  troisième  personne,  formées  comme  en  fran- 
çais sans  élément  flexionnel,  n'appellent  aucune  observation,  mais 
la  première  présente  dans  une  partie  de  notre  domaine  une 
désiiience,  qui  constitue  un  des  faits  les  plus  importants  de  la 
morphologie.  Cette  désinence  est  en  e  dans  l'aire  1-8',  18-22  et 
en  a  au  point  12,  dans  la  plupart  des  verbes,  ci.  j'allume  c.  27, 
je  perds  c.  568  et  plus  loin  §  112. 

B.  —  Pluriel. 
1°  Première  consonne. 

La  désinence  est  à  dans  l'aire  i-U),  a  au  point  12,  Ô  dans  le 
reste  du  domaine,  cf.  p.  ex.  nous  connaissons  c.  205.  Seuls, 
les  trois  verbes  aller,  avoir,  être  font  exception  et  ont,  dans  des 
aires  différentes  mais  qui  ne  comprennent  pas  les  points  1-8', 
20-22,  une  désinence  0  :  vo  9-19,  09-11,  14-17,  so  11,  13-17, 
cf.  les  cartes  22,  68  et  324  ;  en  outre  le  Val-d'Ajol  emploie  pour 
le  verbe  être  Ôl  et  sel. 

2°  Deuxième  personne. 

La  désinence  est  en  r  aux  points  11,  i  3-1 5,  en  ^  aux  points  8, 


—  159  — 

8'  et  12  et  en  /  dans  le  reste  du  domaine.  Tous  les  verbes,  y 
compris  dire  et  faire,  ci.  dites  c.  253,  présentent  la  même 
flexion.  Les  seules  anomalies  sont  via  voulez  c.  807  de  l'aire 
19-22,  où  elle  est  du  reste  concurrencée  par  vli  et  les  formes 
d'avez  c.    69  et  d'ètes  c.  323,  qui  sont  irrégalières  partout. 

3°  Troisième  personne. 

La  désinence  régulière  est  en  à  dans  l'aire  i-io,  en  0  lo-ii, 
13-18,  en  a  au  point  12  et  en  t,  te  dans  l'aire  19-22;  cf.  por- 
tent c.  599,  etc.  Les  seules  exceptions  sont  d,  ont,  vo,  vont, 
usités  partout,  sô  sont  1-19,  se  19-22,  et  font  c.  332  qui  se  dit 
fô  aux  points  1 1,  14,  16-22. 

§  99.  Impératif. 

Ce  mode  comporte  peu  d'observations:  comme  en  français,  il 
suit  le  traitement  des  personnes  correspondantes  de  l'indicatif  ; 
pour  la  2^  pers.  du  pluriel,  cf.  asseyez-vous  c.  -19.  Comme  en 
français  aussi,  l'impératif  d'avoir  et  être  est  identique  au  subjonc- 
tit  ;  il  est  même  fréquent  que  nos  parlers  fassent  précéder  la  forme 
verbale  de  «  que  »  et  du  pronom.  C'est  ainsi  que  de  nombreux 
témoins  ont  répondu  «  que  tu  sois  gentil  »,  cf.  N.  E.  de  la 
carte  326.  Il  faut  enfin  noter  que  la  2''  personne  du  singulier 
de  venir,  cf.  c.  782,  présente  une  formation  particulière,  qui 
sera  examinée  plus  loin  §  135. 

§  100.  Futur. 

Comme  en  français,  la  flexion  du  futur  se  superpose  sur  celle 
de  l'indicatif  présent  du  verbe  avoir,  exception  faite  cependant 
de  la  deuxième  personne  du  pluriel,  qui  présente  des  difTérences 
notables. 

Au  singulier  les  désinences  du  futur  sont  respectivement  pour 
les  trois  personnes  à,  e  ex  e  partout,  sauf  la  troisième  personne 
qui  est  è  à  Remiremont.  Au  pluriel  la  désinence  de  la  première 
personne  est  à  dans  l'aire  1-8',  0  aux  points  13  et  18-22,  a  au 
Val-d'Ajol  et  ô  dans  l'aire  9-11,  14-17,  cf.  aurons  c.  75  ;  celle 
de  la  2"  personne  est  a  aux  points  i-ro,  12,  16,  17,  19-22,  e  aux 


—   léo   — 

points  13-15,    17,  18,  et  d  au  seul  point    11,  cf.  aurez  c.  76; 
enfin  celle  de  la  3*  personne  est  partout  0.  ' 

§101.  Imparfait. 

A.  —  Imparfait  ordinaire. 

Au  singulier  l'usage  de  nos  parlers  est  très  compliqué.  L'aire 
1-8'  est  seule  à  offrir  une  forme  unique  e  pour  les  trois  personnes. 
9,  10,  14-18  sont  aussi  assez  simples,  mais  la  plupart  des  témoins 
y  hésitent  entre  e  et  e'y  ;  e  existe  également  au  point  13,  mais 
seulement  à  la  3'  personne  et  en  rivalité  avec  e,  et  à  Remiremont 
aux  trois  personnes,  mais  en  concurrence  avec  une  autre  dési- 
nence b.  Cette  désinence  0  est  régulière  aux  deux  premières 
personnes  dans  les  localités  12  et  13.  Quant  à  la  3',  au  point 
12,  elle  est  en  ^.  Enfin  l'aire  19-22  présente  e,éyzvi\  deux  pre- 
mières personnes  ;  mais  la  troisième  est  en  ^,  à  l'exception  de 
l'imparfait  du  v.  être  qui  se  dit  là:  cf.  je  croyais  c.  233,  tu 
avai  s  c.  70,  il  y  a  vait  c.  71,  c'était  c.  323,  etc. 

Au  pluriel,  les  laits  sont  incomparablement  plus  simples  :  les 
deux  premières  personnes  sont  partout  en  7  ;  la  3*^  l'est  également 
dans  l'aire  1-18;  quant  à  l'aire  19-22,  qui  connaît  aussi  /,  les 
formes  y  sont  régulièrement  en  et,  éyt  :  cf.  par  ex.  àwl  19  c,  21 
a,  mais  âxuet  20  a,  22  b,  -eyt  2\  c,  avaient,  //  21  a,  22  a,  mais 
tet  19  a,  b,  20  a,  22  b,  leytc  21  e,  etc. 

B .  —  [mpa  rfa  il  procha  in . 

Outre  l'imparfait  ordinaire,  dont  nous  venons  de  décrire  la 
fiexion,  lous  nos  parlers  possèdent  un  imparfait  qui  a  été  très 
bien  dénommé  imparfait  procha i ?i  ;  il  s'emploie  en  effet  pour 
indiquer  qu'une  action  venait  d'avoir  lieu  quand  une  autre 
action  s'est  produite.  Partout  il  est  exprimé  par  une  terminaison 
();■,  rarement  réduite  à  0  (cette  réduction  n'existe  en  effet  qu'aux 
point:-.  13,  i..i),qui  s'ajoute  à  Timpaiiait  ordinaire.  Mais  si  l'usage 
de  cette  formation  nouvelle  est  commun  à  tous  nos  parlers,  les 
procédés  de  rattachement  d'or  (0)  à  l'élément  \-ei-bal  précédent 
varient  non  seulement  d'une  localité  mais  d'un  témoin  h  l'autre, 
et  il  arrive  même  qu'un  témoin  emploie  des  formes  où  la  parti- 
cule est  soudée  diversement,  cf.  §  125. 


--    i6i  — 

§  102.  Conditionnel. 

La  1"  et  la  2''  personne  du  singulier  sont  partout  en  o,  les  deux 
personnes  correspondantes  du  pluriel  partout  en  }.  Seules  les 
troisièmes  personnes  présentent  des  variations:  au  singulier,  la 
désinence  est  à  dans  les  localités  i-io,  I2,  i6,  t^  dans  l'aire  1 1- 
I),  rp  dans  Taire  17-22;  en  outre  1 1  et  1 5  emploient  également 
(),  cï.  il  faudrait  c.  334,  etc.  ;  au  pluriel  1  est  usité  dans  toute 
l'aire  1-18;  quant  à  19-22  qui  connaissent  également  cette  dési- 
nence, ils  emploient  en  outre  et  plus  usuellement  ol  :  cl.  en, 
auraient,  19,  c,  21  a,  mais  ero!  20  a,  21  d,  22  b,  etc. 

§  103.  Parfait. 

Le  parfait  est  encore  d'un  usage  courant  dans  nos  parlers,  c'est 
ce  qui  apparaît  d'une  façon  particulièrement  nette  dans  les  récits 
publiés  à  la  suite  de  mon  Lexique  français-patois.  Sans  doute  le 
temps  composé  de  l'auxiliaire  avoir  et  du  participe  passé  lui  fait 
concurrence;  mais,  en  raison  de  la  méthode  de  mon  enquête,  on 
ne  peut  l'utiliser  sur  ce  point  que  sous  les  plus  expresses 
réserves. 

En  ce  qui  concerne  les  formes  du  parfait  (si  le  nombre  de 
mes  cartes  est  assez  limité,  les  faits  complémentaires,  réunis  dans 
mou  Lexique,  suffisent  pour  donner  une  idée  exacte  de  l'usage  de 
nos  parlers),  il  n'existe  dans  toutes  les  localités  qu'un  seul  sys- 
tème flexionnel  de  parfait  faible,  et  partout  également,  smf  au 
point  12,  on  ne  trouve  de  formes  de  parfait  fort  que  dans  les 
verbes  avoir,  devoir,  être,  pouvoir,  savoir,  vouloir. 

Les  formes  du  singulier  du  parfait  faible  sont  les  plus  simples: 
il  n'existe  partout  qu'une  désinence  pour  les  trois  personnes,  et 
elle  est  en  e  dans  la  grande  majorité  des  localités  ;  â  est  en  con- 
currence avec  t  au  point  6,  et  c'est  la  désinence  unique  des 
points  2,  4,  II,  13-15,  cf.  i  'ai  ache  té  c.  9,  il  partit  c.  356', 
il  ren  tra  c.  648,  etc. 

Les  formes  de  pluriel  sont  plus  compliquées  :  le  Val-d'Ajol 
possède  seul  une  désinence  er,  cî.ekmaser,  commencèrent,   12  b, 

I.  an  ele  de  7  b  est  en  fait  purement  individuel;  c'est  un  emprunt  que  ce 
témoin  a  fait  au  parler  de  Saint-Maurice,  où  il  habite. 

Les  parlers  des   Vosges  méridioiuiles.  11 


—    l62   — 

vnèr,  vinrent,  id.  ;;/iâr^r,  moururent,  id.;  l'aire  1-7  et  le  point  13 
ont  la  même  désinence  œr,  qui  existe  également  aux  points  11  et 
14,  mais  en  concurrence  avec  une  autre  désinence  0;  celle-ci  à 
son  tour  est  la  désinence  unique  de  l'aire  8-10,  15-19.  Quelles 
que  soient  les  différences  désinentielles,  toutes  les  localités  r-19 
s'accordent  pour  ne  présenter  qu'une  seule  forme  par  les  trois 
personnes.  Au  contraire  l'aire  20-22,  qui  emploie  3  à  la  3=  per- 
sonne, a  une  désinence  particulière  et  pour  les  deux  autres,  cf. 
nous  apprîmes  c.  35,  nou  s  revimes  c.  65S,  etc.  C'est  par 
suite  d'une  erreur  contenue  dans  Adam  p.  174  que  M.  M.  L.,  Gr. 
d.  Rom.  Spr.,  §  273,  attribue  à  La  Bresse  une  forme  et  à  la  3^  per- 
sonne. Par  un  accident  fâcheux  Hingre  a  oublié  dans  sa  Mono- 
graphie, p.  65  sq.,  de  donner  le  paradigme  du  parfait,  mais  la 
p.  ni  offre  hhtion,  jetèrent,  dèhhkeukhon,éhx2inc\\trQr\\.. 

Ainsi  qu'on  l'a  indiqué  plus  haut,  les  parfaits  forts  sont  plus 
nombreux  au  Val-d'Ajol  que  dans  les  autres  localités,  cf.  eprï, 
j'appris,  t  m  etiî,  je  m'assis  c.  50,  krti,  tu  crus,  rvti,  je  revis,  y/, 
il  fit,  eprïr  c.  35,  rvûr  c.  650,  knlr,  fir;  les  deux  formations  y 
sont  parfois  en  rivalité,  cf.  rsève,  il  reçut,  -ver,  et  rsilr,  ils 
reçurent,  du  t.  12  b. 

Quant  aux  parfaits  des  six  verbes  avoir,  devoir,  être,  pouvoir, 
savoir,  vouloir,  leur  complexité  se  prête  mal  à  une  description  ; 
c'est  pourquoi  je  me  contente  ici  de  renvoyer  au  §  138  où  le 
développement  de  ces  parfaits  sera  exposé. 

§  104.  Subjonctif. 

Dans  tout  le  domaine  il  n'existe  qu'un  seul  temps  simple  pour 
le  subjonctif.  Avoir  et  être  font  seuls  exception  et  conservent 
encore  quelques  doubles  formes  de  présent  et  d'imparfait  ;  ceci 
n'est  vrai  que  de  la  région  de  La  Bresse,  cf.  Hingre,  Monographie, 
pp.  57  et  62,  et  je  dois  même  ajouter  que,  malgré  des  questions 
nombreuses  et  variées,  je  n'ai  à  peu  près  rien  obtenu  de  tel,  cf. 
sœsl^  21  e  etfœstê  21  d,  qu'ils  fussent,  s.  v°  être  L.  Au  reste  les 
paradigmes  de  Hingre  montrent  qu'un  recul  s'est  produit  dans 
les  deux  auxiliaires  :  à  l'imparfait,  à  côté  d'cùsse,  /eusse  du  sin- 
gulier et  euste,  feiiste  de  la  y  pers.  du  pluriel,  Hingre  donne  pour 


-  i63  - 

la  r^  et  la  2*^  pers.  du  pluriel  inse  et  siiise  qui  sont  des  formes  du 
présent  '  ;  de  même,  si  Hingre  cite  pour  le  présent  d'avoir  de  sing. , 
âeley  p.  pi.,  la  carte  77  et  les  réponses  faites  à  qu'ils  aient:  is 
21  a  mais  œ5/«  19  a,  20  a,  21  a,  c,  22  a,  b  montrent  que  ces 
formes  de  présent  tendent  à  disparaître  dans  cette  région. 

Sauf  les  verbes  avoir  et  être  et  quelques  autres,  qui  seront 
examinés  plus  loin,  §  139,  tous  les  verbes  ontles  mêmes  formes 
de  subjonctif. 

Au  singulier,  les  trois  personnes  ont  la  même  désinence  ^j'  dans 
les  localités  i-io,  12,  16-22  et  as  dans  l'aire  11,  13-15  et  en 
outre  chez  les  témoins  b  et  f  du  point  6,  cf.  que  j 'a  il  le  c.  24, 
etc. 

Au  pluriel,  les  faits  sont  plus  variés  :  dans  l'aire  i-ii,  13-18 
il  n'y  a  qu'une  désinence  h  pour  les  trois  personnes  ;  mais  au 
point  12  la  désinence  du  pluriel  est  semblable  à  celle  du  singu- 
lier, par  conséquent  est  en  es  ;  quant  aux  points  19-22,  à  côté 
d';5  des  deux  premières  personnes,  ils  emploient  pour  la  3^  pers. 
une  désinence  esté.  Mais,  de  même  que  nous  l'avons  noté  pour 
rimparf;tit  de  l'indicatif  et  pour  le  conditionnel,  §§  10 1  et  102,  la 
désinence  des  deux  autres  personnes  n'y  est  pas  inconnue;  et 
par  exemple  21  a  nous  adonné  nâlis,  aillent,  19  c,  21  a  vms, 
vinssent,  à  côté  de  vithu  de  19  a,  22  1  feyls,  fassent,  etc. 

I.  De  même,  d'après  V Essai  de  M.  Haillant,  le  v.  être  n'a  plus  qu'un  temps, 
p.  381  ;  mais,  à  côté  de  formes  à  sens  de  présent  dve  1-3  p.  s.,  on  y  dit  aussi 
aiveusse  id.  à  sens  d'imparfait,  p.  378;  quant  au  pluriel  aivinsse,  il  s'emploierait 
à  la  fois  comme  présent  et  comme  imparfait,  tandis  qu'inse  serait  uniquement 
du  présent. 


CHAPITRE   II 

TRAITEMENTS      PHONÉTiaUES     PARTICULIERS     A     CERTAINS    GROUPES 

DE    FORMES 

Un  certain  nombre  de  formes  présentent  des  traitements  pho- 
nétiques qui,  en  raison  des  conditions  de  leur  développement, 
n'ont  pas  été  considérés  dans  la  première  partie:  c'est  en  effet  le 
rôle  grammatical  de  ces  formes,  pour  la  plupart  pronominales, 
qui  en  explique  le  caractère  particulier. 

§   105.  Développements  phonétiques  particuliers. 

A.  —  Formes    pronominales. 

1°  «  Les  »  article,  le  représentant  de  l'a.  fr.  es  au  sens  d'aux, 
«  des,  mes  »  etc.,  et  ><  les  »  pronom. 

L'article  «  les  »,  «  des,  mes  »  etc.  ont  dans  l'aire  1-7  et  chez 
les  témoins  1 1  a,  c  une  voyelle  e  et  ailleurs  une  voyelle  â,  qui 
sont  issues,  par  développements  divergents  particuliers,  d'un 
état  è,  aujourd'hui  disparu  non  seulement  de  notre  domaine, 
mais  aussi,  semble-t-il,  des  autres  parlers  voisins. 

Plus  remarquable  encore  est  le  traitement  du  pronom  «  les  », 
qui  présente  dans  l'aire  9,  10,  ié-22  une  troisième  forme  loÇl), 
évidemment  issue  de  lâ(j). 

2°  Le  pronom  «  je  ». 

Parmi  les  formes  nombreuses  de  ce  pronom,  cf.  §  91,  celle  de 
l'aire  9-1 1,  13-17,  identique,  sauf  pour  la  voyelle  caduque,  au 
français,  n'appelle  pas  d'observations.  Mais  celles  de  1-8', 
12,  18-22  sont  d'une  interprétation  assez  difficile.  /  est,  comme 
on  sait,  une  forme  très  répandue  dans  les  parlers  français,  et 
particulièrement  bourguignons  et  franc-comtois,  cf.  ML.,  Gr.  d. 
R.  Spr.  ,  IL  §  78,  Herzog,  Einleitiing,  §  494,  et  AL.  cartes  23,  34, 
83,  1082  ;  au  contraire  elle  n'existe  en  Lorraine  que  dans  notre 


-  16)  - 

domaine,  cf.  Adam  p.  G6,  Horning,  §  202.  Ce  dernier  savant 
part  de  la  forme  fondamentale  *eo  et  pense  que  je  est  sorti  d'/> 
par  consonification  de  Vi  initial  et  qu'au  contraire  /  provient 
d'une  réduction  de  la  diphtongue  ;  de  même  M.  Grammont, 
Franchc-Montaoue,  p.  145,  explique  /  par  *  iei,  sans  expliquer 
au  reste  cette  forme  anormale  :  tous  deux  considèrent  donc  qu'î 
est  un  développement  du  pronom  en  fonction  tonique.  Mais  une 
telle  formation  serait  nécessairement  ancienne  ;  et  il  est  surprenant 
qu'elle  n'existe  pas  dans  les  textes  médiévaux,  du  moins  à 
ma  connaissance.  M.  ML.,  /.  c,  se  contente  de  dire  brièvement 
qu'«  à  côté  de  je,  j  apparaît  /...  »  ;  et  comme  il  étudie  dans  ce 
paragraphe  les  formes  atones,  il  est  probable  qu'il  voit  dans  /  un 
développement  secondaire  àQ  je,  j.  Cette  interprétation  me  paraît 
être  exacte,  mais  il  faut  préciser  les  modes  du  développement  :  à 
mon  sens,  /  n'a  pu  se  former  que  devant  voyelle,  et  aussi  bien 
au  stade  7  qu'au  stade;  ;  en  effet  de  nombreux  parlers  franc-com- 
tois, qui  disent  /,  ont  encore  dans  leur  système  consonantique  la 
chuintante  à  élément  dental  y.  Peut-être  faut-il  même  admettre 
que  y  a  précédé  iy,  i  ;  il  est  attesté  en  de  nombreux  points,  cï. 
Herzog,  /.  c,  et  dans  l'important  Recueil  de  Noëls  anciens  au  patois 
de  Besançon,  Bes.,  1842,  à  côté  d'/  (écrit  souvent  )'),  on  trouve 
après  les  formes  verbales  terminées  par  une  voyelle  une  graphie 
ye,  qui  semble  représenter  y  semi-consonne,  cf.  p.  ex.  seii-ye^ 
suis-je,  p.  38,  339,  etc.  Pour  en  revenir  à  nos  parlers,  les  formes 
des  localitée  1-8',  12  s'expliquent  donc  très  aisément  d'après  ce 
qui  précède,  et  il  n'est  pas  nécessaire  d'y  voir  un  emprunt  aux 
parlers  franc-comtois.  Par  contre,  dans  la  vallée  de  Moselotte, 
/  est  nécessairement  étranger,  puisque  19-22  disent;  ou  7;  et  18  / 
devant  voyelle.  Quant  à  /;,  c'est  une  combinaison  récente  d'/  -j- 
/,  qui  fait  actuellement  reculer  la  forme  plus  ancienne;  ;  c'est 
ainsi  que  Hingre  note.  Monographie,  p.  46,  qu'«  on  préfère 
presque  toujours  ije  k  je  (lire  t),  ;)  »  . 

3°  Ô,  vous. 

On  a  vu  §  91  que  cette  forme  est  fréquemment  usitée  dans  des 
phrases  interrogatives  après  «  qu'est-ce  que  ».  Il  semble  qu'elle 
soit  actuellement  en  recul  ;    mais    il  est   possible    aussi    que  les 


—  i66  — 

données  de  mon  enquête  soient  sujettes  à  caution  sur  ce  point. 
Quoi  qu'il  en  soit,  l'origine  d'à  est  claire  :  la  réduction  insolite 
de  vo  à  0  s'est  produite  dans  des  groupes  de  mots  par  suite  de  la 
rapidité  de  l'élocution.  En  dehors  de  notre  domaine^  M.  Haillant 
a  noté  dans  son  Essai,  p.  364,  des  faits  analogues  :  s'os  vle^,  ai 
vûu'st-ce  qiios  vons,  si  vous  voulez,  où  allez-vous  ?  et  la  carte  817 
de  VAL.  pourquoi  ne  vous  mariez-vous  pas  Pdonne  égale- 
ment 0  dans  des  parlers  vosgiens  tt  dans  la  région  picarde.  Quant 
aux  indications  d'Adam,  p.  71,  elles  sont  tout  à  fait  imprécises  et 
à  peu  près  inutilisables. 

4°  n,  en,  après  la  négation. 

Quand  «  en  »  se  trouve  après  «  négatif,  par  exemple  dans  nous 
n'en  aurons  guère  c.  286,  les  localités  9  (dont  le  témoin  a 
répondu  «  on  n'en  aura  »),  11  et  16-22  réduisent  le  pronom  à 
;/.  Quanta/^  «de  9,  10,  14,  nondt  12,  il  est  impossible  desavoir 
si  «  «  y  a  été  postérieurement  réduit  à  n  ou  si  les  témoins  ont 
omis  un  des  deux  éléments,  soit  la  négation,  soit  le  pronom.  La 
même  réduction  est  indiquée  dans  quelques  parlers  voisins  par  la 
carte  GG  de  VAL.  :  à  Gérardmer,  point  76,  je  n  n  erâ,  à  Sainte- 
Marguerite,  prèsde  Saint-Dié,  point  86,  je  n  nhb,  au  Val-d'Ajol, 
point  57,  non  nerà,  cf.   encore  en  Haute-Saône  les  points  56, 

65,75. 

5°  Les  adjectifs  possessifs  «  mon,  ton,  son». 

Il  suffira  de  considérer  les  formes  de  «  mon  »,  l'explication 
qu'on  en  donnera  convenant  aux  deux  autres.  Elles  constituent 
deux  séries  dont  les  relations  ne  sont  pas  certaines,  d'une  part 
me,  m,  men,  nin,  de  l'autre  niô,  mon;  mais  tandis  que  mô  est 
employé  par  1 1  a,  c,  13,  14,  là  où  mf-,  w  l'est  par  tous  les  autres 
témoins,  7non,  qui  correspond  à  mhi,  mn,  ne  l'est  que  par  1 1  a, 
c,  d.  Faut-il  admettre  comme  type  commun  de  toutes  ces 
formes  l'anc.  fr.  men,  issu  en  position  atone  de  mon,  ainsi  que  le 
fait  M.  Herzog,  Einleitung,  §  517  ?Mais  les  formes  w^,  7«o«  restent 
inexpliquées.  On  peut,  il  est  vrai,  supposer  que  mÔ  a  été  refait 
sur  l'article  lô,  et  que  intin  l'a  été  à  son  tour  sur  mo.  Mais  l'ex- 
tension de  mo  est  si  grande  dans  les  parlers  lorrains,  d.  Adam, 
p.  81,  AL.  C.623,  1388,  Haillant,  Essai,  p.  358,que  cettehypo- 


-  i67  - 

thèse  me  paraît  peu  vraisemblable.  Il  me  semble  donc  préférable 
d'admettre  ma  comme  type  commun  de  tout  notre  domaine. 

6°  Le  pronom  démonstratif 5//. 

Cette  forme,  dont  l'emploi  a  été  défini  §  95,  représente  un 
ancien  type,  à  la  fois  masculin  et  neutre  cel,  cf.  Schwan-Behrens, 
§  330,  et  qui  s'est  développé  en  ceu,  çu,  d'une  façon  analogue  à 
l'article  français  du  <C.  deu,  del.  L'existence  de  su,  d.  §  106,  4° 
dans  les  mêmes  localités  ne  permet  pas  déconsidérer  su  en  fonc- 
tion de  neutre  comme  issu  de.f?/,  bien  que  ce  développement  soit 
attesté  anciennement,  d.  Schwan-Behrens,  §  332; et  d'autre  part 
il  est  peu  probable,  bien  que  ce  ne  soit  pas  invraisemblable,  que  su 
en  fonction  de  pronom  masculin  représente  une  ancienne  forme 
ccst,  qui  aurait  été  modifiée  par  cestui,  cf.  sur  ce  pronom  §  m. 
Pour  di,  du,  cf.  §  loé,  2°. 

B.  —  Formes  verbales. 

Les  formes  verbales  à  considérer  ici  sont  proportionnellement 
beaucoup  moins  nombreuses  que  les  pronominales.  Il  n'y  a  guère 
à  citer  que  les  faits  suivants: 

1°  La  Y  personne  du  singulier  de  l'indic.  prés,  d'avoir,  è,  à 
Remiremont.  Cette  forme,  issue  d'^'  employé  dans  tous  les  autres 
points  et  à  R.  même,  s'est  développée  dans  les  phrases  où  elle 
est  atone,  conformément  au  §  27,  et  s'est  ensuite  propagée  dans 
la  désinence  correspondante  du  futur. 

2°  ve,  usité  aux  trois  personnes  du  singulier  de  l'ind.  prés, 
d'aller,  e' 2=  et  3^  pers.  dusing.  de  l'ind.  prés,  d'avoir  et  é  avez  c. 
69  (sur  cette  forme,  v.  plus  loin,  §  11 5),  dont  la  voyelle,  ancien- 
nement ouverte  (e  est  encore  attesté  dans  ve  du  point  13  et  la 
désinence  de  la  2^  pers.  du  pluriel  du  futur,  cf.  aurez  c.  74), 
s'est  fermée,  vraisemblablement  dans  les  groupes  où  ces  formes 
sont  atones,  cf.  §§  132  et  134. 

3°  Enfin  on  peut  se  demander  si  la  désinence  œ  de  la  y  pers. 
du  singulier  du  conditionnel,  usitée  dans  l'aire  17-22,  cf.  il  fau- 
drait c.  334  et  plus  loin  §  137,  n'est  pas  due  à  un  développe- 
ment phonétique  de  l'état  antérieur  e,  attesté  dans  des  localités 
voisines,  développement  qui  serait  analogue  à  celui  d'^,  a,  indiqué 
supra  I". 


—  i68  — 

Peut-être  faut-il  aussi  expliquer  par  un  développement  parti- 
culier la  désinence  î  du  pluriel  de  l'imparfait  du  subjonctif  et  du 
conditionnel^  cf.  §  57  ad  Jîneni . 

Cf.  en  outre  §  133  pour  sô,  suis,  du  Val-d'Ajol  et  §  135  la 
2*  pers.  sing.  de  l'impératif  de  venir. 

§  loé.  Conservation  de  l'état  phonétique  ancien. 

1°  lo,  article  et  pronom. 

Cette  forme,  usitée  dans  les  localités  11,  13,  14,  représente 
l'état  ancien,  qu'on  relève  assez  fréquemment  sous  les  formes  lo 
et  /ou  dans  les  chartes  de  Remiremont  NAL.  2529,  41,  2531, 
dG,  etc.  L'emploi  de  16  en  toute  position,  sauf  naturellement 
devant  voyelle,  est  un  fait  d'extension  analogique;  mais  tandis 
que  le  des  autres  localités  est  conforme  au  développement  exposé 
§  27,  le  maintien  de  la  voyelle  6  est  un  fait  particulier,  qui  ne 
s'explique  que  par  la  fonction  du  mot,  de  même  que  jw,  ce,  cf. 
4°.  On  pourrait  être  tenté  de  l'attribuer  à  l'influence  de  do,  du, 
mais  cette  deuxième  interprétation  ne  convient  que  pour  la  en 
fonction  d'article. 

2°  dô  et  dï,  du . 

db  des  localités  11  et  13  représente,  comme  lo,  un  état  ancien, 
attesté  par  ^ow  dans  NAL.  2530,  47,  GG,  etc.,  plusieurs  fois 
dans  la  déclaration  des  droits  du  ban  de  Vagney,  faite  en  1345 
par  Jehan  de  Planoy,  Documents  rares  ou  inédits,  t.  II,  p.  223  sq., 
cf.  aussi  Apfelstedt,  o./.,§  109,  Schwan-Behrens,  3' partie,  p.  38, 
etc.  Il  semble  bien  que  dÔ  qui,  du  moins  dans  notre  domaine, 
n'existe  que  dans  des  localités  qui  conservent  fô,  se  soit  maintenu 
grâce  à  la  présence  de  cette  forme.  Mais  les  relations  de  dô  et  di 
sont  obscures,  d'i,  qui  suppose  nécessairement  un  stade  antérieur 
du,  est-il  issu  de  don  par  développement  phonétique  particulier  ou 
est-il  emprunté,  ou  bien  encore  est-ce  don  qui  a  été  refait  dès 
le  Moyen  Age  sur  lou  et  dî  représente-t-il,  comme  le  français  du, 
une  ancienne  forme  del,  dm,  c'est  ce  qu'il  nous  est  impossible 
de  dire. 

3°  ^//,  elle,  elles. 

Le  maintien  de  la  consonne  double  dans  le  pronom,  quand  il 


—  169  — 

se  trouve  devant  une  voyelle,  est  un  tait  particulier,  qui  n'existe 
que  dans  cette  forme,  et  qui  est  évidemment  dû  au  besoin  que 
nos  parlers  ont  éprouvé  de  distinguer  le  féminin  et  le  mas- 
culin. 

4°  su,  ce. 

On  a  vu  §  95  que  les  parlers  de  la  vallée  de  la  Moselotte 
emploient  cette  forme  à  la  fois  dans  le  groupe  ce  que,  c.  139  et 
dans  cela  c.  140.  Il  est  très  probable  que,  dans  cette  dernière 
forme,  cf.  aussi  sns'i,  ceci,  21  e,  çou-ci,  Hingre,  Monograplrie,  p.  50, 
su  a  été  réintroduit  récemment,  puisque  toute  la  vallée  de  la 
Moselotte  possède  des  représentants  de  «  ça  »,  issu  de  «  cela  »,  cf. 
c.  129  ;  mais  sii  du  groupe  «  ce  que  »  représente  de  toutes  façons 
l'état  ancien  çoii,  cf.  Schwan-Behrens,  §  332,  conservé  dans  les 
mêmes  conditions  que  lô,  le. 

5°^,  en,  pronom  adverbial. 

Tandis  qu'après  le  verbe,  cf.  donne-m'en  c.  28_|,  le  pro- 
nom adverbial  «  en  »  a  des  formes  dont  le  développement  phoné- 
tique est  partout  d'accord  avec  les  faits  exposés  §  ir,  l'aire  1-8' 
présente  devant  le  verbe,  cf.  j'en  ai  c.  285,  une  forme  a{n)  tout 
à  fait  surprenante.  Cette  forme  existe  également  à  Remiremont; 
mais  si  on  peut  admettre  que  dans  ce  point  elle  est  empruntée  au 
français,  il  serait  bien  hasardé  de  proposer  cette  interprétation 
pour  l'aire  1-8'.  Or,  si  l'on  repousse  cette  hypothèse,  on  ne  peut 
expliquer  àÇn)  qu'en  considérant  que  les  parlers  1-8'  ont  conservé 
un  état  phonétique  très  ancien  pour  distinguer  une  fonction  par- 
ticulière d'«  en  »  ;  cf.  pour  un  fait  analogue  aux  points  12  et  13  le 
paragraphe  suivant,  2°. 

§  107.  Utilisation  morphologique  d'un  double  traitement  pho- 
nétique. 

1°  niê,  tè,  U  après  l'impératif,  tù  postposé  dans  les  phrases  inter- 
rogatives. 

C'est  par  suite  de  la  concurrence  d'autres  formes  que  niè,  f^,  Jù 
n'ont  pas  la  même  extension,  mè  couvrant  l'aire  11,  13-22,  iè 
l'aire  16-22  après  l'impératif  et  l'aire  18-22  dans  les  phrases 
interrogatives,  /é  l'aire  11,   15-22.  Mais  ce  qui  est   remarquable 


—  lyo  — 

dans  ces  formes,  c'est  qu'elles  présentent  la  voyelle  t,  alors  que 
ces  mêmes  pronoms,  en  position  proclitique,  ont  partout,  sauf  à 
Remiremont  où  è.  est  prépondérant  et  réserve  faite  de  la  forme 
concurrente  Ih  étudiée  au  paragraphe  précédent,  la  voyelle  t'.  Or, 
si  l'on  se  rappelle  que,  d'après  le  §  27,  nos  parlers  possèdent  deux 
voyelles  caduques  ^  et  ^,  à  l'exception  de  Remiremont  qui  a 
développé  particulièrem.ent  t,  on  en  conclura  que  les  parlers  de 
l'aire  13-22  ont  utilisé  la  coexistence  des  deux  traitements  pour 
distinguer  deux  fonctions  de  la  même  forme. 

2°  ô,  en,  pronom  adverbial. 

Cette  forme  est  usitée  aux  points  12  et  13,  quand  le  pronom 
est  placé  devant  le  verbe,  cî.  j'en  mangerais  c.  265  ;  au  con- 
traire après  le  verbe,  cf.  donne-m'en  c.  26.|,  12  dit  ^  et   13  h. 

Or  on  a  vu  aux  §§  1 1  et  38  que  l'ancienne  voyelle  nasale  m 
est  représentée  parô  dans  ces  deux  points,  quand  elle  est  longue, 
et  par  0  au  point  13,  5  au  point  12,  quand  elle  est  brève.  Ces 
deux  localités  ont  donc  utilisé  la  dualité  de  traitement  de  la 
voyelle  en  pour  distinguer  le  pronom  m  suivant  la  place  qu'il 
occupe,  de  même  que  les  localités  1-8'  ont  dans  ce  cas  conservé 
une  prononciation  ancienne,  cf.  §  106,  5°. 

3°  On  verra  plus  loin,  §  131,  de  quelle  f^içon  nos  parlers 
semblent  utiliser  des  différences  de  quantité  vocalique  pour  dis- 
tinguer la  !'■'  et  la  3=  personne  du  pluriel  de  l'indicatif  présent 
des  verbes  avoir,  être,  aller  et  les  personnes  correspondantes  du 
futur. 


CHAPITRE    III 


SURVIVANCES 


Un  certain  nombre  de  formes  se  présentent  à  l'état  de  survi- 
vances, soit  que  ces  formes  n'occupent  plus  qu'une  partie  des 
localités,  soit  que,  tout  en  existant  partout,  elles  soient  aujour- 
d'hui moins  usitées  qu'elles  ne  l'ont  été  à  une  époque  antérieure. 
Au  reste,  il  arrive  qu'une  forme  qui  a  reculé  dans  une  partie  de 
nos  localités  ait  au  contraire  agrandi  son  domaine  dans  la  région 
où  elle  survit  :  c'est  par  exemple  le  cas  de  la  désinence  en  t  à  la 
2^  pers.  du  pluriel  de  l'indicatif  présent  ou  celui  de  la  même  dési- 
nence à  la  3®  pers.  du  singulier  de  l'indicatif  imparfait,  d.  §§114  et 
né.  Enfin  il  f^iut  ajouter  que  parfois  c'est  l'emploi  particulier 
d'une  forme  qui  constitue  la  survivance,  comme  par  exemple 
l'emploi  de  «  leur  »   avec   la    valeur  du  français  eux,  elles. 

§  108.  Article. 

1°  d. 

Cette  forme,  qui  représente  étymologiqucment  l'ancien 
groupe  en  le,  ne  survit  plus  que  dans  les  points  11  et  13  de  mon 
domaine,  mais  elle  est  encore  usitée  dans  de  nombreux  parlers 
lorrains,  et  M.  ML.,  Gr.  d.  R.Spr.,U,  §  10^,  a  eu  tort  de  dire  que 
les  parlers  actuels  semblent  ne  plus  la  connaître. 

2°  0. 

0  est  encore  usité  partout  au  singulier,  mais  partout  est  com- 
battu soit  par  f,  soit  par  0;  et,  bien  que  ni  M.  Haillant,  Essai, 
p.  352,  ni  Hingre,  Monographie,  p.  37,  ne  le  donnent,  il  est  cer- 
tain que  ce  n'est  pas  un  emprunt  récent  de  mes  témoins  au  fran- 
çais. 0  est  en  effet  attesté  dans  de  nombreux  composés  de  forma- 
tion ancienne,  cf.  non  seulement  0  po  pré,  à  peu  près,  2  c,  4  a, 
5  a,  21  a,flW-/)ô-/)r^Hingre,  ra^xso  prom,  tout  récemment,  bientôt 


—  172  — 

=  an  -f-a.  f.  proismc,  4,  5,  8'  d,  9,  19  c,  22  a,  au  pràme  Hingre, 
aiiprême  Haillain,  an  longe,  à  côté  de,  Hingre,  aulainge  Haillant, 
etc.,  et  aussi  peçoley  pissenlit,  de  14  b. 

Par  contre,  j'ai  si  rarement  recueilli  oau  pluriel,  que  je  ne  puis 
pas  dire  si  nous  sommes  en  présence  d'une  forme  en  recul, 
d'une  extension  analogique  ou  d'un  emprunt  au  français. 

Enfin  il  est  bon  d'indiquer  que  ce  serait  une  erreur  de  voir 
dans  â(0  des  localités  8-22  un  représentant  de  l'ancienne  forme 
as  ;  s'il  est  bien  certain  qu'^*'  a  existé  dans  notre  région,  cf. 
NAL  2529,  41,  etc.,  il  est  non  moins  certain  qu'elle  en  a  disparu, 
et  que  la  forme  actuelle  â{:0  est  un  développement  assez  récent 
d'es,  comme  je  lai  admis  §  105,  i"  Quant  aux  formes  citées  par 
Adam,  p.  5_|,  et  sur  lesquelles  M.  ML.,  /.  c,  semble  s'être 
appuyé  pour  admettre  quas  survit  encore  en  Lorraine,  il  est 
probable  qu'il  faut  également  les  interpréter  comme  issues  d'es. 

§  109.  Emploi  de  «  leur  »  comme  pronom  personnel  tonique. 

Cet  emploi  est  attesté  actuellement  par  la  forme  régulière  lû 
dans  l'aire  r-7  et  les  formes  modifiées  analogiquement  lu  au 
Val-d'Ajol  et  M  dans  l'aire  8-10,  ié-22,  cf.  pour  //"i  plus  loin,  p. 
suiv.,  et  pour  fô,  §  127;  au  contraire  les  localités  ir,  13-16 
emploient  ^o  pour  le  masculin  et  ;^o/  pour  le  féminin.  Notons 
en  outre  que  le  témoin  interrogé  au  Val-d'Ajol  pour  VAL.  a 
indiqué  ^;{é  ci  eux  c.  525  ;  quant  à  lu  de  Ramonchamp,  c'est  une 
faute  d'impression  pour  Ifi,  comme  j'ai  pu  le  constater  sur  le 
carnet  que  M.  Edmond  a  eu  l'obligeance  de  me  communiquer. 

Si  l'on  s'en  tient  à  ces  faits,  ils  ne  font  que  confirmer  en  les 
précisant  l'opinion  exprimée  par  M.  Suchier,  Gr.  Gr.,  2"  éd., 
p.  766,  qui  considère  cet  emploi  de  «  leur  »  comme  un  des 
traits  les  plus  caractéristiques  qui  distinguent  les  parlers  bour- 
guignons des  parlers  lorrains,  et  qui  ajoute,  en  s'appuyant  sur 
la  carte  525  de  VAL.,  que  l'aire  de  «  leur  »  comprend  aussi 
l'extrémité  sud-est  du  département  des  Vosges.  Nous  aurions 
donc  un  cas  intéressant  où  les  parlers  des  deux  vallées  de  la 
Haute-Moselle  et  de  la  Moselotte  se  joindraient  aux  parlers  méri- 
dionnux  Je  Li  l-ranche-Comté,  tandis  que  Remiremont  et  les  vil- 


-   173  — 

lages  environnants  s'accorderaient  au  contraire  avec  les  autres  par- 
1ers  lorrains.  Mais, comme  on  le  verra  §128,  les  possessifs  lû{t),  ^[«(0 
de  l'aire  ii-ié  supposent  un  pronom  personnel  ///,  qui  subsiste 
encore  au  point  12.  Rare  dans  notre  région,  cette  forme  ne 
semble  pas  non  plus  exister  dans  les  autres  parlers  lorrains,  cf. 
Adam,  p.  74,  AL.  c.  525;  elle  est  au  contraire  très  usitée  dans 
les  parlers  franc-comtois,  cf.  notre  carte  328,  Vautherin,  Châte- 
nois,  p.  32,  Contejean,  Moutbéliard,  p.  244,  etc.  Malgré  l'iden- 
tité des  formes  actuelles,  il  est  peu  vraisemblable  que  lu,  eux, 
soit  le  résultat  d'une  substitution  de  lu,  lui,  à  une  forme  anté- 
rieure. M.  ML.,  Gr.d.  R.  5.,  II,  §  76,  donne  l'explication  exacte, 
avec  des  réserves  qui  me  semblent  excessives,  et  propose  de 
reconnaître  dans  u  la  voyelle  de  lu,  lui,  qui  se  serait  introduite 
dans  ((  leur  »,  avant  la  chute  du  r  final. 

Il  faut  donc  en  conclure  que  tous  nos  parlers  ont  possédé 
autrefois  «  leur  »,  et  que  cette  forme  a  été  éliminée  dans  la  région 
de  Remiremont  par  ~o,  ~ol.  Les  chartes  de  Remiremont  appuient 
cette  hypothèse,  car  elles  emploient  très  fréquemment  lour,  cf. 
NAL.  2531,  47,  68.  83  bis,  84,  2542,  37,  etc.,  et  rarement 
«  eux  »  p.  ex.  eou^  2542,  49.  On  peut  donner  une  raison  plau- 
sible de  cette  substitution.  C'est  au  stade  lu,  supposé  par  //"<(/), 
-/"<(/)  qu'elle  a  dû  se  produire.  En  effet,  quand,  par  suite  de  la 
chute  régulière  du  r  final,  lur  issu  de  hir  a  abouti  à  lu,  il  y  a 
eu  identité  entre  le  représentant  de  «  leur  »  et  celui  de  «  lui  », 
et  c'est  pour  échapper  à  la  confusion  qui  en  résultait  que  les  par- 
lers de  la  région  de  Remiremont  ont  emprunté  :(o,  :;pl  aux  par- 
lers voisins. 

Cette  explication,  il  est  naturel  de  l'étendre  aux  parlers  lor- 
rains, dont  l'adjectif  possessif  «  leur  »  suppose  également  un  pro- 
nom personnel  lu.  Or,  si  l'on  remarque  que,  d'après  Adam, 
p.  74,  ces  parlers  sont  assez  nombreux,  et  que  plusieurs  sont 
même  situés  non  loin  de  Nancv,  on  admettra  que  la  carte  525 
deVAL.  ne  peut  plus  être  interprétée  comme  l'a  fait  M.  Suchier. 

§  iio.  me\,  pronom  possessif. 

Tandis  que  myen  de  l'aire  1-18  et  du  témoin    19  a,  22    a,  qui 


—  174  — 

est  le  féminin  employé  pour  les  deux  genres,  est  un  emprunt 
au  français,  l'aire  19-22  conserve  une  formé  archaïque  nây,  encore 
assez  répandue  dans  les  Vosges,  cf.  Adam,  p.  85,  Horning, 
§  33,  mais  dont  l'origine  n'est  pas  assurée.  Si  théoriquement  on 
peut  hésiter,  comme  le  fait  M.  H.,  à  rattacher  cette  forme  à  meus 
ou  à  viea,  la  rareté  de  formes  régulières  du  nominatif  dans  les 
textes  anciens  lorrains  et  du  nord  de  la  France,  d.  sur  ce  fait 
ML.,  II,  §  90,  invite  à  reconnaître  dans  nây  le  représentant  de 
l'ancien  féminin  meic,  mais  ce  féminin  devrait  être  moie  et  a  été 
modifié  suivant  ML.  et  Schwan-Behrens,  §  32e,  Rem.,  par  l'in- 
fluence analogique  du  nom.  plur.  masc.  mei  {meus  a  pu  égale- 
ment causer  cette  action  avant  de  disparaître). 

§  m .  su,  stût,  se,  pronoms  démonstratifs. 

On  a  déjà  vu  §  105,  A,  6°  que  su  représente  un  ancien  type 
cel.  stût,  qui  n'existe  plus  actuellement  qu'au  Val-d'Ajol,  repré- 
sente de  son  côté  l'ancienne  forme  cestui,  avec  un  /  final,  dont  il 
sera  traité  §  129.  Enfin  il  est  probable  que  se,  attesté  dans  beau- 
coup de  localités  des  deux  vallées,  correspond  au  français  ce,  cet. 
On  pourrait  être  également  tenté  d'admettre  que  sût,  usité  dans 
quelques  points  voisins  de  Remiremont,  cache  quelque  trace  du 
(éminm  cette  ;  mais  l'absence  de  set  est  une  sérieuse  objection 
contre  cette  hypothèse,  cf.  §  129. 

§  1 12.  Désinence  en  e,  à  de  la  première  personne  du  singulier 
de  l'indicatif  présent. 

C'est  une  question  délicate  que  celle  de  savoir  si  cette  dési- 
nence qui,  comme  nous  l'avons  vu  §  98,  est  en  t7  au  Val-d'Ajol 
et  en  e  dans  l'aire  1-8',  18-22  a  appartenu  autrefois  à  l'aire  9-1 1, 
13-17,  qui  l'ignore  aujourd'hui;  mais  cette  question  ne  peut  être 
résolue  que  si  on  établit  l'origine  de  la  désinence  et  si  on  en  com- 
pare l'extension  actuelle  à  l'état  du  Moyen  Age. 

Au  point  de  vue  de  l'usage  qui  en  est  fait  actuellement,  elle 
est  complètement  inconnue  des  parlers  lorrains  autres  que  ceux 
de  notre  domaine,  cf.  Horning,  p.  207,  Adam,  p.  167,  et  les  cartes 


—  175  — 

de  VAL.  12,  13,  34,  763,  996,  1264,  etc.  Rn  Franche-Comte, 
elle  paraît  avoir  également  peu  de  vitalité  ;  car,  en  dehors  des 
points  23  et  26  de  mon  enquête,  qui  disent  respectivement  c 
et  ô  (attesté  exceptionnellement  au  point  24,  cf.  je  prends  L.), 
et  des  localités  voisines  du  Val-d'Ajol,  cf.  P.  Passy,  A^  ik  ph.  fr., 
1892,  p.  148,  elle  semble  bien  ne  pas  exister,  d.  p.  ex.  Horning, 
/.  f.,  Vautherin,  Châtenois,  p.  35. 

L'origine  de  cette  désinence  a  été  souvent  discutée.  M.  ML., 
II,  §  136,  tout  en  citant  les  faits  de  notre  région,  la  déclare  incon- 
nue. M.  Horning,  Zeitschrift  fiir  Rom.  P/;.,  XVII,  p.  95,  la  rap- 
proche, avec  des  formes  recueillies  dans  le  nord  de  la  Suisse 
romande,  d'une  ancienne  désinence  0/5,  oi,  relevée  dans  des  docu- 
ments franc-comtois,  et  déjà  signalée  par  M.  ML.,  /.  c.  M. 
Suchier,  Gr.  Gi .,  p.  786,  ne  tait  qu'enrichir  la  liste  des  docu- 
ments du  Moyen  Age,  et  il  adopte  les  vues  de  M.  Horning,  qui 
sont  en  eiïet  très  vraisemblables.  «  C'est  à  la  phonétique,  ajoute 
celui-ci,  à  expliquer  le  passage  d'ois  à  c  ;  quant  à  ^  et  0,  ils  ne 
font  pas  de  difficulté»,  e  lui-même  n'en  fait  pas,  ainsi  que  nous 
l'avons  vu  §  52,  1°.  En  ce  qui  concerne  l'origine  d'cnV,  0/,  M. 
Suchier,  /.  c,  considère  que  c'est  une  propagation  analogique  de 
la  termmaison  régulière  des  verbes  en  /;^c),  mais  M.  Philippon, 
Rom.,  XLI,  p.  596,  XLIII,  p.  540,  y  voit  celle  des  verbes  en 
esco,  et  sur  ce  point  il  est  difficile  de  décider. 

En  tout  cas,  ce  qui  ressort  des  documents  du  Moyen  Age,  c'est 
que  cette  désinence  ois,oi  fut  très  usitée  en  Franche-Comté  :  j'en 
ai  moi-même  relevé  de  nombreux  exemples  dans  les  Testaments  de 
l'officialîté  de  Besatiçoii,  publiés  p:ir  Ulysse  Robert,  t.  I,  1901  (Col- 
lection de  Documents  inédits).  Or  si  on  laisse  ici  de  côté  les 
parlers  du  Doubs,  on  constate  que,  dans  toute  la  région  de  la 
Haute-Saône  limitrophe  de  notre  région,  cette  désinence  a  à  peu 
près  complètement  disparu.  Puisqu'un  tel  recul  a  pu  se  produire 
en  Franche-Comté,  il  n'est  pas  inadmissible  qu'un  recul  analogue 
ait  eu  lieu  dans  notre  aire  1-22.  Or  les  documents  de  Remire- 
mont  nous  ont  fourni  des  exemples  de  la  désinence  ois,  peu  nom- 
breux, il  est  vrai,  mais  après  tout  suffisants  pour  attester  qu'elle 
a  existé  à  Remiremont,    cf.  juroix  NAL.    2531,  89,  reno\_n\soi^, 


-  176  - 

iJ.,  id.,  104  (cette  dernière  pièce  commence  ainsi  :  «  Nous 
Droyns,  diz  Malfrogas,  borjois  de  Remijrelmont  »).  Quanta 
supposer,  comme  on  pourrait  être  tenté  de  le  faire,  que  nos  par- 
1ers  auraient  emprunté  la  désinence  aux  parlers  franc-comtois, 
c'est  une  hypothèse  sans  preuve. 

S'il  faut  donc  admettre  que  les  localités  1-8',  12,  18-22  ne 
sont  qu'une  partie  d'une  aire  autrefois  plus  étendue,  il  faut  en 
outre  noter  que  la  désinence  y  a  pris  un  développement  considé- 
rable. Actuellement  elle  se  rencontre  dans  presque  tous  les 
verbes;  les  seuls  qui  l'ignorent  totalement  sont  avoir,  être,  pou- 
voir, savoir  et  vouloir.  Dans  quelques  autres  la  forme  ancienne 
résiste  plus  ou  moins  ;  à  côté  de  krà,  je  crois,  de  2,  5  d,  we,  je 
vois,  de  18,  19  b,  21  a,  22  a,  les  témoins  i  a,  2  a,  5  a,  c,  6  b, 
8  c,  8'  c,  18,  19  c  disent  krcye,  20-22  kràye,  tous  les  témoins 
interrogés  dans  l'aire  1-8'  et   18,  19  b  lucyc,   12  a  lueyà  et  20  a, 

21  a^  zuày},  cf.  aussi  Hingre,  Monographie,  p.  89,  luayè  et  lué  ; 
dans  devoir  la  forme  nouvelle  semble  avoir  moins  d'extension, 
2  a  dit  rdfvt',    12  a  rdèvà^    18  -u'e,  mais  2  c,  5   d  do,  19  c,  21  a, 

22  a  rdc,  Hingre  donnant  à  la  fois  de  et  deiuè,^.  96  ;  enfin,  dans 
connaître,  en  dehors  de  ^no,  employé  par  de  nombreux  témoins, 
7  b  a  été  le  seul  à  dire  khue  et  Hingre  ne  donne  que  kènkhè, 
p.  97,  et  dans  aller,  cf.  je  vais  c.  19,  uàle  est  restreint  au  point 
22,  pour  lequel  Hingre  donne  à  la  fois  aie  et  vô. 

§  113.  Désinence  en  /,  tè  de  la  troisième  personne  du  pluriel 
dans  l'aire  19-22. 

Cette  désinence,  déjà  signalée  par  M.  Horning,  §§  207,  VIII, 
209,  VI  et  261  ad  finau,  et  par  M.  ML.  II,  §  139,  mais  sans 
que  l'aire  et  les  conditions  en  soient  définies  avec  précision, 
représente  l'ancienne  désinence  atone  eut,  et  constitue  une  des 
survivances  les  plus  remarquables  de  notre  domaine  ;  en  effet  elle 
a  maintenu  l'aire  19-22  en  dehors  d'innovations,  qui  se  sont 
produites  dans  les  autres  localités,  et  elle  a  amené  de  son  côté  des 
reformations  analogiques,  de  sorte  que  les  deux  aires  se  sont 
nettement  différenciées.  Au  reste   Taire    19-21,  si  conservatrice 


—  177  — 

qu'elle  soit,  commence  à  laisser  pénétrer  les  traitements  des  par- 
1ers  voisins. 

An  présent  de  l'indicatit,  les  exceptions  indiquées  plus  haut 
p.  1 59  c),  ont,  vd,  vont,  fd,  font,  so,  sont,  s'expliquent  par  la  fusion 
de  la  désinence  avec  l'élément  radical  du  verbe,  mais,  en  dehors 
de  ces  formes,  la  désinence  /,  lé  n'a  reçu  aucune  atteinte;  ^erw 
crèvent  c.  23 1  his  X.  E.  du  témoin  22  a  n'est  qu"un  fait  acciden- 
tel, dû  aux  déplacements  de  ce  témoin.  La  désinence  du  futur 
étant  identique  au  présent  d'avoir  ne  compone  pas  d'observations 
particulières. 

Mais,    au  subjonctit,  à  l'impartait  de   l'indicatif  et  au   condi- 
tionnel,  la  poussée  des  désinences  sans  t  est  très  marquée.  Au 
subjonctif,  d'après  aillent  c.   15,  19-22  disent  nalhtè,  mais  21  a 
se  rattache  avec  nàlls  aux  autres  parlers  ;  de  même,  si  19  c^  (dans 
une  réponse  faite  à  un  autre  moment),  20  a  disent  sœsti,  soient, 
19  c,  20   a,   21  e^    (par   rectification  immédiate),   22  a  sàwesté, 
sachent,    19   a    vnestê,   viennent,    19  c,    21   a   disent    sis,  21    a, 
e  sâu'ls,    19  a,    21    a  vnis,    21    3.  feyls,    fassent,   etc.    A   l'im- 
parfait,   iet,  étaient,   a  été   employé    par  19  a,   b,  20  a,  22   b, 
tt'yt,-  par  21  e,  âivh.  avaient,  par  20  a,  22  b,  -h't  par  21  d,  vlet, 
voulaient,  par  22  b.  -t'\l  par  21    d,  e,  mais  ti  par  21  a,  22  a, 
âwi  par  19  c,  21  a,  vli  par  19  c,  2r  a,  22  a  ;  19  a  n'a  répondu 
feyel  qu'après  avoir  dit  fyt,  faisaient,  et  de  même  fiàlet,  allaient, 
de  19  b  est  une  rectification  immédiate   de  nàlî,  etc.  Enfin,  au 
conditionnel,  20  a,  21  d,  22  b  disent  erot,  auraient,  21   d  pnrot, 
pourraient,   et  vnrot,  voudraient,  mais  21a,  22  a  disent  en,  21  e 
pûrX  et  vûrl.  On  remarquera  que  les  formes  en  /  ont  été  surtout 
indiquées  par  les  témoins  19  c,  21  a,  22  a,  qui  sont  quelque  peu 
suspects,  parce  qu'ils  ont  voyagé  et  ont  été  interrogés  en  dehors 
de  leur  localité  d'origine,  mais  19  a,  b,  21  e  les  emploient  éga- 
lement, quoique  plus  rarement. 

Quant  au  parfait,  des  réactions  analogiques  variées  et  dont  on 
reparlera  §  138  n'ont  laissé  dans  l'aire  19-22  que  quelques 
formes  avec  /:  œstè,  curent,  1^-22,  fœsté,  furent,  id., /^œy/^,  purent, 
21  a,  e.  22  a,   etc.;    en  outre  Hingre,   Monographie,   pp.    56  et 

Les  parlers  des  Vosges  méridionales.  12 


-  178  - 

6i,  signale  ^/f;7^  et  feu  r  te,  d' aspect  plus  ai'chaïque,  et  qui  semblent 
avoir  disparu. 

Le  traitement  des  phonèmes  qui  précèdent  la  désinence  /,  té, 
appelle  en  outre  un  examen  particulier  ;  car  des  modifications  ana- 
logiques assez  nombreuses  ont  eu  lieu,  surtout  à  l'indicatif  pré- 
sent. Quand  le  radical  est  terminé  par  une  voyelle,  la  désinence 
est  toujours  précédée  à  l'indicatif  présent  d'un  y,  qui  s'était  vrai- 
semblablement développé  régulièrement  au  stade  eut,  v.  p.  41, 
cf.  p.  ex.  weytc,  voient,  19  c,  21a,  Hingre,  Monographie,  buete 
de  biè,  lessiver,  p.  73,  préete,  de  périé,  prier,  p.  75,  loiiete  de 
Iwa,  louer,  p.  76,  qu'il  faut  lire  biiyté,  préytc,  luyté;  après/, 
\e  y  est  peu  saisissable,  et  j'ai  noté  0///,  enflent,  2i  a;  mais 
Hingre  note  -iete  p.  ex.  p;  72,  74,  qui  doit  être  lu  -lyté 
d'après  son  système  graphique.  De  même  on  a  vu  plus  haut  que 
quelques  témoins  emploient  à  l'imparfait  une  désinence  tyté  ; 
mais  et  tend  à  l'emporter  et,  au  conditionnel,  bt  est  la  seule  forme 
actuelle. 

ot  du  conditionnel  est  évidemment  retait  d'après  les  deux  pre- 
mières personnes  du  singulier  qui  sont  en  0;  mais  à  l'imparfait, 
l'origine  d'I/  est  plus  embarrassante,  car,  au  singulier,  éy  est 
encore  actuellement  plus  usité  qu'l,  et  Hingre  ne  donne  même 
que  la  forme  èe,  qu'il  faut  lire  cy,  alors  qu'il  ne  donne  pour  le 
pluriel  qu'f/t'.  Il  est  donc  possible  que  le  v  soit  tombé  ici  par 
réduction   et  non  par  analogie. 

Quoiqu'il  en  soit,  l'analogie  a  joué  un  rôle  important  à  l'in- 
dicatif présent  ;  les  parlers  de  l'aire  19-22  ont  tendu  à  refaire  le 
radical  de  la  3**  pers,  du  pluriel  sur  celle  du  singulier,  de  là  les 
formes  bweytè,  boivent,  19  c,  21  a,  râeytè,  redoivent  id.,  scyté, 
savent,  19  c,  20  a,  21  a,  22  a,  où  la  consonne  labiale  du  type 
latin  a  disparu;  de  même  craete,  croient,  Hingre  p.  89,  est  refait 
sur  cra,  ainsi  que  le  montre  le  traitement  de  kroy,  craie. 
Dans  plusieurs  verbes  dont  l'infinitif  est  terminé  par  r,  la 
3*  pers.  du  pluriel  est  en  rt,  p.  ex.  porté,  pondent  c.  687, 
à  côté  de  laquelle  la  forme  plus  ancienne  pnnté  existe  encore 
au  point  19;  cf.  aussi  fuete  et  furie,  fuient,  Hingre,  p.  93, 
rçurle,     reçoivent,     id.     p.    94,     iiiôrté,    moulent,     id.     p.     92, 


—  ^79  — 

morte  21  a,  à  côté  de  nwlté  19  c.  C'est  également  ainsi  que 
s'expliquent  pyœrté,  peuvent,  et  yœrlè,  veulent,  bien  que  les  cartes 
6oé,  806  pouvoir,  vouloir  ne  présentent  pas  les  formes  d'infi- 
nitif, d'après  lesquelles  elles  sont  refaites  ;  mais  Hingre,  pp.  97 
et  98,  donne  encore  ienre  et  pieiire. 

§  114.  Deuxième  personne  du  pluriel  de  l'indicatif  présent  et 
de  l'impératif. 

Des  deux  types  de  désinences,  qui  se  disputent  notre  domaine, 
l'un,  qui  occupe  8,  8'  et  12  sous  la  forme  à  ti  11,  13-15  sous 
la  forme  e,  correspond  au  fr.  e^  <C  citis  (phonétiquement  il  est 
possible  qu'fl,  e  représentent  un  ancien  ei:^  <C  élis,  cf.  §  52,  1°, 
avec  cette  réserve  cependant  qu'il  serait  surprenant  qu'il  n'existe 
aucune  trace  du  troisième  traitement  0  dans  la  région  de  Remi- 
remont),  l'autre  en  /,  qui  occupe  tous  les  autres  points,  est  la 
désinence  étymologique  des  verbes  en  ir,  tels  que  venir,  etc. 
Sur  l'extension  ancienne  de  cette  dernière  forme,  cf.  ML.,  II, 
§  138;  aujourd'hui  elle  est  assez  rare  dans  les  parlers  lorrains, 
en  dehors  de  notre  domaine,  cf.  Adam,  p.  169;  M.  Horning  ne 
l'a  recueillie  qu'à  La  Bresse.  Ainsi  les  deux  types  de  désinences 
ne  survivent  l'un  et  l'autre  que  dans  une  partie  des  localités  ; 
mais,  dans  chacune  des  aires,  ils  ont  eu  une  telle  force  d'expan- 
sion qu'ils  ont  éliminé  la  forme  concurrente.  Tout  au  plus  via 
voulez  c.  807  de  l'aire  19-22,  où  il  est  du  reste  combattu  par 
vlï  qu'ont  employée  19  c,  21  e,  22  a,  conserve  dans  l'aire  d'ï  une 
trace  de  l'autre  type,  que  via  continue  la  désinence  correspondant 
au  fr.  ^:(  ou  l'ancienne  désinence  ei:^,  oi:{. 

§115.  Deuxième  personne  du  pluriel  de  l'indicatif  présent 
d'avoir  et  du  futur. 

Si  l'on  écarte  la  forme  particulière  au  point  21,  î,  avez,  toutes 
les  autres  formes  d'ave z  c.  69  et  du  futur,  cf.  p.  ex.  aurez  c.  76, 
procèdent  du  même  type  ancien  ei^,  oi^  <C  c'tis,  qui  a  peut-être 
laissé  d'autres  traces  dans  notre  domaine,  cf.  le  paragraphe  précé- 
dent. Si  le  traitement  de  la  voyelle  ne  se  superpose  pas  dans  toutes 
les  localités,  ceci  provient  sans  doute  de  ce  que  e,  avez,  s'étant  fermé 


—  i8o  — 

dans  plusieurs  localités,  cf.  plus  haut  §  105,  B,  2",  n'a  pas  pu 
suivre  le  développement  en  a,  0  qui  a  été  celui  d'c,  comme  nous 
l'avons  admis  §  52,  1°.  D'autre  part  il  s'est  produit  dans  les 
formes  d'avez  un  allongement  particuliei'. 

§iié.  i  au    singulier  de  l'imparfait  de  l'indicatif,   et  rt  à  la  3* 
personne. 

Les  nombreuses  modifications  analogiques,  qui  se  sont  pro- 
duites dans  ce  temps,  v.  §  137,  ont  laissé  subsister  dans  l'aire 
19-22  une  flexion  fort  rare  de  y  personne  en  /,  cf.  buvait 
c.  103,  etc.  Dans  les  autres  points  de  notre  domaine,  elle  per- 
siste encore  au  point  11,  conservée  par  la  terminaison  or  de  l'im- 
parfait prochain  non  seulement  à  la  3*  pers.  mais  aux  2  autres, 
cf.  e  folïtor  fallait  c.  333  de  11  a,  c,  j  h'ïtor,  j'avais,  de  1 1  a, 
kmèsltor,  tu  commençais,  de  1 1  c.  En  dehors  de  notre  domaine, 
elle  n'a  été  relevée  qu'en  quelques  points  ;  Adam  donne  te  veyt, 
é  veyî  pour  Ban-sur-Meurthe  (c.  Fraize,  a.  Saint-Dié)  et  i  falior, 
il  fallait,  pour  Saales  (Vosges  annexées);  dans  les  cartesde  VAL. 
on  peut  noter  à  Fraize,  point  78,  bndjï  bougeait  c.  155,  ebâuî 
commençait  c.  312,  et  à  Sainte-Marguerite,  près  de  Saint-Dié, 
point  86  ^î'/,  buvait  c.  103,  kûii  cousait  c.  332,  î'/Â-/  vivait 
c.  1405,  etc.  Toutes  ces  formes  contiennent  une  ancienne  dési- 
nence ive  <C  iba,  très  peu  attestée  au  Moyen  Age,  mais  précisément 
dans  des  documents  lorrains,  cf.  Schwan-Behrens,  §  341,  Rem.,  et 
Horning,  §  209,  dont  la  réserve  est  ici  excessive. 

La  désinence  en  1,  tout  en  ne  subsistant  qu'à  la  troisième  per- 
sonne, a  pris  dans  l'aire  19-22  un  tel  développement  qu*il  n'y 
reste  qu'une  faible  trace  de  la  désinence  correspondant  au  français 
ait  <C  ehal,  à  savoir  ta  était  c.  325. 

Cette  dernière  désinence  a  également  disparu  de  tous  les 
autres  points  de  notre  domaine,  sauf  au  point  12,  où  elle  est 
au  contraire  la  désinence  régulière,  cf.  commençait  c.  203, 
etc. 

Pour  la  3*  pers.  du  sing.  du  conditionnel,  c(.  §  137. 

§  117.  Subjonctif. 

On  a  vu  §   102  que  la  formation  régulière  du  subjonctif  est, 


—  i8i  — 

à  toutes  les  formes  du  singulier,  en  «ou  en  œs,  c.-à-d.  une  Hexion 
d'imparfait,  d.  plus  loin  §  139.  En  dehors  des  verbes  avoir  et 
être,  il  ne  subsiste  plus  guère  de  formes  provenant  du  présent. 
Hingre  cite  pour  La  Bresse  faisse  à  côté  de  faiyésse,  fasse,  p.  97, 
saichc  à  côté  de  sawésse  et  seilsse,  sache,  p.  99,  et  dîrhe,  refait  sur 
saiche,  à  côté  de  deiuésse  p.  96  ;  mais  je  n'ai  plus  obtenu  aucune 
de  ces  formes.  Par  contre,  de  même  qu'il  cite  p.  93  la  formule 
Dié  vas  condusse,  en  notant  que  le  subjonctif  est  ailleurs  condhesse, 
j'ai  relevé  de  même  dyœ  ou  /  bd  dyœ  vo  kddus  chez  les   témoins 

1  c,  5  a%  c,  f,  6  b,  7  c,  9,  19  c,  tandis  que  d'autres  témoins 
emploient  dans  cette  expression  la  forme  usuelle  ailleurs  :  kùdjes 

2  c,  4  a,  5  a,  -hh  16  b,  21  a,  -œs  14  a;  on  remarquera  au  reste 
que  \e  s  de  kôdtis  est  déjà  analogique.  En  outre  22  b  a  employé 
fey,  fasse,  qui  est  aussi  une  forme  en  partie  refaite  d'après  le 
radical  du  verbe. 

Outre  cette  survivance,  le  pluriel  en  présente  une  autre  :  la 
flexion  de  toutes  les  personnes  est,  on  l'a  vu,  partout  en  ù,sauf 
au  point  12  qui  emploie  celle  du  singulier  et  dans  l'aire  19-22 
qui  conserve  une  forme  spéciale  à  la  3'=  pers.  Le  s  final  de  cette 
désinence  îs  provient  évidemment  du  singulier  es,  œs  ;  la 
forme  antérieure  i  est  encore  conservée  au  point  12  qui  dit  î  au 
pluriel  d'avoir  et  si  au  pluriel  d'être.  (Le  témoin  de  VAL.  a 
également  employé  dh'i,  funsi,  disiez,  finissiez,  cf.  Atlas  Linguis- 
tiques des  Vosges,  p.  xviii.)  Dans  les  autres  localités,  t  subsiste  à 
peine  :  je  ne  l'ai  recueilli  que  dans  une  formule  de  bienvenue 
qui  commence  à  vieillir,  benà  si  va  chez  les  témoins  5  b,  c,  d, 
tandis  qu'à  La  Bresse,  suivant  Hingre,  elle  est  refaite  et  se  dit 
hénian  sinse  vos,  s.  v°  bénian  de  son  Lexique. 

Cf.  aussi  plus  loin,  §  139,  pour  la  3' pers.  du  subjonctif  du  v. 
avoir. 

§  ir8.  Parfait  et  autres  formes. 

Il  reste  enfin  quelques  formes  d'origine  ancienne,  qui  sur- 
vivent dans  différentes  localités,  mais  accompagnées  de  tant  de 
modifications  analogiques,  qu'il  est  difficile  de  les  exposer  sépa- 
rément et  qu'il  vaut  mieux  les  réserver.  C'est  le  cas  des  formes 


—    l82   — 

de  parfait  fort,  qui  survivent  particulièrement  au  Val-d'Ajol, 
ainsi  qu'on  l'a  déjà  signalé  §  103,  et  des  formes  anciennes  des  par- 
faits d'avoir,   pouvoir,  savoir,  cf.   plus  loin  §  138. 

De  même  on  verra  §  143  que  les  réactions  analogiques,  qui  ont 
atteint  les  formes  du  singulier  de  l'indicatit  présent  des  verbes  en 
-ir  non  inchoatifs,  laissent  parfois  subsister  dans  une  partie  des 
localités  des  formes  anciennes,  telles  que  myâ,  meurt,  chez  les 
témoins  11  b,  14  a,  15  b,  0,  entend,  au  Val-d'Ajol,  etc. 

Cf.  encore  §  133  l'indicatif  présent  du  v.  être  et  §  135  l'im- 
pératif de  venir. 

§  119.  Emploi  des  formes  verbales. 

Si  les  faits  que  nous  avons  à  rapporter  ici  sont  peu  nombreux, 
l'un  d'eux  est  fort  important  et  constitue  un  des  traits  les  plus 
caractéristiques  de  nos  parlers.  Il  s'agit  de  l'emploi  de  l'auxiliaire 
avoir  avec  les  verbes  intransitifs  ou  pronominaux.  Nos  parlers 
conservent  encore  fidèlement  cet  ancien  usage  ;  l'auxiliaire  être 
ne  fait  que  commencer  à  apparaître,  l'emploi  en  est  tout  à  fait 
sporadique  et  individuel,  cf.  être  Z.  ad  fimm,  et  il  n'est  pas 
douteux  que  l'introduction  en  est  due  à  l'influence  du  fran- 
çais. Outre  ce  fait,  nous  n'avons  à  indiquer  ici  que  l'emploi  assez 
fréquent  que  nos  parlers  font  d'  «  en  aller  »  sans  pronom  réflé- 
chi, cf.  s'en  aller  L.,  sauf  à  l'impératif  où  le  pronom  existe  à 
peu  près  partout.  Mais  si  le  premier  de  ces  deux  faits,  isolé, 
récent  et  dont  le  développement  est  très  particulier,  atteste  cer- 
tainement un  emprunt  au  français,  il  n'en  est  pas  de  même  du 
second,  qui  doit  être  considéré  comme  dû  à  un  changement 
spontané. 

§  120.  Ancienne  flexion  nominale. 

Il  subsiste  encore  quelques  traces  de  l'ancienne  flexion  nomi- 
nale. On  a  déjà  vu  §  37  qu'un  certain  nombre  de  substantifs 
ont,  dans  toutes  les  localités,  sauf  au  Val-d'Ajol,  une  terminaison 
£,  ç  issue  d'un  groupe  rs,  dont  le  s  représente  l'ancienne  flexion 
de  nominatif.  On  a  vu  également  §  55  que  les  anciens  nomina- 


-  i83  - 

tifs  pluriels/////  et  tresiuil  sont  encore  usuels  à  peu  près  partout, 
naturellement  sans  valeur  casuelle,  ta  étant  limité  aux  témoins 
7  a,  II  a,  c,  15  a  et  iorto  au  seul  témoin  1 1  a. 

Enfin  il  faut  signaler  que  l'a.  fr.  iere  •<  aior  après  palatale  (cf. 
ML,,  II,  §  489)  a  survécu,  sous  les  formes  (y)^'',  (}')^''>  comme 
suffixe  de  nom  d'agent,  notamment  dans  les  trois  mots  chasseur 
c.  167,  faucheur  c.  337,  pêcheur  c.  559.  Ces  trois  cartes  nous 
le  montrent  en  voie  de  recul  dans  la  région  de  Remiremont;  il  a 
déjà  complètement  disparu  des  localités  11,  13-15,  et  dans  les 
trois  points  limitrophes  12,  16,  17,  le  suffixe  ()')?/  commence  à 
s'y  substituer.  En  dehors  des  trois  mots  cités,  (_)')<;>  est  fort  déchu, 
même  dans  les  deux  vallées;  je  ne  l'ai  relevé,  en  outre,  que  dans 
byâéfr,  bûcheron  c.  12e,  au  point  19  (dérivé  d'un  verbe  byœè'e, 
bûcher  L.),  et  que  Hingre  donne  aussi  s.  v.  bienchére. 

§  121.  Genre  des  substantifs. 

Quelques  substantifs  conservent  encore  dans  un  nombre 
variable  des  localités  le  genre  de  leur  type  étymologique,  tandis 
qu'ailleurs  il  areculé  sous  l'influence  du  français,  ainsi  que  le  prouve 
la  coïncidence  du  genre  récent  et  de  celui  du  français.  Le  féminin 
ancien  est  conservé  dans  lézard  c.  452  <  lacerta  partout, 
épi  <C  spica  partout,  sauf  chez  13  a,  b,  poison  c.  593  dans 
la  majorité  des  localités  ;  le  masculin  l'est  de  même  dans 
herse  c.  408  <C  hirpice  partout,  cf.  plus  loin  §  151  pour  le  trai- 
tement des  consonnes,  fourmi  c,  360  dans  la  plus  grande 
partie  de  domaine  comme  l'a.  fr.  fourmi:(,  dent  chez  les 
témoins  3  c,  4  c,  5  a,  6  a,  8'  b,  10  c,  17  f,  21  e,  rây, 
rouille  L.,  conformément  au  type  archaïque  du  fr.  rouil  D.G. 
chez  6  f,  II  d,  12  a,  13  a,  19  a,  21  a,  22  a,  ôrmàr, 
armoire  c.  44,  comme  en  ancien  français  (les  réponses  des 
témoins  n'ont  pas  permis  de  discerner  le  genre  de  ce  mot  pour 
toutes  les  localités).  On  peut  encore  considérer  le  féminin  de 
rhume  c.  659  comme  une  survivance,  car  l'ancien  français  a 
également  connu  cette  innovation,  cf.  Darmesteter,  Cours  de  gr. 
hist.  de  la  langue  franc.,  2*  P.,  Morph.,  p.  53,  Delagrave,  1897, 
et  de  même  celui  de  squelette  c.  728,  qui  a  existé  également 


—  ]84  — 

en  français,  d.  id.,  p.  51.  Mais  quand  l'innovation  est  propre  à 
nos  parlers,  il, est  difficile  de  se  prononcer;  et  s'il  semble  bien 
que  dans  lièvre  c.  454  le  féminin  recule  devant  le  masculin, 
on  ne  peut  cependant  pas  affirmer  qu'il  a  couvert  tout  le 
domaine  ;  le  fait  est  encore  plus  douteux  en  ce  qui  concerne  le 
masculin  d'herbe  c.  406  et  de  perdrix  c.  571,  cf.  §  144. 

§   122.  Adjectif. 

A.  Formation  du  féminin. 

Quelques  féminins  de  formation  archaïque  survivent  encore 
dans  une  aire  plus  ou  moins  restreinte,  non  seulement  grâ,  qui 
est  usité,  en  dehors  du  nom  composé  grand'mère,  devant  le 
nom  dans  la  plupart  des  localités,  mais  encore  fwo,  meici  et  -€-, 
qui  sont  également  assez  fréquents  ;  quelques  témoins  ont 
même  employé  fwo  en  fonction  d'attribut,  d.  grand,  fort, 
mauvais  L.  Notons  aussi  l'ancien  féminin  avec  ^  de  vert  c. 
787  dans  les  localités  1-8',  12. 

B.  —  Ordre  des  mots. 

On  sait  que  l'adjectif  est  préposé  au  substantif  dans  les 
parlers  lorrains  beaucoup  plus  fréquemment  qu'en  français. 
M.  P.  Passy  déclare  même.  Revue  de  phil.  fr.  et  prov.,  189e, 
p.  146,  qu'au  Val-d'Ajol  l'adjectif  qualificatif  précède  toujours 
le  substantif.  Le  participe  a  été  entraîné  dans  prî  lâse  lait 
caillé  c.  437,  très  fréquent  dans  les  deux  vallées.  Mais 
actuellement,  bien  que  le  français  populaire  même  présente  sou- 
vent cet  ordre,  cf.  «  c'est  un  rouge  bouquet  »  de  13  a  c.  351 
N.  E.,  «  il  a  un  gros  court  bec  »  de  8  a  en  parlant  du  bou- 
vreuil L.,  l'adjectif  tend  à  se  déplacer,  sous  l'influence  du  fran- 
çais; et  si  blanc ,  bleu ,  fin  ,  noir  A.  ont  été  préposés  par  un 
nombre  appréciable  de  témoins,  cf.  aussi  ptit  rnj  gro:{ey  2  b,  gros 
bycié g.  I  b,  8  a,  s.  v.  groseille  L.,  en  petit  ?jèr -èabr  2  a,  s.  v. 
cellier  L.,  rô  lâs'c  ij,  19,  21,  22,  premier  lait  de  la  vache  qui 
a  vêlé,  c.  438,  vert  c.  787  ne  l'a  été  que  par  un  seul,  5  a. 

§  123.  Syntaxe. 

1°  Syntaxe  de  l'article. 


-  i85  - 

Nous  n'avons  à  signaler  concernant  l'article  que  peu  de  faits, 
l'absence  de  l'article  dans  l'expression  «  aller  à  la  messe  »,  cf.  c. 
493  N.  E.,  et  dans  «  aie  patience  »  de  5  c,  cf.  a  voir  L. 

2°  Préposition. 

L'usage  des  prépositions  présente  quelques  survivances,  l'ab- 
sence d'à  après  le  verbe  ressembler,  cï.  la  c.  653,  le  développe- 
ment ancien  d'à  entre  faire  et  un  verbe  suivant,  cf.  la  c.  i, 
attesté  au  moyen  âge  dans  Ji  feist  ai  aivoir  NAL.  2531,  78, 
constructions  qui  toutes  deux  reculent  actuellement  sou*;  l'in- 
fluence du  français,  l'emploi  de  «  de  «dans  des  phrases  tellcr.cji  c 
«  je  n'en  ai  pas,  j'en  ai  de  besoin  »,  cf.  de  L.  En  ce  qui  cor.- 
cerne  l'absence  de  «  de»  après  «  douter  »  au  sens  d'avoir  peur,  cf. 
peur,  L.,  il  est  difficile  de  décider  si  nous  avons  affaire  à  une 
survivance  ou  au  contraire  à  une  innovation  analogique  qui 
serait  de  date  récente. 


CHAPITRE   IV 

CRÉATIONS   DE    FORMES  NOUVELLES 

L'importance  de  ce  chapitre  ne  doit  pas  se  mesurer  à  sa  lon- 
gueur. Il  est  aisé  de  comprendre  que  le  nombre  des  formes 
créées  par  nos  parlcrs  ne  peut  pas  être  considérable  ;  mais  c'est 
un  fait  capital  au  point  de  vue  de  leur  vitalité,  qu'ils  aient  été 
capables  d'en  créer  plusieurs,  exactement  quatre.  De  ces  quatre, 
trois  sont  des  formes  pronominales,  une  seule  est  verbale,  mais 
c'est  la  plus  intéressante,  car  les  trois  premières  peuvent  à  la 
rigueur  passer  pour  des  faits  lexicaux,  tandis  que  celle-ci  est 
vraiment  une  création  morphologique.  Il  faut  enfin  ajouter,  et 
ceci  n'est  pas  non  plus  pour  surprendre,  qu'une  seule  de  ces  in- 
novations, à  savoir  le  nouveau  pronom  réfléchi  de  l'aire  17-22, 
cf.  le  §  suivant,  appartient  en  propre  à  notre  domaine,  et  que  les 
autres  existent  aussi  dans  d'autres  parlers  lorrains. 

§  124.  Formes  pronominales. 

1°  Démonstratif. 

Malgré  la  grande  variété  des  formes,  cf.  celui-ci,  celle-ci, 
celui-là,  celle-là  c.  141  et  142,  on  voit  nettement  que  des 
formations  nouvelles,  composées  essentiellement  de  «  l'autre  » 
-\-  «  ci,  là  »,  occupent  une  aire  cohérente  1-15,  tandis  que  l'aire 
16-22,  tout  en  les  connaissant,  emploie  surtout  des  formes  plus 
anciennes  sesî,  selâ,  selsîQ),  sellâ{t).  Dans  l'aire  1-15,  le  point 
5  est  le  seul  à  emplover  encore  une  forme  ancienne  de  féminin 
sellbt  ;  les  faiis  sont  plus  compliqués  dans  la  vallée  de  la  Mose- 
lotte,  les  deux  types  de  pronoms  y  sont  actuellement  en  lutte. 
Mais  il  n'est  pas  douteux,  malgré  les  données  de  mes  cartes, 
que  les  formes  nouvelles  existent  dans  toutes  les  localités  et  que 
l'absence  d'une  forme  dans  tel  point  de  ces  cartes  provient  de  la 


-  i87  - 

méthode  de  mon  enquête  ;  c'est  ainsi  que  je  n'ai  pas  recueilli 
«  l'autre  -j~  1^  >>  ^  La  Bresse,  où  cependant  Hingre,  Monographie, 
p.  51,  signale  l'existence  de  Vaute-late  comme  de  raute-cite  et 
pour  les  deux  genres. 

Ces  pronoms  nouveaux  existent  sous  des  formes  diverses  dans 
de  nombreux  parlers  lorrains,  d.  Adam,  p.  57  sq.,  et  AL.  c. 
207,  208.  Par  contre  il  est  important  de  noter  que  l'innovation 
est,  dans  nos  parlers,  localisée  au  singulier,  cf.  les  N.  E.  de  mes 
cartes  141  et  142,  et  qu'elle  n'existe  au  pluriel  que  dans  des  loca- 
lités assez  éloignées  de  notre  domaine,  cf.  Adam,  p.  64.  Pour 
les  différentes  modifications  qu'ont  subies  ces  pronoms,  v.  plus 
loin,  §  139. 

2°  Réfléchi. 

Nous  avons  indiqué  §  92  que  les  parlers  de  l'aire  17-22 
emploient,  avec  la  valeur  du  réfléchi  français  soi-même,  dans 
les  phrases  à  sujet  impersonnel,  une  expression  particulière,  for- 
mée d'«  une  gent  »  -\-  le  pronom  de  la  3^  pers.  du  singulier 
-)-  «  même  ».  Le  pronom  personnel  est  ordinairement  le  mas- 
culin le,  seul  20  a  a  employé  le  féminin  ley,  et  dans  ce  cas  nous 
avons  affaire  aune  modification  récente  et  peut-être  individuelle. 
amenée  par  le  genre  d'«  une  gent  ».  La  nouvelle  expression 
n'est  en  eff"et  qu'un  renforcement,  au  moyen  d'«  une  gent  »,  de 
le  mom,  qui  équivaut,  dans  l'usage  de  ces  parlers,  au  français 
soi-même.  Cette  innovation  est  propre  à  la  vallée  de  la  Mose- 
lotte;  non  seulement  elle  est  inconnue  de  toutes  les  autres  locali- 
tés de  notre  domaine,  mais  il  semble  bien,  si  l'on  en  juge  par 
le  silence  des  recueils  lexicologiques,  qu'elle  n'existe  nulle  part 
ailleurs. 

3°  Emploi  du  pronom  personnel  précédé  de  «  tout  +  par  » 
au  sens  de  seul. 

Tous  nos  parlers  sont  d'accord  pour  employer  les  diff^érentes 
formes  toniques  des  pronoms  personnels  en  combinaison  avec 
«  par  »,  le  plus  souvent  précédé  de  «  tout  »  masculin  (ou  fémi- 
nin avec  le  pronom  féminin  de  la  y  personne),  au  sens  du  fran- 


—  i88  — 

çais  seul,  surtout  en  fonction  d'attribut,  cf.  seul  c.  707  et  L., 
et  Pè-lé,  Hingre.  i  pt-le  de  21  a  montre  que  l'expression  peut 
également  être  prise  qualificativement,  mais  cet  usage  est  rare. 
Elle  est  très  usuelle  dans  les  parlers  lorrains,  comme  on  le  voit 
par  les  données  de  VAL.  et  Tôt  Pai  Lu  Haillant  ;  elle  l'est 
également  dans  les  parlers  franc-comtois,  avec  ou  sans  «  de  », 
cf.  71)/^/  pà  lu  Vautherin  s.  v.  Pà,  Qu)  d  pè  lu,  Grammont 
s.  V.  pè,  in  d  pe  le  Boillot,  p.  372,  etc.  Le  développement 
de  cette  expression  n'a  rien  de  surprenant  :  il  se  rattache  aisé- 
ment à  des  emplois  de  la  préposition  par  en  français  tels  que  :  il 
a  fait  cela  par  lui-même,  etc.  ;  et  le  groupe  de  par  présente  dans 
l'ancienne  langue  des  acceptions  analogues.  Mais  le  français  n'a 
pas  poussé  le  développement  sémantique  aussi  loin  que  nos  par- 
lers, qui  en  ont  fait  un  véritable  composé  pronominal. 

§  125.  Imparfait  prochain. 

La  création  la  plus  importante  de  nos  parlers  est  celle  d'un 
imparfait  prochain,  cf.  §  loi  B.  La  particule  or,  réduite  parfois  à 
0  aux  points  13  et  14,  cf.  p.  ex.  treveyeto,  je  travaillais^  13  a, 
nr/o,  j'avais,  14  a,  quiestle  signe  de  cet  imparfait,  n'est  autre  que 
l'adverbe  or,  ainsi  que  G.  Paris  l'a  reconnu  i^.,  X,  pp.  601-609  ;il 
s'est  soudé  au  verbe  quand  il  avait  encore  le  sens  temporel,  mais, 
comme  me  l'a  fait  observer  M.  Meillet,  c'est  aussi  parce  qu'il  a 
perdu  sa  valeur  propre  d'adverbe  de  temps  qu'il  a  pu  se  réduire 
au  rôle  de  simple  particule  verbale. 

Tout  souvenir  de  son  indépendance  ancienne  n'a  pas  encore 
disparu,  car  Hingre  signale.  Monographie,^.  105,  qu'à  La  Bresse 
«  la  particule  de  négation  peut  s'intercaler  entre  le  verbe  et  l'ad- 
verbe, mais  seulement  à  la  3'  personne  tant  du  singulier  que 
du  pluriel  :  elne  vélî  lui-t-ôre  — il  ne  voulait  alors  pas,  el  ne  vélete 
mi-t-ôre  —  ils  ne  voulaient  alors  pas  »  ;  toutefois  personnelle- 
ment je  n'ai  pas  observé  le  fait,  qui  semble  au  moins  très  déchu, 
et  qui  certainement  n'existe  pas  dans  la  région  du  Thillot. 

Bien  que  ma  méthode  d'enquête  ne  m'ait  pas  permis  d'obte- 
nir de  chacun  de  mes  témoins  une  série  complète  de  formes  et 
que  même  aux  points  3  et  18  je  n'en  aie  recueilli  aucune,  les  faits 


—  i89  — 

dont  je  dispose  sont  assez  nombreux  pour  qu'on  puisse  en  déga- 
ger les  traits  principaux  de  l'usage  de  nos  parlers. 

Or,  ^i  ceux-ci  connaissent  tous  l'imparfait  prochain,  les  formes 
en  sont  extrêmement  variées.  En  effet,  d'une  part,  la  particule 
or  s'est  soudée  à  des  états  divers  de  l'imparfait  ordinaire,  et, 
d'autre  part,  à  la  suite  de  cette  soudure,  l'analogie  a  produit  des 
phénomènes  d'extension  d'emploi. 

Au  premier  point  de  vue,  on  a  des  formes  où  or  est  précédé 
de  :{  ou  /,  c'est-à-dire  qui  datent  d'une  époque  où  les  consonnes 
finales  des  désinences  étaient  encore  régulièrement  prononcées 
devant  voyelles,  cf.  poseior  21 ,  je  croyais  c.  233,  sewizpr  ^, 
sa-  lé,  nous  savions  c.  687,  eic.,seretor  5,  sàrltor  20,  il  ser- 
rait c.  705,  evïtôr  15  c,  ils  avaient,  etc.,  mais  à  côté  de  ces 
formes,  il  en  existe  où  les  consonnes  :{,  /  manquent  devant  (V,  et 
qui  sont  par  conséquent  de  formation  plus  récente,  cf.  t'ior  4  c, 
ils  étaient,  etc. 

On  a  vu  §  ICI  A  que  les  localités  9,  10,  14-22  hésitent  au  sin- 
gulier entre  e  et  éy  ;  mais  l'imparfait  prochain  n'a  des  formes 
avec  y  que  dans  l'aire  20-22,  cf.  àiveyor  22  a,  j'avais,  àwey:(or 
21,  tu  avais  c.  70,  etc.,  où  elles  sont  du  reste  en  rivalité  avec 
des  formes  sans  y  comme  âiufor  21  a,  etc.  On  se  rappelle  aussi 
que,  suivant  le  §  116,  la  terminaison  îtôr  de  Remiremont  y 
conserve  au  singulier  une  ancienne  flexion  /'  disparue  dans  l'im- 
parfait ordinaire.  Enfin  on  trouve  des  formes  de  singulier  où 
toute  la  désinence  de  l'imparfait  ordinaire  a  été  absorbée  par  la 
particule,  cf.  tor  2,  5  c,  6  a,  8  a,  8'  c,  9,  15  a,  19  c,  était 
c.  325  et  L.,  etc. 

Des  modifications  analogiques  se  sont  encore  ajoutées  à  cet 
état  si  complexe.  Bien  que  11  et  13  possèdent,  comme  12,  une 
désinence  0  au  singulier,  en  concurrence  avec  e  aux  trois  per- 
sonnes au  point  11,  mais  unique  aux  deux  premières  aux 
points  12  et  13,  cependant  seul  12  présente  des  formes  d'im- 
parfait prochain  avec  0,  cf.  kù{o:(or  12  b,  tu  cousais,  etôior, 
12  c,  j'étais,  etc.  ;  par  conséquent  des  formes  analogues  avec  ô 
ont  été  éliminées  aux  points  11  et  13  par  la  poussée  des  formes 
avec    é,    cî.  feye:(or   11  d,  je  faisais,  ûf^M/o,  -r  13  a,  tu  disais,  etc. 


—  190  — 

D'autre  part  i  et  t  qui  précèdent  si  fréquemment  la  particule 
appartiennent  étymologiquement,  le  premier  aux  deux  premières 
personnes,  le  second  aux  troisièmes.  Mais  la  propagation -analo- 
gique s'est  exercée  dans  les  deux  sens,  et  l'on  trouve  dans  la  plu- 
part des  localités  soit  des  formes  avec  :(  aux  troisièmes  per- 
sonnes, soit  des  formes  avec  t  aux  deux  premières,  cf.  eivej^r  9, 
il  y  avait  c.yr,  lï^or  9,  étaient,  hejetor  2  c,  je  cherchais,  sevltôr 
2,  7,  nous  savions  c.  687,  etc.  Cependant  l'aire  19-22  ne 
paraît  conserver  un  usage  plus  conforme  à  l'état  ancien  ;  parmi 
les  faits  que  j'y  ai  recueillis,  je  n'en  ai  pas  observé  où  :(,  t  aient 
franchi  leur  domaine  primitif,  et  ceci  concorde  avec  l'indication 
de  Hingre,  Monographie,  p.  10^,  d'après  laquelle,  à  La  Bresse, 
«  dre  peut  se  relier  par  l'euphonique  i(  aux  deux  premières  per- 
sonnes  du   singulier  et  du    pluriel [et]  la  liaison  avec  /  est 

nécessaire  avec  la  troisième  personne  du  singulier  et...  avec  la 
troisième  personne  du  pluriel  » . 

La  localisation  des  différents  types  de  formation  appelle 
quelques  observations.  On  comprend  en  effet  que  tous- ne  soient 
pas  également  usités  partout  et  que,  grâce  à  l'action  de  l'analo- 
gie, chacun  d'eux  ait  un  domaine  où  il  soit  particulièrement 
développé.  On  a  déjà  vu  que  les  formes  en  eyor  ne  subsistent 
que  dans  l'aire  20-22.  Celles  où  or  est  postposé  sans  consonne 
de  liaison  sont  également  rares  ;  je  n'en  ai  relevé  que  dans 
quelques  localités  des  deux  vallées  :  àzueor  et  tlor  déjà  cités,  àiulor 
21,  ils  avaient.  Des  deux  terminaisons  tor  et  ^or,  la  première  a 
été  employée  seule  dans  l'aire  1-8'  et  au  point  13,  au  contraire 
c'est  ;^^r  qui  existe  sans  rivale  aux  points  9,  12,  16  (le  point  10 
m'a  fourni  trop  peu  de  formes  pour  en  pouvoir  tirer  une  con- 
clusion) ;  dans  les  autres  localités  les  deux  terminaisons  sont  en 
présence,  dans  l'aire  19-22,  comme  on  l'a  vu,  conformément  à 
l'état  ancien  ;  mais  ailleurs  le  souvenir  de  leur  valeur  primitive 
paraît  perdu  ;  par  exemple  14  a  dit  à  la  fois  evt'to,  j'avais,  et 
dve:(or,  il  devait,  15  a  deht^bry  tu  disais,  \r\^\s  pbsetor  je  croyais 
c.  233,  17  a  j'ty'i:;pr,  vous  faisiez,  mais  d%vc::^or,  il  devait,  etc. 
Enfin  les  formes  du  singulier  où  or  a  absorbé  l'élément  dési- 
nentiel  n'existent  que  dans  une  partie  du  domaine,  à  savoir  dans 


—  191  — 

les  aires  i-i  i  et  19-22  (c'est  sans  doute  par  hasard  que  je  n'en  ai 
pas  recueilli  aux  points  10  et  20)  ;  dans  les  autres  localités  je 
n'en  ai  relevé  aucun  exemple  et  il  semble  qu'elle  y  soit  incon- 
nue: cf.  lor  déjà  cité,  b-iijôr  2  bougeait  c.  108,  Phôéor  2,  22 
commençait  c.  20}, pûyor  2,  .\,  pivàyôr  21  je  pouvais  c.  609, 
serbr  6  serrait  c.  705,  àvuor  19  c,  22  a,  evor,  j'avais,  posor  i  c, 
je  pensais, /)aw/(V'  5  a,  je  parlais,  liirwor  7  a,  il  pleurait,  peter  id., 
je  partais,  ràplïsor  11  a,  tu  remplissais,  kençor  19  b,  je  connais- 
sais, //7/;/t)/-  19  a,  je  fumais,  rcpor  id.,  je  remplissais,  dwor  22  a, 
tu  devais,  cf.  c.  251  N.  E. 


CHAPITRE  V 


INNOVATIONS    ANALOG1Q.UES 


§  126.  Article. 

La  forme  de  l'article  ï,  qui  équivaut  pour  le  sens  au  français 
au  et  est  usité  partout  sauf  par  ira,  c  et  13,  est  évidemment 
refaite  sur  dï. 

L'origine  d'à,  article  pluriel,  est  plus  douteuse,  cf.  §  108,  et 
aussi  §  iq6  ce  que  nous  avons  dit  concernant  le  développement 
de  lo  et  dô. 

§  127.  Pronoms  personnels. 

1°  t',  el,  el,  ell,  il,  ils,  elle,  elles. 

Le  pronom  masculin  soulève  des  questions  délicates:  la  voyelle 
e  représente-t-elle  par  développement  régulier  1'/  d'une  ancienne 
forme  //,  Ve  d'une  ancienne  forme  el,  ou  a-t-elle  subi  l'influence 
analogique  du  pronom  féminin  ?  L'hypothèse  que  le  pronom 
masculin  provienne  à'el  est  peu  vraisemblable,  car  el  est  neutre 
dans  l'ancienne  langue,  et  de  plus  ne  paraît  pas  se  trouver  dans 
les  documents  médiévaux  de  la  Lorraine.  Par  contre  l'hypothèse 
<\\xe  est  refait  sur  r/,  elle,  est  favorisée  par  l'existence  d'une  forme 
e,  il,  qui  s'emploie  quand  le  pronom  est  postposé,  ainsi  que 
l'indique  Hingre,  Monographie,  p.  47,  et  qui  survit  aussi  dans  la 
particule  interrogative  te,  cf.  §  130,  4°. 

D'autre  part,  Hingre  signale  une  forme  de  pronom  féminin  éle, 
usitée  comme  e,  et  évidemment  refaite  sur  la  forme  du  mascu- 
lin é. 

2°  le,  lui  tonique. 

Cette  forme,  employée  dans  l'aire  8-10,  16-22  et  parle  témoin 
5  g,  est  certainement  postérieure  à  In  des  autres  localités  et 
témoins  ;  mais  l'origine  en  est  obscure  ;  peut-être   est-elle  refaite 


—   193  — 

sur  lé\,  elle,  de  même  fonction.  Elle  paraît  être  inconnue  aux 
parlers  orientaux  en  dehors  de  notre  région  ;  je  ne  l'ai  notée  que 
dans  les  points  indiqués  plus  haut  et  à  Gérardnier,  d'après 
Horning,  §  202. 

5°  lÔ  et  lii,  eux,  elles. 

///,  qui  appartient  aux  points  12,  a  déjà  été  expliqué  §  109. 

Quant  à  Iode  l'aire  8-10,  16-22,  c'est  également  une  forme 
analogique,  qui  n'existe  à  ma  connaissance  que  dans  ces  localités, 
et  qui  est  refiiite  sur  iiô,  vô. 

4"  Pronom  de  la  2'  personne  du  singulier. 

A.  En  fonction  de  sujet. 

L'interprétation  des  formes  te,  té,  t,  usitées  devant  les  verbes, 
est  délicate.  On  admet  souvent  qu'elles  sont  issues  de  tu  par  un 
développement  phonétique  particulier,  cf.  ML.,  Gr.  d.  R.  Spr., 
II,  §  78.  Maison  admet  aussi  qu'elles  représentent  étymologique- 
ment  le  pronom  complément  proclitique,  qui  s'est  substitué  à  tu 
par  propagation  analogique,  cf.  pour  des  faits  analogues  en  an- 
cien français,  Brunot,  Histoire  de  la  langue  française,  I,  p.  419, 
420.  La  persistance  de  ///.  dans  les  phrases  interrogatives,  quand 
le  pronom  est  postposé,  dans  l'aire  ri,  13-17  et  chez  le  témoin 
8  c  appuie  fortement  cette  interprétation,  du  moins  pour  notre 
région.///  n'est  sans  concurrent  que  dans  les  points  i  r,  14,  1 5  ;  aux 
points  13,  16  et  17,  il  cède  plus  ou  moins  aux  formes  nouvelles, 
13a  dit  déjà//^/,  l'as-tu  ?,  16  afinlre  te,  finiras-tu  ?  et  17  a  et,  as- 
tu  ?  Dans  la  vallée  de  la  Moselle,  pos  tu  de  8  c  constitue  la  seule 
trace  que  nous  ayons  relevée  de  ///  ;  rappelons  enfin  que  le  témoin 
interrogé  par  M.  Edmond  au  Val-d'Ajol  connaît  encore  l'emploi 
de  ///,  cf.  mon  Atlas,  p.  xviii.  Il  existe  également  dans  beaucoup 
d'autres  localités  lorraines,  bien  qu'on  n'ait  pas  signalé  le  fait,  cf. 
Haillant,  Essai,  p.  362,  AL.,  c.  84,  85,  358,  575,  141e,  et  /w  a 
même  donné  naissance  à  ;m  d'Uriménil  «  qui  n'est  jamais  qu'in- 
terrogatif,  ex...  i///,  ai-je?  ». 
B.  —  tii  après  l'impératif. 

tû  non  seulement  s'est  maintenu  dans  les  conditions  qu'on  vient 
de  voir,  mais  il    s'est  substitué  au  pronom   complément   après 
l'impératif  dans  les  localités  11,  13-16;  toutefois///  n'est  devenu 
Lei  parlers  des  Vosges  méridionales.  15 


—  194  — 

exclusif  qu'aux  points  ir,  13,  14;  dans  liens-toi,  cf.  toi  Z,.,  15  a 
a  dit  te  et  16  a  tê,  dans  assieds-toi  c.  48,  16  a  a  dit  tè,  et 
dans  tais-toi  c.  739,  16  b  a  employé  successivement  té  puis 
/«. 

5°  «  Je  »  pronom  sujet  de  la  i'"  pers.  du  pluriel. 

La  substitution  de  «  je  »  à  «  nous  »,  dont  l'extension  est 
considérable  dans  les  parlers  lorrains,  ci.  Adam,  p.  69,  comprend 
dans  notre  domaine  des  localités  9-1 1,  13-17  ;  la  position  géo- 
graphique de  16  et  17  explique  qu'il  s'y  produise  quelque  flotte- 
ment. Du  reste  les  ténioins  16  b,  c,  et  17  b-g  ne  connaissent  que 
«  je  »,  seuls  16  a  et  17  a  emploient  encore  no  et  moins  fréquem- 
ment que  j(f),  puisqu'ils  m'ont  répondu  respectivement  2  et 
5  {oisnô  contre  8  et  9  fois  j(e).  La  présence  de  no  à  Remiremont, 
qui  à  première  vue  est  plus  surprenante,  est  à  l'examen  un  fait 
propre  au  seul  témoin  b,  qui  l'a  employé  3  fois  contre  6  fois 
«  je  »  ;  et  il  doit  probablement  cette  particularité  à  celui  de  ses 
ascendants,  qui  est  originaire  deBussang,  et  au  parler  de  safemme, 
qui  est  originaire  de  Rupt. 

6°  Ordre  des  pronoms  dans  le  groupe  correspondant  au  fr. 
«  le  moi  »  après  l'impératif. 

Il  suffira  de  rappeler  que  dans  ce  cas  nos  parlers  disent  à  peu 
près  sans  exception  «  me  le  »  en  plaçant  le  pronom  complément 
indirect  avant  le  pronom  complément  direct,  d'après  l'ordre  des 
phrases  telles  que  «  dis-moi  ce  que  tu  sais  »,  etc. 

7°  Emploi  de  «  lui,  eux  »  en  fonction  de  réfléchi  tonique. 

Ce  fait,  qui  a  déjà  été  signalé  §  92,  n'est  qu'une  extension  du 
recul    que  «  soi  »  a  également  subi  en  français. 

8°  n,  en,  devant  voyelle  dans  les  phrases  arfirniatives. 

D'après  j'en  ai  c.  285  cet  usage  appartient  à  l'aire  19-22,011  il 
est  dû  à  une  propagation  analogique  de  la  forme  ;/  des  phrases 
négatives,  expliquée  §  105  A  4". 

9°  ï,  pronom  adverbial. 

L'analogie  a  amené  fréquemment  l'emploi  de  ce  pronom,  non 
seulement  avec  la  valeur  de  «  lui  »,  comme  on  l'entend  souvent 
dans  le  français  populaire  de  I^aris,  mais  encore  avec  celle  de 
«  le  ». 


—  195  — 

L'explication  du  groupe  «  les  »  -\-  /',  qui  équivaut  au  fr.  leur, 
est  incertaine.  M.  ML.,  II,  §  78,  p.  105,  se  demande  s'il  faut  y 
voir  une  reformation  les  -\-  i  d'après  le  modèle  des  formes  du 
singulier  ace.  l{è),  dat.  //.,  ou  les  (leur  dans  les  localités  où  la 
voyelle  est  c),  0)  -f-  /  pronom  adverbial.  Il  n'est  pas  douteux  que 
dans  notre  région  le  premier  élément  est  les,  même  dans  les  points 
où  la  forme  actuelle  est  lo{y^;  mais  l'origine  du  groupement 
«  les  »  -f-  /  et  celle  d'/  n'en  sont  pas  plus  claires;  quoi  qu'il  en 
soit,  c'est  un  usage  très  répandu  dans  les  parlers  lorrains,  cf. 
Adam,  p.  79,  et  AL.,  c.  761. 

Pour  :^o.  :^Ô1,  eux,  elles,  cf.  plus  loin,  §  129. 

§  128.  Possessifs. 

1°  «  Leur  1). 

Les  formes  de  cet  adjectif  ont  subi  plusieurs  modifications 
analogiques;  la  de  l'aire  8-10,  16-22  est  refait  sur  le  pronom 
personnel  lô  de  la  même  aire,  cf.  §  127,  3°  ;  les  formes  du  singu- 
lier hit  de  l'aire  1-7,  lût  et  ^ùt  de  l'aire  11-16  doivent  leur  /  à 
net,  vot;:{u,  ^ùt  des  localités  11,  14-16,  leur  ;(  à  :{0,  ^ol,  eux, 
elles  ;  enfin,  comme  on  l'a  vu  §  109,  liï{t),  :^/<(/)  doivent  leur  û  à 
une  forme  de  pronom  personnel  lli,  qui  subsiste  encore  au  point 
12. 

2°  tey,  sey,  le  tien,  le  sien. 

Ces  formes  que  je  n'ai  relevées  que  chez  le  témoin  21  a,  mais 
que  Hingre  donne  également  pour  La  Bresse,  sont  refaites  sur 
mey  et  existent  vraisemblablement  dans  toute  l'aire  19-22  qui 
emploie  celle-ci. 

§  129.  Démonstratifs. 

1°  so,  sol,  ceux,  celles. 

sol  est  une  torme  refaite  par  analogie  sur  sô,  c'est  ce  que 
démontrent  l'existence  de  sel  singulier  et  pluriel  devant  le  relatif 
dans  de  nombreuses  localités  et  celle  de  selslQ),  sellà(t)  dans  la 
vallée  de  la  Moselotte  et  de  sello{t)  au  point  5.  Il  en  ressort  en 
outre  que  :{ol,  elles,  est  refait  sur  ~é,  eux,  et  qu'aussi  nous  avons 
eu  raison  d'admettre  §  19  que  so  représente  un  développement 
phonétique  régulier. 


—  19e  — 

2°  stoÇjt),  ceux,  celles,  du  Val-d'Ajol;  sûl,  celle,  du  point  9. 

sto(J)  est  également  d'origine  analogique  ;  cette  forme  est 
due  en  effet  au  croisement  de  so{i)  et  du  singulier  stûÇf),  abstrac- 
tion foite  du  /  final  dont  nous  allons  parler  plus  loin. 

Quant  zsul,  c'est  une  forme  refaite  sur  si'i^  cf.  p.  167. 

3°  Formes  avec  f  final. 

Ce  /  final  existe  à  peu  près  partout  dans  «  l'autre  -j-  ci  »  ou 
«  -|-  là  »  ;  les  formes  dépourvues  de  cette  terminaison  sont  deve- 
nues rares,  lotsî  18,  lotlà  17  a,  —  /t'  13  a.  Il  se  trouve  également 
dans  les  pronoms  dont  le  premier  élément  est  se,  sel,  so,  sol.  On  le 
rencontre  enfin  dans  stut,  sot,  stôt  du  Val-d'Ajol  et  dans  sût  des 
localités  10,  12,  13,  14. 

Ce  /  a  dû  probablement  se  développer  dans  «celle(s)-ci,  celle(s)- 
là  »  et  dans  «  l'autre  -|-  ci  »  ou  «  -j-  là  »  se  rapportant  à  un  mot 
féminin,  sur  le  modèle  d'adjectifs  tels  que  petit,  -ite,  cf.  en  dehors 
de  notre  domaine  stïsît,  stïlet  23  de  nos  cartes  141,  142,  selslt  33 
AL.  c.  208,  Z.  §  115  et  surtout  Vautherin,  Châtenois,  p.  37,  et 
passer  de  là  au  masculin  ;  c'est  ce  qui  explique  que  les  formes  du 
masculin  singulier  sesl,  selâ  et  celle  du  masculin  pluriel  solà  'de  la 
vallée  de  la  Moselotte  n'aient  nulle  part  ?  final,  et  que  dans  la  vallée 
delà  Haute-Moselle  ce  soit  seulement  dans  des  formes  masculines 
du  type  «ceux-ci,  ceux-là  »  qu'il  manque  parfois.  Mais  il  faut  ajou- 
ter que,  sauf  la  survivance  de  ces  formes  maculines  sans  t,  nos 
parlers  n'ont  plus  le  sens  de  la  valeur  étymologique  des  formes 
avec  /  final,  et  c'est  ainsi  que,  par  exempte  au  Val-d'Ajol,  12  b  a 
employé  stot  au  masculin  etstô  au  féminin. 

On  peut  se  demander  si  «  cette  »  n'a  pas  une  part  dans  le 
développement  du  /  final,  mais  l'absence  totale  de  set  donne  peu 
de  vraisemblance  à  cette  hypothèse;  sùtdes  localiiés  10,  12,  13,  14 
peut,  il  est  vrai,  être  considéré  comme  issu  du  croisement  de 
*set  et  de  su,  mais  il  est  possible  aussi  que  ce  soit  une  forme 
postérieure  à  sii,  comme  sti~it,  sot  du  Val-d'Ajol  sont  i>sues  de 
sti'i,  so;  en  l'état  présent  de  nos  connaissances,  la  question  ne 
comporte  pas  de  solution. 

4°  Préposition  de  l'article  devant  «  celui,  celle...  »  précédant 
le  relatif,  et  simplificationdu  système  des  formes. 


197  — 

Sauf  dans  la  vallée  de  la  Mosclotte,  et  au  singulier  plus  qu'au 
pluriel,  l'article  est  fréquemment  préposé  devant  les  formes  pro- 
nominales précédant  le  relatif,  probablement  d'après  les  pro- 
noms possessifs.  Cette  préposition  de  l'article  a  eu  pour  consé- 
quence une  simplification  du  systciue  des  formes  dans  la  plupart 
des  localités, 

5°  Substitution  de  «  ça  »  à  «  ce  »  devant  «  est  ». 

Cet  usage  existe  dans  toutes  les  localités  dans  les  groupes 
«  c'est  »,  «  ce  n'est  pas  »,  «  c'était  »  cf.  ce  L. 

§  130.  Pronoms  et  adverbes  ou  conjonctions  relatifs  et  interro- 
gatifs. 

1°  Le  relatif. 

Toutes  les  localités  ne  possèdent,  comme  on  l'a  vu  §  96, 
qu'un  seul  type  qui  correspond  au  fr.  que,  c'est-à-dire  que  la 
forme  du  complément  «  que  »  s'est  substituée  partout  à  celle  du 
sujet  «  qui  »  ;  en  effet,  bien  que  le  fait  ne  soit  pas  impossible, 
il  est  peu  vraisemblable  que  «  qui  »  ait,  par  développement 
phonétique  particulier,  rejoint  «  que  ». 

2°  Les  formes  périphrastiques  avec  «est-ce  que  »,  «  ce  que  », 
etc. 

Les  formes  avec  «  est-ce  que  »,  bien  connues  du  français  et 
qui  permettent  de  garder  l'ordre  des  mots  sujet  -|-  verbe,  sont 
devenues  prépondérantes  dans  l'interrogation  directe,  au  point 
que  ('  qu'est-ce  que  »  a  complètement  éliminé  «  que  »  et  que 
«  qui  »  est  aujourd'hui  rare  à  côté  de  «  qui  est-ce  que  ».  Bien 
plus  «  est-ce  que  »  se  rencontre  même  dans  l'interrogation 
indirecte  ;  c'est  ainsi  que  i  a,  d,  2  c  disent  «  on  ne  sait  à  qui 
est-ce  se  fier»  et  21  a  «...  à  qui  est-ce  qu'on  veut  ».  «  Est-ce  que  » 
s'est  également  introduit  après  d'autres  mots  interrogatifs  :  i  b, 
2  a,  c,  4  a,  8'  e,  9,  11  a,  c  ont  répondu  «  lequel  est-ce  des  deux 
qu'il  faut  acheter?  »,  2  b  «  quel  âge  est-ce  que  tu  as  ?  »,  et 
plusieurs  témoins  «  quand  est-ce  que...  ?  » 

La  même  construction  se  rencontre  après  «  où  »  interrogatif 
ou  relatif,  cf.  les  cartes  539-541.  Mais  il  n'est  pas  moins  fréquent 
que  l'élément  qui  s'ajoute  à  l'ancien  mot  interrogatif  ou  relatif  ne 


—  198  — 

soit  formé  que  de  «  ce  que  »  après  «  où  »  ;  il  en  est  de  mêmeaprès 
«  pourquoi  »  «  combien  »,  «  comment  »  au  sens  de  comme  et  de 
comment,  «  quand  »,  d.  piike  s  he  9,  14  a,  -é  11  b  dans  [«  Pour- 
quoi ne  te  maries-tu  pas  ?  »  etc.],  «  combien  »  ske  «  ça  vaut  »  4 
c,  14  a, combien  N.  E.  c.  200,  ino  s  ke  1-9,  niô  s  kê  11  b, -^  13, 
16-22  dans  [«  Comment  ça  va-t-il  ?  »],  vià  s  ke  '^  z,  b,  8'  z,  rnè- 
20-22,  kniô-  1 1  e  dans  [«  Vous  auriez  dû  voir  comme  les 
arbres  en  étaient  chargés;  regardez  donc  comme  il  ressemble  à  sa 
mère  »],  kà  s  ke  16  b,  19  c,  21  a  dans  [«  Quand  partirons- 
nous  ?  »].  Il  est  possible  que  dans  ces  différentes  expressions  «  ce 
que  »  soit  une  réduction  phonétique  d'  «  est-ce  que  »,  mais  une 
part  doit  revenir  aussi  à  l'extension  analogique  du  groupe  relatif, 
comme  p.  ex.  les  témoins  4  c,  14  a  ont  dit  «  combien  ce  que 
ça  vaut  ?  I)  (et  comme  le  dit  également  le  français  vulgaire) 
d'après  des  phrases  telles  que  «  dites-moi  ce  que  ça  vaut  » .  Quoi 
qu'il  en  soit,  nous  avons  certainement  affaire  à  une  réduction 
d'ordre  phonétique  dans  les  expressions  sans  «  que  »  ils,  viis,  où 
(vas-tu  ?)  c.  541,  mes,  comment  (ça  va-t-il  ?),  22  a,  kat  es,  quand 
(partirons-nous?),  19  c,  formes  dont  on  peut  rapprocher  pus  3 
a,  puisque  c.  621. 

3°Développjment  du  relatif  «  que  »  après  les  mots  interroga- 
tifs  ou  relatifs. 

Une  autre  construction,  aussi  fréquente  que  les  tournures  péri- 
phrastiques  avec  «  est-ce  que,  ce  que  »  et  qui  permet,  comme 
elles,  de  garder  l'ordre  des  mots  le  plus  usuel,  consiste  à  dévelop- 
per le  relatif  «  que  »  après  les  mots  interrogatifs,  d'où  il  a  péné- 
tré après  les  relatifs  ;  ainsi  tous  les  témoins  ont  répondu  «  Quel 
temps  qu'il  fait  ?  »,  tous,  sauf  un,  «  Quel  âge  que  tu  as  ?  »,  la  très 
grande  majorité  «  Lequel  des  deux  qu'il  faut  acheter?  »,  «  Com- 
bien que  ça  vaut?  »  ;  on  la  rencontre  avec  où,  comment  dans  les 
phrases  citées  plus  haut.  Même  dans  celles  où  «  comment  »  a 
le  sens  de  «  comme  »  12  dit  ma  k  et  kma  k. 

4°  La  particule  interrogative  ic. 

te,  qui  correspond  étymologiquement  au  fr.  populaire  //,  dont 
l'origine  est  bien  connue,  est  devenue  une  véritable  particule 
i  iterrogative  qui  permet,  comme  les  constructions  précédentes. 


—   199  — 

de  ncpaschanger  l'ordre  des  mots  de  la  phrase  affirmative:  je  l'ai 
recueillie  dans  la  plupart  des  localités,  et  s'il  en  est  quelqu'une 
où  je  ne  l'aie  pas  signalée,  c'est  naturellement  par  hasard,  cf.  l'as- 
tu  lu?  c.  65,  crois-tu?  dors-tu?  finiras-tu?  c.  772-4, 
voulez-vous  ?  c.  807,  etc.;  elle  se  substitue  même  à«  elle  » 
dans  la  phrase  [«  Votre  fillette  est-elle  déjà  baptisée  ?  "J,  pour 
laquelle  les  témoins  i  a,  3  a,  4  c,  8  a_,  b,  8'  a,  b,  9  ont  répondu  : 
«  V.  f.  «  ott'  »  d.  b.  ?  >;. 

LE    VERBE 

L'analogie  a  exercé,  comme  on  pouvait  s'y  attendre,  une  action 
particulièrement  puissante  dans  la  constitution  du  système  ver- 
bal, et  on  a  déjà  eu  l'occasion  d'en  constater  de  nombreux  effets 
dans  les  chapitres  précédents.  Qu'on  se  rappelle  ce  qui  a  été  dit 
du  développement  qu'a  pris  la  désinence  e,  à  delà  f^  pers.  sing. 
de  l'indicatif  présent  dans  l'aire  1-8',  12,  18-22,  §  112,  des  modi- 
fications analogiques  qui  accompagnent  le  maintien  de  la  dési- 
nence /,  té  de  la  3^pers.  du  pluriel  dans  l'aire  19-22,  §  113,  de 
l'extension  respective  des  deux  types  de  désinences  de  la  l"^  pers. 
du  pluriel  de  l'indicatif  présent  et  de  l'impératif,  extension  qui  a 
même  fait  disparaître  les  formations  fortes  de  dire  et  faire,  cf. 
§  98,  2°,  de  celle  de  la  désinence  t  à  la  3'  pers.  du  sing.  de  l'im- 
parfait dans  Taire  19-22,  §  116,  de  l'origine  du  s  final  au  pluriel 
du  subjonctif,  §  117.  Mais  ces  faits,  que  les  nécessités  de  l'exposé 
m'ont  amené  à  étudier  dans  les  chapitres  précédents,  sont  relati- 
vement peu  nombreux  à  côté  du  nombre  considérable  qu'il 
reste  encore  à  traiter. 

§  131.  I"  et  3*=  personnes  du  pluriel  de  l'indicatif  présent  et  du 
futur. 

La  désinence  de  la  3=  personne  du  pluriel  de  l'indicatif  présent 
d  i-io,  Ô  II,  13-18,  a  12  provient  d'un  déplacement  de  l'accent 
qui  a  été  reporté  sur  la  finale  étymologiquement  atone  ent, 
d'après  le  modèle  des  deux  autres  personnes  du  pluriel,  cf.  ML., 
Gr.  d.  R.  Spr.,  II,  §  137.  Bien  que  ce  traitement  date  probable- 
ment d'une  époque  ancienne,  les  textes  médiévaux  en  donnent 


—    200    — 

peu  d'exemples;  j'ai  cependant  relevé  démoliront,  qui  se  trouve 
deux  fois  dans  un  court  fragment  d'un  compte  de  l'abbaye  de 
Remiremont,  Inventaire  sommai re,lll.  p.  43,  col.  2;  p.  44,  col,  i. 

Par  analogie  la  forme  forte /ô,  cf.  la  c.  332,  a  été  refaite  dans 
la  plupart  des  localités;  elle  ne  subsiste  plus  qu'en  quelques 
points  II,  16,  17,  18  (l'aire  19-22  n'étant  pas  ici  en  question), 
et,  sauf  au  point  18,  elle  y  est  en  concurrence  avec  la  formation 
nouvelle. 

En  ce  qui  concerne  le  traitement  phonétique  de  la  désinence, 
il  est  impossible  de  reconnaître  si  oil  est  représenté  directement 
par  à,  t;  ou  a  été  modifié  par  à,  ont,  so,  sont.  Par  contre,  il  est 
permis  d'attribuer  a  du  point  12  à  l'influence  d'  «  ont  ».  Il  est 
vrai  qu'actuellement  la  forme  d'  «  ont  »  dans  cette  localité  est  d; 
mais  cette  action  est  certaine  dans  les  parlcrs  limitrophes  de  la 
Franche-Comté  qui  ont  à  la  fois  à  à  la  3'  personne  du  pluriel, 
cf.  commencent,  c.  202,  et  ^  ■<  *ant  <  habent  ;  cf.  aussi  à 
Fougerolles  la  désinence  à  des  i"'^  et  y  pers.  plur.,  notée  par 
P.  Passy,  Revue  dephil.fr.,  1892,  p.  140,  14e.  L'état  particulier 
du  Val-d'Ajol  peut  provenir  soit  d'un  mélange  de  parlers,  soit 
d'une  modification  récente  d'  «  ont  »,  qui  aura  été  refait  sur 
so. 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  formation  d'une  désinence  tonique  de  la 
y  personne  a  créé  un  lien  étroit  entre  cette  personne  et  la  i""': 
c'est  ainsi  qu'au  Val-d'Ajol  â  de  la  3^  personne  a  passé  à. la  !■■% 
même  dans  le  verbe  avoir,  d.  la  c.  68.  Mais  un  nouveau  déve- 
loppement est  survenu,  qui  a  rendu  les  faits  plus  compliqués  ;  il 
s'agit  de  l'abrègement  des  deux  désinences,  dont  l'origine  est 
évidemment  syntactique,  mais  dont  le  procès  ne  peut  pas  être 
établi  d'une  façon  certaine. 

Actuellement  la  i'"''  personne  est  brève  partout  dans  tous  les 
verbes  autres  qu'aller,  avoir,  être  et  la  désinence  du  futur,  qui 
conservent  0  dans  des  aires  difieremes,  mais  ne  comprenant  pas 
les  points  1-8,  20-22;  quant  à  la  3*  personne,  elle  est  également 
brève  dans  l'aire  1-18  (19-22  conservant,  comme  on  sait,  /,  tè) 
dans  tous  les  verbes  autres  qu'aller,  avoir,  être,  faire  et  la  dési- 
nence du  futur.  Mais  dans  ces  derniers  0  a  une  extension  plus 


—    201    — 

grande  qu'à  la  i'"  personne  :  o,  ont,  la  désinence  ù  de  la  3'  pers. 
du  futur,  vo,  vont,  existent  partout,  tandis  qu'à  la  i'^  pers.  0 
n'occupe  que  les  localités  9-1 1,  14-17  et  ^9-19;  de  même  sd, 
sont,  couvre  l'aire  1-19,  mais  i'o,  sommes,  seulement  l'aire  11, 
13-17;  en\{n  fo,  font,  subsiste  dans  les  points  11,  16-22. 

Faut-il  conclure  de  la  plus  grande  extension  des  formes  brèves 
à  la  i"=  personne  que  l'abrègement  s'est  d'abord  produit  à  la 
i''*^  personne  et  qu'il  a  gagné  la  3^  par  analogie  ?  Bien  qu'assez 
probable,  cette  interprétation  n'est  pas  à  l'abri  de  la  discussion; 
il  n'est  pas  impossible  que  l'abrègement  ait  eu  lieu  simultanément 
aux  deux  personnes  dans  les  verbes  à  désinence  faible  ou  même 
qu'il  ait  passé  de  la  3*  personne  à  la  r=,  et  que  les  particularités 
des  verbes  à  désinence  forte  aller,  avoir,  être,  faire  et  du  futur 
soient  dues  à  des  réactions  plus  récentes.  On  y  voit  que  nos  par- 
1ers  utilisent  dans  des  aires  variées  les  différences  de  la  quantité 
pour  distinguer  la  ï''  et  la  3^  personne,  et  conservent  en  ce  cas 
les  formes  longues  pour  la  3^  personne;  mais  cependant  l'aire  19- 
22,  qui  fait  partie  des  localités  où  ces  distinctions  sont  usuelles, 
dliso,  sont,  d'après  la  i"  personne. 

§  132.  Indicatif  présent  du  verbe  avoir  et  2'  et  3'  personnes 
du  futur. 

Tous  nos  parlers  s'accordent  pour  employer  à  la  i'"  et  à  la  2* 
personne  du  pluriel  de  l'indicatif  présent  du  v.  avoir  des  formes 
dont  le  radical  a  été  supprimé  sur  le  modèle  des  autres  formes 
de  ce  temps,  cf.  les  c.  68  et  69. 

Outre  les  formes  de  la  2^  pers.  du  pluriel,  qui  ont  déjà  été 
expliquées  §  115,  le  point  21  présente  une  forme  particulière  ï 
excessivement  rare,  puisque  je  ne  l'ai  retrouvée  qu'au  Tholy,  cf. 
Adam,  p.  115,  et  qui  est  sans  doute  la  forme  correspondante  de 
l'imparfait,  du  conditionnel  et  du  subjonctif  (abstraction  faite  du 
s  final  de  date  récente),  voir  plus  loin,  §  136. 

Enfin  é  de  la  2*  et  de  la  y  personne  du  singulier,  qui  repré- 
sente un  développement  en  position  protonique  dû  à  la  fonction 
proclitique  de  ces  formes,  et  la  3'  pers.  è  des  témoins  ira,  c,  qui 
en  est  issue  postérieurement,  cf.  §  105,6,  1°,  ont  pénétré  par 
analogie  dans  les  formes  correspondantes  du  futur. 


—    202    

§  133-  Indicatif  présent  du  verbe  être. 

La  2"  et  la  3^  personne  du  singulier,  c.  323,  sont  partout  homo- 
phones et  représentent  un  type  ancien  avec  e  fermé,  c.-à-d.  la 
forme  proclitique,  qui  a  partout  éliminé  la  forme  tonique,  cf. 
ML.,  Gr.  d.  R.  Spr.,  II,  §  211.  La  2^  personne  du  pluriel,  c. 
323,  a  été  à  son  tour  refaite  .sur  ces  deux  personnes,  et  ot  du 
Val-d'Ajol  doit  même  à  une  action  nouvelle  d'r?,  es,  est,  sa 
voyelle  0,  puisque,  d'après  le  §  53,  e  fermé  devant  consonne  y 
devient  à.  Cette  localité  présente  en  outre  à  la  r'  et  à  la  2'  pers. 
du  pluriel,  c.  323  et  324,  des  faits  particulièrement  compliqués: 
elleemploie  indifféremment  pour  ces  deux  personnes  ot  ti  uneautre 
forme  set\  or,  celle-ci  contient,  outre  1'.^  initial  de  la  r^  personne, 
un  élément  r/,  qui  est  identique  à  ^/,  êtes,  des  parlers  limitrophes 
de  la  Franche-Comté.  C'est  certainement  au  voisinage  de  cette 
forme  qu'est  dû  le  trouble  du  parler  du  Val-d'Ajol,  car  il  n'a  pas 
pu  posséder  à  la  fois  ot  et  ét\ 

La  r^  pers.  du  pluriel  de  tous  les  autres  parlers  correspond  au 
type  ancien  bien  connu    sons. 

Enfin  à  côté  de  =  sa  suis  des  autres  localités,  so  du  Val-d'Ajol 
est  d'origine  obscure  ;  il  provient  peut-être,  avec  un  allongement 
postérieur,  d'un  développement  d'à*  protonique  en  0,  comme 
nous  l'avons  vu  §  65,  s'il  n'est  pas  dû  à  quelque  modification 
analogique,  par  ex.  à  l'influence  de  vo,  je  vais. 

§  134.  Indicatif  présent  du  verbe  aller. 

Des  réactions  analogiques  variées  se  sont  produites  entre  les 
trois  personnes  du  singulier.  La  forme  va  est  particulièrement 
usitée  dans  la  région  de  Remiremont,  tout  en  y  étant  partout 
en  concurrence  avec  ve  ou  ve,  forme  qu'emploie  exclusivement 
le  témoin  13  b.  De  son  côté  vï  est  seule  usitée  dans,  les  localités 
i-io,  16-22  à  la  2^  personne  et  dans  les  localités  i-io,  12, 
13  (outre  vc),  16-22  à  la  y.  A  la  i''',c.  \<),vê  occupe  une  aire  plus 

I.  Cette  dernière  forme  parait  correspondre  au  fr.  êtes,  dont  l'explication 
n'est  pas  certaine;  M.  Granimont,  p.  148,  attribue  le  /  à'ct  du  parler  de  la 
Franche-Montagne  à  l'analogie  des  verbes  en  ère^  mais  hèt,  battez,  crot,  crois- 
sez, etc.,  qu'il  cite,  peuvent  être  récents.  Quant  au  traitement  de  ïl,  il  se  super- 
pose sur  celui  de  Jet,  fête,  têt,  tête,  etc. 


—   203    — 

restreinte  9-1 1,  i')-iS,vede  22  a  n'étant  qu'un  fait  individuel;  quant 
aux  points  1-8',  12,  19-22,  ils  disent  vô,  et  22  présente  en  outre 
une  forme  récente  nàle.  ve  du  seul  témoin  13  b  est  évidemment 
l'état  antérieure  à  ve,  dont  la  voyelle  a  été  à  la  fois  fermée  et 
allongée,  comme  c,  as,  a  ;  et  elle  représente  un  développement 
en  position  proclitique  comme  cette  forme,  à  moins  qu'elle  ne 
soit  refaite  sur  celle-ci,  cf.  encore  §  105,  B,  2°.  va  est  proba- 
blement analogique  d'après  â,  j'ai.  Quant  à  vo,  il  est  impossible 
de  savoir  s'il  est  issu  de  l'ancienne  forme  vois  ou,  par  labiali- 
sation,  de  va.  Enfin  la  r^  pers.  du  pluriel,  c.  22,  a  été,  dans 
toute  l'aire  1-19,  refaite  sur  la  3';  elô  des  points  i,  4,  7,  8 
et  («)«/()  de  l'aire  20-22  sont  probablement  des  reformations 
plus  récentes;  mais  il  n'est  pas  impossible  qu'ils  représentent  un 
état  antérieur  à  celui  de  Taire  1-19.  Notons  aussi  l'emploi  de  vd 
à  la  2'  p.  pluriel  chez  le  témoin    11  eet  au  \'^al-d'Aiol. 

§  135.  2-  pers.  sing.  de  l'impératif  de  venir. 

D'après  la  c.  782,  la  grande  majorité  de  nos  parlers  a  une 
forme  dont  l'explication  est  délicate.  M.  Horning,  p.  lor  s.  v. 
venir,  cite  des  exemples  recueillis  dans  d'autres  parlers  lorrains  et, 
d'après  le  rapprochement  qu'il  fait  avec  le  fr.  çà  venons  ici  (sic), 
montre  qu'il  y  voit  la  i'^  pers.  du  pluriel.  Mais  si  cette  hypo- 
thèse est  à  première  vue  séduisante,  on  est  surpris  que  la  dési- 
nence de  cette  forme  ne  coïncide  pas  partout  avec  celle  de  la 
r''  pers.  du  pluriel,  cf.  §  131  et  connaissons  c.  205. 

Faut-il  admettre  que  cette  forme,  en  raison  de  son  emploi  par- 
ticulier, ait  conservé  dans  plusieurs  localités  un  état  ancien  de  la 
V  pers.  du  pluriel  à,  semblable  à  celui  qui  existe  encore  au  Val- 
d'Ajol?  Ou  bien  a-t-on  affaire  à  un  développement  particulier, 
comme  la  voyelle  dénasalisée  à  des  points  1-3,  5,  6  et  la  forme 
venode  la  localité  franc-comtoise  25  invitent  à  le  supposer?  Quant 
à  vye  de  11,  16,  17,  c'est  soit  une  reformation  récente  peut-être 
d'après  le  français,  soit  la  forme  anciennement  usitée:  on  n'a  pas 
le  moven  de  le  décider. 


—    204   — 

§  136.  I  désinence  du  pluriel  de  l'indicatif  imparfait  et  du 
conditionnel  et  /(.f)  du  subjonctif. 

;,  qui  est  actuellement  la  désinence  unique  des  deux  premières 
personnes  du  pluriel  de  l'imparfait  et  du  conditionnel  et  celle  de 
la  3^  sauf  dans  l'aire  19-22,  représente  étymologiquement  la  dési- 
nence de  la  r^  pers.  du  pluriel,  anciennement  -iens,  cf.  ML., 
Gr.  d.  R.  Spr.,  II,  §  258,  qui  par  analoc^ie  a  pénétré  dans  les 
deux  autres  personnes.  C'est  naturellement  cette  même  forme, 
qui  existe  dans  le  subjonctif  7(5),  cf.  §  117.  Ces  modifications 
analogiques  dépassent  de  beaucoup  notre  domaine,  cf.  ML.,  0.  c, 
et  Adam,  p.  170  sq.,  176  sq.,  et  elles  remontent  à  une  époque 
ancienne,  puisque  j'ai  relevé  devient,  devaient,  NAL.,  2542,  73, 
averient,  auraient,  id.  id.  66,  et  wetieut,  mettent,  id.  2531,  8y. 
Cf.  sur  le  traitement  phonétique  de  cette  désinence,  §  57. 

§  137.  Les  7,  désinences  du  singulier  et  la  3'  du  pluriel  de  l'in- 
dicatif imparfait  et  du  conditionnel. 

Quelques  explications  sur  le  développement  des  formes  sont 
nécessaires  pour  comprendre  comment  l'analogie  s'y  est  exercée. 
éy  et  la  forme  secondaire  e  sont  issues  régulièrement  après 
labiale  des  anciennes  désinences  de  la  i"  et  de  la  2'  personne  eie, 
êtes,  et  il  en  est  de  même  de  la  3'  pers.  du  pluriel  de  l'aire  19- 
22  eyt,  et  <C  eient.  Le  y,  qui  s'était  développé  devant  e  féminin, 
tend  à  tomber  partout,  et  il  a  même  complètement  disparu  dans 
l'aire  1-8',  et  au  point  13.  J'en  ai  cependant  encore  recueilli  une 
trace  à  Saint-Maurice,  où  le  témoin  c  se  souvient  qu'une  famille 
originaire  du  lieu  formait  cette  désinence  en  cy.  Ô  de  son  côté  et 
ol  de  l'aire  19-22  sont  issus  des  mêmes  désinences  eie,  eies,  eient 
après  les  consonnes  non  labiales.  Toutes  les  localités  ont  perdu 
un  y  qui  suivait  Vo,  mais  il  subsiste  encore  dans  de  nombreux 
parlers  lorrains,  cf.  Adam,  p.  140,  142,  148,  Horning,  §  95, 
etc.  Quant  à  a  et  e  de  la  3*  pers.  du  sing.  de  l'imparfait  et 
du  conditionnel,  ils  représentent  le  développement  de  l'an- 
cienne désinence  eit  après  consonnes  non  labiales,  cf.  Schwan- 
Behrens,  §  3.11,  et  supra,  §  52,  1°. 

En  somme,  malgré  l'apparente  complexité  des  faits,  l'analogie  a 


considérablement  simplifié  le  système  des  formes  de  ces  deux 
temps  dans  diverses  localités,  é  est  devenu  la  désinence  unique 
des  3  personnes  du  singulier  de  l'imparfait  de  tous  les  verbes 
dans  l'aire  1-8'  et,  sauf  la  dualité  phonétique  d'éy,é,  il  en  est  de 
même  de  l'aire  9,  10,  14-18.  Si  l'aire  19-22  conserve  à  la  3^^  per- 
sonne une  désinence  archaïque  z,  qu'elle  a  du  reste  étendue  à 
tous  les  verbes  sauf  être,  elle  n'emploie  aussi  aux  2  premières 
personnes  qu'^)',  ('.  12  et  13  ont  au  contraire  préféré  pour  ces 
deux  personnes  la  désinence  0,  que  toutes  les  localités  ont 
adoptée  aux  mêmes  personnes  du  conditionnel;  11,  comme 
souvent,  est  flottant,  et  hésite  entre  e  et  Ô  aux  3  personnes  de 
l'imparfait.  L'ancienne  désinence  eit,  et  encore  faut-il  ajouter 
qu'il  ne  s'agit  que  d'eit  après  consonne  non  labiale,  n'a  survécu 
à  l'imparfait  qu'au  point  12  où  elle  est  devenue  exclusive,  au 
point  13  où  elle  est  en  rivalité  avec  e  et  dans  l'aire  19-22  qui  ne 
la  possède  qu'au  v.  être;  au  conditionnel,  elle  a  résisté  davan- 
tage, cependant  11  et  15  lui  substituent  plus  ou  moins  0.  Quant 
àœ  de  l'aire  17-22,  l'origine  n'en  est  pas  sûre  :  peut-être  faut-il 
l'expliquer  comme  on  l'a  proposé  §  105,  B,  3°,  ou  y  voir  une 
influence  analogique  du  subjonctif  d'avoir,  être,  cf.  les  cartes 
77,  32e. 

§   138.  Parfait. 

A.  Parfait  faible. 

Des  deux  désinences  du  singulier  e  et  œ,  la  première  repré- 
sente étymologiquement  la  flexion  de  la  V^  conjugaison,  où 
l'identité  des  trois  personnes  a  pu  se  produire  par  développe- 
ment phonétique,  bien  que  M.  ML.,  Gr.  d.  R.  Spr.,  Il,  §  772, 
fasse  quelques  réserves.  La  seconde  provient  de  l'action  analo- 
gique des  parfaits  en  œ  tels  que  ceux  d'avoir,  être,  etc.;  d.  plus 
loin,  B.  On  remarquera  que  cette  modification  s'est  produite 
indépendamment  dans  les  localités  2,  4,  6  de  la  vallée  de  la 
Haute-Moselle  et  dans  la  région  de  Remiremont.  Elle  dépasse 
du  reste  de  beaucoup  notre  domaine  ;  on  la  rencontre  à  Urimé- 
nil,  d'après  Haillant,  £"55^/,  p.  385,  et  ailleurs,  cf.  Adam,  p. 195, 
AL.  c.  976,  1149. 


—    206 

Au  pluriel,  œr  des  localités  1-7,  ir,  13,  14  représente  éty- 
mologiquement  la  3^  pers.  du  pluriel  de  la  r'  conjugaison 
avec  la  voyelle  <é  d'avoir,  être,  etc.  ;  la  forme  plus  ancienne 
sans  cette  modification  analogique  subsiste  encore  au  Val- 
d'Ajol,  qui  dit  ér.  et  des  deux  premières  personnes  de  l'aire 
20-22  est  étymologiquement  la  2=  personne  =  fr.  ates.  Quant  à 
à,  dont  l'usage  et  l'extension  ont  été  définis,  p.  162,  M.  ML., 
Gt.  d.  R.  Spr.,  II,  §  293,  en  a  donné  l'explication  exacte  :  sur  le 
modèle  de  ai,  as,  a,  ont,  chanterai,  -as,  -a,  -ont,  on  a  formé  à 
côté  de  chantai  -as,  -a  une  3^  pers.  du  pluriel  chantant  attestée 
dès  le  Moyen  Age.  Actuellement  elle  est  surtout  usitée  dans  la 
partie  méridionale  des  Vosges,  cf.  Adam,  p.  175-5,  Haillant, 
Essai,  p.  385,  AL.  c.  360,  pàsâ,  crûmes,  point  76,  et  c.  1154? 
rwàyo,  revîmes,  p.  77. 
B.  Parfait   fort. 

On  a  vu,  §  103,  que  le  Val-d'Ajol  a  conservé  plus  que  les 
autres  localités  des  formations  fortes  :  mais  il  en  a  cependant 
simplifié  le  système,  et  il  n'emploie  qu'une  seule  forme  au  singu- 
lier, et  une  seule,  la  3''  personne,  au  pluriel.  En  dehors  du  Val- 
d'Ajol  tout  notre  domaine  ne  présente  des  formes  fortes  que 
dans  les  verbes  avoir,  devoir,  pouvoir,  savoir  et  vouloir. 

L'aire  1-7  présente  les  faits  les  plus  simples  :  sauf  quelques 
reformations  dont  on  parlera  plus  loin,  ces  verbes  ont  tous  une 
seule  forme  en  œ  au  singulier  et  une  seule  en  œr  au  pluriel  ; 
on  y  dit  rr,  fê,  pœ,  sœ,  vœ,  -r. 

Les  formes  du  singulier  sont  assez  fréquentes  dans  le  reste  du 
domaine,  notamment  dans  les  localités  8-10,  15-22,  cf.  j'eus 
c.  72,11  put  c. 610,  je  su  s  c.  689,  il  voulut  c.  808,  et  /<é 
existe  en  outre  aux  points  11,  12,  13,  16,  17,  18.  L'origine  de 
la  voyelle  ce  est  incertaine.  Diverses  explications  sont  possibles  ; 
on  sait  que  la  r'  pers.  des  parfaits  avoir,  savoir,  pouvoir,  être 
était  au  Moyen  Age  oi,  soi,  poi,  fui,  formes  qui  ont  pu  aboutir 
phonétiquement  à  œ,  stS,  pœ,  fœ.  D'autre  part  ejii,  qui  a  dû  exister 
anciennement  dans  les  formes  eus,  eûmes,  eusfes,  etc.  a  pu  se  dé- 
velopper en  (é,  comme  le  prouve  le  traitement  du  participe  passé 
d'avoir  c.  73  et  celui  de  mûr  c.  517  dans  les  localités  12,  16- 
22. 


—   207   — 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  parlers  des  points  8-22  présentent  une 
grande  variété  d'autres  formations  analogiques.  Notons  tout 
d'abord  le  singulier  en  0,  actuellement  assez  rare  :  6,  pÔ,  so,  vo, 
iormes  uniques  de  t2  et  18,  et  usitées  au  point  19  en  concur- 
rence avec  des  formes  en  œ;  elles  existent  aussi  à  La  Bresse,  d'a- 
près Hnigre,  Monogr.,  p.  56,  et  peut-être  ailleurs.  Elles  se  rat- 
tachent aux  formes  anciennes  bien  connues  oui,  of,  etc.,  d.  ML., 
Gr.  cl.  R.  Spr.,  II,  §  278  sq.,  Schwan-Behrens,  §§  349  et  404. 
Elles  ont  envahi  non  seulement  le  singulier,  mais  encore  le  plu- 
riel, ci.  or,  nous  eûmes  c.  74,  des  points  12  et  13,  ôte,  V  et 
2"  p.  pi.,  cb7c',  3"^  p.  pi.  Hingre,  Monogr.,  p.  56,  etc.  C'est  égale- 
ment sur  ces  formes  qu'est  refait  do,  je  dus,  de  18.  Enfin  on 
peut  noter  qu'elles  subsistent  d^ns  la  première  syllabe  d'oKV, 
j'eus,  Ôrd,  eûmes,  eurent,  etc.,  de  14,    15. 

L'aire  19-22  a,  dans  tous  les  verbes,  une  3^  pers.  du  pluriel  en 
stê,  cf.  §  113  ;  mais  pour  les  deux  autres  personnes  du  pluriel 
elle  se  divise  en  deux  groupes  :  l'un,  comprenant  21  et  22, 
emploie  la  2"  pers.,  cf.  la  c.  74,  etc.  ;  l'autre,  comprenant  19 
et  20,  a  transporté  la  3^  pers.  aux  deux  autres. 

Les  localités  8-ro,  14-18  tendent  à  refaire  ces  parfaits  en  y 
ajoutant  la  flexion  des  formes  faibles  ;  c'est  au  pluriel  que  le  fait 
a  le  plus  d'extension,  et  c'est  de  là  aussi  qu'il  a  envahi  le  singu- 
lier, cf.  œro,  8-10,  16-18,  0-  14,  eûmes  c.  74,  etc.  Dans  le 
verbe  être,  il  s'est  même  produit  une  chute  de  la  voyelle  de  la 
première  syllabe,  d'où  la  forme  fro  de  14,  15.  Les  formes  an- 
ciennes ont  à  peu  près  disparues  dans  toutes  ces  localités  :  je  n'ai 
relevé  que  vlœr,  voulurent,  et  fnrr,  forme  croisée  avec  fro,  de 
14  a.  De  même  au  singulier  on  emploie  des  formes  telles  que 
fœre,  are,  8'  d,  9,  orâ,  s-,  v-  14,  15,  dœrœ,  p-,  s-,  v-,  17  a,  b, 
frœ,  14,  15,  etc.,  toutes  postérieures  aux  précédentes. 

Outre  ce  procédé  de  reformation,  nos  parlers  introduisent  fré- 
quemment au  parfait  le  radical  des  autres  formes  verbales  ;  c'est 
ainsi  que  14  a  dit  evo,  eûmes  c.  74,  sevo,  sûmes,  11  c,  14  a, 
evœ,  j'eus  c.  72,  N.  E.,  sevœ,  je  sus  c.  689  ;  Hingre  donne  aussi 
p.  99  i  sawé,  je  sus,  à  côté  de  seû  ;  et  l'on  peut  noter  d'autres 
iormes  de  même  origine  c.  610  et  808.  Parmi  ces  formes,  il  en 


—    208    — 

est  plusieurs  qui  peuvent  représenter  au  contraire  un  état  ancien, 
sans  qu'il  soit  possible  de  décider  :  c'est  particulièrement  le  cas 
du  V.  vouloir,  où  les  formes  sans  /  l'cv,  -r,  etc.,  sont  évidem- 
ment refaites  sur  avoir,  etc.,  mais  où  celles  qui  offrent  un  /, 
telles  que  l' M' de  ii,  i^,  etc.,  admettent  plusieurs  explications. 
En  somme,  si  variées  que  soient  les  formes  des  parfaits,  on 
peut  reconnaître  dans  nos  parlers  plusieurs  traits  communs,  à 
savoir  la  simplification  des  désinences,  la  disparition  des  types 
en  /,  //  dans  les  formations  faibles,  une  tendance  vigoureuse  à 
éliminer  les  formes  fortes. 

§   I  39.  Le  subjonctif. 

La  désinences  des  localités,i-io,  12,  16-22  correspond  k  asse 
du  français,  mais  la  voyelle  en  est  irrégulière,  car  on  y  attendrait 
es;  elle  provient  vraisemblablement  de  l'infiuence  analogique 
du  parfait.  Cette  influence  est  plus  évidente  encore  dans  œs  de 
6  b,  f,  II,  13-15. 

Les  six  verbes  qui  ont  conservé  dans  tout  le  domaine  des  par- 
fiuts  forts  ont  également  des  formes  de  subjonctif  propres  et  par- 
tiellement en  relation  avec  ces  parfaits.  C'est  suriout  dans  la  val- 
lée de  la  Moselotte  que  ces  formes  subsistent,  cf.  œs  17,  19-22, 
que  j'aie  c.  77,  etc.  En  outre,  d'une  façon  analogue  à  ce  qui 
a  été  noté  p.  précéd.,  19  c  a  transporté  la  y  pers.  du  plur.  à  la 
r%  cf.  vœstù,  etc.  Il  faut  cependant  foire  une  réserve  sur  pœs 
ij-22,  pas  12,  qu'il  puisse  c.  611,  dont  il  est  impossible 
de  dire  s'il  correspond  au  fr.  pusse  ou  au  fr.  puisse.  Au  reste 
ces  formes  sont  en  voie  de  recul  ;  non  seulement  elles  ont 
totalement  disparu  de  l'aire  i-ii,  13-16,  mais  dans  17-22  elles 
perdent  du  terrain.  Partout  on  retait  les  subjonctifs  au  moyen 
du  radical  des  formes  où  la  désinence  est  le  plus  nettement  dis- 
tincte, d.  pu'i-yïs  17-22,  vlïs  19  a,  21  a,  22  a  ;  pour  le  v.  savoir, 
dont  Hingre,  Monographie,  p.  199,  note  encore  seûsse,  je  n'ai 
recueilli  que  des  formes  refontes,  suives  17-22,  etc.  Signalons 
encore  quelques  formes  d'extension  limitée  ;  piveyœs  de  19  b^, 
croisée  avec  pœSy  pœy  de  20  b  refait  sur  â)\  pis,  plst?  de  21  a  dus 
à  Is,  sis. 


—    209    — 

Les  subjonctifs  d'avoir  et  être  sont  particulièrement  compli- 
qués. L'imparfait  y  a  laissé  peu  de  traces  :  es,  esté  dans  la  vallée 
de  la  Moselotte,  feuste  cité  par  Hingre,  cf.  aussi  §  104.  Mais  les 
formes  de  présent  y  sont  très  variées  :  ây  de  i-ii,  14-16  corres- 
pond régulièrement  au  fr.  aïe;  ey  de  11,  13  en  représente  le 
développement  phonétique  en  position  atone,  de  même  que  la 
forme  e  de  12,  qui  équivaut  au  fr.  ait,  probablement  conservé 
aussi  dans  ^t'  ;^  â  l  an,  Dieu  ait  l'âme,  formule  employée  en  par- 
lant d'une  personne  défunte,  cf.  âme  L.;  enfin  œy  de  16  b,  18, 
2 1  est  le  résultat  du  croisement  de  ày  et  de  œs. 

Le  subjonctif  du  v.  être  est  à  peu  près  partout  analogique  au 
singulier  :  sày  de  i-ii,  14-16,^^3'  de  i-ii,  13,  15,  se  de  12  sont 
refaits  sur  les  formes  correspondantes  d'avoir;  sœy  de  17-19  l'est 
sur  ây,  sœs  de  20-22  sur  cfs  (feusse  cité  par  Hingre  a  pu 
aussi  agir);  sa  de  16-19  *^st  plus  délicat,  il  est  probable  que, 
comme  dans  e,  se  de  12,  nous  avons  affaire  à  la  3^  pers.  =  fr. 
soit,  avec  une  voyelle  œ  provenant  de  sœs,  sœy. 

Au  pluriel,  les  faits  sont  plus  simples  :  les  formes  de  beau- 
coup les  plus  répandues  sont  7j  et  sis.  19-22  ont  des  3"  pers.  par- 
ticulières cèsté  sœslè,  et  Hingre  donne  en  outre  âelc,  sikte  et  inste. 
Toutes  ces  formes  sont  claires  :  si  elles  sont  nombreuses,  c'est 
la  surabondance  de  celles  du  singulier  qui  leur  a  donné  nais- 
sance. Is  et  sis,  qui  devraient  être  dissyllabiques,  ont  été  réduites 
sur  le  modèle  des  formes  du  singulier;  sivôyln  que  la  c.  518  de 
Y  AL.  cite  pour  le  Val-d'Ajol  comme  szatiyem  du  point  48 
attestent  encore  l'état  antérieur,  et  peut-être  faut-il  en  recon- 
naître un  représentant  indirect  dans  eyh  de  3  a,  c .  Au  contraire 
evœs  II  c,  14  a,  t'vïs  4  a,  11  c,  14  a,  cf.  aussi  aivcusse,  -insse 
Haillant,  Essai,  p.  378,  doivent  plutôt  être  considérées  comme 
des  formes  refaites  et  récentes. 

§  140.  Emploi  de  la  y  personne  du  pluriel  après  on. 

Ce  phénomène  se  produit  à  l'indicatif  des  verbes  avoir,  être, 
aller,  faire,  et  au  futur  et  au  parfait  de  tous  les  verbes,  cf.  o  n  a 
c.  67,  on  est  Z,.,  on  va  c.  21,  on  fait,  on  ira,  on    partira 
Les  parlers  des  Vosges  méridionales.  14 


—   210   — 

L.,  mais  jamais  ailleurs  :  par  exemple  dans  on  dit,  on  sait, 
envient  L.,  on  glisse  c.  391,  au  conditionnel,  cf.  on  ne 
peut  c.  608,  exprimé  dans  la  plupart  des  parlers  par  «  on  ne  sau- 
rait »,  on  ne  rencontre  que  le  singulier.  L'origine  en  est  claire  ; 
c'est  l'idée  de  pluralité,  contenue  dans  le  pronom,  qui  a  entraîné 
remploi  de  la  y  personne  du  pluriel;  mais  l'extension  en  est 
très  variée.  Tandis  que  «  ont  »  est  usité  dans  une  grande  aire  8- 
12,  14-22,  «  sont  »  ne  comprend  que  9,  10,  15-22,  «  vont  » 
a  un  domaine  encore  plus  restreint  15,  17-22,  enfin  «  font  » 
est  confiné  dans  l'aire  17-22.  Pour  les  parfaits,  je  n'ai  pas 
recueilli  de  faits,  mais  Hingre  l'indique  pour  La  Bresse  dans  sa 
Monographie,  p.  54,  ex.  :  o-y-ahn. 

Il  est  curieux  que,  en  dehors  de  notre  région,  ce  phénomène 
soit  rare  non  seulement  dans  les  parlers  de  l'Est  mais  dans  toute 
la  France,  et  non  seulement  actuellement  mais  dans  le  passé.  Pour 
la  Lorraine,  Adam  ne  donne  des  formes  de  pluriel  après  on  que 
dans  deux  villages  voisins  de  notre  domaine,  Gérardmer,    cf.  os 
ont  au  bas  de  la  p.  392,  0  n'ont  p.  341,  1.  3,  et  Le  Tholy,  cf.  os 
Iront  p.  394,  1.  6,  mais  o-^-è^.  421,  dern.   L,  0  fa  p.  394,   1.  5 
Les  textes  réunis  par  M.  Herzog,  Neufr.  Dialekttexten,  ne  l'at- 
testent, outre  à  La  Bresse,  que  dans  un  village   voisin  du  Val- 
d'Ajol,    Les    Granges-de-Plombières  et  à  Metz,  cf.    Einlcitnng, 
§  600.  En  dehors  de   la   Lorraine,  il  est  également  peu    répan- 
du :  la  carte   90  de  VAL.  ne  le  présente   qu'au  point   57,  qui 
correspond  au  point  12  de  mes  cartes^  dans  quelques  points  de 
la  Franche-Comté,  de  la  Suisse  romande  et  de   l'extrême  sud- 
ouest.  L'enquête  de  VAL.  n'a  porté  que  sur  on  a,  mais  les  ren- 
seignements   complémentaires    fournis  par  les  lexiques  et    ma 
propre  enquête  montrent   que  les  parlers  de  la  Franche-Comté 
n'emploient  pour  la  plupart  la  3^^  pers.  du  pluriel  que  dans  on 
a  et  parfois  au  futur  ;  cf.  les   faits  des  localités    23-26,  Vauthe- 
rin,  Chatenois,  p.  32,  Contejean,  Monlbéliard,  I,  p.  244.  Cepen- 
dant M.  Grammont,  Franche-Montagne,  p.  152,  indique  qu'avec 
on  on  emploie  toujours  la  3*  pers.   du  pluriel,  et  il  cite  on    a, 
on  est,  on  lit  et  des  futurs.  Au  Moyen   Age,   cet  usage  a  été 
signalé  plus  rarement  encore  ;  M.  ML.,  Gr.  d.  R.  Spr.,  III,  §  92, 


—    211    — 

ne  donne  pour  la  France  du  Nord  qu'un  seul  exemple  extrait  de 
la  Guerre  de  Met^^$S,  et  Hingre,  Lexique  s.  v.  o,  on,  en  cite 
deux  lorrains. 

§   141.   L'infinitif. 

Les  variations  de  la  désinence  de  l'infinitif  sont  fréquentes, 
soit  qu'il  hésite  entre  les  différents  types  existant  dans  nos  par- 
1ers,  soit  qu'il  soit  refoit  sur  d'autres  formes  verbales,  particuliè- 
rement d'après  le  participe  passé.  Il  convient  de  faire  observer  au 
préalable  qu'il  existe  un  certain  nombre  de  verbes,  dont  l'infini- 
tif et  le  participe  sont  actuellement  identiques  et  pour  lesquels 
il  est  impossible  ou  difficile  de  décider  si  la  substitution  de  dési- 
nence s'est  produite  d'abord  à  l'infinitif  ou  au  participe. 

1°  Les  cas  de  substitution  de  la  désinence  e  (cf.  sur  cette 
désinence  §  44)  sont  rares  :  elle  s'est  substituée  à  ^  =  fr. 
er  après  palatale  dans  lede,  faire  des  éclairs,  2  a,  5  a,  d  <C  ancien 
fr.  esLuidier  d'origine  obscure,  cf.  §  43  '.  Elle  est  également  ana- 
logique dans  «  essuyer  »  et  «  jouer,  »  de  l'aire  1-7,  cf.  p.  71. 
Peut-être  s'est-elle  aussi  substituée  à  i  dans  /j'I/r^,  caresser 
c.  135  des  localités  11,  14,  17,  18,  à  côté  de  fyetrï  de  12,  13, 
15,  16,  19-22  ;  en  effet  ces  formes  correspondent  respectivement 
aux  verbes  ïx.flàtrer  ex.  flétrir,  dont  le  deuxième  paraît  être  beau- 
coup plus  ancien  que  le  premier,  d'après  les  indications  du  D. 
G.  s.  V.  flairer  ex.  flétrir  2.  En  tout  cas,  la  substitution  d'd*  à  /  est 
certaine  et  s'est  produite  partout  dans  le  v.  qui  signifie  cracher 
c.  224  =  a.  fr.  escopir,  cf.  Kôrting,  y  éd.  3374,  ML.,  II,  §  119. 

2°  a  se  substitue  un  peu  plus  fréquemment  : 

A)  A  ê  :  on  a  déjà  vu,  p.  75,  que  la  rivalité  des  deux  dési- 
nences à  et  e  ^=  fr.  er  non  précédé  d'un  phonème  palatal  amène 
de  nombreux  flottements,  qui  évidemment  ne  sont  pas  tous  d'ori- 
gine phonétique  ;  c'est  notamment  le  cas  de  faits  individuels 
comme  Vmà  allumer  c.  26  du  témoin  17  a,  et  depyemà  muer 
c.  514  N.  E.  de  I   b. 

B)  A  ye,  e—  er  fr.  après    palatale  dans    treveyà   travailler 

I.  tîriê,  Hingre,  Monograplne,  p.  72,  n'est  qu'une  faute  d'impression  pour 
-é. 


—    212    — 

c.  763  qui  s'emploie  au  Val-d'Ajol,  d'après  le  t.  12  a,  tandis  que 
tous  les  autres  parlers  ont  des  formes  en  c.  On  trouve  le  même 
fait  dans  bledà,  faire  des  éclairs,  de  16  a. 

C)  Peut-être  à  ï,  dsLnsfyetrà,  caresser,  de  l'aire  1-9. 

D)  A  la  désinence  correspondant  au  fr.  oir.  Cette  substitu- 
tion est  certaine  dans  t'vdauâ,  -èw-  de  16  et  rdévà  de  12  devoir 
c.  249,  comparés  à Izfl,  s-  1-15,  à-  sa-  ié-22,  avoir,  savoir.  Dans 
pzveyà  pouvoir  c.  606,  vâlà  valoir  c.  778,  via  vouloir  c.8o6 
de  12,  à  représente  régulièrement  l'ancienne  désinence  oir, 
comme  valu,  valoir,  de  18-22,  velà,  id.,  8' et  vêla,  \ou\oïr, 
donné  par  Hingre,  Monographie,  p.  97,  cf.  §  52^  1°. 

3"  {y^f  se  substitue  : 

A)  A  t',  à  :  c'est  ainsi  qu'il  faut  expliquer  les  formes  de 
trembler  c.  766,  trdbyc  et  trô-,  lerye,  contrarier,  2  c,  5  d,  6  d, 
II  e,  19  b,  c,  térié  Hingre,  Monographie,  p.  72,  -<  *interritare 
ML.,  EW.  4491,  ^M,  danser,  1-7,  11-15,  -yt',  8-10,  16-12; 
pour  £Ôfyc,  chauffer,  1-8',  1 1  a,  c,  ç-,  9-11,  b,  13-22,,  à  côté  de 
cofà  de  12,  cf.  p.  78. 

B)  A  /  :  tousser  c.  760  est  partout  traité  comme  en  fran- 
çais, nulle  part  on  ne  trouve  de  trace  de  toussir  ;  de  même 
cueillir  se  dit  soit  kàye  1-8',  soit  kœyc  9-22  ;  je  n'ai  recueilli 
partout  que  le  participe  passé  d'«  ouïr  »,  cî.  entendu  c.  298; 
mais  sauf  dans  les  localités  11,  13-15,  où  le  participe  est  en  û, 
il  est  très  probablement  identique  à  l'infinitif,  ainsi  que  le 
prouve  la  comparaison  avec  les  formes  d'infinitif  obtenues  en 
quelques  points,  fi)^.,  i  a,  d,  7  a,  8'  b,  10  c,  17  f,  g,  22  b,  û- 
9,  ûyï,  4  c,  oyl  14  a,  0-  13  a,  b.  On  voit  que  la  forme  pri- 
mitive en  /  ne  subsiste  plus  que  dans  quelques  villages  de  la 
vallée  de  la  Haute-Moselle  et  dans  la  région  de  Remiremont. 
On  en  rapprochera  le  représentant  de  "  jouir  »,  employé  au  sens 
de  réussir  c.  655  :  /  n'y  subsiste  plus  qu'à  Remiremont  et  dans 
l'aire  1-8,  et  même  dans  les  localités  i  et  5  il  est  en  concurrence 
avec  e;  cf.  celles  de  haïr,  hcyi,  i  c,  2  c,  5  b,  d,  6  b,  7  c,  8  c, 
14  a,    -t,  8'  b,  d,  9,  17  b,  18,  19  c,  ha-,  20  a,  21  a,  22  a. 

(3»)^  s'est  en  outre  régulièrement   substitué  presque  partout  à 


—    213    — 

une  ancienne  terminaison  //'dans  les  verbes  tels  qu'éclaircir, 
refroidir,  rétrécir  /..,  noircir  c.  525  (refait  dans  la  plupart 
des  localités  sur  l'adjectir). 
4°  /  se  substitue  : 

A)  A  Çyy  dans  le  représentant  de  «  flairer  ^)  au  sens  de  puer 
c.  620  aux  points  1-8',  11,  13,  14  et  dans  elyeryc,'échner,  18, 
20  a,  21  a,  ètyaîryé  Hingre,  à  côté  àQ{c)tycn  i  a,  2  a,  4  a,  5  a, 
6  a,  7  a,  8  b. 

B)  Cette  substitution  est  remarquablement  fréquente  dans 
les  verbes  en  oir,  cf.  {e)rdh'ï,  2,  4-7  et  Q)rdhu!  20,  21,  devoir 
c.  249,  piiyï  I,  3,  4,  piueyï  5,  8,  13,  pouvoir  c.  606,  7'?//,  i,  2, 
4-S^,vÔlî,  2,  3,  iw-  ir,  13,  valoir  c.  778,  v(t')lï,  1-3,  5-8', 
vil,   13,  vouloir  c.   S06,  felî  5  d,  î,  folï,  2  c,  fo-  13  a,  falloir. 

5°  Infinitifs  consonantiques  : 

Dans  plusieurs  verbes,  l'infinitif  est  refait  sur  le  type  conso- 
nantique.  C'est  ainsi  que  partout  s'asseoir  c.  47,  «  choir  » 
employé  au  sens  de  tomber,  cf.  s'évanouir  c.  329,  twV  par- 
tout sauf  uwr  ri  a,  c,  e,  14  a,  15  c,  voir,  ont  un  r  final  qui 
provient  de  l'influence  analogique  des  verbes  boire,  croire,  peut- 
être  aussi  de  celle  du  futur.  Dans  (e)rdro,  devoir  c.  249,  de  i- 
3,  5,  8,  8',  II,  le  radical  est  refait  sur  (eydô,  doit  c.  250; 
pieure,  pouvoir,  ieure,  vouloir,  que  Hingre  donne  pour  La 
Bresse,  contiennent  la  forme  de  la  3*^  pers.  sing.  de  l'ind.  prés. 
pyâ,  yœ,  et  il  faut  expliquer  ainsi  rhnyœr,  14  a,  labourer  c.434 
=  fr.  remouvoir,  et  eiiuèr  2  c,  eh-  19  c,  22  a,  (é)mouvoir,  avec 
une  modification  secondaire  de  la  voyelle  radicale.  Dans  pleu- 
voir c.  587,  pyâ'v  de  l'aire  de  8,  18-22  représente  régulièrement 
une  forme  ancienne  *pleuvre  <C  *pIovcre,  tandis  que  dans  pyœr 
de  8'- 17  r  s'est  substitué  à  l'sous  l'influence  du  verbe  en  r.  ser, 
suivre,  est  refait  soit  sur  se,  il  suit,  soit  sur  1er,  lire.  Cf.  aussi 
«  ouvrir  »  plus  loin  6°. 

Plusieurs  verbes  anciennement  en  ir  ont  également  un  infini- 
tif consonantique  :  «  sentir  »  est  refait  partout  où  je  l'ai 
recueilli,  cf.  puer  c.  620  et  sentir  L.  ;  pet,  partir  c.  555, 
n'existe  que  dans  l'aire  18-22  ;  rtp,  remplir  c.  642,  est  limité 
aux  villages    19-22;   enfin  il   fmt    citer  ey,  entendre,  du  Val- 


—   214    — 

d'Ajol.  Dans  tous  ces  verbes,  l'infinitif  est  reformé  d'après  le 
radical  des  formes  verbales,  où  le  radical  est  suivi  de  désinences 
syllabiques.  Il  en  est  de  même  de  mol,  moudre,  de  19  a,  à 
côté  de  iiibr  de  tous  les  autres  témoins. 

La  reformation  contraire  d'infinitifs  anciennement  consonan- 
tiques  se  trouve  notamment  dans  le  type  «  quérir  »  de  19-22  à 
côté  de  «  querre  »  des  autres  localités,  chercher  c.  176,  dans 
peee  i  c,  5  d,  6  d,  -f-  15  a,  19  c,  paikhé  Hingre,  donner  la 
béquée,  nourrir  un  jeune  enfant,  béquéeZ,.^  cf.  aussi  rpue, 
repaître,  2  c,  5  a,  -fe  19  c,  20  a,  -J  17  a,  18,  19  a,  repaître  L., 
qui  est  une  forme  retaite  de  «  paître  »  d'après  «  paissons  »,  etc., 
dans  «  tisser  «  usité  partout  et  comparable  au  fr.,  où  tisser  a  éli- 
miné iître.  Cf.  zuss\  pûnà,  pondre,  de  lé  a. 

6°  Infinitif  refait  sur  le  participe  passé. 

Le  fait  est  fréquent  dans  les  verbes  en  -oir  :  pûyû  4,  piueyiï  9, 
14,  15,  16,  pouvoir  c.  éo6,  vôlu  i,  vô-  14,  15,  ve-  9,  10,  và- 
16,  17,  valoir  c.  778,  vlù  4,  14-17,  vu-  14,  vouloir  c.  Soé, 
felû,  falloir,  9.  C'est  de  la  même  façon  qu'il  faut  expliquer  jôyû, 
réussir  c.  655,  de  14,  15,  tnu,  tenir,  de  15  b,  vnû,  venir,  de 
15  b,  c.  dêvâr,  ouvrir  c.  547,  de  11,  13-15  et  dèver  de  12  ont 
une  origine  analogue  ;  ils  sont  refaits  sur  le  participe  passé  dèvâ 
II  a,  c,  -e  12  <C  deopertu,  cf.  ML.,  II,  §  128,  avec  l'r  final  des 
verbes  en  r,  cf.  aussi  rekœver,  couvrir  c.  222,  du  point  12,  à  côté 
de  kâvè,  couvert  ;  de  même  Qy-siir,  recevoir,  usité  à  peu  près 
partout  l'est  sur  rsû,  reçu.  Il  faut  encore  noter  fke,  vtke,  -à, 
vivre  c.  796,  reformés  d'après  le  radical  du  participe  passé 
vécu  c.  799,  et  poiirsèvi,  raissèvi  que  Hingre  donne,  Monogr . , 
p.  90,  à  côté  de  sire,  pourscre,  raisscre. 

§  142.  Le  participe  passé. 

A)  Masculin. 

Les  participes  en rt,  ^,  ^  ne  comportent  que  peu  d'observations, 
en  dehors  des  réserves  faites  au  début  du  paragraphe  précédent,  car 
ils  sont  à  peu  près  toujours  identiques  à  l'infinitif. 

Les  cas  de  substitution  à  d'autres  formations  sont  très  rares  : 


—   215    — 

celle  d'^T  à  ti  ne  se  présente  que  dans  pûnà,  pondu,  de  17  a.  De 
même  f M,  vécu,  de  17  a  qui  d'xtviv  à  l'infinitif,  est  isolé  et  il  est 
peut-être  emprunté,  kwhe,  de  21  d,  e,  rk-  de  22  b,  participe  de 
«  querre  »,  est  également  exceptionnel  et  postérieur  à  la  retor- 
mation  du  radical  verbal,  dont  on  parlera  plus  loin  §   143. 

La  substitution  d'6'  à  û  a  une  extension  assez  grande  dans 
«  ouïr  »,  cf.  entendu  c.  298.  û  et  i  sont  fréquemment  en 
rivalité  soit  dans  des  verbes  à  infinitif  en  î,  soit  dans  d'autres 
verbes.  Sentir,  tenir,  venir  sont  en  //  dans  Taire  1-15,  en  t  dans 
l'aire  18-22,  les  localités  16  et  17  emploient  les  deux  désinences; 
on  notera  ausi  heyu,  haï^  de  14  a.  Le  participe  d'«  ouïr  »  est 
compliqué  par  la  substitution  de  la  désinence^  dans  la  plus  grande 
partie  des  deux  vallées  :  nyî  subsiste  dans  les  localités  i,  3-6, 
mais  l'aire  11,  13-15  emploie  des  formes  en  n;  il  en  est  de 
même  pour  «  jouir»,  cf.  réussir  L.,  dont  j'ai  recueilli /03'M 
chez  les  témoins  11  a,  15  b. 

Un  flottement  analogue  entre  I  et  û  existe  dans  les  participes 
de  «  querre  »  et  de  suivre  :  khù  8  b,  kiuerït  8'  b,  9,  10  a,  b^  11 
e,  13  b,  14  a,  16  a,  b,  17  b,  kwtyrû  13  a,  mais  kzverî  17  a,  qwéri 
Hingre,  et  les  c.  731  et  732.  Il  est  probable  que  dans  la  plupart 
de  ces  verbes  /  provient  d'une  substitution  à  un  stade  antérieur  u, 
sous  l'influence  de  l'infinitif.  Cependant  sevï,  suivi,  de  18-20,  sévi 
Hingre,  Monographie,  p.  90,  qui  n"a  pas  d'infinitif  parallèle  est 
refait  sur  le  modèle  des  autres  participes  en  /. 

Les  participes  anciennement  en  eu  offrent  des  faits  complexes, 
dont  on  a  déjà  eu  l'occasion  de  parler  §  28.  Si  kreyu,  cru,  i-io, 
13-16,  kro-  II,  16,  evil,  eu,  i-io,  13-15,  scvû,  su,  id.,  piueyû  et 
pûyû,  pu,  i-ii,  13-15,  àvfi,  dû,  I,  3,  6,  8',  rdcvû  i  c,  5  c,  d,  6 
a,  cf.  les  c.  234,  73,  688,  612,  251,  sont  refaits  d'après  le  radi- 
cal d'autres  formes  verbales  à  désinence  syllabique,  et  si  â,  dœ, 
pœ,  sœ  de  17-22,  œy,  pây,  sây  de  12,  comparés  au  traitement  de 
mûre.  517  dans  les  mêmes  localités,  doivent  être  considérés 
comme  dus  à  un  développement  régulier,  il  en  résulte  que  bïi, 
bu,  rsiÂ,  reçu,  vu,  vu,  tu,  été,  usités  partout,  hiû,  connu  c. 
206,  12  et  18-22,  Â;r/"^,  cru,  12,  13,  16-22,  krii,  crû,  19  c,  cru  id. 
Hingre,  du,  dû,  2-15  sont  tous  analogiques.    Il  est  même  assez 


—    2lé   — 

probable  que,  parmi  ces  formes  participiales,  plusieurs  sont 
empruntées  au  français,  mais  si  le  fliit  est  évident  pour  u,  eu, 
pii,  pu,  usités  seulement  à  Remiremont,  il  est  ordinairement 
impossible  de  se  prononcer. 

Il  faut  considérer  à  part  les  participes  d'asseoir,  «  choir  »  :  à 
côté  d'e^H  I,  2,  4-7,  -ûj  1-8,  t'çfi  17,  19-22^  -us  19-22,  assis,  -e 
c.  50  et  51,^/7  19-22,  £u  17,  tombé  c.  754,  asseoir  a  un  parti- 
cipe en  ce  dans  l'aire  8-18,  et  l'on  dit  éœ  1-8,  ^"-  10,  11,  13-ié, 
€œy  12;  mais  la  base  des  formes  en  œ  est  probablement  autre  que 
celle  des  participesd'avoir, etc.,  et  M.  ML.,II,  §343,  les  explique 
d'une  façon  plausible  par  des  formes  anciennes  cheoit,  asseoit  ana- 
logiques d'après  colîoit  <C  collectu.  De  toute  façon,  les  formes  en 
?7sont  récentes,  c'est  ce  que  montrent  dans  l'aire  17-22  l'emploi 
de  M,  €-  après  le  verbe  être,  pour  marquer  l'état,  et  dans  l'aire 
dLÎcûs,  assise,  celui  d'e^œt,  au  sens  d'assiette,  donné  par  20  a,  b, 
22  b,  cf.  aussi  aikheûte  Hingre,  qui  indique  en  outre  le  sens 
d'assise  (subst.). 

Si  «  connu  »  dans  l'aire  i-ii,  13-17  est  refait  d'après  le  radi- 
cal des  autres  formes  verbales  à  désinence  syllabique,  knoeu  de 
1-8',  II,  -f-deii,  13-17  le  sont  spécialement  d'après  l'infinitif, 
comme  hro€H  2  a,  4  c,  5  c,  -oçû  1 1  c,  kràçû  17  b,  crû  et  les  formes 
de  «  querre  »  en  û,  citées  plus  haut.  L'ancien  participe  seu  du 
V.  suivre,  cf.  Schwan-Behrens,  §  361,  a  dû  exister  dans  notre 
région  comme  en  ancien  français,  mais  il  a  été  refait  en  sevû,  -i 
avec  un  radical  sev  qui  se  retrouve  dans  le  reste  de  la  flexion  ; 
pour  se,  voir  plus  loin. 

Plusieurs  anciens  participes  forts  sont  en  voie  de  recul  ou  ont 
disparu,  deopertu,  ouvert,  ne  subsiste  plus  que  dans  la  région  de 
Remiremont,  cf.  dèvâ  11  a,  c,  dvù  13  b,  fém.  dèvcl  12  a,  ailleurs 
il  est  refait  sur  l'infinitif;  de  même  dans  couvrir,  seul  le  point  12 
conserve  hœi>e,  cf.  c.  222.  Mourir  présente  des  faits  particuliers  :  il 
a  conservé  partout  le  participe  fort  quand  on  veut  désigner  l'état 
accompli  ;  mais,  en  combinaison  avec  avoir,  le  participe  est  refait 
sur  l'infinitif  :  "  il  a  »  mœn  2  a,  3  a,  4  a,  6  a,  f,  7  a,  8  a.  Le  par- 
ticipe de  plaindre  a  été  ramené  au  type  en  û  avec  le  radical  de 
l'infinitif:  pyàdn  i  a,  4  c,  5  a,  8  b,  8'  b,  9,  piandu  Hingre. 


—   217   — 

Le  recul  contraire  des  formations  faibles  est  plus  rare  :  on 
peut  noter  ey,  entendu,  jl'y,  jouï,  de  12,  pyœ,  participe  de  pleu- 
voir, i-ii  b,  12  d,  13  a-22,  -œy  11  a,c,  13  b,  piâ,  part,  déplaire, 
Hingrc. 

D'autres  participes  sont  plus  difficiles  à  interpréter,  se,  suivi, 
est  certainement  analogique  et  refait  sur  l'infinitif  ser;  mais  le, 
lu,  qui  est  presque  partout  usité,  et  ley  de  12  b,  c,  lejn  n'ayant 
été  employé  que  par  7  a,  8  a,  lehû  par  9,  14  a,  lu  par  i  c,  1 1  a,  b, 
représentent-ils  le  latin  lectu,  comme  l'admet  M.  ML.,  II,  §  342, 
ou  sont-ils  refaitssur  1er,  lire  ?  La  môme  question  se  poseà  propos 
de  ke,  participe  de  «..querre  »,  de  i  a-c,  4  a,  b,  c,  5  a,  c,  6  f,  7  a, 
qui  peut  représenter  phonétiquement  quesitu  ;  cependant  trk'ij  qui 
est  employé  au  sens  de  rechute  de  maladie  par  2  c,  5  d,  8'  b  et 
erkïç  I)  a,  cf.  accès  et  rechute  L.,  prouvent  que  /ù- est  récent, 
cf.  plus  haut  d'autres  formes  secondaires  de  ce  verbe . 

Quanta  ma,  mis,  19  a,  c,  20  a,  mas  fém.  17  f,  21  d,  22  b, 
ils  proviennent  directement  de  missn,  -a. 

Il  faut  enfin  noter  le  participe  de  vouloir  :  à  côté  de  vlû  4  a, 
5  a,  d,  f,  6  a,  7  c,  8'  d,  10  a,  11  b,  16  b,  les  témoins  18,  19a, 
c,  21  a,  22  a  emploient  vnçû  qui  rappelle  les  formes  anciennes 
du  parfait  2^  p.  s.  volsis,  r*"  p.  p.  voJsimes,  v.  Schwan-Behrens, 
§  349  adfinem. 

B)  Le  féminin. 

La  désinence  5  a  eu  dans  nos  parlers  un  succès  remarquable  : 
bus,  tybs  ont  été  employés  par  presque  tous  les  témoins,  dïs  et 
trâs  sont  beaucoup  plus  usités  que  dit,  tràt,  eçûs,  assise  c.  51 
l'est  dans  les  localités  17-22,  ses,  suivie  c.  732  aux  points  i, 
6,  19,  21,  22,  kes,  cherchée,  m'a  été  fourni  par  les  témoins  i  c, 
2  c,  5  c,  les,  lue,  par  2  c,  5  a,  c,  6  b,  10  c,  18,  19  c,  20  a,  21  a, 
lus  par  II  a,  15  b,  rsus  par  2  c,  5  c,  9,  17  b,  hîyls  par  2  c,  5  f , 
7  c,  cf.  aussi  crusse,  du  v.  croître,  donné  par  Hingre.  M.  ML., 
II,  §  346,  a  déjà  étudié  cette  désinence  ;  il  admet  que  le  point  de 
départ  de  toutes  ces  formes  est  missa;  et  en  effet,  dans  les  locali- 
tés où  le  verbe  mât  existe  encore,  le  féminin  du  participe  est  mas, 
V.  plus  haut.  Il  existe  cependant  un  autre  participe  qui  a  un 
féminin  avec  j-  étymologique,  c'est  celui  du  v.  «  secourre  »,  dont 
Hingre  donne  le  fém.  hkcousse,s.  v°  hkcoûre. 


-    2l8    — 

La  formation  en  t  n'appelle  pas  d'observations  :  dans  eeât,  -f-, 
assise,  éœt,  £-,  tombée,  le  t  est  régulier,  si  l'on  adopte  l'explica- 
tion donnée  plus  haut,  et  M.  ML.  paraît  inconséquent,  quand, 
après  ce  qu'il  a  dit  §  343,  il  considère,  §  346,  ^/;o?,  assise,  comme 
un  féminin  analogique. 

Dans  hûj,  assise,  de  l'aire  1-8,  la  consonne  finale  provient 
du  participe  de  prendre,  pn;  1-8'. 

On  a  vu  §  49  que  le  traitement  de  la  terminaison  «  ée  » 
est  remarquablement  varié  dans  nos  parlers  et  qu'il  en  résulte  en 
différents  points  des  phénomènes  analogiques,  notamment 
l'extension  à'ây  dans  la  vallée  de  la  Haute-Moselle  :  ces  phéno- 
mènes analogiques  sont  particulièrement  fréquents  dans  les  parti- 
cipes féminins,  ainsi  que  le  montrent  les  formes  de  «  gonfîée, 
soufflée  »  s.  v° gonfler  L.  Il  faut  en  outre  noter  que,  dans  tous 
les  verbes  en  ye,  quand  le  participe  féminin  est  en  -/(}'),  un  y  a  été 
rétabli  sous  l'infîuence  du  masculin,  cf.  p.  ex.  à  côté  de  vœdye, 
vidé,  vœdyïÇy),  vidée,  2  c,  3  a,  4  a,  5  a,  6  a,  7  a,  8  a,  8'  e,  11  a. 

§  143.  Le  radical  verbal. 

A.  —  Verbes  en  -er. 

On  sait  que  ces  verbes  tendent  partout  à  simplifier  leur  radi- 
cal, soit  que  la  voyelle  tonique  passe  dans  les  syllabes  atones, 
soit  que  le  fait  contraire  se  produise.  Ces  deux  types  de  modifi- 
cations analogiques  ont  donné  lieu,  dans  nos  parlers,  à  des  faits 
remarquablement  variés. 

scier,  nier,  noyer,  ainsi  qu'on  Ta  vu  p.  97,  ont  trans- 
porté leur  voyelle  tonique  dans  les  syllabes  atones  dans  l'aire 
1-8MI  en  est  de  même  de  faner  c.  335,  mener  c.  490,  mais  le 
premier  dans  les  localités  i-ii,  13-17,  le  deuxième  dans  les  loca- 
lités 1-16,  22.  Dans  les  représentants  de  «  racler  »  que  nos  par- 
lers emploient  au  sens  de  ramoner  c.  637,  râkye  de  11,  -/-  de 
II,  14,  râke  de  15,  -^  de  21  ont  également  la  voyelle  des  formes 
toniques,  et  probablement  aussi  râkàdt  2,  3.  Il  est  plus  difficile 
d'expliquer  les  rapports  de  brokà,  bràkà,  hrekà  des  cartes  brasser, 
broyer  117  et  123,  sans  avoir  au  préalable  établi  l'étymon  de 
ces  formes  :  hrechen  que  M.  ML,,  EIV.  1299,  propose  n'est  pas 
suffisamment  clair. 


—   219    — 

Sut  îym,  -hi,  il  tonne,  tous  les  parlers  sont  d'accord  pour 
refaire  tout  le  verbe.  De  même  herser  c.  408  a  partout,  sauf 
au  point  12,  une  voyelle  longue  I,  qui  vient  des  formes  toniques. 
On  a  vu,§  34,qu'«<  11  protonique  a  été  éliminé  sous  l'influence 
des  formes  toniques  dans  plusieurs  verbes. 

Il  existe  toute  une  série  de  verbes  qui  laissent  fréquemment 
tomber  la  voyelle  atone.  En  syllabe  initiale,  elle  tombe  partout 
jeter  c.  419,  mais  snà,  sonner  c.  717,  ne  comprend  que  8,  8', 

12,  16-22,  fnâ,  faner  c.  335  que  12,  18-22,  levez  c.  450  que 
11-15,  et  mener  c.  490,  peler  c.  563  échappent  partout  à  cet 
accident.  Quand  la  voyelle  était  intérieure,  la  chute  s'est  produite 
plus  souvent,  cf.  acheter  c.  8,  allumer  c.  26,  cuisiner  c.  237, 
moissonner  c.  504,  etc.;  cependant  les  formes  toniques  ont 
réagi  et  amené  le  maintien  de  la  voyelle,  p.  ex.  dans  aiguiser 
c.  12,  arranger  c.  46,  renverser  c.  650. 

Le  transfert  de  la  voyelle  de  la  syllabe  atone  dans  la  syllabe 
tonique  n'est  pas  moins  fréquent.  On  peut  citer  wed  de  l'aire  i- 
10,  15,  16,  -luàd  de  17,  -wèt  avec  allongement  postérieur  de  11, 

13,  14,  il  garde  c.  375,  put,  il  porte,  de  7  a,  8  c;  8'  d,  9,  16 
b,  tîln,  il  tonne,  de  12  a, prêt,  il  prête,  de  19  a,  20  a,  21  a,  e,  22  b, 
nej,  il  neige,  de  20  a,  cf.  p.  100,  krev,  il  crève,  de  19  b,  20  a, 
(s)làv,  il  se  lève,  de  8'  e,  17  f,  21  d,  22  b,  lœv  de  12  b,  cf.  aussi 
je  me  lève  c.  449. 

Des  formes  ^eye,  Ç-  et  eâye,  Ç-,  issues  à'exiliare  ML.,  EW.  3015, 
les  premières  contiennent  la  voyelle  développée  en  syllabe  atone, 
les  secondes  la  voyelle  développée  en  syllabe  tonique  ;  mais  il  est 
surtout  remarquable  que  la  plupart  des  témoins,  qui  les  ont  indi- 
quées, aient  d'un  commun  accord  employé  eeye,  ç-  au  sens  géné- 
ral de  gaspiller,  et  mye,  ç-  dans  un  sens  restreint,  en  parlant  du 
bétail  qui  laisse  dans  la  crèche  le  foin  le  moins  bon,  cf.  gaspil- 
ler I. 

Les  faits  sont  souvent  compliqués  par  des  réactions  réciproques. 
C'est  ainsi  que  si  syen,  il  sonne,  de  17-22,  est  régulier,  slu,  qui 
s'emploie  partout  où  l'on  dit  svie,  sonner,  est  refait  sur  cet  infini- 
tif, qui  est  lui-même  la  réduction  d'une  forme  *syene  aujourd'hui 
disparue,   cf.  de  même /ïmlr,  tonnerre,  de  11  b.  Ce  phénomène 


—    220    — 

de  réactions  réciproques  se  remarque  notamment  dans  l'allonge- 
ment de  la  voyelle,  par  exemple  dans  ivet,  tûn,  lœf  cités  plus 
haut. 

L'action  analogique  s'exerce  souvent  d'un  verbe  sur  un  autre. 
L'a  de  vnmà,  mener,  de  l'aire  17-22  n'est  explicable  que  par 
pîilà,  porter;  l'^-'  de  broyer,  plier  c.  123  et  588  vient  des 
formes  toniques  de  nier,  scier.  /?7v,  il  loue,  de  4  a,  5  c,  7  a, 
lu  de  II  b  sont  refaits  sur  nûy,  il  noue,  de  2  c,  4  a,  18,  20  a,  à 
cause  de  l'identité  de  la  voyelle  des  formes  atones,  et  c'est  à  deux 
verbes  que, à  côté  de  l'infinitif  km,  -e,  crier  L.,  dont  la  vo)^elle 
est  due  à  un  développement  régulier,  cf.  §  34,  les  formes  toniques 
imy,  hû  doivent  leur  u.  De  même  iûe,  chier  c.  188,  de  l'aire  i- 
7  a  un  'li  qui  ne  me  paraît  explicable  que  par  l'influence  d'es- 
suyer, jouer  c.  311  et  424.  Parfois  il  est  difficile  de  se  pronon- 
cer :  c'est  par  exemple  le  cas  des  formes  de  «  joue  »,  cf.  §  59,  ou 
des  formes  toniques  des  verbes  dont  la  voyelle  intérieure  est  syn- 
copée dans  les  formes  atones,  cf.  §  22. 

Les  formes  toniques  des  verbes  dont  le  radical  est  terminé  par 
une  occlusive  -j-  r  ont  subi  des  modifications  analogiques  par- 
ticulières. D'après  montre  c.  508  on  voit  que  tous  nos  parlers 
intercalent  entre  l'occlusive  et  r  une  voyelle  è,  qui  est  devenue! 
au  Val-d'Ajol  et  é  à  Remiremont.  Or  on  a  vu,  p.  39,  que  nos  par- 
lers, tout  en  amuïssant  fréquemment  le  r  du  groupe  finale  s'ac- 
commodent également  de  son  maintien.  Le  traitement  de 
montre  n'est  donc  pas  phonétique,  et  on  doit  l'attribuer  à  l'in- 
fluence analogique  des  futurs  étudiés  p.  49. 

Il  convient  d'examiner  également  à  part  les  verbes  qui  conte- 
naient étymologiquement  a  -f  v  dans  la  syllabe  radicale,  à  savoir 
edye  usité  partout,  sauf  <1-  13  a,  à-  11  a,  c,  d,  14,  15,  aider,  les 
représentants  de  l'ancien  verbe  «  laiier  »  d'origine  incertaine,  cf. 
ML.,  EW.  4955,  laisser  c.  436,  ceux  de  «  flairer  »  <C  flagraie 
au  sens  de  puer  c.  620,  ceux  de  «  re  -|-  guetter  »  au  sens  de 
regarder  c.  640,pyetye  2  c,  5  d,  8'  b,  12  a,  16  a,  19  c,  -â-  15  a, 
plaider,  tràtyeic,  5  d,  8'  b,  14  b,  19  c,  =  fr.  traiter,  au  sens  de 
festiner.  Sauf  dans  le  dernier  verbe,  à  n'est  le  traitement  normal 
que  des  localités  II,  14,  15  ;  toutefois  le  témoin  11  b  n'emploie  que 


221 


des  formes  avec  ê  edyc,  rhuètye,  leye,  et  on  trouve  des  formes  avec 
(7  dans  lâyt'  aux  points  8,  8',  i6,  17.  ^  est  évidemment  le  dévelop- 
pement régulier  d'ay  en  position  atone,  qui  a  dû  donner  a  en 
position  tonique  ;  quant  à  l'allongement  que  présente  partout, 
sauf  dans  leye,  il  s'est  produit  postérieurement  dans  la  syllabe 
tonique;  et  de  même  la  fermeture  de  cet  e  au  point  13  est  un 
fait  secondaire. 

Cependant  les  considérations  précédentes  ne  suffisent  pas  à 
expliquer  le  traitement  d'«  aider  »  et  de  «  traiter  ».  Uâ  d'adyi  ne 
peut  pas  être  phonétique,  puisqu'^j  est  atone  dans  toutes  les 
formes  de  ce  verbe,  cf.  pour  les  formes  de  l'indicatif  présent 
i^aide  c.  1 1  et  edûy  <C  adjutas,  -/  avec  un  ^  analogique  2  a,  3  c, 
4  a,  8'  b,  19  a,  21  a,  22  a.  a  y  provient  des  autres  verbes  en  ny; 
quant  à  înltye,  peut-être  faut-il  y  voir  en  outre  l'influence  de 
trâr.  Notons  aussi  A//',  j'aide,  de  15,  que  doit  la  terminaison  l 
aux  nombreux  verbes,  dont  il  sera  question  plus  loin. 

Dans  les  verbes  qui  contiennent  un}'  issu  de  /après consonne 
le  développement  phonétique  des  formes  toniques  devait  amener 
la  chute  de}'  conformément  au  §  29,  2°  cf.  par  ex.  sof,  il  souffle, 
2  a,  c,  )  c,  II  a,  c,  16  a,  19  c,  21  a,  22  a,  etc.  ;  c'est  même  sur 
ces  formes  sânsy  qu'est  refait,  dans  de  nombreuses  localités,  l'infi- 
nitif de  «  racler  »  au  sens  de  ramoner  c.  637.  Mais  le  plus 
souvent,  sur  le  modèle  des  verbes  en  ye,  tels  que  marier, 
etc.,  où  le  )'  de  l'infinitif  est  la  réduction  d'un  /  qui  se 
maintient  normalement  au  singulier  de  l'indicatif  présent,  une 
terminaison /(j')  est  ajoutée  au  radical  sans  }/  de  ces  verbes  à  infi- 
nitif en  ye,  ya,cL  p.  ex.  enfle  c.  293.  Elle  tend  même  à  péné- 
trer dans  tous  les  verbes  à  infinitif  en  ye,  quelle  que  soit  l'ori- 
gine de  ce  ye  :  c'est  ainsi  que,  à  côté  de  l'infinitif  de  «  plaider  » 
cité  plus    haut,  2  c,  5  d,  8'  b,  19  c  disent  pyett,    15  a  pyà-. 

L'emploi  fréquent  d'ye  comme  suffixe  d'infinitif  amène  à  sa 
suite  celui  d'iy;  par  ex.  5  d,  qui  hésite  entre  ûtràse  et  -sye, 
rétrécir,  dit  également  retràs  et  -ly,  cf.  aussi  les  formes  du  v. 
pêcher  supra  p.  79. 

Les  futurs  de  la  plupart  des  verbes  étudiés  précédemment 
appellent  des  observations.  Dans  les   verbes  dont  l'infinitif  est 


—    222    — 

syncopé,  le  futur  est  naturellement  refait  sur  les  formes  toniques. 
De  là,  dans  les  verbes  en  }'<?,  ya,  qui  ont  des  formes  toniques  en 
/(}'),  des  futurs  en  -îr-,  cf.  p.  ex.  enfler  a  c.  293,  et  les  futurs 
de  pêcher,  trembler  L.  C'est  de  la  même  façon  que  les  futurs 
d'aider,  jouer  ont  été  refaits  et  qu'on  dit fduyrn,  -ûrâ,  e-  dans 
les  localités  où  l'on  dit  edye,  e-,  jûyrâ  2  c,  3  b,  7  a. 

Le  futur  de  trouver  a  été,  dans  la  région  de  Remiremont, 
l'objet  de  plusieurs  reformations  :  d'après  les  futurs  d'entrer, 
rentrer,  montrer  qui  déplacent  1';-  du  radical,  cf.  plus  haut, 
II  a,  14  disent  trtvtrre  2'-' p.  s.,  11  a  dit  aussi  trévârè  j^  p.  s. 
d'après  le  futur  d'ouvrir  c.  548,  et  enfin  trèvèrb  r^  p.  p.  de  11 
a,  -è  y  p.  s.  de  1 1  c  sont  sans  doute  dus  au  croisement  de  ces 
deux  formations. 

B.  —  Autres  verbes. 

C'est  un  tait  connu  que  l'absence  de  formes  inchoatives  en  is 
dans  les  parlers  lorrains,  cf.  ML.,  Gr.  d.  R.  Spr.,  Il,  §  200  ;  les 
rares  formes  en  is,  telles  que  dans  finir  c.  348  et  349,  ont  été 
récemment  empruntées  au  français.  Mais,  ce  qu'à  ma  connais- 
sance on  n'a  pas  signalé,  c'est  que,  dans  beaucoup  de  ces  verbes, 
le  radical  atone,  tel  qu'il  existe  par  exemple  à  l'infinitif,  est 
transporté  aux  formes  toniques,  et  que  souvent  aussi  un  allon- 
gement postérieur  pénètre  à  son  tour  de  ces  formes  toniques 
dans  le  reste  de  la  flexion,  cf.  krœvl,  couvrir  c.  222,  krœv  2  a, 
drœmî,  dormir,  usité  partout,  drâiu,  id.  sauf  drd'm  12,  pœrî, 
pourrir,  2  e,  4  a,  pœr  i-io,  13-22,  partir  c.  555,/??/  2  c,  5  d, 
II  a,  c,  13  a,  b,  14  a,  15  a,  pwk  10  c,  11  b,  15  c,  16  a,  etc. 
M.  Horning  explique  inexactement  la  voyelle  œ  de  quelques 
formes  de  «  nourrir  »  et  «  pourrir  »  par  noirio,  potrio;  il  est 
clair  que  cette  voyelle  s'est  développée  régulièrement  dans  la  syl- 
labe atone,  puis  s'est  allongée  postérieurement  dans  la  tonique, 
cf.  §  24.  Au  reste  l'extension  du  radical  des  formes  atones  ne 
s'est  pas  produite  dans  tous  les  verbes  :  courir,  haïr  ne  la  pré- 
sentent pas  ;  si  14  a  dit  sel,  il  sent,  5  d,  9  disent  se,  11  b,  c  se  ; 
myœ,  il  meurt,  existe  encore  dans  la  région  de  Remiremont,  d'a- 
près le  témoignage  de  11  b,  12  b,  14  a,  15  b,  tandis  que  les 
autres  localités    disent  war  ou   ^war  d'après  l'infinitif  ;    12  a-c 


—    22^    — 

emploient  encore  o,  il  entend  =  a.  fr.  ot  <<  audit.  D'autres 
formes  sont  plus  compliquées  •.pat,  il  part,  de  12  b,  est  refait 
sur  le  radical  des  formes  atones  avec  la  voyelle  d'une  ancienne 
forme  régulière  *pâ,  aujourd'hui  disparue.  La  voyelle  ô  des 
formes  atones  d'«  ouïr  »,  cf.  la  c.  298,  dans  l'aire  11, 
13-15  provient  sans  doute  de  la  forme  0,  encore  attestée  au 
point  12  ;  quant  à  â  de  ce  dernier  point,  il  s'est  au  contraire 
développé  en  position  atone.  «  jouir  »,  employé  au  sens 
de  réussir  c.  655,  a  les  mêmes  voyelles  d  et  è  dans  ces  localités 
11-15.  C'est  aussi  en  position  atone  que  s'est  formé  \'â  de  jœyt 
de  16-18,  mais  juye  de  19-22  ne  me  parait  explicable  que  par 
l'influence  analogique  de  jûy,  il  joue.  Dans  repi,rep,  remplir  c. 
642,  le  y<i  l  est  tombé  en  position  finale  aux  formes  toniques  et 
le  radical  rep  a  été  ensuite  transporté  dans  le  reste  de  la  flexion. 
Enfin  dans  la  région  de  Remiremont,  les  formes  toniques  de 
*douvrir  ont  été  refaites  sur  le  participe,  cf.  dva  13  b,  dèva  11  a, 
c,  d,  e,  14  a,  -e  12  a,  et  de  même  rkœve,  il  couvre,  12  c;  dans 
les  localités  13  et  15,  le  radical  du  v.  Mouvrir  a  été  re£iit  aux 
formes  atones  sur  celui  de  faire,  cf.  deveyÔ  ind.  pr.  l'^p.  p.,  13 
b,  dêvy Ô  id,  3*=  p.  p.,  15  b,  dèvyœ,  parf.  3*"  p.  s.,  15  b^  dèvyty, 
impf.  r^  p.  s.,  id. 

Le  futur  de  ces  verbes  est  formé  avec  le  radical  de  l'infinitif 
sans  Vî  flexionnel,  cf.  p.  ex.  la  c.  503  qui  donne  la  3=  p.  p.  du 
futur  de  «  moisir  »  et  de  «  pourrir  ».  Plusieurs  verbes  pré- 
sentent quelques  particularités  ;  dans  la  plupart  des  localités  le 
utur  de  couvrir  et  d'ouvrir  sont  formés  comme  les  précé- 
dents, cf.  j'ouvrirai  c.  548,  nràxs  krœverre,  3^  p.  s.,  de  17  a, 
œverrà  de  18^  drévèrrâ  de  11,  16,  17,  dévérrà  de  14,  dèverrà  de 
II,  13,  14,  15  sont  refaits  sur  les  futurs  d'entrer,  etc.,  cf.  p.  §32, 
}°;dèvârâde  11,  13,  14  est  de  son  côté  refait  sur  l'infinitif  ^^'fd'f; 
enfin  dêverà  de  12,  14,  dé-  de  13  le  sont  sur  le  futur  de  venir, 
cf.  plus  loin,  fin  du  paragraphe.  On  traitera  au  même  endroit  de 
quelques  formes  analogiques  du  futur  de  haïr. 

Dans  le  verbe  aller,  la  i'^  pers.  du  pluriel  de  l'indicatif  pré- 
sent est  à  peu  près  partout  formée  d'après  la  y  pers.  du  plu- 
riel, cf.  la  c.  22,  sans  qu'on  puisse  reconnaître  si  les  formes  du 


—  224    — 

type  «  allons  »  sont  récentes  ou  anciennes,  et  le  futur  a  partout 
un  v  initial  (réserve  faite  de  quelques  formes  refaites  sur  le 
français  au  point  1 1),  probablement  dû  à  l'action  analogique  de 
ven  ir . 

Dans  le  verbe  avoir,  la  première  et  la  deuxième  personne 
du  pluriel  de  l'indicatif  présent  ont  perdu  partout  le  radical 
«  av-  »  sur  le  modèle  des  autres  formes,  cf.  les  c.  68  et 
69.  En  outre  dans  ce  verbe  et  aussi  dans  devoir,  savoir  un 
w  s'est  substitué  à  v  dans  les  localités  8-10,  16-22  sous  l'in- 
fluence de  l'infinitif  où  il  est  régulier  (dans  celui  de  devoir, 
les  modifications  récentes  sont  fort  nombreuses,  mais  avoir, 
savoir  conservent  partout  le  traitement  ancien,  cf.  eue,  s- 
1-15,  à-,  sa-  16-22,  et  la  c.  249).  De  même,  dans  perdre, 
d'après  les  formes  où  p  en  contact  avec  d  interne  est  devenu  b, 
p.  ex.  hde,  je  perds  c.  568,  des  localités  i,  2,  5^  18-22,  bdû, 
perdu  c.  570,  des  localités  3,  5,  17-22,  on  trouve  non  seule- 
ment bedil  dans  les  points  18-22,  mais  bfdrâ,  je  pe  rdrai  c.  569, 
dans  l'aire  5,  18-22. 

Les  verbes  asseoir,  choir,  croire,  voir  présentent  aux 
formes  atones,  et  aussi  au  participe  comme  on  l'a  vu  §  142,  un 
radical  refait  d'une  façon  analogue  à  ce  qui  s'est  passé  en  fran- 
çais proprement  dit,  cf.  ML.,  Gr.  d.R.  Spr.,  Il,  §  189  ;  en  outre 
la  consonne  e  (Ç  c^  dans  «  asseoir  »  ne  peut  provenir  que  des 
formes  toniques  de  l'indicatif  présent,  où  le^  est  devenu  £  devant 
ie.  Mais  d'autres  réactions  analogiques  se  sont  produites  posté- 
rieurement :  sur  krâ,  croit  c.  232,  20-22  ont  refait  kràye,  je 
crois,  etc.,  et  sur  kiÔ  11  a  refait  krôyo,  je  croyais  c.  233, 
kroyû,  cru  c.  234  (cette  dernière  forme  a  été  également  em- 
ployée par  16  a,  qui  l'a  sans  doute  empruntée)  ;  ces  formes  ont 
entraîné  à  leur  suite  eçàyï,  asseyez- vous  c.  49,  des  points  20 
et  21,  hoye  id.  du  point  11,  éâye,  je  tombe,  de  20-22,  €Ôyo,  ils 
tombent,  de  11  a,  zvàyc,  je  vois  c.  801,  de  20,  21.  C'est 
vraisemblablement  d'après  ces  formes,  spécialement  d'après  celle 
de  voir,  qu'il  faut  expliquer  le  radical  de  pouvoir  pîcey-  dans 
la  plupart  des  localités  de  l'aire  1-19,  piuày-  dans  les  points 
20-22,  cf.  les  c.  606  sq.  Par  contre,  M.  ML.  a  tort  de  voir  dans 


22  = 


le  lorrain  piô,  peut,  une  formation  analogique  d'après  io,  veut, 
Gr.  d.  R.  Spr.,  Il,  §  189,  car  le  développement  est  également 
régulier  dans  ces  deux  formes,  d.  ^  9. 

Les  modifications  analogiques  de  devoir  sont  nombreuses, 
en  dehors  de  l'extension  du  lu,  traité  plus  haut.  (r)do,  doit,  est, 
comme  on  l'a  vu  p.  91,  probablement  refait  sur /o,  vo,  il  faut, 
il  vaut,  et  a  amené  l'infinitif  {r)dor.  (jyiûy  doit  c.  250,  de 
l'aire  9,  10,  16-18  est  embarrassant  :  il  ne  suffit  pas  d'invoquer 
l'ancienne  forme  doient  NAL.  2530,  47,  etc.,  qui  n'explique  pas 
la  voyelle  fi,  d.  aussi  ML.,  Gr .  d.  R.  Spr.,  II,  §  246;  mais  les 
présents  en  «j' sont  peu  nombreux,  en  dehors  d'ny,  j'entends 
c.  299,  et  l'on  ne  voit  pas  comment  l'action  de  ce  verbe  a  pu 
s'exercer  sur  devoir.  Le  futur  et  le  conditionnel  sont  encore  plus 
compliqués  :  à  côté  de  formes  régulières  telles  que  rdèvrâ  i"  p.  s. 
fut.  1 1  a,  on  a  des  formes  avec  ûy,  (j-yiûyrà  9,  1 1  b,  18,  des 
formes  refaites  sur  l'infinitif  (r)Jor,  Çr)dÔrâ  5  d,  6  c,  8'  d,  -e,  3" 
p.  s.  id.,  I  c,  5  a,  f,  é  b,  7  c,  8'  d,  et  même  des  formes  refaites 
sur  les  temps  correspondants  de  pouvoir,  vouloir,  (r)dûrâ  14  a, 
17  b,  20  a,  4  19  a,  21  a,  dûrb,  V^  p.  s.  cond.,  19-22,  -à  y  p.  s. 
I  c,  4  a,   5  a,  c,  6  b,  7  a,  -œ,  id.,  18,  19  a. 

Dans  le  verbe  recevoir,  par  une  extension  remarquable  du 
participe  passé  rsii,  on  dit  non  seulement  à  peu  près  partout 
Ymhmùi  (ï)r  s  ur  va2i\s  r  su,  1-3  pers.  du  sing.  de  l'ind.  présent; 
rsiïytè,  reçoivent,  de  19  c  s'explique  par  les  formes  étudiées  p. 
178,  quant  à  rsiïsté  de  21  a,  le  5  vient  sans  doute  des  3''^  pers.  du 
pluriel  du  subjonctif  et  du  parfait,  cf.  p.  177  sq.  L'infinitif  (1);- 
sur  a  naturellement  entraîné  des  formes  de  futur  et  de  condi- 
tionnel, mais  des  formes  plus  anciennes  telles  que  rsêvrâ  9,11a, 
14  a,  15  b,  16  b,  etc.  subsistent  encore.  Enfin  les  parlers  de  la 
vallée  de  la  Moselotte  emploient  des  formes  telles  que  rsye,  je 
reçois,  18,  rsye,  il  reçut,  22  b,  etc.,  dont  le  radical  rsy  paraît 
formé  d'après  celui  du  v.  faire  ,  cf.  plus  loin. 

Le  verbe  vivre  est  refait  dans  la  plupart  des  localités  sur  le 
radical  du  participe  passé,  cf.  les  c.  797,  798  ;  mais  Vï  étymolo- 
gique est  souvent  conservé. 

Les  parlers  des  Vosges  méridionales.  15 


220     — 

Dans  le  verbe  suivre,  1'^  de  se,  il  suit,  usité  partout,  paraît 
être  régulier,  cf.  §  2,  C,  5"  ;  cet  ^  a  été  ensuite  transporté  dans 
.les  formes  atones,  cf.  p.  ex.  les  c.  731,  732;  pour  l'infinitif  j^r, 
cf.  §  141.  Le  fait  est  également  fréquent  dans  lire  .  D'après  1er, 
lire,  le,  lit,  usités  partout,  les  formes  atones  ont  une  vovcUe  c, 
brève  ou  longue,  p.  ex.  leje,  je  lis,  i  a,  2  a,  b,  4  c,  leht'  18-22, 
lèjà,,  vous  lisez,  8'  b,  etc.  Ce  verbe  a  pris  en  outre  dans  beau- 
coup de  localités,  comme  cela  s'est  passé  en  français,  la  consonne 
/,  h  de  dire  devant  les  désinences  accentuées. 

Le  verbe  «  querre  »,  partout  usité  au  sens  de  chercher,  a 
subi  de  nombreuses  modifications  analogiques:  dans  l'aire  1-7  son 
radical  a  été  refait  d'après  celui  de  dire,  lire,  d'où  krjc,  je 
cherche,  c.  177  ;  dans  les  localités  12,  13,  20-22  il  l'a  été  sur 
les  verbes  à  radical  terminé  avec  y,  cf.  plus  haut,  et  ce  radical  nou- 
veau a  pénétré  des  formes  atones  telles  que  (^r)kweye,  je  cherche, 
20-22,  aux  formes  toniques,  Àwv,  il  cherche,  20  a,  21  a,  kvJey, 
12  b,  c,  hi'ey,  je  cherche,  13,  et  l'on  a  noté,  §  142,  que  ces 
formes  avaient  amené  le  parlicipe  {ryauhr  de  l'aire  20-22.  Enfin 
le  futur  de  ces  verbes,  d'après  la  c.  178,  ne 'présente  dans 
l'aire  1-7  qu'un  r,  d'après  celui  de  lire,  suivre. 

Le  verbe  clore,  cf.  fermez  c.  342,  a  pris  dans  la  plupart 
des  localités  la  consonne  de  dire.  Quant  au  ;^  de  18,  20-22,  il 
vient,   comme  en  français  proprement  dit,  du  participe. 

On  a  vu  §  33  que  brâr,fâr,  trâr  ont  été  refaits  sur  les  formes 
toniques  hra,  fa,  trâ.  Faire  a  subi  de  plus  dans  tout  notre 
domaine  une  modification  importante  :  son  radical,  dans  les 
formes  accentuées  étymologiquement  sur  la  désinence,  est  par- 
tout/(^î))',  d.  font  c.  332,/(ë)jyo,  nous  faisons,  17-22,  qui  pro- 
vient de  verbes  à  radical  terminé  par  3',  cf.  plus  haut.  Ce  radical 
est  même  devenu  tonique  dans  jèy,  1-3  p.  sing.  dusubj.,  22  b. 
On  a  déjà  indiqué  §  98  que  faire  et  dire  ont  perdu  partout  la 
formation  forte  de  la  2'  pers.  du  pluriel  de  l'indicatif  présent  et 
de  l'impératif. 

Le  participe  de  pondre,  pônù  20-22,  et  celui  de  tordre, 
tôdû  8-10,   16-22,  doivent  leur  voyelle  ô  aux  formes  toniques. 

Enfin  dans  le  v.  picwc,  paraître,  donné  par  Hingre,  l'infinitif 


—    227    — 

est  refait  sur  la   forme   tonique  piva,  dont    la   voyelle  parait  à 
son  tour  reprise  aux  formes  atones. 

Quelques  futurs  appellent  en  dernier  lieu  des  observations  : 
sur  les  futurs  d'asseoir,  croire,  voir,  cf.  p.  94,  on  a  refait 
ceux  de  «  braire  »,  de  traire  et  même  de  haïr  :  de  là  brorâ,  je 
pleurerai,  8  c,  8'  d,  9,  16  b,  17  b,  18,  19  c,  20  a,  21  a,  22  a, 
trarâ  id.,  borâ  18  {hoxrù  d\in  témoin  de  Basse-sur-le-Rupt  est 
un  mélange  de  cette  forme  et  de  hc\râ,  très  répandu).  Le  futur  de 
prendre  est  partout,  sauf  à  Remiremont,  refait  sur  ceux  de 
tenir,  venir  :  cf.,  à  côté  de  th'e,  il  tiendra,  i-io,  12-16,  -ù  11 
b,  îaïc  i7-22_,  pcrâ,  je  prendrai,  i-ii  e,  \2-16,  pâ-  17-22.  A 
Remiremont  le  fait  inverse  s'est  produit  :  sur  paià  11  a-c,  on  a 
refait /j/Y'  lia,  c,  v-  id..  Sur  dèverâ,  étudié  plus  haut,  le  Val- 
d'Ajol  a  refait  pèferà,  je  perdrai  c.  569. 

§  144.  Genre  des  substantifs. 

Plusieurs  substantifs  étymologiquement  masculins,  mais  qui, 
en  raison  de  leur  voyelle  initiale,  ont  un  genre  mal  distingué 
après  l'article  défini,  tendent,  dans  un  nombre  variable  de  loca- 
lités, à  devenir  féminins,  d.  acier  c.  10  chez  de  nombreux 
témoins,  etci,  étang,  1 1  b,  13  a,  16  a,  17  a,  21  :\,eçta  20  a,  22  a, 
b,  ekàduk,  aqueduc,  6  a,  8  a,t\èy,  rucher  c.  671,  11  c,  13  a,  14 
a,  cf.  sur  ce  mot  plus  loin,  §  151  etc. 

La  cause  du  chargement  de  genre  de  bur,  beurre  L.,  masculin 
dans  l'aire  1-18  mais  féminin  dans  l'aire  19-22,  est  difi'érente.  Cette 
innovation  me  paraît  provenir  de  la  terminaison  ur,  d'après  les 
nombreux  substantifs  féminins  pourvus  du  suffixe  ur,  cf.  entre 
autres  couture  c.  220.  A  La  Bresse,  d'après  une  précieuse  indi- 
cation de  Hingre,  le  mot,  tout  en  étant  féminin,  reste  encore 
masculin  dans  l'expression /ra!  bure,  du  beurre  frais,  où  le  genre 
ancien  a  été  évidemment  protégé  par  la  préposition  de  l'adjectif  ; 
mais  déjà  on  dit  aussi  frakhe  biirc.  Il  semble  de  même  que  le 
masculin  de  perdrix  c.  571  et  le  féminin  de  lièvre  c.  454 
dans  beaucoup  de  localités  soient  dus  à  l'influence  de  leur  termi- 
naison ;  nos  pariers  n'ont  pas  de  noms  féminins  en  ï,  car  on  a  vu, 
§  121  que  fourmi  y  est  masculin  chez  la  plupart  des  témoins; 


—    228    — 

quant  à  lièvre,  c'est  IV  féminin  qui  a  dû  autrefois  entraîner  le 
changement  de  genre  ;  de  plus  tous  les  noms  dont  la  termi- 
naison est  homophone,  tels  que  fièvre,  chèvre,  sont  féminins. 
Enfin,  dans  quelques  substantifs,  la  modification  du  genre 
provient  de  l'influence  analogique  de  noms  de  sens  voisin,  er, 
jardin  c.  414,  est  devenu  masculin  chez  beaucoup  de  témoins, 
malgré  son  étymon  area,  évidemment  d'après  mwà  <i  masu  ; 
daly  paroi  c.  554,  doit  l'être  devenu  d'après  mur;  quant  au 
masculin  remarquable  et  très  répandu  d'herbe  c.  40e,  il  ne  me 
paraît  explicable  que  par  l'influence  de  loin  . 

§  145.  Adjectif. 

Dans  plusieurs  adjectifs,  l'analogie  a  causé  l'élimination  de  la 
forme  du  masculin  ou  du  féminin  au  profit  d'une  seule  forme  : 
le  masculin  a  cédé  la  place  au  féminin  partout  dans  veu  f  c.  788 
(la  forme  de  11-15  avec  /  final  ne  laisse  plus  reconnaître  le  phé- 
nomène, mais  il  probable  qu'elle  provient  d'une  forme  plus 
ancienne  voi',  avec  assourdissement  conforme  au  §  31),  sûr 
L.  et  aux  points  1-8',  11,  12  dans  vieux  c.  790.  Ce  dernier 
mot  appelle  quelques  explications  :  personne  ne  conteste  que  le 
masculin  vye  représente  vêtu,  cf.  Horning,  §  34,  ML.,  Gr .  d .  R. 
Spr.,  I,  §  178,  etc.  Par  contre  M.  Horning  considère  que  le 
féminin  vey  équivaut  au  fr.  vieille  ■<  *vecla.  Mais  il  n'explique 
pas  comment  un  masculin  et  un  féminin  de  formation  si  difl'é- 
rente  peuvent  coexister  et  comment  ce  fait  surprenant  se  pro- 
duit partout  où  l'on  trouve  le  masculin  vêtu.  Cette  difficulté  est 
résolue,  si  l'on  dérive  vey  de  *veta,  par  un  développement  con- 
forme aux  faits  exposés  §  2,  C,  5°  ;  il  faut  cependant  faire 
quelques  réserves  pour  le  Val-d'Ajol,  dont  la  forme  vey  peut, 
comme  vey  de  23-26  et  vîy  de  26,  qui  ne  connaissent  pas  le  déve- 
loppement de  V  entre  voyelles,  cf.  p.  41,  représenter  vieil, 
vieille. 

Le  féminin  de  vert  c.  787  est  refait  sur  le  masculin  dans 
l'aire  9-11,  13-22,  cf.  §  37,  et  tit,  toutes,  sur  ti,  tous,  cf.  §  55, 
dans  de  nombreuses  localités.  Dans  gràt  de  beaucoup  de  témoins, 
le  /  vient  soit  de  l'ancien  accusatif  masculin  grant,  soit  de  fémi- 


—    229    — 

nins  tels  que  hot,  haute,  etc.  ;  quant  à  mc^àd  de  4  a,  c'est  une 
forme  isolée  d'après  gràd.  A  La  Bresse,  un  féminin  en  me  a  été 
formé  dans  les  adjectifs  dont  le  masculin  est  en  /,  cf.  aimi, 
ainihic,  ami,  Hingre,  sur  le  modèle  de  vhl.  -ni,  voisin,  -ine,  etc., 
où  un  ancien  i  a  été  dénasalisé.  Enfin,  d'après  les  nombreux  par- 
ticipes féminins  terminés  ^axs,  cf.  §  1^2,  l'adjectif  ÂrryJ,  creux, 
a  son  féminin  en  œs,  d.  la  c.  617,  et  cette  même  terminaison 
se    retrouve    dans    quelques    adjectifs    en    œ,  œs,   v.    plus  loin, 

§  147- 

§  146.  Syntaxe  des  particules. 

1°  Particules  négatives. 

Quelques  témoins,  peu  nombreux  du  reste,  suppriment  plus 
ou  moins  souvent  la  particule  «  ne  »,  comme  fait  le  français 
populaire,  donnant  à«  pas  «  toute  la  fonction  négative;  au  con- 
traire 2  b  dit  pûki  n  niï,  pourquoi  pas,  où  n  s'est  développé  con- 
formément à  l'usage  des  deux  particules,  tandis  qu'en  français 
pas  s'est  simplement  substitué  à  twfi.  D'autre  part,  dans  les  loca- 
lités 1-17,  20,  21,  «  il  y  a  »  se  dit^  « -|-  «  a  »  d'après  la  carte  66 
c'est-à-dire  que  le  groupe  ^  jz  -|-  «  a  »  =  fr.  il  n'y  a  a  passé  des 
phrases  négatives  dans  les  affirmatives.  Enfin  il  faut  noter  que  la 
particule  *<  pas  »  est  toujours  placée  après  «  encore  »,  cf.  c.  291 
N.  E.,  qui  conserve  sa  place  immédiate  après  le  verbe  sur  le 
modèle  des  phrases  affirmatives. 

2°  Particules  conjonctives. 

La  particule  «  et  »  a  été  développée  dans  tous  nos  parlers  dans 
«  vingt  et  huit  »  sur  le  modèle  de  «  vingt  et  un  »  ;  beaucoup 
l'ajoutent  devant  «  où  »,  cf.  les  cartes  539-541;  enfin  beaucoup 
la  renforcent  par  «  encore  »  ou  «  puis  »,  quand  elle  relie  deux 
mots  ou  deux  groupes  de  mots. 

De  même  «  ou  »  est  souvent  renforcé  par  «  bien  »,  rarement 
par  «  donc  »,  cf.  la  c.  542.  Enfin  «  comment  »,  renforcé  par 
«  (ce)  que  »  au  sens  interrogatif,  se  substitue  très  fréquemment 
à  «  comme  »,  cf.  comme  L. 


—    230    — 

3°  Prépositions. 

L'usage  des  prépositions  appelle  aussi  quelques  observations  : 
on  a  déjà  vu  p.  185  le  développement  de  date  ancienne  d'à 
entre  faire  et  un  verbe  suivant;  on  peut  noter  en  outre  la  riva- 
lité de  de  et  à  des  cartes  2  et  3,  le  développement  d'à  dans  [«  je 
vais  quelque  part  »]  c.  628  amené  par  le  sens  du  verbe,  celui  de 
de  devant  besoin,  moins,  plus,  etc.,  d'après  l'usage  ancien  de  de 
dans  des  phrases  négatives  devant  les  mots  non  définis,  cf.  p.  185, 
le  redoublement  de  «  de  »  dans  de  t  fyœ  dehors  c.  240, 
ded  veye,  en  automne,  c.  59  N.  E.,  devant  «  plus  »,  la  suppres- 
sion d'à  dans  «  donner  à  léter  un  enfant  »  au  sens  d'allaiter  chez 
de  nombreux  témoins  d'après  «  nourrir  un  entant»,  celle  de  de 
après  «  douter  »  au  sens  d'avoir  peur,  cf.  peur  L.  et  supra 
p.  185,  l'emploi  de  sur  c.  733  au  sens  de  chez,  dans,  etc.; 
on  trouvera  encore  quelques  autres  menues  particularités  con- 
cernant les  prépositions  à,  de,  etc. , d'origine  analogique,  sous  ces 
mots  dans  le  Lexique. 


CHAPITRE    VI 


FORMATION    DES    MOTS 


§  147.  De  quelques  procédés  de  dérivation  . 

Il  n'y  a  qu'un  assez  petit  nombre  de  procédés  de  formation  des 
mots,  qui  méritent  d'être  relevés  :  ce  sont  ceux  qui  ont  reçu 
dans  nos  parlers  un  développement  particulier. 

Dans  la  dérivation  impropre,  il  faut  signaler  que  nos  parlers 
aiment  à  former  des  adjectifs  post-verbaux,  ce  qui,  comme  on 
sait,  est  devenu  rare  dans  le  français  actuel,  cf.  Dict.  Gén . ,  Traité 
de  la  formation  de  la  langue  française,  §  53,  par  ex.  cret,  arrêté, 
2  a,  5  c,  gof,  gonflé,  12  a,  19  c,  tof,  étouffant,  2  c,  5  d,  12  a,  16 
a,  19  c,  €àp,  échappé,    2    a,    cf.    aussi    £ob,   çôb,   creux,  §   151. 

D'autre  part,  nos  parlers  ont  donné  quelque  développement  à 
l'emploi  d'un  suffixe  -w;^,  -ils,  qui  est  le  féminin  d'adjectifs  en  «, 
w;(,  -s,  correspondant  aux  adj.  fr.  en  eux,  -se  •<  osu,  -a,  par  ex. 
Hnûi,  graine  de  lin,  2  a,  c,  5  d,  15  a,  16  a,  19  c,  pânûs  12, 
balayures  c.  79,  brôkûs,  chènevotte,  14  a,  etc.  Peut-être  faut-il 
reconnaître  ce  même  suffixe  masculin  dans  betîi,  lait  de  beurre, 
du  Val-d'Ajol,  cf.  aussi  bâtû  25,  bà-  26,  et  p.  suivante. 

Parmi  les  suffixes  nominaux,  es  a  eu  un  succès  remarquable  et 
sert  à  former  de  nombreux  substantifs  qui  sont  tirés  de  radicaux 
verbaux,  p.  ex.  kopes,  coupure,  14  a,  19  c,  d,  20,  21  e,  22  a,  b, 
nmdes,  morsure  c.  509,  rïkes,  déchirure,  2  c,  5  d,  11  f,  19  c, 
etc.  Ce  suffixe  me  paraît  correspondre  au  fr.  asse  <Cacea,  d.  D.  G., 
lococit.,  §  81  ;  l'opinion  de  M.  ML.,  II,  §  496,  qui  le  consi- 
dère comme  une  extension  analogique  de  la  terminaison  des 
mots  savants  en  ace  <i  atio,  est  ingénieuse,  mais  aventurée. 

Nos  parlers  connaissent,  comme  le  français  moderne,  l'emploi 
du  suffixe  û  =  fr.  eiir  pour  désigner  des  objets;  cf.  p.  ex.  devœ- 
dyû,  dévidoir  c.    248,  etc.;  mais  le  féminin  en  est  régulière- 


—    2^2    — 

ment  ur,cî.  panûr  et pânur  balai  c.  78.  Une  forme  comme^t^t:^, 
couveuse,  de  i  b,  2  a,  d,  5  e,  est  une  adaptation  récente  du 
français,  et  qui  fait  reculer   la    formation  locale   kôvrôs,  -ôs,  -as. 

Enfin  on  rencontre  dans  un  certain  nombre  d'adjectifs  un  suf- 
fixe œ,  au  fém.  œs,  p.  ex.  dans  khpèvreû,  -eusse,  peureux,  Hingre 
et  la  carte  574,  baiteû,  -eusse,  faible  et  timide,  celui  qui  est  habi- 
tuellement battu,  Hingre,  etc.  Si  la  consonne  finale  s  du  fémi- 
nin s'explique  aisément  par  l'influence  analogique  des  nombreux 
participes  féminins  en  s,  cf.  §  142,  l'origine  du  suffixe  reste 
obscure.  Il  est  possible  que  ce  soit  simplement  le  suffixe  fr.  eux 
adopté  par  nos  parlers  :  cette  introduction  aurait  été  favorisée 
par  l'existence  de  l'adjectif  «  creux  »,  dont  les  parlers  de  l'aire 
19-22  ont  encore  une  forme  ancienne  keryœ,  cf.  profonde  c. 
617;  kovœ,  dont  on  parlera  plus  loin  §  151,  p-  267,  a  pu  influer 
également.  Du  féminin,  on  'a  tiré  un  suffixe  servant  pour  les 
substantifs:  betœs,  lait  et  beurre,  i-ii,  13-22,  fnt(vs,  friture,  i8, 
19  c,  friteûsse  Hingre. 

L'intercalation  d'un  r,  sur  l'origine  duquel  il  suffit  de  renvoyer 
au  D.  G.,  §  63,  a  eu  lieu  assez  fréquemment,  p.  ex.  dans  kotre, 
coude,  dérivé  de  *kot  <  cubitu,  usité  partout,  kûdre,  cordeau,  8  c, 
8'd,  14a,  iS-22, mîUrè  et -û,  19-22  et  18,  mouchoir  c.  510,  les 
différentes  formes  qui  désignent  partout  le  premier  lait  de  la 
vache  qui  a  vêlé,  cf.  c.  438  et  infra  §151.  De  même  le  diminu- 
tif de  «  petit  »  a  un  r  dans  tout  le  domaine  :  ptïro  i-io,  -0  11, 
13-15,  -à  16-22.  L'intercalation  d'un  /qui  vient  ordinairement 
du  suffixe  el  <C  clin  est  plus  rare  :  je  l'ai  notée  par  ex.  dans 
quelques  dérivés  d'un  mot  signifiant  cime  c.  191,  cf.  plus  loin 
§  15 1  ;  cf.  aussi  hoquet  id. 

§  148.  Substitution  de  suffixe  et  emploi  de  différents  suflEîxes. 

La  substitution  de  suffixe  est  un  phénomène  très  fréquent  et 
qui^  suivant  les  cas,  comprend  un  nombre  plus  ou  moins  grand 
de  localités. 

Parfois  un  ancien  suffixe,  qui  n'est  plus  nettement  senti 
comme  tel,  est  remplacé  par  un  autre  suffixe  plus  vivant  ;  c'est 
ainsi  qu"/  =fr.  //  est  remplacé  par  <^i=:  fr. /Vrdans  rhle  lé,  ràçûlf 


—  233  — 

17  b,  1 8,  21  a,  22  a,  partie  du  râteau  qui  porte  les  dents,  à 
côté  de  retlt,  dérivé  de  «  râteau  »,  4  a,  5  c,  f,  6  c,  11  d,  16  b, 
à^ns  ph-fe  21,  pw-  8,  -à  8',  à  côté  de  peréi  1-7,  grenier  placé 
au-dessus  de  la  grange,  cf.  c.  399  et  plus  bas,  §  151,  par 
û  =  fr.  eur  dans  eçknvîl  et  kkœi'ii,  -vyu  de  19,  21,  à  côté 
des  formes  dérivées  du  type  a.  fr.  escouve  -\-il^  écouvillon 
c.  275.  De  même  dans  quenouille  c.  630,  le  suffixe  éty- 
mologique ==  fr.  ouille  a  été  remplacé  à  peu  près  partout  par 
celui  qui  correspond  au  fr.  eille,  cf.  p.  96,  dans  écu  reuil  c. 
280  0  s'est  substitué  à  «')'.  C  hevreau  c.  183  est  représenté 
dans  la  région  de  Remiremont  par  des  formes  etvrï  11,  13-16, 
ۏ-  12  qu'on  retrouve  dans  l'a.  fr.  chevri,  et  que  M.  ML.,  EW. 
1655  rattache  à  un  étymon  capritus,  tandis  que  M,  Grammont 
s.  v°  éèvri  propose  caprile  qui  est  beaucoup  moins  satisfaisant. 
Cet  ancien  suffixe  e  a  été  éliminé,  dans  l'aire  17-22,  par  à 
=  fr.  et  ;  'e  de  la  vallée  de  la  Haute-Moselle  soulève  quelque 
difficulté  :  si  nous  avons  affaire  au  suffixe  attus,  la  voyelle 
devrait  être  régulièrement  ouverte  ;  et  il  est  cependant  peu  vraisem- 
blable que  e  puisse  être  le  suffixe  des  noms  d'agents  =  fr.  ier. 
Le  suffixe  «,  ur,  dont  nous  avons  parlé  dans  le  paragraphe  précé- 
dent, tend  particulièrement  à  se  substituer  à  â,  œr  =  fr.  oir,oire, 
qu'il  a  supplanté  tantôt  partout, cf.  airec.  15,  dévidoi  r  c.  248, 
etc., tantôt  seulement  dans  quelques  localités,  cf.balai  c.78, bat- 
toir c.  86,  mouchoirc.  510,  planche  à  laver  c.  584,  etc. 

Il  semble  qu'un  suffixe  «  ain  »  <C  amen  se  soit  substitué  par- 
tout à  î  dans  «  (re)gain  »,  cf.  §  1 5 1  s.  v.  automne,  et  d'une 
façon  plus  surprenante  à  e  =r  fr.  ier  dans  jo^e  de  6,  7,  gésier 
c.  388    et  dans /)o/^  3-7  poulailler  c.  601,  cf.  plus  loin  §  151. 

C'est  pour  des  causes  analogues  qu'un  suffixe  s'est  souvent 
substitué  non  pas  à  un  suffixe  proprement  dit,  mais  à  une  ter- 
minaison moins  usuelle  que  ce  suffixe  -.îy  a  remplacé  iv  de  gen- 
cive c.  380  dans  l'aire  1-8',  17-22,  et  de  même  j^  de  moitié  c. 
505  a  cédé  la  place  à  yey,  i(;y),  cf.  §  45,  dans  Taire  i-io,  12, 
16-22.  E  pou  van  ta  il  c.  307  est  exprimé  dans  la  plupart  des 
localités  par  un  substantif  post-verbal  d'«  épouvanter  »,  mais  dans 
Taire    i-io  le  mot,  au  lieu  d'être  terminé  régulièrement  par  ot. 


—  234  — 

l'est  par  ot,  qui  équivaut  au  fr.  ctle.  Les  formes  du  suffixe  qui 
est  en  fr.  âge  ont  éliminé  partout  la  terminaison  de.quadruviu, 
qui  s'emploie  au  sens  de  visite  c.  795,  et  d'atripkx  :  art')  i  c,  2 

b,  c,  ^  il,  5  a,  6  b,  ovirj  9,  oi'raige  Hingre.  mnàt  12  a,  t6  a,  -p/ 
lie,  13  a,  [4  b,  /(Twti/  5  d,  chéneau,  sont  des  formes  de  «  chan- 
latte  »,  ci.  p.  127,  avec  le  suffixe  itta;  dans  la  région  de  Remi- 
remont  «  trémie  »  est  pourvu  du  suffixe  œr  :  tremœr  ir  a,  b,  13 
a,  14  a,  15  a;  seyû,  sureau  c.  734,  de  5  a  est  accidentel.  Pour 
couleuvre,  cf.  §  151. 

Parfois,  mais  rarement,  ce  n'est  pas  à  proprement  parler  un 
suffixe,  mais  une  terminaison  plus  usuelle  qui  s'est  substituée  à 
une  autre  qui  l'est  moins  :  c'est  le  cas  de  quelques  formes  en  od, 
-t  du  mot  au  reste  très  troublé  alêne  c.  17.  Dans  les  représen- 
tants du  fr.  archaïque  aronde,  hirondelle  c.  410,  on  ne  voit 
pas  les  causes  qui  ont  amené  la  substitution  d'àd{r)  à  dd. 

Très  fréquemment  nous  nous  trouvons  en  présence  de  deux 
ou  plusieurs  suffixes,  sans  qu'il  soit  possible  d'établir  s'il  y  a  eu 
substitution  ou  formation  différente;  pour  le  faire,  il  faudrait  en 
effet  connaître  l'état  ancien  des  parlers.  Il  est  sans  doute  assez 
probable  que  fmUre,  mouchoir,  de  19-22  est  dû  à  une  substitu- 
tion récente  ;  mais  nombreux  sont  les  cas  où  l'on  doit  se  con- 
tenter d'une  simple  constatation  de  faits  :  ainsi,  à  côté  des  dérivés 
en  œr,ur  du  v.  *pannare  au  sens  de  balai  c.  78,  le  Val-d'Ajol  a 
un  dérivé  en  ûr  ;  pour  désigner  les  balayures  c.  79,  le  dérivé  le 
plus  répandu  de  ce  même  verbe  est  également  en  nr,  mais  12  et 
13  en  ontun  en  n  et  12  en  outre  un  enî75,cf.  §  147;  le  charme 

c.  160  est  exprimé  avec  deux  dérivés,  l'un  en  in,  l'autre  en  ày\ 
écumoire  c.  279,  outre  Hemii  (m.)  de  12  qui  est  récent  et 
kemot  de  i  r  refait  sur  phrot,  présente  deux  dérivés  Q'ç^khnœr  et 
kèmrùs,  ce  dernier  avec  le  suffixe  ros,  anciennement  frme  <Cancia, 
cf.  A.  Thomas,  Nouveaux  essais  d(  philologie  française,  Paris, 
Bouillon,  1904,  pp.  62  sq.  ;  gravier  c.  396  et  morsure  c.  509 
n'ont  pas  moins  de  trois  suffixes;  à  côté  du  participe  féminin  de 
*sternire,  nos  parlers  emploient  au  sens  de  litière  c.  459  N.  E. 
des  dérivés  avec  les  suffixes  ïn  et  ur;  oncle  L.  se  dit  (i/c;  dans 
l'aire   i-ii,    13-19  et  otyà  aux  points    19-22,-0   au    point   12; 


—  235   — 

purin  c.  622,  exprimé  avec  des  dérives  du  latin /o//»m,  urine. 
ML.,  EJF.  5129,  présente  le  suffixe  er  =  fr.  ière  dans  la  forme 
li(hér  de  9,  10,  1 1,  lé  et  le  suffixe  ey  =  fr.  ée  dans  Inhey  de  19- 
22;  litjt{y)  de  1-8',  ir,  hvhî  de  12,  lohi  de  13,  /■///;/  de  14  ont 
probablement  le  même  sutlîxe,  mais  /•///.'/  de  17,  18  sont  dans  ce 
cas  empruntés;  quanta  /•////;■  de  11,  lùh'ir  de  11,  15,  ce  sont  des 
formes  croisées.  On  pourrait  allonger  cette  liste;  il  suffira  de 
renvoyer  à  quelques  cartes  telles  que  matou  c.  482,  paroi  c. 
5)4,  taupinière  c.  744,  etc. 

Le  cas  des  formes  qui  désignent  le  fourneau  c.  361  est  égale- 
ment particulier.  Tandis  que  l'aire  16-22  emploie  le  type  «  four- 
neau »  comme  le  français,/i<«(i, -^  et  l'aire  1-15  contient  un  suf- 
fixe correspondant  au  fr.  f/;  d.  sur  l'extension  de  ce  type  Hor- 
ning  s.  \°  funo  p.  iio  et  la  c.  fourneau  de  VAL.  Toutefois,  il 
n'y  a  pas  eu  en  ce  cas  substitution  de  suffixe  :  l'aire  i- 1 5  possède 
encore  le  type  «  fourneau  »  ;  mais,  comme  elle  l'utilise  avec  un 
son  particulier,  elle  a  eu  recours  à  une  autre  formation  pour  dési- 
gner le  fourneau.  En  effet, //m<^  m'a  été  indiqué  par  i  b,  6  a,  1 1  a- 
c,  12  a,  b,  14  a,  15  a,  lé  a,  17  a  au  sens  de  feu  qu'on  fait  dans 
les  champs  pour  brûler  les  détritus  des  récoltes,  et  il  est  courant  sous 
cette  forme  dans  le  français  populaire  de  la  région  duThillot.  Du 
reste,  cette  raison  n'est  pas  impérieuse,  comme  le  montre  l'usage 
de  16  a,  17  a  et  aussi  celui  de  21  e,  qui  emploie/////^  à  la  lois  au 
sens  de  fourneau  et  de  feu  de  charbonnier.  Il  est  intéressant  de 
noter  que  de  nombreux  parlers  lorrains  et  franc-comtois  font  des 
distinctions  semblables  :  M.  Haillant  donne  pour  Uriménil  foitnot, 
fourneau,  et  foujié,  fourneau  à  charbon,  et  il  ajoute  :  «  La  Forge 
(canton  de  Remireniont)  les  Foiinnels,  censés  et  fermes.  Foiinel 
vient  du  patois  Çsic^founé,  gazon  et  broussailles  brûlés  pendant 
l'écobuage.  Au  Tholy  foné  Thiviai,  Cleurie,  p.  266.  »  Pour  les 
parlers  franc-comtois  on  notera  Grammont,  La  FrancJje-Mon- 
tagne  :  «  fiiànb,  fourneau  (de  charbon  ou  de  cuisine),  fubné,  tas 
et  bois  de  charbonnier,  frjànld,  tas  de  racines,  herbes  sèches..., 
etc.,  qu'on  brûle  dans  les  champs  en  automne  ou  au  printemps», 
Contejean,  Monthéliard  :  «  foiièné,  f.  de  charbonnier,  foiicnelot 
(comme  Grammont)»,  Roussey,  Bournois  :  <■(  Jïmô,  poêle,  fitné, 


—  236  — 

haut-fourneau.  —  Tas  de  bois  préparé  pour  le  charbonnier...  — 
Amas  de  gazon  que  l'on  fait  brûler...  »,  Tissot,  Les  Four^s  : 
<■<■  founets,  fourneau,  fougneaux,  hauts-fourneaux,  four  à  charbon.» 

§  149.  Dérivés  n'existant  que  dans  une  partie  de  domaine. 

Assez  fréquemment  l'adjonction  d'un  suffixe  ne  s'est  produite 
que  dans  un  certain  nombre  de  localités,  tandis  que  les  autres 
conservent  le  mot  simple.  Le  plus  souvent  on  n'aperçoit  dans  le 
fait  que  la  propagation  d'un  suffixe  usuel,  ou  du  moins,  s'il  en 
existe  une  autre  raison,  on  ne  la  saisit  pas  et  l'on  doit  se  con- 
tenter de  constater  l'usage.  Ainsi  le  premier  lait  de  la  vache  qui 
a  vêlé,  ci.  la  c.  438,  est  désigné  partout  par  des  dérivés  en  re 
d'un  mot  correspondant  à  l'a.  fr.  bet,  représenté  au  seul  point  1 
par  bok,  dont  la  consonne  finale  atteste  au  reste  qu'il  a  subi  l'in- 
fluence du  dérivé.  Oseille  c.  337  est  presque  partout  exprimé 
par  des  dérivés  en  ette  d'un  simple  qui  survit  sous  la  forme 
Ùjtl  =r  a.  fr.  osile  à  Remiremont  et  sous  des  formes  corrompues 
aux  points  i,  21,  22.  Soc  c.  713  présente  un  dérivé  en  0  aux 
points  1-8,  12.  iMerle  se  dit  niler  (f.)  aux  points  19  et  22,  et 
M.  Haillant  la  signale  s.  v°  miâle  pour  Saint-Amé  d'après  Thiriat; 
ce  dérivé  en  er  =  fr.  iêre,  qui  a  dû  exister  dans  toute  la  vallée  de 
la  Moselotte,  mais  qui  a  reculé  devant  le  ir.merl,  est  assez  diffi- 
cile à  expliquer.  Berceau  c.  94  est,  au  Val-d'Ajol,  exprimé  par 
un  dérivé  brhœr,  tiré  du  verbe,  à  côté  du  simple  usité  partout 
et  même  aussi  au  Val-d'Ajol.  Épou'vantail  c.  307,  qui,  comme 
on  a  vu  §  148,  est  exprimé  au  moyen  du  substantif  post-verbal 
d'«  épouvanter  »,  est  allongé  aux  points  11,  14,  15  au  moyen  des 
suffixes  œ,  œr\  le  substantif  post-verbal  etyeç,  qui  signifie  éclair- 
cie  c.  269,  l'est  aux  points  18  et  19  au  moyen  du  suflEîxe  h. 
Quant  à  kwïy'à,  écouvillon  c.  275,  du  point  i,  on  peut  penser 
qu'il  est  dû  à  l'influence  du  français. 

Mais,  dans  plusieurs  cas,  on  peut  discerner  une  cause  plus  pré- 
cise de  là  formation  des  dérivés,  et  attribuer  ceux-ci  au  désir  de 
distinguer  deux  sens.  Si,  à  côté  A'ây  <  *ascla,  d.  ML.,  EW. 
736,  les  points  6,  7  ont  créé  âyot  et  7,  8  âyly,  au  sens  d'arête  c. 
41,  c'est  qu'à)'  s'emploie  encore  au  sens  d'écharde,  ainsi  que  les 


—  237  — 

témoins  19  a,  20  a,  2 1  a,  22  a  l'ont  attesté.  De  même  si  é c h i  n  e 
c.  267  est,  dans  les  localités  12-15,  20-22,  exprimé  par  un  dérivé 
en  èf,  c'est  que  le  type  «  échine  »  s'emploie  dans  de  nombreuses 
localités  au  sens  d'écharde,  cf.  en  ce  sens  exn  i  b,  2  b,  c,  e,  5  d, 
6  d,  <?-  18,  19  c,  )Mnt,  baguette  à  fouetter,  Hingre;  c'est  égale- 
ment pour  éviter  toute  confusion  de  sens  que  la  plupart  des 
témoins  disent  «  l'échiné  du  dos  ».  Si  «  échine  »  au  sens  d'écharde 
est  aujourd'hui  souvent  pourvu  du  suffixe  -dit,  c'est  qu'il  y  a 
des  échardes  de  différentes  tailles.  On  peut  expliquer  de  la  même 
façon  le  dérivé  kelœéo,  kà-  de  l'aire  1-8,  souche  c.  719,  dont  le 
simple  est  d'origine  obscure',  et  il  est  probable  que  kesn'èyde  22, 
à  côté  de  kestn  de  i,  2,  5,  dont  l'étymologie  m'est  également 
i«connue,  a  eu  primitivement  une  valeur  particulière.  Dans 
beaucoup  de  localités,  éteu  le  c.^i6  est  allongé  avec  le  suffixe  3, 
sans  doute  parce  que  le  simple  sert  à  désigner  le  champ  couvert 
d'éteules  ;  cf.  N.  E.  de  la  carte.  La  création  du  dérivé  -èosàt  dans 
l'aire  20-22  au  sens  de  bas,  tandis  que  1-8,  19  donne  €Ôs  et  9-18 
€os,  est  étroitement  liée  à  l'histoire  des  mots  désignant  la  culotte. 
Dans  mon  enquête,  je  n'ai  recueilli  en  ce  sens  que  «  culotte  » 
et  «  pantalon  »,  mais  Hingre  donne  la  précieuse  indication  sui- 
vante :  «  chausse,  chausses, culotte  »,  qui  prouve  que  récemment 
encore  ce  mot  existait  à  La  Bresse  avec  cette  valeur.  Nos  parlers, 
en  abandonnant  «  chausse  »  au  sens  de  culotte,  l'ont  gardé  avec 
celui  de  bas,  mais  dans  ceux,  comme  celui  de  La  Bresse,  où  l'an- 
cien sens  résistait  davantage,  un  dérivé  nouveau  a  été  créé  pour 
désigner  le  bas.  Est-il  besoin  d'ajouter  que  le  fait  s'est  produit 
assez  récemment  quand  le  bas  est  devenu  plus  usuel  ?  Cette  expli- 
cation est  confirmée  par  les  cartes  114,  373  de  VAL.  ;  aux  points 
76,  78,  86,  87  où  «  chausse  »  signifie  encore  culotte,  pantalon, 
bas  se  dit  «  chaussette  ».  Mais  «  chausse  »  au  sens  de  culotte 
est  partout  fortement  combattu  par  le  français  et  tend  à  dispa- 
raître, de  là  la  situation  que  nous  avons  constatée  dans  l'aire  20- 
22,  où  «  culotte,  pantalon  »  ont  pénétré  après  la  création  de 
M  chaussette  »,  situation  qui  se  retrouve  aux  points  59,  66,  77  de 
VAL. 

I-  kelœé,  qui  a  été  recueilli  aux  points  i,  3,  5,  6  a  été  oublié  sur  la  carie. 


—  238  — 

Dans  deux  cas  où  le  dérivé  remonte  à  une  époque  très 
ancienne,  c'est  la  survivance  du  simple  qui  est  le  fait  intéressant, 
à  savoir  celle  de  pwô,  porc,  aux  points  2,  i  r,  12,  à  côté  du  type 
porcellu,  cf.  lesc.  598  et  681,  et  celle  de  va  <i  vas  aux  points  1-7, 
12,  à  côté  du  type  vascelln  au  sens  de  cercueil  c.  145. 

Le  développement  de  «  noisette  »,  cf.  la  c.  526,  est  plus 
compliqué  :  le  dérivé  «  noisette  »  existe  dans  l'aire  1-18,  le 
simple  «  noix  »  dans  l'aire  19-22;  la  informe  n'y  est,  au  reste, 
pas  inconnue,  car  20  a  et  b  l'ont  employée,  et  Hingres.  \°  neii  et 
neuhate  indique  que  Jieuhaîe  existe  à  La  Bresse,  quoique  moins 
usuel  que  neu.  «  Noix  »  a  dû  évidemment  exister  partout  au 
sens  de  «  noisette  »,  et  la  désignation  de  la  noix  par  un  composé, 
cf.  notre  carte  527  et  ML.,  EW.gallicus  3659,  laissait  la  place  à 
«  noix  »  au  sens  de  noisette;  c'est  ainsi  que  19-22  l'ont  gardé 
avec  cette  valeur.  Si  «  noisette  »  s'est  cependant  largement 
répandu,  il  faut  donc  y  voir  l'action  de  parlers  voisins,  ci.  la  carte 
de  VAL.,  et  probablement  aussi  celle  du  français. 

La  composition  des  mots  présente  peu  de  faits  dignes  de 
remarque.  On  notera  cependant  la  création  du  composé  «  regain» 
faite  en  vue  d'une  distinction  de  sens,  dont  il  sera  parlé  plus 
loin,  §  151  s.  v°  automne  et  celle  de  «  redevoir  »,  emplové 
quand  le  verbe  a  un  substantif  comme  complément  direct,  tandis 
que  «  devoir  »  est  réservé  comme  auxiliaire;  cf.  les  c.  249,  250. 
Quant  aux  composés  ta  ib  icj-ii  =  fr.  «  tard  temps  »  au  sens 
d'automne  c.  )<),tljyœtd6,  -10  20,  22=  «  fors  temps  »  au  sens 
de  printemps  c.  6ié,  ils  sont  du  type  très  répandu  enïvan- 
CAis  arrière- cour,  d.  Darmsteter,  Cours  de  grammaire  historique  de 
la  langue  française,  Delzgra.ve,  Paris,  3'  partie,  p.  46.  De  même 
bhr  ftl  =^  fr.  vêtu  de  bleu,  bousier  c.  114  des  points  4,  6,  9  est 
du  même  tvpe  que  p.  ex.  le  fr.  blanc-poudré,  cf.  id.  p.  47,  Dict. 
Gén.,  Introduction,  §  203. 


CHAPITRE  VII 


MELANGES    DE    PARLERS 


§  150. 

Il  convient  d'examiner,  comme  nous  l'avons  fait  dans  la  pre- 
mière partie,  cli.  VIII,  pour  les  traitements  phonétiques,  le  rôle 
de  la  géographie  dans  la  répartition  des  formes.  Plusieurs  faits 
doivent  être  écartés  parce  qu'ils  n'intéressent  pas  la  norme  des 
parlers  et  sont  manifestement  individuels:  tels  sont  la  survivance 
de  no,  nous,  chez  le  témoin  11  b,  cf.  p.  193,  l'emploi  de  la  nou- 
velle désinence  u  à  la  troisième  personne  du  pluriel  de  l'indica- 
tif présent  par  le  témoin  22  a,  cf.  p.  117;  on  en  peut  dire  autant 
de  di,  du,  de  13  a,  du  parfait  enâ  de  7  b,  une  seule  fois  employé 
dans  ^«  elœ,  il  partit,  c.  556  N.-E.,  de  kiôyil,  cru  de  16  a; 
et  cette  liste  pourrait  être  facilement  allongée.  Mais,  en  dehors 
de  ces  faits  accidentels,  11  en  existe  d'autres,  d'usage  normal  et  dont 
la  localisation  paraît  bien  être  le  résultat  d'un  mélange  de  parlers. 

1°  La  région  de  Remiremont  et  les  deux  vallées. 

Remiremont  a  certainement  joué  le  rôle  d'intermédiaire  pour 
la  propagation  dans  les  deux  vallées  du  type  «  l'autre  -|-  ci, 
l'autre  -h  là  »  au  sens  de  démonstratif,  cf.  p.  186  :  la  persistance 
du  type  antérieur  dans  les  localités  situées  en  amont  montre 
clairement  la  direction  que  suit  le  nouveau  pronom.  A  vrai  dire 
on  peut  considérer  ce  fait  comme  lexical  ;  mais  il  en  est  d'autres 
de  caractère  nettement  morphologique,  à  savoir  le  développement 
d'une  désinence  accentuée  à  la  y  pers.  du  pluriel  de  l'indicatif 
présent,  p.  199,  et  le  recul  concomitant  de  l'ancienne  désinence 
en/,  p.  176,  phénomène  pour  l'extension  duquel  il  est  permis  d'at- 
tribuer une  action  décisive  au  parler  de  Remiremont.  Le  recul  de 
l'ancienne  désinence  en  /  à  toutes  les  3^'  personnes,    celle  d'une 


—  240  — 

désinence  anciennement  en  «  ois  »  à  la  i'"^  pers.  sing.  de  l'in- 
dicatif présent,  p.  174,  attestent  également  cette  action,  de 
même  que  la  substitution  de  «  je  »  à  «  nous  »,  p.  194,  ou 
l'emploi  delà  3*  pers.  du  pluriel  après  «  on  »,  p.  209.  En  effet, 
dans  tous  ces  cas,  si  l'on  fait  abstraction  des  modifications  ana- 
logiques, qui  se  sont  produites  à  des  degrés  divers  dans  quelques 
localités,  on  constate  que  l'usage  nouveau  couvre  à  la  fois  la 
région  de  Remiremont  et  les  villages  contigus  des  deux  vallées, 
tandis  que  l'usage  ancien  subsiste  dans  un  nombre  varié  de 
localités  situées  plus  en  amont.  Parfois  une  frontière  nette  sépare 
les  deux  usages,  comme  par  exemple  celle  qui  sépare  la  dési- 
nence en  «  -ois  »  de  la  T'^  pers.  sing.  de  l'indicatif  présent  et  la 
formation  semblable  au  français  ;  mais  le  plus  souvent  ils  riva- 
lisent dans  quelques  localités,  au  delà  et  en  deçà  desquelles  la 
norme  est  fixe  :  c'est  ainsi  que  «  je  »  et  «  nous  »  coexistent  aux 
points  16  et  17,  que  8  a,  8'  d,  e  disent  «  on  ont  »  et  8  a,  c,  8'  b 
disent  «  on  a  ». 

L'unanimité  dés  parlers  en  ce  qui  concerne  l'emploi  du  type 
«  tout  -|-  par  »  -f-  un  pronom  personnel  au  sens  de  seul,  p.  187, 
ou  la  formation  d'un  imparfait  prochain  en  or,  p.  188,  ne  per- 
met pas  d'être  aussi  affirmatif  sur  le  mode  d'extension  de  ces  inno- 
vations, et  cependant  il  est  bien  probable  que  le  parler  de  Remi- 
remont a  dû  contribuer  à  les  faire  adopter  par  les  parlers 
voisins. 

Quant  aux  réserves  que  nous  avons  exprimées  au  début  du 
ch.  VIII  de  la  première  partie,  elles  ne  s'appliquent  pas  à  la  mor- 
phologie dans  la  même  mesure  qu'à  la  phonétique,  et  en 
tout  cas  elles  ne  paraissent  pas  s'appliquer  aux  faits  signalés  ici. 

La  substitution  de:(o,  :^ol,  eux,  elles,  à  «  leur  »,  p.  172,  mérite 
à  peine  d'être  citée  ici;  car  elle  n'atteint  que  le  point  lé,  où 
les  deux  types  de  formes  coexistent. 

2°  Le  parler  de  Remiremont. 

L'usage  du  parler  de  Remiremont  présente,  ainsi  qu'on  a  dû 
le  remarquer,  de  nombreuses  variations.  Si  lé,  le,  est  la  forme 
unique  des  témoins  a,  c-f,  le  témoin  b  emploie  à  la  fois  lô  et  le, 
/  ;  a,  c  ne  connaissent  que  dô,  du,  mais  e  ne  connaît  que  dï  et  b 


—    241    — 

hésite  entre  les  deux  formes  ;  (),  au,  n'appartient  qu'à  a  et  c, 
tandis  que  b  emploie  seulement  /  ;  a  et  c  ne  disent  que  de,  e,  le, 
ntc,  mais  les  autres  témoins,  i/rf,  â.  là,  nui;  nd,  nos,  est  usité  par 
lia,  b,  tandis  que  les  autres  témoins  emploient  no.  Tous  ces 
faits  correspondent  bien  à  ce  qu'on  a  vu  §  85  ;  et,  plus  nette- 
ment peut-être  que  les  traitements  phonétiques,  ils  montrent 
que  les  flottements  des  témoins  ne  sont  pas  dus  simplement 
à  la  désagrégation  du  parler  de  Remiremont,  mais  qu'ils 
représentent  dans  une  certaine  mesure  des  divergences  anciennes, 
qui  séparaient  le  centre  de  la  ville  et  la  banlieue.  Il  est  en  effet 
remarquable  que  les  témoins  du  centre  a  et  c  sont  d'accord  pour 
presque  toutes  ces  formes,  tandis  que  les  autres,  qui  habitent  les 
faubourgs,  s'en  séparent  diversement,   notamment  le  témoin  b. 

Notons  encore  que  seul  ce  témoin  reforme  le  masculin  de 
«  vieux  »  sur  le  féminin  et  dit  vey  pour  les  deux  genres,  cf.  §  145. 

Parmi  les  formes  verbales,  seul  le  traitement  phonétique  de 
la  3''  pers.  du  singulier  du  présent  d'avoir  et  du  futur  oppose  le 
témoin  b  aux  témoins  a  et  c,  cf.  p. 201.  Ailleurs  nous  sommes  en 
présence  de  multiples  modifications  analogiques,  auxquelles  la 
désagrégation  du  parler  a  pu  donner  libre  cours  :  c'est  ainsi  que 
tous  les  témoins  emploient  dans  des  proportions  diverses  etlo 
aux  trois  personnes  du  singuUer  de  l'imparfait  ;  cf.  aussi  les  diffé- 
rentes formes  du  futur  de  trouver  p.  222,  etc. 

3°  Le  parler  du  Val-d'Ajol. 

La  position  excentrique  de  cette  localité  peut  expliquer  les 
particularités  de  son  parler  :  c'est  ainsi  qu'elle  est  seule  à 
employer  nd,  nous,  en  fonction  tonique,  so,  je  suis,  ot  =  Ir.  êtes 
à  la  V  pers.  du  pluriel,  à  former  les  six  personnes  du  subjonctif 
(sauf  dans  quelques  verbes  forts)  en  h,  qu'elle  conserve  plus  de 
formations  fortes  au  parfait,  cî.  §  103,  que  les  autres  parlers  et, 
dans  les  parfaits  faibles,  une  désinence  du  pluriel  rr  que  les  autres 
localités  ne  possèdent  plus,  p.  206.  Toutefois  nous  devons  nous 
contenter  de  noter  ces  faits;  car  la  connaissance  insuflSsante  des 
parlers  voisins  ne  nous  permet  pas  de  les  interpréter  avec  certitude. 

Mais  nous  pouvons  attribuer  sans  aucun  doute  au   voisinage 

Les  parlers  des   Vosges  méridionales.  16 


—  242  - — 

des  parlers  franc-comtois  certaines  particularités  telles  que  la 
conservation  du  type  de  démonstratif  «  cestui  »,  ci.  les  c.  141  et 
142  N.  E.,  qui  a  disparu  de  tous  les  autres  parlers  de  notre 
domaine  lorrain,  ou  celle  du  pronom  lu  =:  fr.  leur  au  sens 
d'eux  et  elles,  et.  p.  173  \  Bien  plus  c'est  à  l'action  analogique 
des  formes  propres  à  ces  parlers  franc-comtois  que  nous  avons 
attribué  la  forme  set  usitée  aux  deux  premières  personnes  du 
pluriel  de  l'indicatif  présent  du  v.  être,  p.  202,  et  c'est  égale- 
ment du  mélange  de  ces  différents  parlers  que  provient  proba- 
blement la  désinence  des  r^  et  3=  pers.  du  pluriel  de  l'indicatif 
présent  et  du  futur,  p.  199. 

4''  Autres  mélanges. 

Enfin,  en  dehors  des  faits  précédents,  notre  domaine  présente 
quelques  cas  de  mélanges  de  parlers  voisins.  Si  nous  avons  eu  raison 
d'attribuer  p.  168  le  maintien  de  do  à  l'action  de  lô,  la  coexis- 
tence de  di  et  lô  au  point  14  est  due  à  la  rencontre  d'usages  voi- 
sins et  différents,  le,  lui,  cf.  p.  192,  a  pénétré  des  parlers  de  la 
vallée  de  la  Moselotte  dans  l'usage  du  témoin  5  g.  Enfin  nous 
avons  vu  p.  165  que  la  forme  ï,  je,  ne  pouvait  pas  s'être  dévelop- 
pée régulièrement  dans  les  parlers  de  l'aire  18-22,  qui  l'a  donc 
empruntée  à  ceux  de  la  vallée  de  la  Haute-Moselle. 

Il  existe  d'autres  cas  où  des  formes  sont  en  rivalité  dans  diverses 
localités,  mais  il  est  difficile  de  reconnaître  si  le  fait  provient 
d'un  mélange  de  parlers  ou  de  la  lutte  de  formes  anciennes  et 
de  formes  analogiques  nouvelles,  cf.  p.  ex.  la  coexistence  de  lût  et 
;^//t  dans  l'aire  11- lé,  p.  195,  celle  de  ///  et  de  te,  iê,  t,  aux  points 
13,  15,    16,    17,    p.    193,  celle  des   désinences  0   et  è  à   la  3' 

I.  M.  P.  Passy,  dans  un  article  de  la  Revue  de  philoloi:;it'  Jiancaisc,  1892, 
p.  149,  conclut  que  ce  n'est  pas  la  phonologie  qui  sépare  le  patois  du  Val- 
d'Ajol  des  patois  lorrains  (il  n'en  retient  que  le  traitement  des  groupes  rt,  iJ), 
mais  des  Hùts  morphologiques,  à  savoir  la  désinence  a  de  la  k^  pers.  sing. 
de  l'indicatif  présent  et  la  persistance  de  «  nous  »  comme  pronom  sujet  «  qui 
suffisent,  dit-ii,  pour  rapprocher  le  patois  du  Val-d'Ajol  de  ceux  de  Fouge- 
rolles  et  de  Saint-Bresson,  et  pour  le  différencier  de  Grangcs-de-Plombières, 
Plombières  et  Cleurie  ».  Cette  distinction  n'est  vraie  que  pour  la  région  limi- 
trophe. On  a  vu  que  d'autres  parlers  lorrains  des  deux  vallées  possèdent  égale- 
ment ces  deux  particularités,  la  désinence  de  la  ff  pers.  sing.  pr.  ind.  s'y 
présentant  sous  la  forme  ç. 


—  243  — 

pers.  sing.  du  condit.  au  point  15,  p.  161,  celle  des  désinences 
^  et  r  à  la  3*^  pers.  sing.  de  l'impartait  au  point  13,  p.  160,  etc. 
Comme  on  pouvait  s'y  attendre,  le  système  morphologique  de 
nos  parlers  doit  infiniment  peu  à  des  pariers  étrangers  :  le  seul  cas 
où  nous  ayons  cru  reconnaître  une  telle  action  est  le  développe- 
ment de  ~t'',  {Ôl,  eux,   elles,  p.  173. 


TROISIÈME    PARTIE 
LEXIQUE 


La  vitalité  de  nos  parlers,  si  abondamment  démontrée  dans 
les  chapitres  précédents,  ne  se  manifeste  pas  moins  dans  le  lexique. 
Toutefois  il  va  de  soi  qu'il  ne  se  prête  pas,  comme  la  phoné- 
tique et  la  morphologie,  à  un  exposé  S3'stématique,  et  qu'il  ne 
peut  s'agir  ici  d'épuiser  toutes  les  questions  de  détail  qu'il  sou- 
lève. Le  seul  fait  d'un  caractère  un  peu  plus  général  et  qui  per- 
mette une  étude  d'ensemble  est  le  rôle  des  parlers  alémaniques, 
qui  sera  envisagé  plus  loin  §  153  ;  en  outre  le  parler  du  Val- 
d'Ajol  doit  à  sa  situation  excentrique  et  à  son  contact  plus  étroit 
avec  les  parlers  franc-comtois  un  certain  nombre  de  traits  lexi- 
caux, qu'il  est  intéressant  dégrouper,  comme  il  sera  fait  §  152. 
Pour  le  reste,  le  classement  alphabétique  nous  a  paru  le  plus 
pratique. 

Si  nombreuses  que  soient  les  notes  lexicologiques  qui  suivent, 
elles  constituent  cependant  un  choix.  L'ignorance  des  types 
étymologiques  m'a  plus  d'une  fois  arrêté.  De  plus,  le  mode 
même  de  mon  enquête  donne  souvent  au  vocabulaire  une  trom- 
peuse apparence  de  richesse,  ainsi  qu'on  l'a  déj<à  indiqué  dans 
rintrodution  de  V Atlas,  p.  xvsq.  Les  réponses  des  témoins  n'ont 
fréquemment  qu'une  valeur  individuelle  et  momentanée.  En 
outre,  en  dehors  des  termes  dont  le  sens  est  strictement  limité, 
les  témoins  ont  souvent  répondu  par  des  mots  de  sens  voisin  ; 
mais  on  ne  doit  pas  conclure  de  l'absence  de  tel  terme  dans 
une  localité  qu'il  n'y  existe  pas.  La  multiplicité  des  termes  indi- 
qués pour  là-bas  c.  433  et  là-haut  c.  435  provient  de  ce  que 
nos  parlers  possèdent  de  nombreux  adverbes  de  lieu  appartenant  à 


—  245   — 

cette  catégorie  sémantique,  et  que  chaque  témoin  a  dû  nécessai- 
rement en  choisir  un  pour  répondre  à  :ua  question:  tout  au  plus 
ressort-il  de  ces  cartes  que  les  composés  avec  «  avant  »  sont 
moins  usités  que  les  autres  ;  cf.  aussi  les  difterents  mots  «  gon- 
flée »,  «  enflée  »,  «  soufflée  »  emplovés  en  réponse  à  une 
vessie  gonflée  L.,  ou  «  ronger  »,  «  rogner  »,  «  mâcher  », 
«  racler  »,  «  cueillir  »  et  d'autres  mots  qui  n'ont  pas  leur 
équivalent  en  français  dans  ronger  un  os  L.  Il  laut  en  outre 
faire  sa  part  à  la  suggestion  exercée  par  le  mot  trançais  ou  les 
commentaires  par  lesquels  je  l'ai  parfois  expliqué  :  ainsi  pour 
maladroit  c.  467  très  peu  de  témoins  ont  indiqué  lod  et  nh  et 
la  plupart  ont  eu  recours  à  «  maladroit  »,  pour  brasser  la 
bouillie  c.  117  tûye  n'a  été  fourni  que  dans  les  localités  6,  8, 
12,  18,  21,  tandis  que  les  mots  les  plus  usités  «  broyer  »  et 
«  écraser  »  ont  été  plus  ou  moins  provoqués  par  mes  explications. 

§   151- 

Abri  c.  7. 

Tandis  que  toute  l'aire  i-ii,  14-22  désigne  un  abri  contre  la 
pluie  par  un  substantif  tiré  du  participe  féminin  du  verbe 
«  essuyer»,  cf.  c.  311,  les  deux  localités  12  et  13  emploient  res- 
pectivement les  deux  formes  etb  et  eto,  qu'on  retrouve  à  Uriménil, 
cf.  Haillant  ^/o/ ;  VAL.  n'a  recueilli  ce  mot  qu'au  Val-d'Ajol  point 
57,  alors  que  le  type  «  essuyée  »  est  assez  fréquent  dans  les  par- 
1ers  vosgiens.  Ceci  donne  à  penser  qu'f^ô  est  une  innovation 
récente.  L'origine  en  est  claire  :  c'est  le  substantif  «  toit  »  avec 
un  ê  initial  qui  est  la  voyelle  de  l'article,  cf.  p.  116,  probable- 
ment modifiée  par  un  croisement  avec  le  v.  «  attendre  ». 
Pour  evre,  -œ  à.Q  la  carte  6,  cf.  p.  10,  n.  i. 

Ainsi  c.  14. 

Cf.  pour  ce  mot  p.  127  et  p.   133. 

Aire  c.  15. 

Quelques  localités  seulement  conservent  encore  l'ancien  subs- 
tantif dérivé  au  moyen  du  suffixe  11,  et.  §  147,  du  v.  «  mar- 
cher »,  usité  partout  au  sens  de  battre  en  grange  c.  87.  Bien 
que     l'aire    ié-22    ait    créé    un    nouveau    terme    issu    du    v- 


-    24é    - 

«  battre  »,  bàhï,  la  persistance  du  verbe  «  marcher  »  montre 
que  le  recul  du  substantif  n'est  pas  dû  au  changement  de  la 
technique,  qui  a  substitué  le  battage  au  foulage;  il  provient  de 
ce  que  nos  parlcrs  l'ont  employé  également  au  sens  de  tléau  c. 
350,  et  que  cette  dualité  de  sens  a  été  gênante.  Actuellement  ce 
fait  n'apparaît  plus  clairement,  parce  que  le  type  fr.  «  fléau  »  a 
repoussé  l'ancien  terme,  qui  ne  subsiste  plus  qu'aux  points  5  et 
12;  et  c'est  probablement  la  même  cause  qui  a  contribué  à  cette 
substitution. 

Apprivoiser  c.  ^6. 

Les  {ormQseprèje,  -be,  cprlhe  de  l'aire  10-16  sont  dues  à  une 
modification  causée  par  le  participe  passé  du  v.  prendre,  dont 
Vî  est  encore  conservé  aux  points  1 1  et  1 5  dans  eprihe.  Toutefois 
ce  croisement  s'est  probablement  produit  non  pas  avec  un  repré- 
sentant d'  «  apprivoiser  »  mais  avec  celui  de  l'anc.  fr.  aprisonntr, 
qui  est  attesté  à  Uriménil  par  aiprchnié,  ainsi  que  M.  Haillant 
l'a  bien  reconnu.  Pour  epermeje  de  8',  cf.  p.  129. 

Appuyé  c.  37. 

Le  mot  le  plus  répandu  est  un  représentant  du  fr.  accoter  :  on 
sait  que  le  français  possède  deux  homonymes,  l'un  composé  de 
coste,Y2LUirQ  àQ  cote,  ci.  D.  G.  ekotà  de  19-22  paraît  bien  repré- 
senter le  deuxième  ;  quant  aux  formes  avec  0,  elles  sont  issues 
de  ce  tvpe  avec  allongement  ou  du  premier,  sans  qu'on  puisse 
se  prononcer.  Qiioi  qu'il  en  soit,  dai\is  Taire  1-8,  «  accoter  »  a 
été  modifié  en  ekùtà  par  la  préposition  kàt.  Dans  les  deux  vallées, 
un  verbe  nouveau  tend  à  s'y  substituer,  ebœir,  dont  Vœ  est 
allongé  au  point  2.  Je  l'ai  en  outre  recueilli  au  sens  de  barrer, 
enrayer  L.,  mais  il  ne  semble  pas  exister  en  dehors  de  cette 
aire.  C'est  un  composé  parasynthétique  du  substantif  bar, 
barre  L.,  qui  a  donné  naissance  à  d'autres  dérivés,  comme  on 
peut  le  voir  dans  mon  Lexique  français-patois  ;  mais  l'origine  de 
ce  mot  et  ses  rapports  avec  le  fr.  barre  sont  obscurs. 

Arc-en-ciel  c.  40. 

Les  parlers  orientaux  ont  pour  désigner  ce  phénomène  céleste 
une  très  grandes  variété  de  dénominations  qui  consistent  à  appe- 
ler l'arc-en-ciel  couronne,  arc,  etc.,  de  tel  ou  tel  saint,  cf.,  outre 


—   2^7   — 

notre  carte  et  celle  de  VAL.,  Dartois  p.  229,  Adam  p.  298, 
Haillant  Uriménil  couronne  de  Saint-Lua,  Hingre  La  Bresse 
cotirôe-San-Ninâ.  Mais  les  deux  parties  du  composé  ont  subi  de 
nombreuses  corruptions.  Dans  notre  région,  le  type  fondamen- 
tal de  la  première  partie  est  «  couronne  »,  qui  a  été  remplacé 
dans  plusieurs  points  par  des  mots  locaux  de  prononciation  et 
de  sens  approchants,  koroy  i,  2,  3,  kû-S>,  ij,  18,  et  aussi  courôe 
Hingre,  cf.  courroie/..  ;  21  a  emploie,  peut-être  par  substitu- 
tion personnelle,  k/irû  qui  désigne  proprement  les  sentiers  rapides 
où  on  fiiit  glisser  les  arbres,  cf.  sentier  L.  Quant  au  nom  du 
saint,  «  saint  Bernard  »  n'existe  qu'au  point  12,  partout  ailleurs 
on  trouve  «  saint  Linart  «  (sur  ce  saint  v.  Mas-Latrie,  Trésor  de 
chronologie,  p.  769)  sous  quatre  formes  lïnà,  nïnâ  issue  de  la 
précédente  par  assimilation,  lùnâ  peut-être  d'après  «  lune  »  et 
Uia  d'origine  obscure.  «  Couronne  du  beau  temps  »  de  13  b 
est  une  expression  sans  doute  accidentelle. 

Argile  c.  43. 

Dans  la  plus  grande  partie  de  notre  domaine,  l'argile  est  actuel- 
lement désignée  par  des  périphrases  c  rouge  terre  »  12,  «  terre 
grasse  »  ou  «  g.  t.  »  i,  4,  6-20;  mais  dans  la  partie  extrême  des 
deux  vallées  on  trouve  d  ledil  22,  -dyel  i,  2,  5,  18,  19,  21,  où 
il  m'est  impossible  de  couper  le  mot,  obtenu  presque  partout 
avec  l'article,  cf.  cependant  dyel  2  c,  edyel  2i  c  aux  N.E.  Les 
périphrases  semblent  être  récentes  et  avoir  éliminé  des  formes 
du  mot  qui  subsiste  aux  points  i,  2,  5,  18,  19,  21,  22.  M. 
ML.,  EW .  641,  signale,  avec  une  référence  erronée  aux  Mélanges 
d'étymologie  française  de  M.  Thomas,  une  forme  ardile  qui  serait 
fréquente  dans  les  patois  français,  et  propose  d'y  voir  un  croise- 
ment d'argile  et  à'ardoise;  on  peut  l'expliquer  aussi  par  un  croi- 
sement d'argile  avec  le  mot  de  même  sens  et  d'origine  inconnue 
derle.  edïl  de  22,  confirmé  par  aidile  de  Hingre,  conserve  la  forme 
la  plus  ancienne  et  est  devenu  {e)dyel  par  un  développement 
d'î  en  ye  dont  nous  avons  parlé  §  67. 

Arranger  les  vaches  c.  46. 

J'ai  indiqué  dans  l'introduction  de  mon  Atlas,  p.  xii,  que  j'ai 
commis  un  lotharingisme  en  employant  le  fr.  arranger  au  sens 


—  248  — 

de  nettoyer  l'écurie,  préparer  la  litière  et  donner  le  repas.  En 
effet  la  plupart  de  nos  parlers  se  servent  en  ce  sens  de  formes 
représentant  le  fr.  arranger,  dont  elles  sont  probablement  des 
adaptations  assez  anciennes.  Cependant  les  deux  points  13  et  14 
ont  un  autre  terme  erive  que  Haillant  signale  aussi  à  Uriménil  ; 
«  airrivè,  donner  à  manger  et  à  boire  au  bétail  »  ;  il  existe  éga- 
lement à  La  Bresse,  où  Hingre  a  relevé  en  outre  d'autres  sens  : 
«  airivè,  préparer,  arranger,  orner,  faire  la  toilette,  se  dit  en  par- 
ticulier, comme  synon.  d'airehé,  pour  donner  au  bétail  son  repas 
et  fliire  sa  litière  ».  On  ne  peut  pas  séparer  ce  verbe  du  fr.  arriver, 
qui  est  souvent  employé  activement  dans  l'ancienne  langue;  il  est 
vrai  qu'on  ne  l'y  trouve  qu'avec  le  sens  de  mener,  conduire,  cf. 
p.  ex.,  dans  un  texte  du  xv''  siècle  cité  par  Godefroy,  «  arriver 
les  gerbes  en  la  grange  »  ;  mais  on  voit  aussi  par  cet  exemple 
commentée  verbe  a  pu  en  venir  au  sens  d'arranger.  L'existence 
d'airh'ê  à  La  Bresse,  loin  des  points  13,  14,  semble  même  prou- 
ver qu'«  arriver  »  a  précédé  dans  notre  domaine  «  arranger  »  et 
qu'il  a  reculé  devant  lui. 

Automne  c.  59  et  les  noms  de  saisons. 

L'automne  est  désigné  par  trois  types,  un  premier  correspon- 
dant au  radical  du  fr.  «  regain  »  dans  les  localités  12-18,  un 
deuxième  là  to,  c'est-à-dire  «  tard  temps  »  dans  l'aire  14-22  et  un 
troisième  «  la  saint  Martin  »  dans  toute  la  vallée  de  la  Haute- 
Moselle  et  à  Rémi  remont.  M.  Thomas  a  établi  dans  la  Romania, 
XXV,  p.  85  sq.,  que  l'a.  fr.  gain,  qui  a  donné  le  composé  actuel 
regain,  provient  d'un  étymon  *vuadimen  et  ne  doit  pas  être  con- 
fondu avec  le  fr.  moderne  gain,  substantif  postverbal  de  gagner, 
au  à  ennement  gaaing  nier.  Cette  explication  qui  convient  au  fran- 
çais ne  suffit  pas  pour  nos  parlers  ;  en  effet  /  nasal  y  est  toujours 
représenté  par  7  ou  /  dénasalisé,  cf.  vl,  vin,  1-22,  chemin 
c.  171.  Or  regain  c.  639  a  dans  nos  parlers  ^  au  point  12,  e^'dans 
l'aire  i-io,  et  la  voyelle  dénasalisée  é  dans  le  reste  du  domaine. 
Il  faut  donc  admettre  ou  qu'il  s'est  produit  une  substitution  de  suf- 
fixe, cf.  §  148,  ou  que  «  (re)gain  »  s'est  croisé  avec  des  formes 
de  «  gain,  gaaingnier  »  aujourd'hui  disparues  (les  formes  du  v. 
«  gagner  »  ont  été  toutes  reprises  récemment  au  français  ;  mais 


—  249  — 

les  parlers  limitrophes  de  la  Franche-Comté  emploient  une  forme 
phonétique  de  «  gaaingnier  »  au  sens  de  semer,  vèni  23-26 
et  AL.  c.  semer).  Quoiqu'il  en  soit,  nos  parlers  ont,  par  exten- 
sion de  sens,  appliqué  à  Tautomne  «  gaim  »,  qui  au  sens  propre 
désigne  le  regain.  Les  deux  sens  coexistent  encore  aux  points 
16-18  ;  mais  cette  double  acception  semble  avoir  causé  quelque 
gêne  et,  pour  y  échapper,  12-16,  tout  en  conservant  «  gaïm  » 
pour  l'automne,  ont  formé  un  composé  avec  re-  pour  le  regain, 
peut-être  sous  l'influence  du  français  (qui  a  de  son  côté  créé 
regain  pour  échapper  à  l'homonymie  de  gaïm  qi  gain,  substantif 
verbal  de  gaaingnier).  Mais  «  gaïm  »  au  sens  d'automne  a  paru 
peu  expressif;  c'est  pourquoi  la  plupart  des  parlers  ont  conservé 
«  gaïm  »  au  sens  de  regain  et  créé  de  nouvelles  expressions  plus 
significatives  pour  l'automne,  dans  l'aire  19-22  tàtoti  dans  l'aire 
i-ii  «  la  saint  Martin  »,  qui  tombe  le  11  novembre  et  constitue 
une  des  deux  dates  annuelles  pour  le  paiement  des  loyers.  L'autre 
date  est  la  saint  Georges,  qui  tombe  le  23  avril  ;  mais  on  remar- 
quera qu'elle  ne  désigne  jamais  le  printemps,  parce  qu'évidem- 
ment une  telle  expression  est  insuffisante  pour  le  renouveau. 

La  dénomination  du  printemps  c.  616  a  donné  lieu  à  une 
innovation  qui  couvre  tout  notre  domaine,  et  qui  étymologique- 
ment  est  formée  de  l'infinitif  du  v.  «  issir  »  et  de  l'adv.  fyœ  <[ 
foris  (les  parlers  de  la  Franche-Comté  ont  substitué  «  partir  » 
à  «  issir  »,  qu'ils  ont  perdu  ou  qui  leur  manquait).  Quelques 
innovations  secondaires  ont  été  créées  en  différents  points  ;  le 
Val-d'Ajol  connaît,  outre  le  type  commun,  le  participe  féminin 
œci  ;  bwo  to,  bon  temps,  est  une  expression  personnelle  du  seul 
témoin  4  a,  mais  «  fors  temps  »,  outre  6,  occupe  les  localités  20 
et  22,  qui  emploient  ta  to  pour  l'automne. 

L'été  est  désigné  dans  la  plupart  des  localités  par  «  année  »  : 
cette  spécialisation  de  sens  est  fréquente  dans  de  nombreux  par- 
lers, non  seulement  dans  les  parlers  romans,  cl.  AL.  c.  été,  ML., 
EJV.  487,  mais  dans  beaucoup  de  parlers  indo-européens,  comme 
M.  Meillet  a  eu  l'obligeance  de  me  l'indiquer,  cf.  les  mots  armé- 
niens am,  année,  et  amarn,  été,  de  la  même  racine  que  l'ail. 
sommer,  etc.  C'est  qu'en  effet  l'été  est  pour  l'agriculteur  la  saison 


— ■  250  — 

la  plus  importante  et  qu'il  en  vient  ainsi  à  l'identifier  à  l'année. 
Une  nouvelle  innovation  «chaud  temps  »  s'est  produite  dans  la 
région  qui  désigne  le  printemps  et  l'automne  pa.r  fyw  to  et  ta  ta. 
Je  l'ai  recueillie  aux  points  19,  21  et  en  outre  au  point  12,  et 
Hingre  donne  pour  La  Eres<,e  chau- ta. 

Quant  à  l'hiver,  non  seulement  la  désignation  de  cette  saison 
n'a  donné  naissance  à  aucun  terme  nouveau,  mais  1-17  ont 
même  repris  le  mot  au  français,  ci  hvr  1-17,  t'vyâ  18-21, -v^ 
22. 

Avec  L. 

A  côté  du  type  «  (d)'  avec  »  usité  partout,  le  témoin  22  a  a 
employé  la  locution  detod,  qui  représente  l'anc.  fr.  «/o/// précédé 
et  suivi  de  de,  au  sens  instrumental  dans  la  phrase  [«  marquer 
avec  de  la  craie  »]  et  au  sens  d'accompagnement  dans  la  phrase 
[«  vous  êtes  venu  sans  rien  ^)],  qu'il  a  traduite...  d  efo  d  ro  ;  de 
même  le  témoin  17  c  l'a  donnée  avec  ce  deuxième  sens  dans 
d  t'tô  t  se  mrâl,  avec  sa  charrette,  Texte  32,  c,  p.  173  L.  Cette 
locution  d'origine  ancienne  a  dû  être  connue  de  tous  nos 
parlers,  et  c'est  à  la  concurrence  d'«  avec  ^)  qu'il  faut  en  attri- 
buer le  recul,  tel  qu'aujourd'hui  elle  paraît  être  inconnue  des  par- 
lers lorrains  autres  que  ceux  de  la  vallée  de  la  Moselotte,  d. 
Adam,  p.  190,  et  AL.  ce.  345  et  864.  M.  Behrens,  Bcitràge, 
p.  29,  est  disposé  à  croire  qu'elle  n'a  plus  que  le  sens  instrumen- 
tal, et  déclare  qu'il  n'a  pas  trouvé  d'exemples  où  elle  marque 
l'accompagnement:  les  faits  indiqués  plus  haut  montrent  que  les 
deux  sens  existent  encore. 

Averse    c.  62. 

Malgré  la  pénétration  du  mot  français,  on  voit  que  nos  parlers 
possèdent  encore  de  nombreux  termes  locaux  pour  désigner  ce 
phénomène  atmosphérique.  u'eç<),  -c  1 2,  luàç  20,  22  représentent 
sans  doute  un  substantif  verbal  de  «  verser  ».  Un  mot  plus 
répandu  est  nV  de  2,  8',  -d  de  9,  14-17,  19,  21,  22  ;  c'est  le 
substantif  verbal  du  v.  roçe,  pleuvoir  à  verse,  que  j'ai  recueilli 
aux  points  9,  15,  16,  et  que  Hingre  donne  également  avec  des 
sens  plus  complets  :  «  Rôkké,  v.  n.,  ruisseler  '.  Tomber  à  verse, 
I .   Hingre  paraît  avoir  donné  ce  sens  en  premier  lieu,  sous  l'inHucnce  du 


—   251    — 

comme  la  grêle.  Frapper  de  grands  coups.  »  De  ce  verbe  sont 
également  dérivés  à  La  Bresse  rôkhée  et  rôkbesse,  indiqués  par 
Hingre  qui,  par  contre,  paraît  ne  pas  connaître  ro^.  C'est  ce 
même  verbe  qu'il  faut  reconnaître  dans  roJché,  rosser,  d'Uriménil 
et  rohbi,  frapper  fortement,  tousser  beaucoup,  du  Tholy,  Adam, 
p.  283  .  Il  existe  également  dans  les  parlers  francs-comtois,  cf. 
Vamher\u,Chdtcnois,  «  roikcbîc,  rosser, frapper  à  tour  de  bras...  Se 
dit  aussi  de  la  pluie  qui  fouette  sur  une  habitation.  »  De  ce  verbe 
est  dérivé  le  substantif  n^/îrr/j/^,  identique  à  rbei  de  notre  aire  24- 
26,  et  l'on  trouve  les  mêmes  indications  dans  Contejean,  s.  v° 
rôchie,  verbe  et  substantif.  Vautherin  dit  avec  raison  à  propos 
du  verbe  que  ce  mot...  ne  provient  pas  du  français,  et  cite 
l'allemand  miischeii,  bruire  ;  mais  il  se  contente  de  faire  un 
rapprochement  sémantique,  tandis  qu'il  faut  v  voir  l'étymon 
même  du  verbe.  Comme  Martin,  II,  286,  ne  donne  que  le  sens 
de  bruire,  il  faut  admettre  que  l'extension  des  sens  s'est  produite 
dans  nos  parlers.  Les  autres  mots  de  la  carte  ont  moins  d'impor- 
tance :  râpes  de  19,  donné  par  6  a  au  sens  d'orage  L.,  est  sans 
doute  récemment  issu  du  fr.  emprunté  râper,  avec  un  déve- 
loppement sémantique,  qui  n'offre  pas  de  difficuliés  (dans  le 
français  populaire  du  Thillot,  j'ai  souvent  entendu  ropé  (f.)  au 
sens  de  rossée).  Quant  à  grises  de  13  a,  on  voudrait  pouvoir  le 
rattacher  à  l'allemand  gicsseii,  cf.  Martin,  I,  2 38  ;  mais  mon 
enquête  et  les  lexiques  régionaux  ne  donnent  le  verbe  dont  il 
serait  dérivé  qu'au  sens  de  glisser,  cf.  la  carte  391,  giiissié 
Hingre,  ginssé  Hâ'ûhm,  qui  sont  issusdutr.  «glisser».  Il  est  donc 
difficile  de  décider  si  gh^s  est  une  création  individuelle  ou  la 
dernière  trace  d'une  série  de  mots  issus  de  l'ail,  gicssen  et  au- 
jourd'hui disparus. 

Baratte  c.  82. 

Des  différents  mots  qui  désignent  la  baratte,  bœte  de  l'aire  1-6 
correspond  au  v.  fr.  boistel,  dérivé  de  biixida,  d.ML.,EfV.  6892, 
ainsi  que  le  montrent  plus  ch'wemQinbestèye,  baratte,  de  Gérard- 
mot  rôkhè,  ruisseau,  avec  lequel  le  v.  rôkhc  n'a  cependant  aucun  rapport  éty- 
mologique. Tout  au  plus  peut-on  admettre  que  le  verbe  a  pu  modifier  la 
vovelle  de  la  syllabe  initiale  de  «  ruisseau  ». 


—  252  — 

nier,  Adam,  p.  302,  et  beukhie  boisseau,  cuveau  rond,  élevé  et 
étroit...,  de  La  Bresse,  Hingre.  Quant  à  bœs  de  7-1 1,  13-22,  il 
provient  de  huttia,  cf.  ML.,  EW.  1425  ;  quelques  parlers  de  la 
Moselotte  en  précisent  le  sens  en  ajoutant  l'adjectif /v/;'«.<- :  c'est 
le  cas  de  18,  19,  et  Hingre  donne  également  bciisse  baitrasse. 
Enfin  le  Val-d'Ajol  a  une  forme  particulière  bhœs,  qui  se  trouve 
également  aux  points  25  et  26,  et  dont  la  terminaison  est  diffi- 
cile à  expliquer.  Il  semble  que  nous  ayons  affaire  à  un  dérivé  tel 
que  «  battoire  »,  dont  la  consonne  finale  a  été  remplacée  par 
croisement  par  celle  de  bœs.  D'après  le  sens  actuel  de  beukhtè  à  La 
Bresse,  bâte  de  1-6  au  sens  de  baratte  paraît  être  une  innova- 
tion récente.  Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  point,  on  notera  que  bas 
est  usuel  dans  les  parlers  francs-comtois  pour  désigner  la  ruche, 
cf.  bœs  23-26  ruche  L.,  bès  Grammont,  beiisse  Poulet,  etc. 
C'est  certainement  une  autre  forme  du  même  mot  qu'il  faut 
reconnaître  dans  bos  qui  a  le  sens  de  ruche  dans  toute  l'aire  i- 
22,  cf.  aussi  bosse  Baillant,  et  dans  les  formes  bus  Grammont, 
bosse  Poulet,  bosse  Vautherin,  etc.,  qui  signifient  tonneau,  panier. 
Il  est  remarquable  que  tous  ces  parlers  aient  utilisé  sémantique- 
ment  ces  deux  séries  de  formes  qui  se  sont  développées  phoné- 
quement  du  même  type  buttia  :  on  peut  en  effet  considérer  bœs 
comme  issu  de  bôs  <C  butlia  en  position  entravée,  cï.  Gram- 
mont, p.  77. 

Battoir  à    1  inge  c.  86. 

Cet  objet  est  désigné  par  des  termes  très  variés.  Le  type  dérivé 
de  battre  «  battoir  »  ou  «  battoire  »  n'exis'e  qu'aux  points  i,  2 
et  8,  et,  sauf  en  ce  dernier  point,  il  est  en  rivalité  avec  d'autres 
mots.  Le  dérivé  de  «  pelle  »,  «  palette  »  et  ceux  de  «  taper»  ont 
une  plus  grande  extension.  Cette  grande  variété  vient  sans  doute 
de  ce  que  l'objet  date  d'une  époque  assez  récente,  où  les  parlers 
sont  moins  cohérents.  De  plus  ce  n'est  pas  un  objet  très  usuel, 
de  sorte  que  les  sujets  parlants  gardent  une  plus  grande  liberté  ; 
c'est  pourquoi  deux  formes  et  même  davantage  coexistent  dans 
plusieurs  localités.  La  date  récente  de  la  création  des  mots  se 
reconnaît  à  leur  forme  souvent  à  demi  française,  p.  ex.  dans  le 
radical  de  tàpœr  aux  points  2,  5,7  et  dans  pâlot  de  la  vallée  de 


253  — 

la  Haute-Moselle,  qui  est  un  compromis  entre  le  français  et  le 
patois.  L'emploi  de  tôpœr  par  les  témoins  [ii  a  et  c  au  sens  de 
battoir  à  fumier  donne  à  penser  que  la  désignation  de  cet  objet  a 
pu  jouer  un  rôle  dans  les  variations  de  celle  du  battoir  à  linge; 
mais  mon  enquête  insuffisante  sur  ce  point  ne  permet  que  de 
poser  la  question. 

Bavarde.  88  et  bavarder   id.  N.  E. 

Ces  deux  mots  sont  de  ceux  qui  se  renouvellent  aisément. 
Outre  le  type  correspondant  au  fr.  «  bavard  »  et  qui  en  est  peut- 
être  une  adaptation,  nos  parlers  en  possèdent  plusieurs  plus  ou 
moins  répandus,  trolâ,  tràlà,  recueillis  en  différents  points  de 
deux  vallées  et  le  fém.  trol  sont  issus  du  v.  trblà,  qui  se  déduit 
des  formes  d'ind.  présent  que  j'ai  recueillies,  et  se  rattachent  peut- 
être  au  V.  fr.  frôler,  bien  que  le  sens  fasse  quelque  difficulté. 
bivàdïe  de  17-22  etbedîô  de  12  proviennent  de  leur  côté  d'un 
verbe  qui  correspond  à  l'anc.  fr.  bredeler,  bredouiller,  cf.  à  la 
Franche-Montagne  bè'ge,  -èl.  C'est  par  une  extension  de  sens  sem- 
blable que  bwerbûyâ,  dérivé  de  «  barbouiller  »,  qui  signifie 
bégayer,  cf.  plus  loin,  est  pris  au  sens  de  bavard  par  10  c, 
et  que  le  Val-d'Ajol  emploie  un  v.  bràklà,  dérivé  de  bràkâ, 
broyer,  dont  le  substantif  verbal  bràk  a  été  indiqué  par  12  a  pour 
bavardage  L.,  par  une  extension  de  sens  facile  à  suivre  :  on 
a  pris  par  plaisanterie  une  expression  telle  que  broyer  la  bouillie 
au  sens  de  bredouiller,  d'où  bavarder,  prakela,  jaser,  babiller,  de 
La  Bresse,  Hingre,  et  dont  il  faut  rapprocher proklâ,  bavarder,  de 
24,  représente  ce  même  type  avec  le  p  initial  de  «  parler  »  ou  de 
«  prêcher  »,  qui  a  le  sens  de  parler  dans  plusieurs  localités. 
Quelques  témoins  emploient  même  des  adjectifs  signifiant  men- 
teur, par  ex.  bfidii  5  a,  7  a,  b-iijû  12  a,  etc.  Quant  aux  verbes 
màrlàke  de  14  et  jàblâ  de  5  (qui  se  déduit  de  la  forme  jàbcl^  et 
d'où  dérivent  les  adj.  féminins  jdbler  ou  jàbel,  l'origine  en  est 
obscure  :  peut-être  le  deuxième  est-il  une  forme  croisée  des 
deux  types  de  jâ:{le  indiqué  par  11  f  et  du  fr.  «  gaber  ». 

Bégayer  c.  92  et   bègue    id.  N.  E. 

La  richesse  de  ces  mots  est  comparable  à  celle  des  précédents. 
bôgye  des   points    13-15   correspond   au  fr.  bégayer,    et  begnP   2 


—  254  — 

huàgnî  de  \:.  vallée  de  la  Moselotte  contiennent  le  même  radical 
avec  un  autre  suffixe.  Outre  ce  type,  quelques  témoins  ont  em- 
ployé «  barbouiller  »,  d'où  procède  sans  doute  avec  un  autre 
suffixe  In'rbddà  de  5  ;  hehvt  que  je  n'ai  recueilli  qu'à  Remiremont, 
me  parait  dérivé  du  verbe  dont  j'ai  relevé  en  quelques  points 
les  formes  hekà,  hàkà  <  ail. hacken  piocher  L.,  avec  une  exten- 
sion de  sens  analogue  à  celle  de  «  broyer  »  au  sens  de  bavar- 
der. Quant  à  (Ji)ergene  de  la  vallée  de  la  Haute-.Moselle,  il  est 
peut-être  issu  du  type  «  barguigner  »,  cf.  tisonner  plus 
loin,  dont  la  consonne  initiale  aura  été  modifiée  par  le  v.  précé- 
dent. C'est  peut-être  la  recherche  de  mots  nouveaux  et  expres- 
sifs qui  a  amené  en  outre  l'emprunt  du  fr.  bégayer,  que  nos 
parlers  renouvellent  encore  par  des  modifications  phonétiques 
dans  be:(éye.  Mais  il  est  possible  aussi  que  l'emprunt  du  mot  tr. 
soit  causé  par  la  concurrence    des  différents   mots  patois. 

Berceau   c.  94. 

On  a  déjà  vu  p.  81  que  l'absence  de  diphtongaison  y  est  due 
à  une  influence  analogique  de  formes  verbales  atones.  D'autre 
part  l'ancien  groupe  final  de  l'étymon  bers  n'est  conservé  que 
dans  l'aire  1-8'  ;  ailleurs  ce  mot  a  été  refait  sur  lit  c.  ^58.  Si 
bive  de  9- 11  ne  s'accorde  pas  tout  à  fait  avec  le  de   9,  10,  Ity  de 

11,  cette  différence  provient  d'une  action  récente  de  «  bercer  ». 
Berger  cf.  vacher. 

Bergeronnete    c.  97. 

Le  type  «  hoche-queue  »  a  fait  reculer  une  désignation  plus 
ancienne  «  bergerette  »  qui  ne  subsiste  qu'aux  points  5  et  19- 
22,  c'est-à-dire  dans  les  parties  extrêmes  des  deux  vallées. 
«  Hoche-queue  »  lui-même  a  été  postérieurement  modifié  en 
«  hoche-cul»  qui  couvre  presque  tout  le  domaine,  d.  aussi  bouche- 
cul  à  Uriménil.  Seuls  2  et  12  conservent  le  type  antérieur,  mais 

12,  d'accord  avec  les  parlers  francs-comtois  (sauf  la  substitution 
postérieure  de  «  cul  >?  au  point  23)  a  créé  un  nouveau  terme 
«  lave-queue  »,  qui  a  évidemment  été  précédé  par  «  lève- 
queue  ».  C'est  à  tort  que  roc:  kïi  de  21  a  est  considéré 
dans  les  N.  E.  comme  une  déformation  individuelle  ;  ce  mot 
existe  réellement  et  sert  à  désigner  un  autre  oiseau,  le  rouge- 
queue,  ainsi  que  Hingre  l'indique  s.  v"  râge-cu. 


—  255  —    . 

Be  Ligler  c  .  98  . 

Le  mot  actuellement  le  plus  répandu  pour  exprimer  le  beu- 
glement ordinaire  des  bestiaux  correspond  à  l'a.  fr.  rcjaner, 
composé  qui  se  rattache,  avec  changement  de  la  terminaison  de 
l'infinitif,  au  latin  ^annire,  cf.  ML.,  EW.  3676.  buvi (a)  ou  -(c) 
des  deux  vallées  et  liuâKjt)  du  Val-d'Ajol  ont  la  même  origine 
que  le  fr.  bêler,  et  Hingre  donne  à  bivêlè,  comme  premier  sens, 
celui  de  bêler  ;  mais  comme  ce  verbe  signifie  aussi  pleurer,  cî. 
plus  loin,  il  est  actuellement  impossible  de  reconnaître  si 
l'extension  de  sens  s'est  faite  directement  de  bêler  à  beugler 
ou  par  l'intermédiaire  de  pleurer.  Quant  à  bœl(e),  c'est  vraisem- 
blablement une  adaptation  récente  du  fr.  beugler  avec  une  modi- 
fication causée  par  «  bêler  »,  et  cet  emprunt  paraît  avoir  été  fait 
par  recherche  d'un  mot  nouveau,  comme  on  l'a  vu  à  propos  de 
bégayer. 

Bousier   c.   114. 

Tout  notre  domaine  emploie  un  conr.posé  formé,  comme  le 
français  fouille-merde,  d'un  verbe  signifiant  fouiller  et  d'aétron  », 
et  peut-être  sur  ce  modèle.  Le  traitement  même  d'«  étron»,  qui 
ne  présente  plus  de  trace  du  s  précédant  anciennement  /,  même 
dans  les  parlers  de  la  Moselotte,  cf.  §  43,  semble  indiquer 
que  ce  composé  a  pénétré  dans  les  vallées  en  venant  de  la  région 
de  Remiremont.  L'élément  verbal  présente  de.  sérieuses  difificul- 
tés  :  le  type  le  plus  répandu  se  rattache  au  v.  folne,  que  j'ai 
recueilli  dans  plusieurs  localités  au  sens  de  fouiller  L.,  cf. 
3.USSI  feu  Igné  Raillant,  folegné  Hingre  ;  mais  l'origine  de  ce  verbe 
est  obscure,  et  s'il  est  tentant  de  le  rattacher  kfœnc,  fêne,  fouil- 
ler, fureter,  fréquents  dans  notre  domaine  et  eux-mêmes  issus 
d'un  représentant  du  tr.  fouine  •<  fiiscina,  cL  Jeune,  fouine, 
Haillant,  les  rapports  de  ces  différents  mots  et  en  particulier 
l'explication  du  /  de  fœhje  ne  peuvent  pas  être  établis  d'une 
façon  satisfaisante.  De  toute  fliçon  fœn  otrà,  fœii-  de  14,  15 
paraissent  des  retormaàons  récentes  ;  le  fait  n'est  pas  douteux 
pour/«/  àtrà  du  Val-d'Ajol,  dont  l'élément  verbal  correspond  au 
ir.  fûuger,  type  dont  fus  tro  de  lia  et  bœj  kro  de  8'  a  sont  des 
corruptions  assez  obscures,  la  deuxième  peut-être  par  blœ  fti,  et 


—  256  — 

toutes  deux  probablement  individuelles  ;  de  même  le  dérivé 
foJno  de  II  a  semble  être  une  création  personnelle.  Enfin 
quelques  parlers  de  la  Haute-Moselle  emploient  un  autre  terme 
hla' ft1,  qui  équivaut  au  fr.  «  bleu  vêtu  »,  dont  on  ne  peut 
actuellement  dire  si  c'est  une  innovation  récente  ou  un  mot 
antérieur  au  composé  «  fouille  étron  ». 

Bouvreuil  cf.  Pinson. 

Bruiner   c.  124. 

Les  parlers  manifestent  une  grande  activité  créatrice  pour  ce 
phénomène  atmosphérique.  A  côté  des  formes  verbales  pyœvot  du 
point  2,  pyœv'èn  id.,  refait  aux  points  2,  4,  6,  10,  15,  16  sur 
pyœï,  -j,  pluie,  ro:;en  de  8',  de  même  famille  que  «  rosée  »,  cf. 
rôsegnc,  Hingre,  les  témoins  ont  employé  plus  fréquemment  des 
locutions  dont  le  substantif  porte  l'idée  essentielle,  «  il  fait  de  la 
petite,  de  la  fine  pluie  »  en  quelques  points,  «  il  fait,  il  tombe 
de  la  poussière  »,  ci.  la  c.  603,  aux  points  7,  8',  9,  2[,  22,  et 
surtout  une  expression  recueillie  dans  la  plupart  des  localités  et 
formée  avec  un  substantif  masculin  rÔ:^è  1-8',  4  11,  13,  17-22 
ei-â  12.  C'est  vraisemblablement  un  dérivé  duradical  de  «rosée» 
au  moyen  du  suffixe  qui  est  ain  en  fr.  <  amen,  de  même  que 
pieiivin,  petite  pluie  fine,  d'Uriménil,  pieiivi,  longues  pluies,  de 
La  Bresse  sont  dérivés  du  radical  de  pleuvoir  avec  un  suffixe  cor- 
respondant au  fr.  in  <  imen.  On  pourrait  aussi  proposer  d'y 
voir  des  dérivés  des  types  verbaux  «  rosiner,  rosigner,  pleuvi- 
ner »  ;  mais  la  première  explication  est  plus  probable,  en  rai- 
son de  la  forme  même  des  substantifs.  Au  contraire  roscncsse  de 
Vagney,  Adam,  p.  358,  est  manifestement  postérieur  au  verbe. 

Cache-cache  c.  131. 

Le  terme  le  plus  répandu  pour  désigner  ce  jeu  d'enfant  est 
"  à  la  cachette  >;,  qui  tend  à  faire  disparaître  les  autres,  ainsi 
que  l'ont  formellement  indiqué  12  c  et  22  b.  /  rfpà,  qui  n'existe 
plus  qu'à  La  Bresse, contient  le  v.  «  racheter  »  ;  Hingre  s'en  est 
bien  rendu  compte  et  explique  d'une  façon  satisfaisante  le  déve- 
loppement du  sens  :  «  Raikketa,  s.  m.,  jeu  de  cache-cnche,  où 
l'on  cric  Raikkta  —  racheté!  quand  on  a  découvert  l'un  de  ceux 
qu'on  cherchait  ».   C'est  également  l'usage    du    français  popu- 


—  ^)/  — 

laire  du  Thillot,  où  les  enfants  crient  à  cette  occasion  :  «  Ra- 
cheté un  tel  )) .  «  Au  trente  "  et  hoter  et  -œt\  dérivés  du  v. 
«  compter  »,  l'un  avec  le  suffixe  er  =  fr.  ière^  l'autre  avec  le  sut- 
fixe  (vr  =:  fr.  oiir  viennent  de  ce  que  les  enfants  se  comptent 
pour  désigner  celui  qui  devra  rechercher  les  autres.  L'article 
masculin  /  de  Taire  9,  16-19  devant  kdiér  peut  être  dû  au  genre 
du  mot  «  jeu  »  ;  par  conséquent  on  ne  peut  pas  en  inférer  que 
cette  expression  soit  postérieure  à  «  au  trente  »,  à  laquelle  elle 
devrait  son  article.  Par  contre,  dans  /  kweéot  de  i  a  que  ce  témoin 
a  indiqué  immédiatement  après  i  trot,  î,  du  reste  accidentel,  pro- 
vient évidemment  de  /  trot. 

Casserole  c.  137,  Écuelle  c.  278,  Marmite  c.  480,  Sou- 
pière c.  722,  etc. 

il  est  nécessaire  d'étudier  ensemble  les  termes  qui  ont  été  don- 
nés pour  les  différents  mots  français  désignant  les  récipients  de 
cuisine,  casserole,  marmite,  poêle,  pot,  soupière  et  même  écuelle, 
jatte,  car  beaucoup  de  témoins  les  ont  mal  distingués  :  heureu- 
sement j'ai  obtenu  d'eux  des  explications  assez  abondantes  et  pré- 
cises pour  qu'on  puisse  interpréter  leurs  réponses.  Au   reste  les- 
principales  innovations  consistent  à  emprunter,  en  les  adaptant 
plus  ou  moins,  des  mots  français  :  «casserole,  daubière,  gamelle, 
marmite,  soupière,   terrine,  tourtière   »  sont  des  emprunts  tout 
récents,  «  écuelle  »  est   un    peu   mieux   adapté  ;    de  «  pot  »  et 
même  de  «  poêle  »  on  ne  peut  rien  dire  en   s'appuyant   sur  la 
forme.  Nos  parlers    semblent   donc  avoir  été  assez  pauvres  ;  et 
cette  pauvreté  du  vocabulaire  vient  sans  doute  d'une  pauvreté  de  la 
vie  sociale.    On  se  serait  attendu  à  trouver  du  moins  quelques 
termes   anciens  pour  désigner  les  ustensiles  en  bois  ;  mais,  bien 
que  j'aie  spécifié  en  demandant  jatte  qu'il  s'agissait  d'une  écuelle 
en  bois,  je  n'ai  pas  obtenu  de  mot  particulier,  sauf  rôdlô  de  2  a. 
L'examen  des   lexiques  confirme   les  données  que   j'ai   recueil- 
lies :  Haillant,  tout  en  indiquant  etieide,  écuelle,   traduit  caissottt 
éi^alement    par  écuelle.  Hingre  de  son  côté  traduit   caissate  par 
carlin,  soupière,  terrine.  Et  cependant,  à  côté  des  mots  que  nos 
parlers  ont  empruntés  au  français,   évidemment  avec  des  objets 
Les  parlers   Jes  Fosges  inériJioHalcs.  ly 


-  258  - 

nouveaux,  on  trouve  quelques  tenues  locaux,  qui  montrent  que 
nos  parlers  n'en  ont  pas  été  uniquement  tributaires.  A  côté  de 
«  cassette  »,  dérivé  de  «  casse  »,  cï.  D.  G.  casse  i,  de  noni- 
breux  témoins  ont  indiqué,  en  réponse  à  casserole  et  marmite, 
diftérentes  formes  dérivées  d'un  mot  emprunté  aux  parlers 
alémaniques  kachel,  cf.  Martin,  I,  419,  koklôl  2,  8',  -ot  14,  15, 
-àt  16,  17,  -râl  12,  -ôt  14  D,  casserole  c.  137,  koklùt  11, 
kàklat  18,  22,  marmite  c.  480.  (Lé  fr.  cocoth'  n'a  aucun  rap- 
port étymologique  avec  ces  mots.)  Le  simple  ne  paraît  plus 
exister  dans  nos  parlers,  mais  ceux  de  la  Franche-Comté  le  pos- 
sèdent encore,  d.  cocèl  «  grandes  jattes  >•  La  Franche-Montagne, 
cag /telle f  vaisselle  grossière  de  cuisine,  Montbéliard,  câqiielle, 
ustensile  en  poterie,  Chàtenois,  etc.,  et  aussi  kohor^  poêle  à 
frire,  26  a,  poêle  L.  Dans  les  parlers  lorrains  voisins  de  notre 
domaine  il  ne  semble  pas  avoir  une  grande  vitalité  :  Raillant  s. 
v°  coquotte  ne  donne  que  canquelatte  communiqué  par  Thiriat, 
c'est-à-dire  pour  la  région  deSaint-Amé,  et  cauqueloUe  du  Tholy, 
et  Hingre,  ordinairement  si  riche,  ne  donne  rien.  Outre  ce  mot, 
La  Bresse  en  emploie  un  autre  hnlàl,  diminutit  de  «  boule», 
donné  en  réponse  à  casserole  et  manuite,  avec  des  explications 
contradictoires  des  deux  témoins  a  et  b;  celle  de  b,  cf.  N.  E. 
de  la  c.  13 1,  doit  être  exacte,  car  elle  concorde  avec  celle  de 
Hingre  :  «  boulale,  bouillotte,  bouilloire,  petite  marmite  à  trois 
pattes  et  une  queue  ».  Soupière  ç.  722  présente  également  un 
mot  local  d'origine  incertaine  kàrlî  13,  14.  15,  khi  (m.)  5,  21, 
22.  Les  notes  de  Hingre:  <ihairJe,s.  m.,  carlin,  soupière.  —  Cais- 
sate,  carlin,  soupière,  terrine  »  montrent  que  carliu  est  du 
français  régional.  Le  mot  atteint  à  peine  Urimci'il,  car  Haillant 
dit  :  «  carliu,  indiqué  par  quelques  personnes  pour  désigner  un 
plat  de  soupe  ».  U Allas  lini^nistiqiic  c.  soupière  l'a  recueilli 
dans  quelques  localités  avec  un  s  initial  qu'Adam  p.  373  donne 
aussi  pu'  Le  Tholy,  scarlin.  Carliu  de  Leintrcy  (canton  de  Bia- 
mont,  Meurche  et-Moselle)  étend  le  domaine  du  mot  jusqu'au 
nord  de  la  Lorraine.  Haillant  ajoute  à  prop.)s  de  carlin  :  «  Pa- 
tois alsacien  kcrlc  et  chcrle,  jatte  à  large  ouverture  (Haute-Al- 
sace, Suisse)»,  mais  je  n'ai  pas  trouvé  ce  mot  dans  Martin.  Tou- 


_    2)9    — 

tctois  il  n'est  pas  douteux  que  karl'i  soit  dérivé  du  simple  khi. 
Or,  je  remarque  dans  Martin  s.  v"  kcrl  ■=  ail.  Kerl  que  les 
parlers  alsaciens  emploient  ce  mot  pour  désigner  tout  être  et 
même  tout  objet  gros.  Un  autre  fait  notable,  c'est  le  genre  mas- 
culin de  kerl,  d'autant  plus  qu'à  peu  près  tous  les  autres  mots 
sont  téiuinins.  l'our  ces  raisons  il  est  très  vraisemblable  que 
notre  mot  représente  l'alsacien  kcrl,  appliqué  par  plaisanterie  à 
de  grosses  casseroles.  Les  formes  avec.nnitial  s'expliqueraient  par 
un  croisement  avec  «  écuelle  ».  Il  est  vrai  que  ce  mot  ne  parait 
plus  avoir  actuellementde  y  initial,  mais  il  a  pu  le  perdre  sous  l'in- 
fluence du  français  :  c'est  ainsi  qu'à  Gérardmer  on  dit  actuelle- 
ment kwc/,  écuelle,  ei  que  cependant  skïlc,  soupière,  a  une  syl- 
labe initiale  qui  suppose  une  tout  autre  forme  d'à  écuelle  >\ 

Etîtin,  bien  que  pO  soit  usuel  dans  toutes  les  localités,  non 
seulement  un  diminutif  en  et  propre  à  nos  parlers  a  été  créé,  ci. 
pot  L.,  mais  un  mot  de  formation  ancienne  subsiste  encore  en 
plusieurs  points,  à  savoir  un  dérivé  en  d  de  «  broc  »  au  sens  de 
pot  de  grès,  de  terre,  etc.  :  brœéô  2  c,  5  d,  19  c,  2  i  a,  22  a,  -^- 
8' t,  9,  12  a,  r_|  b,  16  a,  i8,"  cf.  aussi  Hingre  bn'iirl)on,  petit 
pot,  pot  en  grès. 

Chaise  L. 

Tout  notre  domaine  emploie  le  tvpe  "  selle  »  :  c'est  une  in- 
novation, qui  n'a  laissé  subsister  que  de  faibles  traces  du  mot 
antérieur  issu  de  cathedra,  çeyœr  14  a  (15  a  ne  l'a  donné  que 
comme  usité  dans  la  montagne),  et  kbayére  à  La  Bresse,  d'a- 
près Hingre.  Mais  ces  tormes  ne  sont  pas  des  représentants 
réguliers  du  type  étymologique,  et  il  en  est  de  même  de  khayeur 
d'Uriménil  et  de  nombreuses  formes  lorraines,  cf.  Adam 
p.  309,  Horning  p.  112.  M.  H.  s'est  bien  rendu  compte,  §  23, 
que  yeyœr  ne  peut  pas  provenir  de  cathedra,  mais  il  n'a  pas 
proposé  d'explication.  L'origine  du  trouble  causé  dans  le  déve- 
loppement phonétique  de  cathedra  est  pourtant  simple  :  il  y  a 
eu  d'une  part  un  croisement  avec  le  verbe  «  asseoir  »,  qui  a 
modifié  la  consonne  initiale,  comme  par  ex.  kbayére  de  La  Bresse, 
et  d'autre  part  une  substitution  de  suffixe,  heyœr,  donné  par  2  c 
au  sens  de  siège,  est  même  si  complètement  refait  sur  «asseoir», 


—  26o  — 

qu'il  paraît  en  être  dérivé  avec  le  suffixe  ^é/  ;  mais,  tout  comme 
les  autres  formes,  c'est  une  transformation  par  étymologie 
populaire  d'un  représentant  de  cathedra. 

Champ  c.  152. 

Le  champ  communal  n'est  plus  désigné  par  «  essart  )>  que 
dans  l'aire  1-7  et  à  La  Bresse,  et  cependant  «  essart  »  est  attesté 
dans  de  nombreux  noms  de  lieux  de  notre  domaine,  d.  p.  137. 
Un  mot  nouveau  sV  est  substitué  dans  l'aire  8-22  (les  localités 
situées  autour  de  Remiremont  paraissent  l'avoir  perdu,  ou  du 
moins  mes  témoins  ne  le  connaissent  plus  ;  toutefois  les  témoins 
de  Bellefontaine  ont  indiqué  que  l'essart  n'y  existe  pas),  et 
apparaît  même  dans  les  localités  5-7  :  sous  ses  formes  diverses, 
il  représente  un  type  «  brisoir  x,  attesté  par  la  forme  hriseux 
d'un  texte  de  1696,  qui  est  une  reconnaissance  par  plusieurs 
habitants  de  la  paroisse  de  Ramonchamp  de  droits  dus  au  curé  : 
Inventaire  sommaire,  III,  p.  8,  col.  i,  c'est-à-dire  champ  où  on 
brise  la  terre,  cf.  aux  notes  explicatives  de  la  carte  434  l'expression 
kdsâ  ï  lœ,  labourer  un  champ  communal  qui  n'a  pas  encore  été 
cultivé.  Il  existe  en  outre  une  autre  innovation  moins  répan- 
due,/^â  5  a,  c,  ^,fç(i  ou  veÇà  19  a  :  c'est  le  participe  pris  subs- 
tantivement du  V.  «  verser  »,  cf.  la  c.  650,  et  dont  la  termi- 
naison a  été  remplacée  dans  le  parler  du  témoin  19  a  parle  suf- 
fixe à  ■=.  fr.  ard. 

Chevreau  c.  183. 

On  a  déjà  eu  l'occasion  de  parler  de  ce  mot  §  148.  c  Che- 
vrette »  que  plusieurs  témoins  ont  indiqué  n'est  probablement 
pas  un  équivalent  exact  du  fr.  chevreau.  Par  contre  gedt  de  2,  3, 
6,  -/  de  6,  8'  -0  de  19,  22  ont  bien  la  même  valeur  sémantique. 
Il  est  vrai  que  d'après  Hingre  guèdon  serait  féminin  et  signifie- 
rait chèvre.  Quoi  qu'il  en  soit,  toutes  ces  formes  sont  dérivées 
d'un  simple  aujourd'hui  disparu  et  provenant  d'une  forme  ancienne 
de  l'allemand  Geiss,  ci.  ML.,  EIV.  3639.  et  Kôrting,  3^  éd., 
4167.  L'emprunt  est  nécessairement  ancien,  car  les  parlers  alé- 
maniques disent  actuellement  kàys  ou  des  formes  analogues,  cf. 
Martin.  I,  p.  236.  Mais,  même  si  l'on  remonte  à  un  type  ancien 
gait,  le  (/  de  nos  parlers  est  surprenant.   Peut-être  la  sonorisa- 


—    26l    — 

tien  du  t  vient-elle  du  parler  enfantin  ;  6  b  a  formellement  indi- 
qué qut  gedï  est  un  mot  d'enfant.  Les  suffixes  appellent  en  outre 
quelques  observations  :  ^f'^^  est  probablement  formé  d'après  ^'^^wr, 
et  gciti  d'après  le  type  «  chevrir  »,  aujourd'hui  disparu  des  locali- 
tés qui  emploient  ^('(/z.  Quant  -A^^uédèlc,  que  Minière  donne  comme 
synonyme  de  guédon,  le  suffixe  èlc  montre  que  c'est  une  torme 
du  français  populaire  de  la  région. 

Cime  c.  191. 

La  plupart  des  localités  emploient  un  dérivé  en  ^'c  de  «  cime  ». 
A  ce  mot,  qui  a  dû  couvrir  tout  le  domaine,  se  substituent  des 
termes  nouveaux,  non  seulement  «  haut  »  ou  «  pointe  »  comme 
en  français,  mais  des  termes  locaux  ktk  11,  12,  n,  ^'dc  8,  égale- 
ment usité  dans  les  parlers  franc-comtois  de  23,  25,  26,  ^-  8', 
d'où  dérivent  klklàt  de  16  et  élJdôt  de  2,  4,  ^"ikÔl  de  24.  Adam 
donne  également  qiiique,  pointe,  Dompaire  (canton  de  Mirecourt, 
Vosges),  et  Haillant  cette  même  forme  et  le  dérivé  kikalte,  cime 
d'un  arbre,  d'un  clocher,  Savigny  (canton  de  Charmes,  id.)  s,v° 
kicrote,  petite  crête,  crête  du  jeune  coq.  Des  dérivés  des  deux 
types  M  et  élk  s'emploient  également  pour  désigner  la  mèche 
d'un  bonnet,  cf.  mèche  L.  :  kîklot  8'  c,  -àt  17  c,  -krot  14  b 
15  a,  cf.  aussi  kicrote,  flot  de  bonnet  de  laine,  Uriménil,  kikré, 
flot  de  ruban  au  sommet  d'un  chapeau,  Dounoux  (canton  de 
Xertigny,  Vosges)  d'après  Haillant,  /.  c,  et  d'autre  part  iûJot  5 
d  et,  avec  nasalisation,  élkle  2  c.  Ce  dernier  dérivé  a  pris  en 
outre  le  sens  de  bouquet  de  fleurs  ou  de  fruits  groupés  sur  une 
même  tige  :  i'ikle  5  d,  6  f.  19  c,  ^-  8'f,  15  a,  tandis  que  12  a  dit 
€iklè  et  24  Ske,  cf.  Bouquet  L.,  et  2  c  l'a  en  outre  indiqué  au 
sens  de  tas  fait  de  4  fruits  ou  4  billes  dans  un  jeu  d'enflmt,  cf. 
Tas  L.  Enfin,  21  a  indiqué  éikât  au  sens  de  mèche  de 
cheveux  c.  483. 

Il  est  presque  inutile  de  réfuter  l'explication  de  M.  Haillant 
qui  croit  que  kicrote  est  un  diminutif  à  redoublement  de  crote, 
crête.  (Quant  à  kîkct  1 1  c,  verge  du  petit  garçon,  français  popu- 
laire, Uriménil,  à  propos  duquel  M.  H.  dit  :  «  On  peut  voir 
dans  ce  mot  une  espèce  de  redoublement  initial  analogue  à 
celui  de  kikrotte  »,  c'est  une  adaptation  du  fr.  populaire  qnéqnette 


—  262  — 

d'après  À;i7?  et  le  terme  locAlhïkùt,  cf.  verge  L.).  Il  semble  bien 
qu'on  ne  puisse  pas  séparer  klk  et  iik,  <*-,  et  que  ktk  soit  sorti 
de  £ïk  par  assimilation,  peut-être  d'abord  dans  le  langage  enfon- 
tin.  Quant  à  ^ik,  l'origine  n'en  est  pas  certaine.  Il  est  tentant 
de  le  rattacher  à  l'ail,  schickcn,  abondamment  représenté  dans 
les  parlers  lorrains,  d.  ML,,  EIV.  7688  d'après  Behrens,  Bci- 
iràge,  p.  50;  mais  le  sens  fait  difficulté,  car  les  formes  lor- 
raines signifient  ordonner,  arranger,  zï.  hhiquê,  v.  a.  parer,  orner, 
khiqiiè  Çié),  v.  n.  se  comporter,...  Hingre,  khiqué,  se  bien  porter, 
paré.  Le  Tholv,  La  Bresse,  Adam,  p.  26?,  et  dans  mon  lexique 
fïke,  paré,  2  c,  5  d,  Ç-  19  c.  Il  est  vrai  que  M.  Behrens  dérive 
également  le  fr.  chiqitc,  bille  à  jouer,  de  ce  verbe,  et  surtout  que 
Graf,  Die  Germ.  Bestandstbeile  des  patois  messin,  p.  16.  cité  par 
M.  B.,  donne  pour  le  lorrain  chiquer  le  sens  «  treffen  »,  c'est- 
à-dire  atteindre.  En  partant  de  ce  dernier  sens,  on  piHUTait  expli- 
quer le  postverbal  f)l:.  cime. 

Coin  à  fendre  lebois  c.  197. 

Cet  objet  est  désigné  dans  la  majorité  des  localités  par  un 
dérivé  «  coignet  »,  qui  a  vraisemblablement  occupé  tout  le 
domaine,  mais  qui  a  fortement  reculé  dans  la  région  de  Remire- 
mont  et  la  vallée  de  la  Moselotte  devant  la  forme  française  «  coin  », 
pure  ou  dénasalisée.  Surtout  nos  parlers  ont  fait  des  emprunts 
aux  dialectes  alémaniques  :  eàyl  19,  21,  22  ou  €eyt  i,  3-6  <C 
scheide,  Martin,  II,  37^,  Qieciyvch  2  -<  Scheidiueche,  id.,  808.  Plu- 
sieurs formes  sont  individuelles  :  ait  de  4  a  et  flet  de  6  a,  d'après 
fle^,  fourni  par  23  ■<  Srhiâge],  massue,  id.,  -159,  res  de  17  g 
d'après  le  v.  "  chasser».  L'origine  de  finiy  de  1 1  b,  qui  paraît  dérivé 
d'un  simple  analogue  à  f'-ii  de  23,  m'est   inconnue. 

Comble  n  c.  200. 

La  première  syllabe  de  ce  mot  a  été  refaite,  dans  tous  les  par- 
lers des  deux  vallées,  d'après /;^^;//.  Ce  croisement  parait  être  rare: 
parmi  les  graphies  obscures  d'Adam,  p.  223,  coninihé  du  Tholy 
(canton  de  Remiremont)  peut  seule  attester  la  même  prononcia- 
tion. 

Cône  de   sapin,  c.  204. 

Parmi  les  nombreux  termes  usités  dans  nos  parlers,  «pomme» 


—    26}    — 

de  10,  II,  13  est  contornie  à  l'usage  du  français  parlé,  qui  dit 
pomme  desapin,et  lui  est  peut-être  emprunté,  12  est  la  seule  des 
localités  lorraines  de  notre  région  qui  emploie  «  queue  ».  Les 
deux  formes  *y  et  €c  de  Taire  7-10,  14-22,  représentent  sans 
doute  le  français  «chef»,  comme  Hingre  le  propose.  L'extension 
du  sens  n'est  pas  insolite  :  tète  offre  des  emplois  analogues  en 
français  actuel,  par  exemple  dans  tète  d'oignon,  et  on  trouverait 
d>ins  Godefroy  des  exemples  anciens  où  rhicf  est  pris  avec  la 
même  valeur.  Quant  i\  fûkihj  de  l'aire  1-6,  -hj  du  point  8,  mot 
qui,  à  ma  connaissance,  n'existe  que  dans  cette  région,  j'en 
ignore  l'étymologie. 

Copeau    de   rabot  c.  20S. 

Tandis  que  le  copeau  de  hache,  v.  la  carte  207,  est  partout 
désigné  par  le  même  mot,  correspondant  au  v.  fr.  astelle  <<  has- 
ti'Un,  cf.  ML.,  f/F.  4072,  les  termes  emplo^'-és  pour  le  copeau  de 
rabot  sont  remarquablement  nombreux.  Le  mot  le  plus  répandu 
est  hoklVjo,  ~jÔ,  etc.,  de  même  origine  que  le  fr.  coquelicot  (la  ter- 
minaison de  nos  formes  s'explique  par  le  fait  que  le  coq  se  dit  jô, 
jo  dans  nos  parlers).  Il  est  vrai  que  le  coquelicot  est  rare  dans  notre 
région  et  que  les  témoins  empruntent  le  fr.  kôklïkô  ;  mais  d'après 
Thiriat,  d.  Haillant  s.  v°  coqiieligo,  la  digitale  pourprée  se  dit 
coqueligau  à  Saint-Amé,  et  par  conséquent  c'est  par  suite  d'une 
comparaison  établie  entre  les  formes  de  cette  fleur  et  du  copeau 
de  rabot  que  l'extension  de  sens  s'est  produite.  r]f  de  l'aire  17-22 
est  dérivé  du  v.  fifc  que  le  témoin  2  c  m'a  indiqué  au  sens  de 
dréger  le  lin,  Lin  L.,  et  que  Hingre  donne  également  pour  La 
Bresse  :  «  Rifè,  dréger,  érafler,  déchirer,  user  ».  Ce  verbe  provient 
de  l'anc,  haut  ail.  rijfan,  cf.  ML.,  EW.  7308;  quant  à  rijié 
d'Uriménil,  il  a  été  refait  sur  le  fr.  rifler,  que  16  a  a  même  repris 
en  répondant  ufle.  Le  sens  de  r//fait  supposer  que  rife  a  eu  le 
sens  de  raboter,  bien  que  je  n'en  aie  trouvé  confirmation  ni 
dans  les  lexiques,  ni  dans  mon  enquête.  Les  points  14  et  12 
emploient  deux  autres  mots,  golot  14,  frœlàt  12  ;  l'un  et  l'autre 
se  retrouvent  dans  des  localités  voisines,  le  premier  dans  les 
Vosges,  le  second  dans  les  Vosges  et  en  Franche-Comté,  d.  la 
carte  de  V AL.  gch^t  contient  probablement  le  même  radical  que 


-  264  - 

le  fr.  gakr,  gratter,  frotter  ;  golà,  étriller,  golœr,  étrille,  du  \'al 
d'Ajol  l'attestent;  et  ici  également  il  faut  supposer  que  le  verbe 
a  eu  le  sens  de  raboter,  jrœlàt  dérive  vraisemblablement  d'un 
verbe  usuel  en  Franche-Comté,  cf.  frèlà  «  flamber  un  pigeon, 
un  poulet  »  —  «  brûler  les  moustaches,  les  cheveux  de  quel- 
qu'un »  —  a.  Ir.  jreler  «  roussir  »  Grammont  (Godefroy  ne 
donne  cependant  pas  ce  verbe  dont  j'ignore  l'étymologie  ;  M.  G. 
a  probablement  pris  ce  mot  dans  Roquefort  où  sont  confondus 
deux  verbes /^r/c;- et  f railler,  qui  ne  conviennent  pas  ici),  frelaî 
Vautherin,  frélà  Boillot,  etc.  On  a  comparé  les  copeaux  de 
rabot  aux  frisures  que  l'on  fait  en  «  frelant  »,  cf.  //  /;^o  24  et 
aussi  frison,  fanfreluche  et  paillette,  tournure  de  fer,  cuivre, 
etc.,  Poulet. 

Coquille,  cf.  Écorce. 

Corbeau  c.  211. 

Tous  nos  parlers  emploient  «  corneille  »,  sauf  les  témoins  a  et 
b  de  Remiremont  qui  disent  kro;  ce  dernier  type  est  également 
attesté  par  cro  Haillant,  C7'd  Contejean,  crd  Grammont,  crd  Vau- 
therin, cf.  aussi  Adam  p.  314  et  AL.  c.  324.  Toutes  ces  formes 
ont  le  même  étymon  que  le  français/ré'//.v,  c'est-à-dire  l'ancien  franc 
hrôk,  cf.  ML.,  EIV.  421 1.  Le  k  initial,  qui  se  trouve  dans  toutes 
les  formes  recueillies,  sauf  dans  le  dérivé  raqué,  cité  par  Adam 
et  provenant  de  Lusse  (canton  de  Provenchères,  arrond'  de 
Saint-Dié,  Vosges),  n'est  vraisemblablement  pas  issu  réguliè- 
rement de  l'initiale  germanique  h  ;  en  efl^et  le  traitement  nor- 
mal de  /;/'  dans  les  parlers  français  est  fr,  cf.  Schwan-Behrens 
§  30,  b,  5  ou  Meyer-Lùbke,  Gr.  d.  R.  L.,  I,  §  18;  le  seul 
exemple  comparable  à  cr  ■<  hr  serait  le  nom  propre  Clovis.  On 
peut  l'attribuer  soit  à  une  assimilation  du  /;  initial  au  k  final, 
soit  à  un  croisement  avec  «  corneille  »  ou  peut-être  aussi  avec 
quelque  mot  signifiant  croasser  comnie  craché  Uriménil  :  le 
choix  entre  ces  deux  explications  est  difficile.  Cependant  l'hypo- 
thèse du  croisement  entre  deux  mots  désignant  des  variétés  de 
l'espèce  est  appuyée  par  celui  de  corviis  et  oranlus  (sur  ce  mot, 
cf.  ML.,  EW.  3850),  qu'attestent  les  formes  delà  région  langue- 
docienne données  par  ï AL.  Le  k  final  de  nombreuses  formes  lor- 
raines, cf.  Adam,  /.  c,  VAL.  et  Zeliqzon,  p.  92,  krôk  s.  v°  krçbô, 


—  265  — 

est  dû  probahlcniciu  à  l'action  de  dérivés  tels  que  niqiic  de 
Lusse.  Enfin  la  présence  dans  notre  domaine  de  deux  mots  pour 
désigner  le  corbeau,  comme  la  grande  richesse  de  la  carte  324  de 
VAL.,  provient  de  ce  que  des  termes  désignant  proprement  des 
variétés  de  l'espèce  sont  linalement  appliqués  à  celle-ci. 

Cosse,  cf.  Ecorce. 

Couleuvre  c.  216. 

kolycv  àt  1-^,6,  kclyev  de  6  16-22  tlhè-  de  17  attestent  dans 
leur  dernière  syllabe  un  croisement  de  «  couleuvre  »  avec  lyev, 
lièvre,  croisement  qui,  d'après  les  données  des  différents  recueils 
dialectologiques,  ne  paraît  pas  se  retrouver  ailleurs.  D'autre 
modifications  d'origine  moins  claire  se  sont  produites:  à^nslâlœr 
de  5  a,  kulœr  de  21  a,  qu'on  peut  rapprocher  de  colieure  d'Uri- 
ménil,  la  terminaison  semble  avoir  été  remplacée  par  le  suffixe 
li-r  =  fr.  oire  (dans  d'autres  parlers  lorrains  vr  est  réduit  réguliè- 
rement à  r,  cf.  Horning,  §  183).  Mais  keryol  de  7,  8  est  tout  à 
fait  obscur.  Sauf  le  stade  *keryœl,  facile  à  rétablir  d'après  ce  qu'on 
a  vu  p.  76,  il  faut  supposer  une  série  de  modifications  compli- 
quées. 

Coussinet  c.  219. 

Le  coussinet,  destiné  à  protéger  la  tête  des  bestiaux  contre  le 
joug  se  dit  «  chapeau  »  dans  la  plus  grande  partie  de  notre 
domaine,  les  points  2,  3,  9-22.  Cette  désignation  est  nouvelle 
et  fait  reculer  des  termes  plus  anciens  :  on  le  voit  nettement  aux 
points  2  et  3  qui  connaissent  encore  epyà  et  au  point  23  où 
c<  chapeau  »  est  entouré  par  les  deux  autres  mots  ;  le  témoin  3  a 
a  en  outre  fait  observer  que  éepe  est  un  mot  récent.  De  ces  deux 
autres  mots,  epyà  de  l'aire  1-7  est  sans  doute  le  plus  ancien  :  c'est 
la  forme  régulière  de  l'étymon  *appUctu,  cf.  UL.,EIV.  549  et  D. 
G.  s.  v^  applet;  bete,  usité  aux  points  8  et  8' (et  dans  les  localités 
franc-comtoises  24-26  sous  la  forme  bete),  est  un  dérivé  du  type 
«  bât  ». 

Couvercle  c.  221. 

Les  différentes  formes,  qui  servent  à  désigner  cet  objet,  sont 
délicates  à  interpréter,  en  raison  des  nombreux  croisements  qui 
s'y  sont  produits.  On  constatera  d'abord  que  notre  domaine 
vosgien  ne  possède  pas  de  représentant  du  type  «  couvercle  », 


—  266  — 

qui  est  Tétymon  de  hh'i'i' de  Faire  franc-con toise  23-26,  cf.  aussi 
cvès,  La  Franche-Montagne,  et  pour  les  parlers  lorrains  Horning, 
§  173.  Un  type  «  couverte»  est  représenté  par  hf-vct  de  12,  et  les 
différentes  formes  de  l'aire  .19-22,  hh'yeJ  22,  -('ni  20,  krœvxââ  19, 
21  et -c7/  19.  Le  (/  final  en  est  anomal;  il  provient  probablement 
du  suffixe  -âd  ^=  fr.  urde,  et  a  pénétré  des  localités  19-21  à  La 
Bresse,  dont  la  forme  hvvyed  ne  peut  pas  s'expliquer  directement 
par  l'action  de  ce  suffixe.  En  outre  la  syllabe  hnv-  de  19,  21  est 
due  à  l'influence  du  v.  krœvi,  couvrir,  influence  qui  se  constate 
aussi  dans /i/ïf^zryé  =  fr,  couvert,  que  2  a,  3  c  n'ont  indiqué  qu'au 
sens  de  rondelle  de  fourneau  L.  (Jmve.r  à&  10,  11,  16,  forme 
récente  d'après  les  mots  fr.  couvercle  et  couvert,  ne  suppose  pas 
nécessairement  une  forme  patoise  du  type  "  couvert»).  Enfin  le 
genre  masculin  de  ^;vrfy(7^f  au  point  21  vient  du  mot /cu'/^^/?  que  nous 
allons  étudier.  Les    formes  kèçe  13,  14,  kihcp  1-8',   -ç-  9,    15, 
-c-  12,  kd'fep  9,   10,    16-21,  keiikhèpe  Hingre,   sont  plus  difficiles. 
Pour  les  expliquer,  il  faut  faire  momentanément  abstraction  du  p 
final.  Hingre  a  fitit  un  rapprochement  curieux  entre  kcnkhèpe  et 
l'a.  fr.  cueuvrc-chief,  qu'on  pourrait  appuyer  en  rappelant  les  nom- 
breuses applications  de  chape  et  chapeau  dans  les  langues  tech- 
niques. Mais  d'une  part,  «  couvre-chef  »  existe  à  la  Bresse  sous  la 
forme  keûchè  (lire  kœec^  :  «  ne  se  dit  plus  que  d.ms  le  composé  : 
Tèle-dé-k.,  toile  de  couvre-chef,  toile  très  fine  et  très  belle  dont 
les  femmes  faisaient  encore,  il  n'y  a  pas  plus  de  60  ans.  leur  coif- 
fure de  deuil  »    Hingre  ;  d'autre    part  l'étymon   du   tr,  coiivcr- 
ceaii  <  *copercellH   suffit  à  expliquer  toutes   nos  formes,    rs  est 
devenu  régulièrement  e  ^  d  ç,  puis    v,   en  contact  avec  cette 
consonne,  est  devenu  /  et  le  groupe  fe  >/f,  fc  a  été  réduit  soit  à 
e,  ç,  c,  soit  à  /,  en  raison  de  la  rareté  de  ce  groupe  intérieur.  Le 
/>  final,  qui  existe  dans  la  plupart  des  parlers,  a  été  ajouté  par 
croisement  de  ce  mot  et  de  «  chape  ».  Ce  dernier  mot  est  large- 
ment attesté  dans  notre  domaine  avec  un  sens  local,  cl.  Hingre  : 
«  Chaipe,  appareil  en  cuir,  qui  rattache  le  fléau    au  manche,  on 
ditaussi/.'/M//i<'»,  et  les  indications  plus  précisesquej'ai  recueillies: 
éâpy  24,  fcp  un  témoin  de  Saint-Nabord,  ^^rp  tr.  pop.  de  6  b,  par 
corruption  eh  19  b,  les  deux  pièces  de  cuir,  qui  garnissent  l'ex- 
trémité du  manche  et  celle  du  battant,   fléau  L.  Enfin  le    seul 


—  26;  — 

point  I  )  nous  a  indiqué  hc-ho,  qui  est  un  dérivé  'd^kiahey  cacher, 
très  usuel  au  sens  de  couvrir,  d.  la  c.  222,  et  que  Hinj^re  donne 
avec  un  autre  sens  :  «  avachon,  s.  m.,  tout  voile...  «Si  les  expli- 
cations précédentes  sont  exactes,  le  type  «  couverceau  »  est  anté- 
rieur aux  autres  mots. 

Creu  X  c.  230. 

Creux,  en  parlant  d'un  arbre,  a  été  exprimé  par  deux  termes 
locaux,  en  plus  des  mots  de  sens  approximatif  «sec  »  et  «  troué» 
et  du  français  hnv  :  l'un,  usité  dans  les  deux  vallées  sous  les 
formes  rd/'  et  ô>^  est  un  adjectif  postverbal,  ci.  §  Kt7'  dérivé 
d'un  verbe  d'origine  alémanique,  attesté  seulement  en  dehors  de 
notre  domaine  par  hhobè,  fané,  détérioré,  Le  Tholy,  Adam, 
p.  262,  <  schaheti,  cf.  Martin  s.  v";  ce  verbe  adonné  en  outre 
naissance  à  un  substantif  désignant  l'outil  de  tonnelier  appelé 
bouvet  en  français  :  dh  2  c,ç-  15  a,  16  a,  hhohe  Le  Tholy,  Adam, 
\d.,et^àb  2  c,  khah'  Hingre.  La  localisation  du  deuxième 
adjectif /v(W  3,  6,  8'  (et  26),  ko-  11,  i-j,  ka-  19,  relevé  égale- 
ment à  Uriménil,  d.  aweuyc  Haillant,  invite  à  penser  qu'il  a 
existé  dans  tout  notre  domaine;  ce  n'est  cependant  pas  un  mot 
d'une  formation  ancienne,  si  j'ai  raison  d'y  voir  un  adjectif  du 
français  populaire  de  la  région,  dérivé  du  v.  cavcr  au  moven  du 
suffixe  eux,  et  à  peine  modifié  par  les  patois. 

Déchirer  c.  239. 

Des  trois  tvpes  que  nos  parlers  emploient  au  sens  de  déchirer, 
celui  qui  correspond  au  fr.  «  déchirer  »,  et  qui  est  usité  surtout 
dans  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  cf.  aussi  à  La  Bresse  dekhîrié 
et  même  hhirié,  est  sans  doute  antérieur  aux  deux  autres.  Bien 
que  l'étymologie  de  ke:^à  8,  9,  12,  -t  13-15,  caise  Uriménil,  me 
soit  inconnue,  l'existence  de  ce  verbe  à  La  Bresse  et  le  sens  qu'il 
y  a  :  «  Caisè,  trouer,  évcntrer,  fendre  en  déchirant  "  Hingre, 
montrent  qu'il  s'agit  d'une  substitution  récente.  On  en  peut  dire 
autant  de  tîJù,  usuel  dans  les  deux  vallées,  et  dont  dnkc  de  18, 
attesté  aussi  à  La  Bresse,  d.  driqité  Hingre,  est  un  composé. 
L'origine  en  est  simple:  c'est  une  forme  due  au  croisement  de 
«  racler  »  et  de  rife,  cf.  sur  ce  verbe  plus  haut  copeau,  comme 
on  peut  le  voir  par  le   sens  des  formes  suivantes  :  n'giu',  frotter 


—  268  — 

l'allumette  pour  l'enflammer,  Uriménil^  nha  12  a  racler  1., 
r'ikâ  25  et  tïlyâ  23  ramoner  c.  637.  Les  formes  de  23-26  dràvà 
etc.,  représentent  un  autre  type  très  usuel  dans  les  parlers  franc- 
comtois  <  dn'orare  avec  métathèse  du  r,  cf.  les  formes  dcviire, 
dévorer,  déchirer,  Pierrecourt,  Juret,  deiHlra,  id.,  La  Grand- 
Combe,  Boillot.  etc.  ^ 

Dehors  c.  240. 

Bien  que  fyâ,  soit  simple,  soit  composé  avec  «  de  »,  «  de 
de  »,  «  en  de  »,  soit  encore  très  usuel  dans  notre  domaine 
et  existe  vraisemblablement  même  dans  les  localités  où  je  ne 
l'ai  pas  recueilli,  cf.  par  ex.  fieu,  Hingre  pour  La  Bresse,  notre 
carte  montre  qu'une  innovation  assez  récente  da  l  œ£,  -Ç,  etc., 
c'est-à-dire  devant  la  porte,  a  eu  un  grand  succès.  Notons  que 
dà,  devant,  cf.  aussi  c.  61,  suppose  un  étymon  deanle  oublié  par 
M.  ML.  dans  son  Etymologisches  Wôrterbiwh. 

Depuis  c.  243. 

A  côté  de  «  depuis  »  usité  partout.  Le  Val-d'Ajol  est  le 
seul  point  où  j'aie  recueilli  le  type  «  dès  »  sous  la  forme  dô  : 
cependant  dâ  existe  dans  les  parlers  des  deux  vallées,  cf.  dès 
L.,  et  da  Hingre  ;  mais,  comme  on  le  voit  par  les  indications 
de  cet  auteur,  il  est  surtout  employé  dans  des  locutions  toutes 
faites  et  possède  actuellement  moins  de  vitalité  que  «  depuis  »  ; 
c'est  ce  qui  ressort  également  de  notre  carte.  Quant  à  en  qui 
précède  «  depuis  »  dans  la  plupart  des  localités  et  qui,  sans  aucun 
doute,  est  connu  de  toutes,  c'est  le  groupe  initial  de  la  locu- 
tion adverbiale  très  usitée  e  n  se  kà,  il  ne  sait  quand,  savoir  L., 
cf.  aussi  è-ne-sai-quan  Hingre. 

Dernier,    Derrière  c.  244. 

S\  dere  i-io,  16-22,  -ey  11-15,  dernier,  représentent  régulière- 
ment un  étymon  deretrarin,  seuls  der\e  11,  12,  i.|  et  dtye  (et.  en 
outre  p.  122)  9-1 1,  13,  15-22  sont  issus  de  deretro  ;  mais  dans 
l'aire  1-8'  dhr,  dernier,  s'est  substitué  à  «  derrière  ».  Ce  phé- 
nomène s'est  également  produit  dans  les  parlers  francs-comtois 
23-26,  et  on  peut  conclure  de  ces  faits  que  M.  Grammont  a  eu 
tort  d'établir  la  succession  «  derrière  »,  —  «  arrière  »,  —  «  der- 
nier »  pour  dèn  de  la  Franche-Montagne. 


—  269  — 

Dîner  L. 

Dans  l'usage  de  l'immense  majorité  des  témoins,  «  déjeuner  » 
s'emploie  à  la  fois  au  sens  de  déjeuner  le  matin  et  de  dîner  à 
midi.  Cependant,  et  en  dehors  de  l'emprunt  du  fr.  «  dîner  » 
fait  par  quelques-uns,  i  a,  b,  5  a  ont  indiqué  nnverddà,  21  a,  e, 
niiuârôdà,  les  trois  premiers  témoins  après  avoir  répondu  «  dé- 
jeuner »  et  I  b  en  ajoutant  que  c'est  un  mot  du  vieux  patois. 
Or  ce  verbe  dont  l'étymon  bien  connu  est  merendare  s'emploie 
partout  au  sens  de  goûter  c.  393.  C'est  sans  doute  la  gêne 
causée  par  le  double  sens  de  «  déjeuner  »  qui  a  amené  quelques 
parlers  à  donner  à  nierendare  celui  de  déjeuner.  On  remarquera 
qu'aux  points  i  et  2,  c'est-à-dire  dans  la  région  où  înereiidare  a 
reçu  ce  nouveau  sens,  goûter  se  dit  fâr  le  ptît  uiiuerod. 

Ces  modifications  doivent  être  assez  récentes  et  n'ont  pas  eu 
grand  succès  ;  et  c'est  ce  qui  explique  que  miueroda  ait  fait  au 
témoin  i  b  l'impression  d'un  archaïsme,  alors  'que  c'est  plus 
exactement  un  mot  employé  dans  un  sens  peu  usuel. 

Donner  c.  259. 

beye  =  fr.  bailler  <!  hajidare  a  fait  disparaître  complètement 
«  donner  »  de  l'aire  i-ré.  Aux  points  17-19  les  deux  verbes 
rivalisent  ;  mais  aux  points  20-22  »  donner  »  est  sans  concur- 
rent ;  Hingre  confirme  les  données  de  notre  carte,  car  il  ne  con- 
naît que  dena.  D'autres  parlers  lorrains  le  possèdent  encore,  cî. 
Adam,  p.  318.  De  la  répartition  des  faits  il  ressort  que  le 
recul  de  «  donner  »  devant  bcye  se  fait  sous  la  poussée  des  par- 
lers de  la  région  de  Remiremont. 

Lclore  c.  270. 

Nous  avons  ici  l'exemple  probant  d'un  mot  que  les  parlers 
éUminent  pour  échapper  à  une  homonymie  gênante.  En  effet, 
dans  l'aire  i-i)  la  chute  de  1'^  initial,  cf.  p.  33,  devait  donner 
à«  éclore  »  une  forme  identique  à  «  clore  »  :  c'est  ainsi  que  9 
dit  encore  tyor,  éclore.  Au  contraire  dans  l'aire  16-22  le  main- 
tien de  ^  <C  ^  devant  consonne  assurait  à  «  éclore  »  une 
forme  f'/j'or  bien  nettement  distincte.  Les  parlers  de  l'aire  1-15 
ont  essayé  d'éviter  l'amphibologie  de  diverses  façons  :  le  main- 
tien de  Ve  initial  était  possible,   et  les   témoins    9,11c  ont  en 


—    270   — 

effet  attesté  rtyôr  ;  cependant,  pour  plus  de  clarté,  la  région  de 
Remiremont  a  préféré  le  composé  dkw.,  cf.  aussi  à  Uriméni! 
détyore.  Mais  la  plupart  des  parlers  ont  eu  recours  à  des  mots 
de  sens  voisin,  parfois  même  peu  expressifs  :  vm  et  âei  =  a.  fr. 
issir  1-8,  drœvi,  ouvrir,  ri  b,  dckova  8',  lo,  i2  et  4  ri,  qui 
au  sens  propre  s'est  d'abord  appliqué  à  la  poule  qui  cesse  ou 
qu'on  fait  cesser  de  couver,  cf.  dccôva,  v.  a.,  guérir  une  poule 
de  l'envie  de  couver,  Hingre. 

Écorce  c.  272,  Coquille  c.  2o<),  Cosse  c.  213,  Pelure 
c.  )6^,  Gousse  L.,  etc. 

En  raison  de  la  parenté  sémantique  des  différents  t.vpes  de 
mots  usités  dans  nos  parlers,  leur  emploi  donne  lieu  à  de  mul- 
tiples variations  suivant  les  localités  et  les  témoins  :  peu  importe 
qu'il  soit  parfois  difHcile  de  déterminer  ce  qui  est  normal  et  ce 
qui  est  accidentel,  car  la  cause  de  ces  variations  est  toujours  la 
même.  «  Écorce  »  qui  a  partout  le  même  sens  qu'en  français  a 
été  donné  au  sens  de  cosse  par  le  témoin  18,  au  sens  de  gousse 
par  22  b  ;  kâj\  tout  en  correspondant  au  fr.  coquille  dans  l'aire 
1-8',  a  été  également  employé  pour  cosse  au  point  8'  ;  les  diffé- 
rentes formes  du  même  type  ki'loj\  Icà-,  eik-  ont  le  sens  de  pelure 
dans  l'aire  1-8',  17-22,  mais  le  point  i  l'a  en  outre  donné  en 
réponse  à  cosse,  et  les  localités  13,  14  le  connaissent,  sous  les 
formes  kôlôf,  -<Pf\  avec  le  sens  de  coquille,  cosse  ;  les  mêmes 
termes  signitieni  dans  de  nombreuses  localités  à  la  fois  gousse 
et  cosse,  etc. 

Dans  de  telles  conditions  il  n'est  pas  surprenant  qu'il  se  soit 
produit  de  no'.iibreux  croisements  de  mots.  Malheureusement  la 
plupart  des  formes  usitées  dans  notre  domaine  se  rattachent  à 
des  types  de  mots  dont  l'origine  est  mal  établie,  kchy,  kd-  etc. 
appartiennent  à  une  famille  de  mots  pour  laquelle  M.  Schu- 
drxrdt,  Roman.  Etyinologieii,  H,  p.  51,  note  2,  et  p.  202,  a  proposé 
un  étymoii  grec  kelypl.ios  p^-u  sa'istaisant  pour  plusieurs  raisons 
exposées  par  M.  ML.,  Z:7F.  4688;  l'ancien  liaut-allemand  ska- 
lija  >  ail.   schel,e  proposé  par    M.  ML.,  i:7F.  7683  ',   convien- 

I.  C'est  sans  Joute  par  inidvertance  que  M.  ML.  cite  sous  Icelyphos  le  poite- 
vin iaUifiw,  brou,  et  sous  ScMf  le  fr.  occidental  kiUifty,  id.,  sans  renvoyer 
d'un  numéro  à  rnutn.-. 


—  271  — 

di'ait  mieux  à  iu).s  tonnes  ei  sans  doute  à  beaucoup  d'autres 
des  pai'lers  i^allo-romans  ;  kôf  etc.,  se  rattacherait,  d'après 
M.  Schuchardt,  au  type  précédent  ;  <\1/'  n'est  pas  beaucoup 
plus  clair,  et  le  rapprochement  que  M.  Grammont  fait  entre 
//</,  gousse,  et  le  m.  h.  ail.  knf,  gousse,  balle  d'avoine,  se 
heurte  i\  de  grosses  difficultés  ;  je  serais  plutôt  disposé  à  y  voir 
une  reformation  du  type  kof  qui  se  serait  produite  dans  les  par- 
1ers  francs-comtois,  cf.  encore  Tchôfc,  calice  ou  enveloppe  de  la 
noix,  Chàtenois,  d'après  les  mots  issus  du  \.y\>t  skala  ML.,  EIV . 
7970,  tels  que  c'cal  Bournois  et  les  dérivés  signifiant  noix  (V("'/() 
23-26,  c.  527,  etc.  ;  enhn  kâj\  ckaf  proviennent  assez  vraisem- 
blablement de  l'ail.  Kiiff,  mais  il  est  difficile  de  dire  s'il  faut 
totalement  exclure  le  latin  d'origine  grecque  icapha,   cf.    ML., 

EW.  7633. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  problèmes  qui  ne  peuvent  pas  être 
résolus  ici,  il  existe  un  certain  nombre  de  formes  qui  ont  été 
modifiées  par  des  croisenients  qu'on  peut  suffisamment  établir. 
«  Écorce  «  présente  dans  les  formes  (f)kwof,  t'çk-  des  localités 
10,  16-18  un/fiiual,  qui  provient  de  ^ôf,  (eç)kôf,  Jâlôf,  etc.  e^'aj, 
cosse,  du  Val-d'Ajol  a  un  ?■  initial  dû  à  (e)kwoc,  écorce,  etc.,  et 
t'klôf,  coquille,  du  même  point,  est  issu  du  croisement  de  formes 
telles  quekêf  et  kàlof,  usitées  dans  les  localités  voisines.  C'est  à 
Va  de,^J/"que  kof,  coquille,  de  16  doit  sa  quantité,  comme  c'est 
à  Va  de  /ri')/"  que  kâfây,  cosse,  et  dcçkàfye,  écosser,  de  cette  localité 
doivent  la  leur.  Si  kof  est  la  forme  la  plus  ancieime,  M'd/,  t'çkôf 
ont  pris  c,  tr  A  «  écorce  »,  et,  quel  que  soit  le  type  étymolo- 
gique de  kt'lôfetc,  kâf,  çktif,  les  formes  avec  tV/i--  initial  des  par- 
1ers  de  la  vallée  de  la  Moselotte  sont  également  refaites  sur 
«  écorce  ».  Des  croisements  analogues  sont  aussi  fréquents  dans 
les  parlers  voisins  :  que  Ton  compare,  pour  ne  citer  que 
quelques  faits  clairs,  kcrciitche,  coquille,  de  Chàtenois,  dont  la 
voyelle  initiale  vient  à' iecoiieche ,  écorce,  cf.  les  formes  non  modi- 
fiées krèc  Bournois,  cm  La  Franche-Montagne,  ou  polœf,  pelure, 
donné  par  VAL.  au  point  87,  issu  d'une  forme  antérieure  pola€ 
avec  le  /'  final  d'un  des  types  étudiés  plus  haut. 


—  272  — 

Écorcher   un    animal  c.  273. 

Le  type  ancien  «  écorcher  »  ne  subsiste  plus  que  dans  les 
deux  vallées,  et  là  même  il  a  notablement  reculé  devant  des 
expressions  nouvelles  dont  la  plus  répandue  est  «  peler  »  ;  les 
autres  n'ont  été  relevées  que  dans  quelques  localités,  «  lever  la 
peau  (ou)  le  cuir  »  aux  points  6  et  8',  «  lever  »  au  point  5  ; 
quant  à  «  racler  »  de  lé,  c'est  une  inexactitude.  Quelle  est  la 
cause  de  ces  innovations  ?  On  peut  les  attribuer  soit  à  la  con- 
currence du  sens  figuré  blesser  en  éraflant  la  peau,  d.  les  N.  E. 
de  la  carte  et  hhcoiichê  Hingre,  soit  plutôt  à  la  gêne  ressentie  par 
suite  de  la  trop  grande  ressemblance  phonétique  du  v.  «  cou- 
cher »  ;  cette  dernière  hypothèse  rend  mieux  compte  de  la  totale 
disparition  d'«  écorcher  »  dans  la  région  de  Remiremont,  sauf 
sous  sa  forme  française,  cf.  aussi  écorché  Uriménil.  Il  est  vrai  que 
dans  les  vallées  de  la  Moselotte  çkii-ée,  écorcher,  diffère  suffisam- 
ment de  knée,  coucher  ;  mais  on  peut  admettre  que  l'emploi 
de  «  peler  »  s'y  est  développé  sous  Tinfluence  des  parlers  voi- 
sins. 

Ècouvillon  c.  275. 

Les  formes  (e)skn  des  points  8',  10  et  kn  des  points  i,  4,  7 
sont  sorties  de  skibl,  km,  qui  représentent  un  dérivé  en  /  ^  fr. 
/'/  de  l'ancienne  forme  esconvc,  par  croisement  avec  kn,  cul. 

En  tre  c.  302. 

D'après  cette  carte,  tous  nos  parlers  emploient  uniquement 
«  entre  »  ;  cependant  ils  connaissent  aussi  une  locution  composée 
de  «  entre  deux  »,  analogue  au  substantif  français  ^«/r^-i/^».v  :  les 
témoins  9  et  16  b  me  l'ont  donnée  avec  la  valeur  d'une  prépo- 
sition sous  la  forme  bûrdù,  cf.  N.  E.  de  la  carte  ;  Adam,  p. 
199,  indique  également  pour  Vagney  oterdou  d  los  doiisse,  «  entre 
eux  deux  »,  et  Haillant,  s.  v°  ote,  entre,  onlerdon  (faute  d'im- 
pression pour  ontcrdon)  pour  Dommartin  d'après  le  glossaire  de 
Richard.  Elingre  n'attribue  à  aulerdou  qu'un  sens  adverbial 
"  dans  l'intervalle  »  (outre  celui  du  substantif,  comme  en  fran- 
çais), comme  le  témoin  2  c  l'a  fait  pour  ôliM/i.  Le  dernier 
témoin  emploie  un  autre  composé  «  par  entre  »  avec  fonction 
de  préposition. 


—  273  — 

1:  per\i  cr   c.  306. 

Les  noms  d'oiseaux  sont  parmi  ceux  où  l'on  est  le  plus 
exposé  à  recevoir  des  réponses  erronées  ;  les  indications  conte- 
nues dans  les  N.  E.  le  montrent  abondamment,  cf.  aussi  plus 
loiii  à  propos  de  pinson.  Mais  ces  erreurs  ne  doivent  pas 
jeter  la  suspicion  sur  l'ensemble  de  la  carte.  La  variété  remar- 
quable des  désignations  de  l'épervier  vient  de  ce  que  les  patoi- 
sants confondent  fréquemment  les  différentes  espèces  d'oiseaux 
carnassiers,  qui  au  reste  ont  un  aspect  assez  semblable,  cf.  dans 
Haillant  «  chaisserot,  épervier  vulgaire,  petite  buse,  se  distingue 
du  huson  par  ses  œufs,  dépassant  le  nombre  de  deux,  et  attei- 
gnant parfois  à  sept  »,  et  dans  Hingre  les  explications  données 
pour  Dioukha  «  mouchet,  émouchet,  épervier».  On  a  donc  dans 
l'aire  1-8  '  kerst'l  =^  le  fr.  crécelle  (d'où  est  issu  crécerelle,  ainsi 
que  l'indique  le  Dict.  Gén.),  dans  l'aire  17-22  imiçà  =  le  fr. 
archaïque  mouchet  et  des  formations  locales  «  jaune  patte  »  des 
points  8  et  9,  «  petit  buson  »  11-14  et  surtout  les  dérivés  de 
«  chasseur  »  de  l'aire  8',  9,  11-16  et  des  points  2  et  5  ;  la  pré- 
sence de  ^'srô  dans  ces  deux  localités  fait  même  supposer  qu'il 
est  connu  dans  toute  la  vallée  de  la  Haute- .Moselle. 

Essaim  c.  308. 

Le  terme  qu'emploient  nos  parlers  étant  un  dérivé  de  «  je- 
ter »,  qui  y  a  pris  le  sens  d'essaimer  L.,  il  n'est  pas  surpre- 
nant qu'il  ait  été  refait  sur  ce  verbe  et  que  dans  l'aire  i-io  on 
dise  €lyd  d'après  ftye.  Si  16  dit  à  la  fois  €te  et  etyô,  ce  fait  peut 
s'expliquer  ou  par  la  date  récente  de  ^le  ou  par  l'emprunt  de 
€tyk 

Eté,  cf.  Automne. 

Exciter  un  chien   c.331. 

L'étymon  du  verbe  représenté  par  hnrse,  -sye  et  les  composés 
avec  t'  de  la  région  de  Rémi  remont  et  de  la  vallée  de  la  Mose- 
lotte  est  «  hérisser  »,  ainsi  que  le  montre  hursye  de  )  d  au  sens 
de  hérisser,  cf.  pour  Vu  p.  106.  Les  formes  de  la  vallée  de  la 
Haute-Moselle  Inse,  -sye,  rlse,  llsye  et  celle  de  19  glsxe  sont  plus 
difficiles  ;  on  n'en  rencontre  d'analogues   que  dans  des  localités 

Le  parler  dey  Fosf^es  méridionales.  iS 


—  274  — 

situées  loin  de  notre  région,  hiiisien  donné  par  Adiun,  p.  259, 
pour  Mailly  (Meurthe-et-Moselle)  et  byiisye  donné  par  Zeliqzon 
p.  89  pour  la  région  messine. 

Il  est  en  effet  impossible  de  décider  si  ce  verbe  ]est  ancien  et 
correspond  à  l'ancien  fr.  hicier,  issu  par  dérivation  de'  l'anc. 
haut  ail.  /;/*-a,  cf.  Kôrting,  3*  éd.,  4586,  ou  s'il  est  récent  et 
représente  le  verbe  bitie",  en  allemand  Jk'l~en,  des  parlers  aléma- 
niques, d.  Martin,  I,  397.  Et  d'autre  part  il  a  subi  plusieurs 
modifications  dont  Torigine  n'est  pas  certaine  :  toutes  les  formes 
recueillies  ont  un  /  qui  vient  peut-être  de  «  chien  »,  /  de  llsxc 
8'  peut  être  dû  à  «  lancer  »,  <^  de  gïs)^  19  à  cgœdi,  lîst'  de  i  est 
plutôt  un  composé  qu'une  contamination  de  rei:(en,  peu  usuel  en 
Alsace,  cf.  Martin,  II,  28e.  Quant  à  egœdî,  -e  des  points  i,  2, 
ï9  et  que  Hingre  donne  aussi  :  «  Egiieudi,  exciter,  pousser, 
encourager  »,  c'est  un  composé  de  l'adjectif  «  gourd  »  avec  le 
préfixé  P  =^  a.  fr.  es  ;  cf.  à  la  Bresse  même  dègueudi,  dégourdir. 
L'amuîssement  <lu  5  devant^  aux  points  19  et  22  montre  qu'f- 
gxhii  y  a  pénétré  de  la  vallée  de  la  Kaute-Moselle  ou  du  moins 
y  a  été  refait  d'après  la  prononciation  de  cette  vallée. 

Fenil,  d.  Gren  ier. 

Fève  c.  343  et  Haricot  L. 

Le  haricot  n'étant  qu'une  variété  de  la  lève,  nos  parlers  ont 
utilisé  le  mot  «fève  »  pour  le  désigner  ;  il  semblerait,  à  compa- 
rer les  réponses  laites  pour  les  deux  mots,  que  beaucoup  de  ces 
parlers  se  contentent  de  «  fève  »  pour  les  deux  espèces.  Il  n\y  a 
là  sàtts  doute  qu'une  apparence  :  les  lexiques  montrent  que  les 
termes  distinctifs  que  j'ai  relevés  en  plusieurs  points  existent 
aussi  dans  d'autres  localités  où  j'ai  obtenu  seulement  «  fève  »  : 
ainsi  Hingre  donne  pour  la  Bresse  fivève  dé  rô>iic,  lève  rameuse, 
haricot,  que  mes  témoins  n'ont  pas  indiqué.  L'insulfisance  des 
réponses  provient  pour  une  part  du  mode  de  l'enquête,  mais  il 
y  en  a  d'autres  raisons  plus  significatives.  «  Fève  »  étant  le  mot 
le  plus  ancien  et  en  outre  figurant  dans  les  désignations  nou- 
velles qui  servent  à  distinguer  la  fève  et  le  haricot  peut  à  la 
rigueur  suffire  ;  de  plus  la  culture  de  la  fève  proprement  dite  est 
actuellement  en  déchéance,  ci.  les  N.  H.  de  la  carte  343,  si  bien 


que  CCS  ternies  nouveaux  doivent:  être  aussi  en  recul  ;  entin 
l'existence  Je  nombreux  ternies  poiu'  de  menues  variétés  dimi- 
nue le  besoin  de  distinguer  le  groupe  «  haricot  »  et  le  groupe 
«  fève  )-.  De  toute  façon  Teniploi  de  «  fève  »  pour  la  désigna- 
tion des  deux  espèces  devait  avoir  pt)ur  conséquence  une  grande 
variété  d'expressions.  11  eut  pu  sutlîre  de  réserver  «  tève  »  pour 
une  espèce. et  de  créer  une  expression  pour  lautre,  mais  il  \' 
avait  trop  peu  de  cohésion  entre  nos  parlers  pour  que  ce  choix 
se  tît  partout  d'une  façon  identique  :  c'est  ainsi  que  3  a,  .^  a 
désignent  la  tève  par  f  év  et  le  haricot  par  I  (T  Je  tûiii  et  qu'au 
contraire  à  Kemiremont  tève  se  dit  fh'  de  lu  et  haricot  j'cj .  Cet 
état  de  ciioses,  au  reste  flottant  et  individuel,  a  amené  des  inno- 
vations pour  les  deux  espèces,  par  exemple  dans  la  vallée  de  la 
Haute-Moselle,  où  la  tève  est  souvent  appelée  '<  grosse  fève  » 
ou  "  tève  de  loup  »  et  le  haricot  y  ?i'  lû  loi/i. 

Ce  dernier  terme  demande  seul  quelques  explications  :  relevé 
dans  mon  enquête  aux  points  1-4,  il  existe  également  à  la 
Bresse,  comme  je  l'ai  indiqué  plus  haut,  et  dans  de  nombreuses 
autres  localités,  cf.  Haillant  s.  v°  foà'c  ;  roin  y  représente  le  fr. 
rame,  piquet  servant  de  tuteur  aux  plantes  grimpantes,  comme 
la  forme  rainie  attestée  dans  plusieurs  points  le  montre  claire- 
ment. Le  correspondant  de  M.  Haillant  pour  Gérardmer,  en 
écrivant  fève  de  Rome,  a  interprété  ;■()/;/  par  une  étvmologie  po- 
pulaire, dont  on  ne  peut  pas  dire  si  elle  est  postérieure  à  un 
changement  d'à  en  o  sous  l'action  de  la  labiale  suivante,  et.  p . 
109  sq.,  ou  si  elle  la  provoqué. 

Fil  c.  345. 

Dans  la  majorité  de  nos  parlers  «  fil  »  a  cédé  la  place  au  par- 
ticipe passé  du  verbe  «  filer  n,  qui  existe  également  en  français, 
mais  avec  un  autre  sens,  cf.  D.  G.  fîlel  2.  La  carte  567  de  VAL. 
atteste  la  même  substitution  en  quelques  points  isolés,  et 
M.  Haillant  note  s,  v°  Jî  la  forme  ftel  pour  Vexaincourt  (canton 
de  Raon-l'Étape,  Vosges)  et  Adam  p.  253  fié  pour  Landrecourt 
(canton  de  Pont-à-Mousson,  Meurthe-et-Moselle).  «  Fil  »  n'a  pas 
aussi  complètement  disparu  des  parlers  des  deux  vallées  que  la 
carte  3-15    pourrait  le  faire  croire.  Mais  il  n'y  subsiste  plus  qu'a- 


-  276  - 

vec  un  sens  restreint  et  dans  des  expressions  toutes  faites,  p. 
ex.  dans//  rto,  fil  double,  8' f,  i6  a  N.  E.  et  dans  «  fil  d'ar- 
chal  ))  2  a,  c,  5  a,  19  a,  21  a,  etc.;  Hingre  donne  des  indica- 
tions analogues  :  «  Fi,  ne  se  dit  qu'avec  un  complément  ».  Au 
reste  fie  a  une  telle  torce  d'expansion  qu'il  pénètre  'dans  ces 
expressions  et  que  18  dit  même  fié  d  à£à,  cf.  Fil  L. 

Fille   c.  34e,  Fils  c.  347,   Garçon  L. 

«  Fille  »  et  «  fils  »,  bien  qu'ils  soient  attestés  dans  presque 
toutes  les  localités  et  qu'ils  existent  certainement  dans  celles  où 
par  hasard  je  ne  les  ai  pas  recueillis,  cèdent  la  place,  suivant  une 
tendance  générale  et  bien  connue,  à  des  termes  qui  désignent 
au  propre  les  enfants  au  point  de  vue  du  sexe.  C'est  ainsi  que 
pour  fille  presque  tout  notre  domaine  emploie,  en  dehors  de 
«  fille  »,  un  représentant  de  l'a.  fr.  baiasse  biucyes  i-ii,  14-17, 
hu'â-  18-22,  et  qu'en  outre  14  et  13  disent  respectivement /^^j/o/ 
et  basât,  le  premier  dérivé  de  l'ancien  baisselle,  le  deuxième  issu 
de  ce  même  mot  par  substitution  de  suffixe.  D'autre  part,  à 
côté  de  «  fils  II,  la  majeure  partie  des  points  des  deux  vallées 
connaissent  une  forme  bwôb  <C  além.  =  ail.  bnbe,  cf.  Martin, 
II,  4,  tandis  que  dans  les  localités  voisines  de  Remiremont  on 
emploie  «  garçonnet  ».  Ce  dernier  mot  paraît  être  à  peu  près 
inconnu  des  deux  vallées,  ou  il  y  est  importé,  comme  le  montrent 
les  formes  gôçnô  de  10,  16,  cf.  supra,  p.  138,  et  gakhnb,  gachnb 
données  par  Hingre  pour  la  Bresse,  hwob  de  son  côté  est  incon- 
nu en  dehors  des  deux  vallées,  et  l'on  peut  noter  qu'Uriménil 
ne  le  possède  pas  non  plus  et  dit  également  gohhiiol.  Enfin 
«  garçon  »  est  rare  dans  tout  le  domaine;  je  n'ai  recueilli  que  ^^fô 
au  sens  de  garçon  chez  le  témoin  17  a,  qui  a  ajouté  que  ce  mot 
est  plus  rare  que  bwob;  en  outre  Hingre  le  donne  aussi  avec  le 
même  sens. 

Frileux  L. 

Les  formes //f'v//.  1-8',  13  a,  16  a,  f  revu  9,  10,  11  a,  15  a, 
17  a,  f,  18,  21  e,  22  a,  fréyit  11  c,  frœyu  12  sont  issues  régu- 
lièrement de  formes  correspondant  au  français  frileux  :  /  a  été 
mouillé  par  Vi  précédent,  avant  le  changement  de  celui-ci  en  é, 
œ,  cf.  Meyer-Lùbke,  (//■.   </.  K.  Spr.,  I,  §  517,   puis    s'est  réduit 


—    z,i    — 

normalement  à  v  ;  la  nicmc  explication  convient  pom-  Jrcyoïix 
Uriménil,  freullon  Plancher-les-Mines,  freiryoïi  Auxel,  près  de 
Châtenois,  d'après  Vautherin.  A  côté  de  toutes  ces  formes  régu- 
lières, fredy-u  de  Taire  19-22  doit  f-  et  </  à  un  croisement  avec 
froid,  -e  c.  367. 

Fumier  L. 

L'enlèvement  du  fumier  de  l'étable  est  désigné  par  des  expres- 
sions remarquablement  variées.  Les  parlers  distinguent  deux  opé- 
rations, la  première  qui  consiste  à  racler  le  fumier,  la  deuxième 
qui  consiste  à  le  conduire  hors  de  l'étable  :  de  là  quelques 
hésitations  dans  les  réponses  des  témoins,  par  exemple  l'emploi 
de  dast'  par  12  a  pour  la  première  opération.  En  outre  quelques 
témoins  semblent  ne  pas  s'être  rappelé  ou  ne  pas  connaître 
l'expression  propre  et  s'être  contentés  de  termes  approximatifs, 
par  exemple  20  a  «  racler  le  fumier  »,  17  b  «  nettoyer  les 
vaches  »  pour  la  première  opération.  Il  est  plus  difficile  de  se 
prononcer  sur  les  nombreuses  réponses  concernant  la  deuxième 
opération,  dont  la  désignation  est  beaucoup  plus  flot- 
tante que  celle  de  la  première.  Celle-ci  est  exprimée  par  deux 
termes  nettement  localisés  :  rœ\e  des  points  1-9,  11,  14-16, 
dérivé  de  «  rouable  »,  cf.  p.  i-j8,  et  (e)çterwà  recueilli  aux 
points  17,  18,  19,  22,  d.  aussi  Hingre  :  «  khténva,  ramasser  en 
raclant,  avec  le  râcloir  appelé  khtérwà  ;  se  dit  spécialement  de  la 
braise  du  four  et  du  fumier  de  l'écurie.  »  C'est  évidemment  à 
tort  que  cet  auteur  cite  le  latin  stniere,  strues.  Il  faut  considérer 
notre  verbe  soit  comme  dérivé  du  mot  Inic  attesté  au  point  15 
au  sens  de  pelle  en  bois,  d.  aussi  tronc  Uriménil,  qui  représente 
un  étymon  *truellu,  soit  plutôt  comme  issu  d'un  verbe  composé 
de  triia,  *extruare. 

Pour  la  deuxième  opération,  les  expressions-  les  plus  usitées 
sont  «  jeter  »,  «  vider  »  et  <•  danser  ",  ordinairement  construits 
directement  avec  «  les  vaches  »  par  un  raccourcissement  curieux. 
On  notera  aussi  l'emploi  de  «  danser  »,  qui  est  vraisemblable- 
ment une  modification  plaisante  de  «  lancer  ».- 

Garçon,  cf.  Fille. 

Glissant  c.  390,  Glisser  c.  391,  Traîneau  c.  762  et  L. 


-  278  - 

Les  formes  €dye,  etc.,  des  localités  1-7,  21,  et.  aussi  khauye 
Hingre,  se  rattachent  à  un  adjectif  anciennement  attesté,  mais 
d'origine  inconnue,  xaiiUenl  (lubricus)  Apfelstedt,  Lothrin^ischer 
Psnitcr,  p.  177  et  p.  XLiii,  n.  i.  Dans  la  vallée  de  la  Moselotte, 
bien  que  ce  verbe  y  soit  usité,  les  témoins  ont  surtout  employé 
hlâ'yr,  issu  d'un  substantif  féminin  hl<v\,  traîneau  pour  pierres, 
17  a  (21  a  et  22  a  ont,  probablement  par  suite  d'une  erreur, 
indiqué  ce  mot  pour  désigner  une  voiture  chargée  de  foin 
contenu  dans  des  draps)  -<  anc.  h.  ail.  slilo  ML.,  EJI\  8033. 
Un  autre  dérivé  hhf'xa  existe  également  au  sens  de  traîiieau  pour 
pierres  dans  cette  vallée.  La  vallée  de  la  Haute-Moselle  n'ignore 
pas  cette  famille  de  mots,  car  5  c  m'a  fourni  le  verbe  love  au 
sens  de  se  lancer  sur  la  glace  pour  glisser,  et  lôxù  de  5  a,  c, 
l(f'VÔ  de  I  c,  2  c  correspondent  régulièrement  à  bld-yà  de  la  val- 
lée de  la  Moselotte.  Malgré  notre  ignorance  de  Tétymologie  de 
€oye,  etc.,  on  peut  aftirmer  que  les  deux  types  verbaux  avaient 
anciennement  un  sens  bien  différent  :  celui  qui  dérive  de  slilo 
était  un  verbe  transitif  signifiant  traîner,  faire  glisser,  tandis  que 
Syc,  etc.  signifiait  intransitivement  glisser.  Mais  l'emprunt  aux 
parlers  alémaniques  du  substantif  fllt,  traîneau  à  bras  pour  le 
bois,  cf.  l'allemand  schlilteu,  d'où  nos  parlers  ont  dérivé  le  verbe 
fJïfe,  a  causé  le  recul  du  verbe  issu  de  slito,  qui  a  à  peu  près  dis- 
paru de  notre  domaine  au  sens  de  traîner  :  dans  la  vallée  de  la 
Moselotte  il  n'a  subsisté  qu'aux  dépens  du  v.  çôxc  et  même  a 
donnénaissanceà  l'adjectif /.'A/'v//,  glissant.  Cependant  son  ancienne 
valeur  transitive  n'est  pas  complètement  oubliée  ;  Hingre  la  rap- 
[K'ile  et  17  a,  b  la  comiaissent  encore.  Quant  à  l'emploi  de  ivx^ 
de  17  a  au  sens  de  traîner  du  bois,  c'est  un  tait  accidentel.  De 
leur  côté  le  substantif  issu  de  slilo,  hitvx,  et  les  dérivés  avec  le 
suffixe  «  et  "  ont  rectilé  devant  clil  et  ne  se  sont  conservés  qu'avec 
le  sens  restreiiu  et  paiticulier  de  traîneau  pour  pierres  (muni 
d'une  fourche  mobile,  d'après  Hingre).  Les  relations  de  ces  dif- 
férents termes  sont  compliquées  par  l'introduction  récente  du 
français  glisser,  adapté  sous  les  formes  gisi\  s^lsxe  et  d'où  est  dé- 
rivé le  substantif  ofs,  qui,  d'après  la  plupart  des  témoins,  équi- 
vaut complètement  à  rlit.   F.ntin  le    \'al-d'Ajol    emploie  au  sens 


—  279  — 

de  glisser,  se  lancer  sur  la  glace^  un  verbe  ^âlyt',  qui  a  donné 
naissance  au  substantif  ^^/yar,  raquette  pour  aller  sur  la  neige, 
et  qui  se  rattache  peut-être  au  fr.  ^^aler,  dont  on  a  vu  un  autre 
représentant  p.  264.  Pour  bdyii,  glissant,  d.  intra,  p.  310. 

Gouttière  /,. 

(e)bgÔtér  des  localités  19-21  présente  un  préfixée/;  =  fr.  é 
<;  lat.  (W,  qui  provient  du  cri)isenu"nt  de  i^oter,  gouttière,  avec 
«  égoutter  ",  v.  hi^ôta  Hingrc,  et  infra  truelle,  qui  a  subi 
une  niodification  analogue.  Dans  de  nombreux  mots  des  parlers 
français  l'adjonction  d'un  e  initial  a  une  origine  semblable,  cf. 
Behrens,  Beilrdi^e,  p.  98  sq. 

Grange  c.  395. 

La  partie  de  la  grange  qui  se  trouve  en  avant  est  désignée  dans 
tout  notre  domaine  par  un  dérivé  *cayrilc,  formé  comme  le  fr. 
chiutil.  Toutefois,  à  la  Bresse,  apparaît  un  terme  propre  à 
cette  localité  irknïy,  cl.  recrue  Hingre,  qui  paraît  correspondre 
au  fr.  reente  :  sans  doute  ce  mot,  qui  n'y  est  plus  attesté  qu'avec 
ce  sens  particulier,  a  dû  posséder  d'autres  sens,  notamment 
celui  de  ce  qui  complète,  et  c'est  probablement  en  ce  dernier 
sens  qu'on  l'a  appliqué  à  la  partie  de  la  grange  qui  est  en  avant, 
comme  dans  des  parlers  voisins  on  l'a  désigné  par  un  dérivé  de 
cappa  signifiant  au  propre  pignon,  cf.  ML.,  EIV.  1642  ;  les 
formes  signalées  par  M.  Thomas,  Rom.,  39,  p.  207,  ont  le  suf- 
fixe ih,  tandis  que  €epœ  indiqué  par  14  a  comme  usité  à  Arches 
et  chaipea  Uriménil  ont  subi  une  modification  dont  l'origine 
n'est  pas  claire,  peut-être  une  substitution  de  suffixe  sous  l'in- 
fluence d'aivreu,  abri,  Uriménil,  d.  aussi  p.  10,  n.  i,  à  moins 
que  ce  mot  n'ai  été  emprunté  à  des  parlers  où  /  est  devenu 
régulièrement  œ. 

Grenier  au  dessus  de  la  grange  c.  399,  Fenil  L. 

Tous  nos  parlers  distinguent  par  des  termes  particuliers  ces 
deux  sortes  de  greniers,  parce  que  leur  utilisation  est  différente, 
le  premier  étant  réservé  aux  céréales,  le  deuxième  au  foin.  Pour 
le  fenil,  ils  se  servent  tous  du  même  type  issu  de  solarin  ;  mais 
pour  le  grenier  placé  au-dessus  de  la  grange,  notre  domaine  se 
divise  en  trois  aires,  wfo  de  11,  13-15,  cf.  aussi  chafouaud,  gre- 


—  28o  — 

nier  ù  toiii,  à  gerbes,  Uriménil,  correspond  au  fr.  vieilli  chafaud. 
Dans  l'aire  i-8',  21,  per-ëi,  etc.  est  un  dérivé  de  «  perche  » 
avec  le  suffixe  î  <  ile,  auquel  e  <C  ariu  s'est  substitué  dans 
quelques  localités,  cf.  p.  233  ;  cette  désignation  vient  sans 
doute  de  ce  que  ce  grenier  est  fréquemment  garni  de  perches 
pour  maintenir  et  disposer  les  tas  de  gerbes.  Enfin  la  troisième 
aire  8'- 10,  12,  ié-22  emploie  un  mot  hcrbo,  aux  points  19  et 
20  hàrbo,  dont  je  n'ai  relevé  de  représentant  qu'à  Gerbépal 
(canton  de  Corcieux,  arrondissement  de  Saint-Dié),  où  l'on  dit 
également  herbeau,  d'après  Adam,  p.  333,  et  dont  lorigine 
m'échappe  totalement. 

Dans  ce  grenier,  beaucoup  de  témoins  distinguent  par  un 
terme  particulier  la  partie  qui  domine  l'avant-grange,  12  a  l'ap- 
pelle tira,  qui  signifie  ordinairement  tiroir  L.;  quant  à  bhrk, 
employé  toujours  au  pluriel  dans  les  deux  vallées,  s'il  équivaut 
au  fr.  baraque,  le  développement  sémantique  en  est  obscur. 

Guêpe  L. 

Tandis  que  les  localités  i-io,  17-22  disent  vep  issu  régulière- 
ment de  vespa  et  que  16-17  ""  terme  d'origine  inconnue  jebràt', 
l'aire  11-15  emploie  une  forme  uh,  qui  exige  quelques  éclair- 
cissements. On  trouve  des  formes  ayant  la  particularité  de  pré- 
semer un  s  final  dans  de  très  nombreux  parlers  orientaux,  cf. 
Adam  p.  333,  Baillant  vôsse,  Horning  p.  122  et  surtout  la 
carte  672  de  VAL.,  qui  donne  des  formes  analogues  pour  un 
grand  nombre  de  localités  non  seulement  de  la  Lorraine  et  de 
la  Wallonie,  mais  encore  des  départements  de  la  Haute-Saône,  de 
la  Haute-Marne  et  de  la  Marne.  Or  il  est  manifestement  impos- 
sible de  rattacher  ces  formes  au  latin  vespa,  car  dans  la  plupart 
de  ces  parlers  s  devant  consonne  a  disparu,  et  là  où  il  se  main- 
tient, il  reste  rarement  pur,  et  rarement  aussi  il  absorbe  la  con- 
sonne suivante,  cf.  AL.  c.351  crête,  Horning  §  158;  enfin  si, 
dans  les  parlers  wallons,  le  traitement  de  sp  paraît  régulier,  e 
ouvert  latin  est  diphtongue  devant  s  -{-  consonne  ;  or  aucune 
forme  de  «  guêpe  «n'y  présente  ce  traitement,  cf.  ML.,  Gr.  d. 

I.  Il  faut  sans  doute  en  rapprocher  giièhiolk  donné  par  Adam,  p.  535, 
pour  le  Thoiv,  et  dont  l'initiale  est  surprenante  à  côté  de  celle  de  16,  17. 


—    28l    — 

R.  Spr.,  I,  ^§  151,  ad  finem  et  468.  Le  rapprochement  établi  par 
M.  ML.,  /(/.,  §  18,  entre  le  lorrain  wes  et  l'ancien  haut-ail.  wefsa 
doit  être  étendu  à  toutes  les  formes  citées  plus  haut  et  résout 
le  problème.  Il  est  probable  aussi  que  u'efia  s'est  parfois  croisé 
avec  des  formes  issues  de  vespa.  C'est  ce  croisement  qui  peut 
expliquer  r  initial  de  vôsse  à  Uriménil,  où  l'on  dit  ivaidè,  garder, 
etc.,  bien  que  nous  ayons  vu,  p.  14,  que  w  germanique  est 
parfois  représenté  par  v  dans  un  nombre  important  de  localités. 

Haricot,  cf.  Fève  . 

H  erse  c.  408. 

La  consonne  finale  é,  e  de  notre  domaine  ne  peut  pas  s'ex- 
pliquer par  le  développement  de  la  forme  ancienne  *herpicc  ; 
toutefois  il  n'est  pas  nécessaire  de  supposer  un  étymon  latin 
*herpica,  et  il  est  plus  vraisemblable  d'admettre  que  «  herse  »  a 
été  refliit  sur  le  verbe  issu  de  *herpicare,  comme  nous  avons  vu 
p.  81  que  l'absence  de  diphtongaison  y  est  due  à  l'action  ana- 
logique des  formes  verbales  atones. 

Hêtre  L. 

La  diffusion  du  type  «  hêtre  »  qui  provient  du  tranc  hesli ,  cf. 
ML.,  EPF.  4121,  a  été  telle  qu'il  est  devenu  le  terme  unique  de 
tout  notre  domaine.  Cependant  le  terme  antérieur  subsiste  encore 
dans  un  nom  de  lieu-dit  fnes  (pluriel),  col  qui  relie  les  deux 
vallées  au-dessus  du  Ménil  ;  ce  mot  me  paraît,  en  efîet,  être  le 
même  que  celui  qui  signifie  hêtre  en  différentes  localités  lor- 
raines, feues  (fém.)  point  77  AL.,  fainesse  Rehaupal  (canton  de 
Corcieux,  ar.  de  Saint-Dié),  etc.  Adam,  p.  335,  et  qui  est 
dérivé  de  «  faîne  »  avec  le  suffixe  féminin  h  <  acea  ;  sans 
doute  a-t-il  eu  primitivement  un  sens  collectif,  comme  on  le 
voit  dans  le  dérivé  de  «  foin  «  fenesse  de  la  Bresse,  s.  f . , 
«  toutes  les  graminées  des  prairies...  quand  elles  sont  en 
fleurs  ».  Dans  les  formes  sans  n,  telles  que  faiesse  Tram  pot  (can- 
ton et  arr.  de  Neufchâteau),  Adam,  id.,  etc.,  le  y  est  issu  du 
groupe  intérieur  ni  attesté  par  féniesse  de  Deycimont  (canton  de 
Bruyères,  arr.  d'Épinal),  Adam,  id.,  et  lui-même  dû  à  une  méta- 
thèse  du  groupe  rare  i)i  dans  la  forme  disparue  *fèyînes.  On 
remarquera  enfin  que  le  genre  féminin  de   «    hêtre    »,  que  la 


—    282    — 

grande  majorité  des  témoins  emploie  encore,  y  prouve  indirecte- 
ment l'existence  antérieure  de  fnu's. 

Hier  soi  r  c.  409. 

Si  t'fâ,  eçà,  àçà  des  deux  vallées  montrent  que  «  hier  soir  »  y 
a  été  traité  comme  un  mot  simple  dont  on  ne  sentait  plus  les 
éléments  de  composition,  ce  lait  provient  sans  doute  de  ce  que 
(f  hier  »  n'existe  pas  isolément  dans  notre  région  (pour  cr  du 
\'al-d'Ajol,  cf.  p.  141),  et  que,  pour  dire  hier,  on  emploie  un 
composé  heiimane.  Mais  une  bonne  partie  de  nos  parlers  a 
éprouvé  le  besoin  d'avoir  un  terme  plus  clair  et  a  refait  une 
nouvelle  expression  où  les  deux  notions  hier  et  soir  sont  net- 
tement dégagées  par  l'emploi  d'éniiè,  hier,  et  celui  de  l'article 
devant  «  soir  ».  Cette  innovation  a  complètement  triomphé 
dans  l'aire  11-13  et  commence  à  combattre  «  hier  soir  »  en 
quelques  points  des  deux  vallées. 

Hoquet  c.  41 1. 

Sauf  dans  quelques  localités  de  la  région  de  Remiremont,  où 
bôkô  est  évidemment  refait  sur  le  français,  les  formes  usitées  par 
nos  parlers  contiennent  le  même  radical  que  le  français  hoquet 
mais  avec  le  suffixe  féminin  cttc.  Parmi  ces  formes,  hoklot,  hiik- 
de  la  petite  aire  4-7  doivent  leur  /  à  un  verbe  que  je  n'y  ai  pas 
recueilli,  mais  que  l'existence  de  hoqiiela,  faire  comme  des  ho- 
quets en  parlant,  à  la  Bresse  permet  de  restituer  sans  grande 
hardiesse. 

Jardin  c.  414. 

Le  Val-d'Ajol,  seul  de  tout  notre  domaine,  emploie  Iyo:^c, 
dérivé  de  «  clos  »,  qui,  sous  la  forme  l\Ô,  est  attesté  au  point 
16.  Toutes  les  autres  localités  se  divisent  en  deux  groupes  : 
l'un,  comprenant  la  partie  la  plus  reculée  des  deux  vallées  1-7  et 
19-22,  dit  (';'  <;  area,  l'autre,  comprenant  les  autres  localités, 
et  aussi  les  points  frontières  5-7  et  19,  des  formes  de  iiiasu,  éga- 
lement usité  dans  de  nombreux  parlers  vosgiens,  cf.  Adam 
p.  337,  et  dont  i}wnè:{e}èye  de  Gérardmer  est  un  dérivé.  Les  deux 
mots  ont  dû  coexister  partout  ;  Hiugre  signale  iniua  au  sens  de 
champ  uni  et  sans  pente,  et  nous  avons  vu  p.  228  que  c'est  à 
mot  qu'(7-  doit  son  genre  masculin.  Mais  comme  ces   deux  mots 


-  283  - 

pouvaient  aisément  aboutir  au  sens  de  jardin,  les  parlers  ont 
fixé  leur  choix  sur  l'un  ou  l'autre.  Les  textes  médiévaux  nous 
montrent  une  expression  intéressante  où  les  deux  mots  sont 
groupés  ensemble  et  qui  a  dû  contribuer  à  leur  donner  un  sens 
identique  :  en  ciVct,  à  côté  de  en  cl.udis.  en  pit'i,  en  hois  el  eji  mes 
NAL.,  2542,  32,  quatre  bières  situées  à  Reinireviont,  Inv.  Sonun., 
p.  53,  col.  2,  une  bière...  près  des  nieix  id.,  p.  50,  col.  i,  etc.,  on 
trouve  très  fréquemment  <';r,  eire  île  ineix  NAL. ,  2531,  81,  etc., 
une  ière  de  nwi.x,  Inv.  Sonini.,    p.  47,  col.  2. 

Jars  c.  417. 

^i^(i:^â  de  l'aire  1-8'  représente  l'allemand  ganser,  qui  y  a  péné- 
tré par  la  voie  des  parlers  alémaniques,  cf.  Martin,  1,  p.  226,  et 
avec  une  substitution  du  suffixe  â  =  fr.  ard  ;  M.  ML.,  EIF. 
3677.  qui  ne  cite  comme  issu  de  ganser  que  gàiâ  de  Pournois, 
ne  signale  pas  certe  substitution  clairement  prouvée  par  le  trai- 
tement de  ma,  renard,  etc.,  de  cette  localité,  jorà  de  11-15  est 
très  probablement  un  dérivé  récent  du  français  l'arÇs)  avec  ce 
même  suffixe  ard  ;  de  nombreux  parlers  lorrains  possèdent  des 
formes  de  même  type,  cf.  Adam  p.  337,  qui  ne  donne  ;V/  que 
pour  Chatel  (arr.  d'Epinal).  bitki  du  seul  témoin  11  c  est  égale- 
ment un  emprunt  récent  au  français  bouquin,  dérivé  de  houe,  cf. 
Dict.  Gén.  bouquin  2,  avec  une  application  locale  au  jars.  Mais 
l'explication  des  formes  aw,  o^â,  o-éà  de  l'aire  9,  10.  16-22  est 
difficile.  Hingre  donne  pour  la  Bresse  une  forme  qu'il  déclare 
vieillie  ocbe,  s.  f.,  oie,  qui  est  sûrement  refaite  sur  ocbâ,  et  ne 
peut  pas  être  invoquée  comme  une  preuve  que  auca  aurait  dans 
les  parlers  lorrains  conservé  sa  consonne  sourde  après  au,  d. 
ML.,  Gr.  d.  R.  Spr.,  I,  §  433.  D'autre  part  il  me  paraît  diffi- 
cile de  ne  pas  rapprocher  ce^  formes  des  nombreuses  formes 
lorraines  avec  h  citées  par  Adam,  et.  aussi  Horning  ncà  p.  116, 
Zeliqzon  fikâ,  p.  106,  toutes  les  deux  de  la  région  nussine. 
Or  il  est  remarquable  que  la  consonne  de  ces  formes  correspond, 
partout  où  la  comparaison  peut  être  faite,  à  celle  du  mot  qui 
désigne  le  bouc,  d.  notre  carte  105,  Zeliqzon  hoh  et  encore 
à  Landremont  (canton  de  Pont-à-Mousson,  Meurthe-ei-Moselle) 
houcâ,    bouc,   ard,  jars,   d'après  Adam,  pp.  304  et  ^37.  En  con- 


—  284  — 

séquence  il  me  parait  assez  vraisemblable  que  dans  tout  ce  grand 
domaine  le  nom  du  bouc  a  été  appliqué  au  jars,  conmie  on 
voit  un  témoin  de  Remiremont  renouveler  le  fait  ;  si  le  suffixe 
«  ard  »,  rare  dans  le  nom  du  bouc,  s'est  particulièrement  déve- 
loppé dans  celui  du  jars,  c'est  sans  doute  en  raison  du  besoin 
que  les  parlers  ont  éprouvé  rapidement  de  distinguer  les  noms 
des  deux  animaux.  Postérieurement,  dans  de  nombreuses  localités 
dont  fait  partie  notre  aire  9,  10,  16-22,  le  nom  du  jars  a  été 
refait  sur  «  oie  »,  ce  qui  a  amené  la  disparition  du  b  initial.  On 
peut  voir  une  confirmation  de  cette  explication  dans  les  nom- 
breuses formes  de  la  région  de  Nancy  données  par  Adam  bricà, 
etc.,  qui  paraissent  avoir  subi  une  contamination  du  v.  «  bri- 
quer »,  lequel  prend  parfois  un  sens  obscène,  d'après  l'indica- 
tion du  témoin  11  c,  cf.  coït  L. 

Jeter  des  pierres  c.  419. 

«  Jeter  »,  recueilli  dans  presque  toutes  les  localités,  existe 
évidemment  partout.  Il  en  est  de  même  d'c  accueillir  »,  obtenu 
en  plusieurs  points  non  en  contact,  cl.  encore  ai keu yé  Hingre  et 
aiccHcnyé  Maillant,  et  dont  l'emploi  au  sens  de  jeter  est  le  déve-  . 
loppement  curieux  du  sens  d'accueillir,  bien  connu  dans  l'an- 
cienne langue,  cf.  Dict.  Gcn.  et  encore  attesté  dans  notre  région 
par  12  a  et  l'indication  de  Hingre  :  «  poursuivre  avec  des  projec- 
tiles ».  A  côté  de  ces  deux  mots  vraisemblablement  connus  de 
tout  notre  domaine,  làsye  ne  paraît  usuel  que  dans  l'aire  20-22, 
le  dérivé  de  «  caillou  >  ekeyôlà  i  c,  2  c,  ekà-  16  a,  semble  égale- 
ment rare,  car  aucun  lexique  de  la  région  ne  le  contient.  Enfin 
la  seule  aire  1-6  se  sert  de  èàpà,  dérivé  très  ancien  de  «'  champ  » 
(M.  ML.,  EIV.  1563,  a  oublié  de  citer  les  formes  dialectales 
françaises),  fréquent  dans  les  parlers  franc-comtois,  mais  rare  en 
Lorraine,  où  je  n'ai  relevé,  en  dehors  de  notre  éàpà,  .que  chain- 
per,  tourmenter,  Dompaire  (arr.  de  Mirecourt),  Adam,  p.  238. 

Premier    lait    de    la    vache    qui    a    vêlé    c.  438. 

Nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  traiter  des  formes  issues  par 
dérivation  de  l'a.  fr.  het,  p.  130,  ainsi  que  de  bôk  du  point  i, 
p.  236.  On  a  jusqu'à  présent  admis  que  l'étymon  de  bet  est  le 
franc,  bcost,  et  il    semble   bien    que    nos    formes    supposent    un 


-  285  - 

ancien  e  fermé.  Cependant  il  n'est  pas  impossible  que  IV  ait  été 
ouvert,  car  12  dit  bt'tre,  et  d'autre  part  0  de  l'aire  i-i  i,  13-15  peut 
être  dû  à  l'action  de  la  labiale  initiale,  cf.  p.  no,  et  rt  à  un  déve- 
loppement conforme  à  ceux  qui  ont  été  étudiés  §  51.  Ces 
réserves  sont  nécessaires,  parce  que  l'ancien  verbe  beter,  se  cailler, 
qui  paraît  bien  appartenir  à  la  même  tamille  que  bel,  avait  un  e 
ouvert,  ainsi  que  M.  Thomas  a  eu  l'obligeance  de  me  le  signaler, 
et  que  d'autre  part  les  formes  best  bester,  citées  par  M.  ML.,  EW. 
1037,  à  l'appui  de  l'étymon  bcost,  n'existent  pas.  Mais  si  bel  ne 
provient  pas  de  beost,  j'ignore  quel  autre  type  étymologique  peut 
lui  convenir.  Quoi  qu'il  en  soit,  les  parlers  de  la  vallée  de  la 
Moselotte,  tout  en  possédant  encore  bàkre,  bwàkre,  ont  créé  une 
nouvelle  expression  ro  Jâse,  «  lait  roux  ». 

Longtemps  L. 

Cet  adverbe  de  temps,  qui  est  identique  au  français  dans 
l'aire  1-19,  se  dit  bwÔn  pfs  dans  l'aire  18-22.  Cette  innovation 
commence  à  reculer  devant  «  longtemps  »,  comme  le  montre  la 
coexistence  des  deux  expressions  chez  les  témoins  18  et  19  a, 
mais  il  est  douteux  qu'elle  ait  jamais  beaucoup  dépassé  l'aire  18- 
22.  Quant  à  sa  formation,  elle  est  claire  ;  il  suffit  de  rappeler 
pieça  et  les  autres  expressions  temporelles  composées  avec  pièce 
de  l'ancien  français. 

Mal  L.,  Maladroit  c.  467,  etc. 

ino,  forme  unique  de  mal  dans  tout  notre  domaine,  a  fré- 
quemment réagi  sur  les  mots  composés  avec  la  particule  «  mal  ». 
«  Maladroit  »  a  partout  la  voyelle  Ô,  et  très  souvent  /  a  même 
disparu,  comme  dans  le  mot  simple,  de  sorte  que  les  deux  élé- 
ments du  composé  «  mal  »  et  «  adroit  »  sont  nettement  mis  en 
valeur. 

Malheur,   malheureux    ont  également  la  voyelle  0    par- 
tout où  le  français  a  été   adapté,    mais  /  n'a  pas   été  supprimé, 
parce  que  le  deuxième  élément  de  ces  mots  n'existe  pas   à  l'état 
*  indépendant. 

Malaisé  L.,  que  je  n'ai  recueilli  qu'en  quelques  points,  paraît 
être  rarement  modifié  par  «  mal  »,  malgré  la  présence  d'aisé 
c.  16  ;  cependant,  à  côté  de  iiiaJiiulh',Wmgre  signale  iiiûiiJanhé  et 


—  286  — 

maulaiihan.  Par  contre  il  n'est  pas  surprenant  que  dans  malade 
c.  ^GG   la  composition  ne  soit  plus  sentie  nulle  part. 

Mancheron  de   charrue  c.  470. 

La  désignation  de  cette  partie  de  la  charrue  donne  lieu  à  une 
grande  activité  lexicale.  En  différents  points  non  en  contact,  on 
emploie  «  poignée  »  ou  «  bras  ».  D'autre  part  on  trouve  des 
dérivés  de  «  main  »,  mhtà  au  seul  point  12,  mhiot,  ~Ôf  dans  les 
localités  6-1  r,  13.  Ce  dernier  dérivé  paraît  avoir  occupé  une 
aire  plus  vaste,  car  pivciwt  du  point  2  est  une  formation  peu 
explicable,  si  iiihiôl  n'a  pas  servi  de  modèle  (je  ne  fais  pas  état 
de  piueuô  de  12  a,  qui  me  parait  dû  à  une  erreur  individuelle). 
vih'vey  est  donc,  malgré  sa  localisation,  un  terme  plus  récent  : 
c'est  ce  qui  résulte  de  l'indication  de  7  a,  pour  qui  tntrvey  est  le 
mot  français  et  inhiol  le  mot  patois.  Dans  cette  hypothèse,  on 
comprend  également  mieux  la  forme  anormale  de  ce  mot  :  il  est 
en  effet  difficile  de  ne  pas  le  rapprocher  des  formes  franc-comtoises 
Diciivèl,  manche  de  charrue,  La  Franche-Montagne,  viènvl'l,  mani- 
velle, Bournoîs,  inervel,\d.,  La  Grand-Combe,  et  de  l'a.  \r.  inane- 
vellc  <  *manabdla  ML.,  EIV.  5280,  mais  la  terminaison  ey  ne 
peut  s'expliquer  ni  par  une  substitution  de  suffixe,  puisqu'ry 
n'existe  pas  à  l'état  de  sufhxe  actif  dans  nos  parlers,  ni  par  un 
croisement  de  mots  ;  il  faut  donc  y  voir  la  corruption  d'un  mot 
étranger,  peut-être  introduit  par  le  français  populaire,  où  il  est 
actuellement  usuel. 

Manivelle  c.  476. 

Malgré  l'invasion  récente  des  mots  français  uianivcUe  et  inécii- 
nique,  il  reste  assez  de  traces  de  l'état  ancien  pour  qu'on  puisse 
le  reconstituer,  simyivl,  qui  subsiste  dans  les  localités  13-16, 
19,  21,  est  une  déformation  du  représentant  de  *cicoiiioIa,  et. 
ML.,  EÎ'V.  1907,  par  suite  d'un  croisement  avec  «  meule  »  ;  le 
même  phénomène  est  attesté  dans  d'autres  parlers  lorrains, 
et.  siiniciilc  Uriménii  cl  uiiinlc  .All.iin  (canton  de  Colonibcy, 
air.  de  Toul,  Mcurihe-et-Moselle),  Adam,  p.  285.  Dans  la  val- 
lée de  la  Haute-Moselle,  il  subsiste  encore  une  trace  du  même 
mot,  ni.iis  non  contaminé  par  «  meule  «.  En  effet  le  témoin  2  c 
m'a  indiqué  le  verbe    sîijôlà,    au   sens   d'enlever   les  leuilles   des 


—  287  — 

légumes  ;  \-j  développement  sénnintique  n'.i  rien  de  surprenant  : 
on  il  appliqué  pur  plaisanterie  ce  verbe,  qui  signifiait  au  propre 
tourner  une  manivelle,  au  geste  nécessaire  pour  dépouiller  avec 
un  couteau  certains  légumes  de  leurs  teuilles.  Il  résulte  de  tous 
ces  faits  que  le  typj  *cicoiiiol(i  a  dû  exister  dans  tout  notre 
domaine  au  sens  de  manivelle.  Mais  la  vallée  de  la  Haute-Mo- 
selle l'a  remplacé  par  un  autre  mot  hôni,  que  je  n'ai  relevé  dans 
aucun  lexique,  et  qui  est  évidemment  l'ail,  horu,  bien  que 
Martin  ne  le  donne  pas  avec  le  sens  de  manivelle,  et  dont  l'ap- 
plication est  analogue  à  celle  de  «  corne  «  au  sens  de  manche- 
ron dans  les   parlers  franc-comtois,  cf.  notre  carte  470. 

Marmite,  cL   Casserole. 

Mèche  de  cheveu  X   c.  483. 

Les  formes  récemment  empruntées  au  français  et  plus  ou 
moins  adaptées  ont  laissé  subsister,  outre  la  forme  ancienne  de 
«  mèche  »  aux  points  6,  11,  12,  une  grande  variété  de  vocabu- 
laire, éiipôl  4,  5,7,  8,  ^-  8',  éôpàt  22,  dont  rJjopa,  Hingre  est  la 
forme  masculine,  ont  un  /)  comme  la  forme  correspondante  du 
Irançais  oriental  t7//)L) (c'est-à-dire  dans  ma  graphie  «//)<)),  rattachée 
par  ML.,  EIV.  7708  au  bas-ail.  schoppc,  par  conséquent  pro- 
viennent de  parlers  septentrionaux  de  la  région  wallone,  en 
contact  avec  les  dialectes  bas-allemands.  Mais  schopf  du  haut- 
allemand  et  des  parlers  alémaniques  est  également  attesté  dans 
notre  domaine  par  /ofyot  du  point  6,  et  chôfc,  s.  m.,  touffe, 
gbne,  assemblage,  de  la  Bresse,  plso  de  6  et  pîsyo  de  9  sont  déri- 
vés du  v.  «  pincer  »,  k-uyot  de  i  est  un  diminutif  de  «  queue  », 
éïkàt  de  21,  de  r;Â',  cime,  ci',  p.  26i,entin  Iràeey  de  17  corres- 
pond au  fr.  trochée,  faisceau  de  pousses,  dérivé  de  t roche,  cf.  D.G., 
avec  une  nasale  0  due  à  quelque  contamination,  d.  au  sens  de 
touffe  d'une  plante  iro€  1 1  a  et  Irô-cJ  2  c. 

Mèche  de  lampe   c.  484. 

Tandis  que  l'aire  1-7,  18-22,  le  Val-d'Ajol  et  le  témoin  11  c 
disent  iim^,  -é,  les  •  localités  voisines  de  Remiremont  ont  des 
formes  Jhniié  7,  8,  -c  8',  9,  10,  13,  14,  17,  k-  11,  15,  dont  la 
syllabe  initiale  est  vraisemblablement  due  à  un  croisement  de 
mité-,  r  avec  «  lumière  »  ;  cf.  les  formes  analogues  Fiiionchc,  km- 


—  28«   — 

et  ehn-  d'Uriménil.  En  ce  qui  concerne  l'étymon  de  uiii-e,  -e,  la 
voyelle  a  appuie  fortement  l'hypothèse  de  M.  Meyer-Lùbke. 
d'après  laquelle  niyka  aurait  été  contaminé  par  muccu,  cf.  EU\ 
5804. 

Mettre   c.  494. 

Des  deux  types  «  mettre  »  et  «  bouter  »,  le  premier  a  totale- 
ment disparu  de  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  tandis  qu'il  est 
encore  très  vivace  dans  la  région  de  Remiremont  et  dans  la  val- 
lée de  la  Moselotte,  où  du  reste  «  bouter  »  n'est  pas  inconnu, 
comme  le  montre  buta  Hingre.  Dans  la  région  de  Remiremont, 
ils  se  sont  en  outre  croisés  et  ont  donné  naissance  à  l'infinitif 
bot  des  points  12  et  14,  cf.  aussi  bote  Uriménil,  au  participe  }}ibte 
de  1 1  a  et  à  l'impératif  mot  de  14  a. 

Miauler  c.  497,  Ronronner!,. 

C'est  sans  aucun  donte  par  des  onomatopées  qu'il  f;mt  expli- 
quer les  différents  verbes  signifiant  miauler,  myàtinà  de  la  val- 
lée de  la  Moselotte,  inyanà,  -c  des  points  1-9,  1 1,  16,  iiiyâlà,  4  de 
Taire  11-15.  Mais  rwanà  de  2,  dont  il  faut  rapprocher  rwânâ, 
-à  de  24-26  et  rouanai  des  Fourgs,  évoque  mal  le  miaulement,  et 
en  effet  il  a  dû  tout  d'abord  désigner  un  grognement,  comme 
le  vaonlïQWX.  rouannâ ,  gronder  comme  le  chat,  Dartois  p.  222, 
roiienai,  grogner,  s'applique  particulièrement  au  porc,  Mont- 
béliard,  roûenaî,  id.,  Châtenois  ;  et  il  faut  sans  doute  rattacher  à 
ces  formes  rowenà,  ronronner,  26  b,  rovoina,  gronder,  grom- 
meler, Plancher-les-Mines,  et  même  ribànà  de  la  Grand-Combe, 
qui  a  pris  le  sens  figuré  d'importuner  par  des  demandes  (le  sens 
de  miauler  est  implicitement  contenu  dans  l'explication  ajoutée 
par  M.  Boillot  :  «  par  analogie  avec  le  miaulement  de  chat,  lors- 
qu'il demande  à  manger  •>),  comme  iiiyànn  s'y  dit  d'une  personne 
qui  se  plaint  toujours  pour  obtenir  quelque  chose  en  flattant. 
Quant  à  rnodà,  -r  de  16,  13,  c'est  un  dérivé  de  njo,  matou,  indi- 
qué par  13  a  dans  l'expression  el  ve  â  rno,  en  parlant  de  la  chatte 
qui  cherche  le  mâle,  cf.  aussi   rcgmimi,  chat  mâle,  Uriménil. 

Le  ronronnement  est  désigné  d'une  façon  moins  variée,  sinon 
moins  pittoresque.  La  plupart  des  témoins  emploient  la  même 
expression  «  dire  son  credo  »,  analogue  à  «  dire  son  patcr  »  de 
26  et  «  fiiire  patenôtre  «de  23. 


—  2(S9  — 

MilletZ. 

Dans  la  plupart  des  localités,  on  distingue  par  des  termes 
propres  le  millet  naturel,  qu'oii  appelé  iiit'  =  fr.  mil,  et  le  millet 
servant  comme  aliment,  qu'on  désit^ne  par  le  participe  du  v. 
«  piler  »  [^li',  pld.  Le  témoin  i^  a  emploie  même,  outre  pli',  un 
terme  pour  le  millet  cuit,  iii\cs,  dérivé  de  me  avec  le  suffixe  col- 
lectif r.v  <;  accn.  L'existence  de  ces  différents  mots  a  causé  quelques 
formes  croisées  piiid',  d'où  tind'  de  14  a,  pnà  de  12  a,  pnœ  de 
22  a,  cf.  plus  haut  pp.  iii  et  130. 

Muer  c.  514. 

L'état  de  nos  parlers  est  très  compliqué,  parce  que  la  ten- 
dance à  distinguer  la  mue  des  oiseaux  et  celle  des  autres  ani- 
maux, notamment  du  gros  bétail,  qui  s'y  manifeste,  n'a  pas  été 
assez  forte  pour  empêcher  les  extensions  de  sens  des  différents 
mots.  Ainsi,  partout  où  «  déplumer  »  est  employé,  il  s'applique 
au  moins  aux  oiseaux,  mais  beaucoup  de  témoins  l'appliquent 
aussi  aux  autres  animaux  ;  inversement  «  débourrer  »,  qui  con- 
vient aux  animaux  garnis  de  poil,  se  dit  aussi  des  oiseaux  (peu  • 
importe  que  ce  dernier  cas  se  produise  dans  les  localités  franc- 
comtoises  23  et  25)  ;  de  même  çpœrï  de  la  vallée  de  la  Mose- 
lotte  y  a  souvent  les  deux  sens,  comme  on  le  voit  dans  khpeiiri, 
perdre  son  poil,  ses  plumes,  Hingre.  Du  reste  ce  verbe  n'était  • 
pas  particulièrement  topique,  car  c'est  un  composé  de  «  pur  » 
qui,  au  sens  propre,  signifie  épurer,  cf.  l'indication  de  19  c 
«  nettoyer  par  ex.  de  la  salade  mûre  dont  on  frotte  dans  les 
mains  la  semence,  pour  en  enlever  les  saletés  »  et  celles  d'Adam 
p.  263  s.  v.  hhpeuri  :  «  hhpciiri,  speiiri  faire  tomber  le  poil,  la 
semence,  Saint-Amé;  5/)o//n  égrainer,  effeuiller,  se  déplumer,  le 
ThoXy  ;  s pauri  plumer,  Rehaupal  (canton  de  Corcieux,  ar.  de 
Saint-Dié)  »  ;  epnrà  du  Val-d'Ajol  est  le  même  verbe  avec  un 
infinitif  d'une  autre  formation  et  un  •//  qui  provient  d'un  croi- 
sement zvec  deMrà.  Quant  à  dekwelà  de  5,  je  n'en  puis  rien  dire, 
car  l'étymologie  m'en  est  inconnue.  Cest  pour  échapper  à  la  con- 
tusion créée  par  les  doubles  sens  de  la  plupart  des  mots  que 
beaucoup  de  témoins  ont  eu    recours  à  des   expressions  plus  ou 

Les  parlers  des  Vosges  méridionales.  19 


—    290   — 

moins   individuelles,    mais  en  tout  cas  plus  claires,    telles  que 
«  peler  »,  «  changer  de  poil  »,  etc. 

xMulot  c.  515. 

Les  espèces  de  rats  des  champs  diffèrent  peu  d'aspect,  et  il  est 
très  probable  que  la  plupart  des  patoisants  savent  mal  les  distin- 
guer et  par  suite  confondent  leurs  noms  ;  en  conséquence  il  eût 
mieux  valu  adopter  pour  l'exergue  de  la  carte  le  terme  géné- 
rique :  rat  des  champs.  Quoiqu'il  en  soit,  le  type  «  rate  (qui  dans 
tout  notre  domaine  désigne  la  souris)  mousseuse  »  des  points  i- 
15,  21  a  dû  à  l'origine  se  dire  du  campagnol  ou  du  muscadin, 
qui  ont  tous  deux  la  queue  velue.  D'autre  part  le  deuxième  type, 
représenté  par  tnûfrk  de  la  vallée  de  la  Moselotte,  mofret  des 
points  5,  9,  10,  tnof  et  rct  nwjl  du  VaWAjol,  sapplique  étymo- 
logiquement  au  muscadin,  remarquable  en  outre  par  son  odeur. 
Il  provient  en  effet  du  verbe  moja,  moisir,  2  c,  5  d,  cf.  aussi 
mâfâ^  devenir  humide,  24,  moiifa,  moisir,  Hingre,  mofCi  qui 
commence  à  moisir,  le  Tholy,  Adam,  p.  271,  et  qui  fait  partie 
d'une  série  de  mots,  dont  les  rapports  avec  l'ail,  miiff,  moisis- 
sure, sont  obscurs  suivant  ML.,  EPV.  5713.  iiiufrh,  mo-  parais- 
sent à  première  vue  être  des  composés  du  type  grippeminaud  ; 
mais  si  l'on  considère  que  dans  ces  verbes  le  verbe  exprime  or- 
dinairement une  action,  cf.  Darmesteter,  Gramiii.  histor.,  3^  par- 
ties, p.  48  sq.,  et  qu'au  Val-d'Ajol  existe  un  postverbal  inof,  on 
sera  disposé  à  admettre  que  iiiiifiel  iiiof-  ont  succédé  à  des 
formes  mûf,  inof  auxquelles  ont  a  ajouté  ret  d'après  «  rate  mous- 
seuse ».  Le  Val-d'Ajol  a  créé  un  terme  de  formation  plus 
usuelle  rPt  inofi,  dont  l'élément  verbal  est  retait  sur  <  moisir  »,  et 
qui  a  de  son  côté  servi  de  modèle  à  ret  fûyi.  Enfin  iiiôsrl'l  usité  au 
point  i),cf.  aussi  mosrète,  le  Tholy,  Adam,  p.  272,  doit  son  s 
à  un  croisement  avec  «  rate  mousseuse  ». 

Noircir  c.  325. 

Sur  la  lutte  des  deux  types  «  noircir  »  et  «  màchurer  »,  lutte 
qui  tourne  A  l'avantage  du  premier,  il  y  a  peu  à  dire.  Plus  inté- 
ressantes sont  les  formes  du  verbe  «  noircir  ».  Dans  la  plupart 
des  localités,  le  radical  en  est  complètement  refait  sur  l'adjectif 
«  noir  »,  ci.  au.ssi   ;/mV  Hingre,  de  même  qu'en  français   l'an- 


—    291    — 

cienne  forme  iicicir  a  ctc  supplantée  })ar  noircir.  Dans  quelques 
points  seulement,  ir,  i),  17,  le  groupe  intéiieur  ancien  rs  est 
encore  conservé  et  représenté  régulièrement  par  f,  ç.  Mais,  tan- 
dis que  }iôf]  de  Taire  franc-comtoise  23-26  correspond  complè- 
tement au  fr.  noircir,  les  formes  iioee  -ce,  nàçc,  -Ç\f  ont  subi  un 
changement  de  Hexion,  qui  a  précédé  et  explique  iicryc,  Nâr\rdi:s 
autres  localités. 

Noyau  c.  529. 

Des  deux  types  qui  se  partagent  notre  dt)maine  et  qui  sont  at- 
testés dans  de  nombreux  parlers  lorrains  et  franc-coiutois,  cf. 
AL.  c.  926,  i^rane,  i^rc-  de  Taire  11-15  est  un  dérivé  de  i^nuintis, 
grain  de  raisin,  d.  ML.,  EIV.  3890.  Quant  à  t^w/t',  gr-  des  deux 
vallées,  Torigine  en  est  moins  sûre.  M.  Grammont  a  proposé 
pour  les  formes  correspondantes  de  la  Franche-Montagne  gi^itc, 
gnè  un  étyinon  granellu  qui  trouve  un  appui  dans  l'indication 
du  témoin  2  c  que  g^iie,  qui  signifie  aujourd'hui  seulement 
noyau,  est  vieilli  au  sens  de  grain  de  raisin  ;  mais,  outre  qu'il  est 
surprenant  que  le  succès  de  la  métathèse  ait  été  tel  qu'il  n'ait 
laissé  subsister  aucune  forme  avec  gr  initial,  cette  étymologie  a 
l'inconvénient  de  laisser  sans  explication  les  formes  franc-com- 
toises qui  commencent  par  k,  cf.  guenéei  kené  Plancher-les-Mines, 
Auxel  (région  de  Belfort),  d'après  Poulet  et  Vautherin.  C'est  pour- 
quoi il  me  paraît  préférable  de  considérer  ces  formes  comme 
dérivés  de  Tall.  kern,  dont  le  k  est  devenu  g  par  croisement  avec 
le  dérivé  dcgniiiiiis  et  probablement  aussi  avec  «  grain,  graine  ». 
Si  cette  interprétation  est  exacte,  il  en  résulte  que  gêne,  gc-  sont 
postérieures  à  grème,  grc-. 

Nuage  c.  530. 

Nous  avons  déjà  traité  des  formes  ^/w?/,  -œy  des  deux  vallées, 
pp.  né  et  149,  et  admis  qu'elles  représentent  un  étymon  niihilii, 
avec  un  c  prosthétique,  et  qu'en  outre  hiây  des  points  3-6 
doit  son  y  à  Taction  de  nàx  qui  correspond  au  fr.  nuée.  Il  reste  à 
constater  ici  que  '<  nuée  »  repousse  les  formes  plus  anciennes 
issues  de  luibilu,  qui  résistent  aux  points  frontières  6,  9  et  18, 
et  que,  si  ce  tvpe  a  existé  dans  d'autres  parlers  lorrains,  il  ne 
semble  plus  y  en  avoir  de  traces  actuellement,  cf.  Adam  p.  35 1 
et  la  carte  n  u  a  g  e  de  r^Li 


—    292    

Oiselet  L. 

La  plupart  de  nos  parlers  n'ont  pas  de  terme  propre  et  disent 
«  jeune  (d)'oiseau  »  ou  «  petit  oiseau  »  ;  cependant  l'aire  i-6  a 
également  employé  le  mot  inlc,  qui  me  paraît  être  un  diminutif 
de  «  merle  »  au  moyen  du  suffixe  e  =  ir.  at  :  ce  suffixe  sert  ^ 
en  effet  surtout  pour  désigner  de  jeunes  animaux,  cf.  ML., 
Gr.  d.  R.  Spr.,  II,  §  506,  Dict.  Géii.,  Introd.,§  131.  Ce  mot  aurait 
donc  reçu  une  extension  de  sens  qui  n'a  en  elle-même  rien  de 
surprenant.  Comme  d'autre  part  nous  ne  l'avons  pas  retrouvé 
ailleurs,  il  v  a  peu  de  raisons  de  croire  qu'il  ait  perdu  beaucoup 
de  terrain,  et  on  peut  le  considérer  comine  une  innovation  lexi- 
cale de  la  vallée  de  la  Haute-Moselle. 

Ortie  L. 

Tandis  q^ue  les  deux  vallées,  le  Val-d'Ajol  et  même  le  témoin 
b  de  Remiremont  disent  «  ortie  »  comme  le  français,  11  a,  c, 
13-15  emploient  êokà,  également  attesté  à  Uriménil,  cf.  choquant 
Haillant,  et  à  Arches  (ar^  d'Epinal),  point  67  de  VAL.  En  outre 
il  faut  en  rapprocher  de  nombreux  mots  des  parlers  lorrains,  qui 
contiennent  le  même  radical  avec  des  suffixes  différents  et  dont 
plusieurs  ont  été  croisés  avec  «  chardon  »,  cf.  AL.  c.  951,  Hor- 
ning  p.  121,  Adam  p.  3  54  et  p.  2^0;  d'après  une  communica- 
tion de  Thiriat  à  M.  Haillant,  Saint-Amé  connaîtrait  aussi  chaii- 
qucsse  pour  désigner  une  variété  d'ortie,  Urtica  dioka,  mais  le 
témoignage  de  Thiriat  est  quelque  peu  suspect,  car  il  est  origi- 
naire de  Cleurie,  village  voisin  de  Saint-Amé.  Toutes  ces  formes 
doivent  être  rattachées  à  un  verbe  régional,  à  Uriménil  choqué, 
brûler  légèrement  et  accidentellement  soit  par  le  feu,  soit  par  les 
orties,  à  la  Bresse  choqua,  brûler,  et  dans  le  domaine  de  mon 
enquête  se  iokà  5  a,  d,  19  c,  -^-  8'  c,  9,  -c  14  b,  se.  ^bkc  français 
populaire,  d'où  dérive  p.  ex,  chôquessc,  brûlure  par  le  feu,  par 
les  orties,  etc.,  Flingre.  C'est  avec  raison  que  M.  Haillant  consi- 
dère chôquaul,  ortie,  comme  un  dérivé  du  v.  choqué.  Ce  verbe 
lui-même  est  inséparable  et,  à  mon  avis,  dérive  à  son  tour  de 
l'interjection  ۙk,  ۉk  usuelle  dans  les  parlers  lorrains,  que  Oral, 
d'après  Horning,  Z.,  XVIII,  p.  215,  considère  comme  d'origine 
alémanique,    mais  pour   lequel    je    n'ai    trouvé    aucun    étynion 


—  293    - 

satislaisant  dans  l'ouvrage  de  Martin,  cf.  choque,  interj.,  exprime 
la  surprise  ou  la  douleur,  surtout  par  l'effet  de  feu,  Hingre,  qui 
aurait  dû  ajouter  qu'elle  s'emploie  aussi  quand  on  se  pique  aux 
orties,  comme  je  l'ai  souvent  entendu  dans  le  français  populaire 
de  la  région.  M.  Morning,  loc.  cilato,  a  proposé  d'une  façon  ana- 
logue de  voir  dans  cette  interjection  l'origine  du  lorrain  cJioqite, 
ortie,  mais  sans  indiquer  l'intermédiaire  du  verbe.  De  toute 
façon,  il  est  douteux  que  le  français  choquer  ait  quelque  rapport 
avec  cette  série  de  mots . 

Orvet  L. 

On  sait  combien  les  formes  qui  désignent  l'orvet  dans  les  par- 
1ers  gallo-romans  sont  obscures.  SW  éiyn\o\'\  an  g  uiU  a  que  M.  ML., 
EW.  46  r,  admet  pour  le  lorrain  (jï)àvœ  est  acceptable,  il  est  clair 
que  cette  forme  et  celles  de  notre  région  civd'  i-i  i  b,  ié-22,  oiuây 
1 1  a,  c,  -(V  II  d  ne  sont  pas  régulières  et  qu'elles  ont  subi  une 
corruption  que  j'attribue  à  «  aveugle  ».  Le  groupe  final  o-/ a  dis- 
paru en  passant  par  les  étapes  successives  gy,  d\,  y,  conformément 
aux  faits  exposés  pp.  39  et  40,  et  a  a  pu  devenir  0,  comme  on 
l'a  vu  §  )8.  Il  est  toutefois  possible,  sans  que  cela  soit  actuel- 
lement démontrable,  que  les  formes  avec  0  initial,  cf.  outre  celles 
qui  ont  été  citées  plus  haut  Ôve  12  a,  24,  25  d,  -c  12  b,  26  b, 
également  donnée  par  l'^Z,.  pour  le  Val-d'Ajol,  proviennent  d'un 
croisement  avec  quelque  représentant  du  latin  orhus,  qui  paraît 
conservé  dans  bbmvi,  bhfœvya,  ohrâvytt  des  points  78,  87  et  86 
de  VAL.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  certain  que  «  ver  »  a  modifié 
Li  deuxième  syllabe  à'ove,  dont  bvè  est  une  corruption  d'origine 
obscure;  et  cette  action  ne  surprend  pas,  quand  on  voit  les  com- 
posés nouveaux  tyâ  soyà  de  1 1  c,  14  a,  1 5  a  et  vyâ  kfiro  de  13, 
cf.  aussi  via  courô  Uriménil,  zya  hûfo  point  67  (Arches)  AL.,  le 
premier  formé  avec  le  participe  présent  de  sbye,  scier,  faucher, 
cf.  les  cartes  693  et  336,  le  deuxième  probablement  avec  un 
dérivé  de  «  courir  »  au  moyen  du  suffixe  0  ==  fr.  auâ  ;  et  si  les 
formes  des  points  78,  87  et  86  de  VAL.  contiennent  bien  le  latin 
orhus,  cet  adjectif  a  été  de  mènie  renforcé  avec  le  substantif 
«  ver  ».  Enfin  il  est  notable  que  toutes  les  formes  que  M.  ML. 
propose  de    rattacher  au  féminin  angnilla   sont  masculines,  et  ce 


—  294  — 

changement  de  genre  est  vraisemblablement  dû  aussi  à  l'influence 
de  «  ver  ».  kolyev  de  i  b  est  certainement  une  inexactitude,  bien 
que  d'autres  régions  emploient  un  dérivé  de  «  couleuvre  »  au 
sens  d'orvet,  d.  kolrvrc  et  lîorvùle  des  points  59,68  et  69  de  Y  AL. 

Oseille    c.  537. 

Nous  avons  déjà  parlé  plusieurs  fois,  pp.  132,  133  et  236,  des 
formes  variées  et  difficiles  qui  sont  usitées  dans  nos  parlers.  nîjoJ, 
v.â'jol,  -ho!  des  points  i,  21,  22  sont  particulièrement  obscures  ; 
faut-il  supposer  qu'elles  proviennent,  par  métathèse,  des 
voyelles,  de  formes  ancierines  analogues  à  y///7  de  Remiremont,  et 
qu'elles  ont  été  modifiées  ensuite  par  najol,  noix  c.  527,  qui 
serait  également  la  source  du  ;/  initial  des  formes  dérivées  luvjlôl, 
etc.  ?  On  pourrait  du  moins  être  tenté  de  l'admettre,  quand  on 
voit  la  véritable  confusion  de  mots  attestée  par  lurjol  de  Ventron 
et  la  Bresse. 

Papillon  c.  551. 

L'origine  du  mot  qui  apparaît  sous  les  deux  formes  hlble  et 
î'ûblè,  cette  dernière  seulement  à  Vagny,  m'est  inconnue;  mais 
s'est  évidemment  à  l'influence  de  ce  mot  que  «  papillon  ■>  doit 
ses  deux  b  dans  bôhyà  du  point  13,  forme  très  répandue  dans  la 
région  d'Épinal,  d.  bobyon  Uriménil  et  Adam,  p.  355.  Quant  à 
phnrd  du  V^al-d'Ajol  où  VAL.  a  également  recueilli  povhv,  c'est 
une  forme  issue  du  croisement  d'un  représentant  régulier  de 
papilionc,  tel  que /'tWQ'ô  du  point  25,  avec  le  verbe  «  virer  »  ou 
le  dérivé  ovird,  tarière,  dont  nous  reparlerons  plus  loin. 

Paroi   c.  554. 

Outre  les  deux  types  «  paroi  »  et  «  dalle  »,  ce  dernier 
(.mprunté  au  français,  et  dont  le  genre  masculin  a  été  expliqué 
p.  228,  les  mots  féminins  Ici  des  points  18  et  19,  Uhr  et  tçiir-  des 
points  4-6  et  18  sont  des  dérivés  du  verbe  «  tisser  »,  dont  le 
sens  provient  de  ce  que  les  parois  sont  souvent  faites  avec  un 
entrelacement,  une  "  tissure  »  de  lattes. 

Pêcher  c.  558. 

Ce  verbe  présente  partout  une  voyelle  hétéroclite  û,  qui  est 
due  au  croisement  de  «  pêcher  »  avec  piifô  1-8',  11  a,  c,  -'-  12, 
-ç-  9-1 1  b,  13-22,  poisson  L.,  dont  Vfi  s'est  développé  au  con- 
traire régulièrement. 


—  295  — 

Pc  lure  c.  564. 

A  côté  des  formes  difficiles  de  la  partie  la  plus  reculée  des  deux 
vallées,  qui  ont  été  traitées  plus  haut  p.  270  sq.,  pelœ^,  pu-,  pÔ-de 
Faire  8-1 1,  n-i8  et  les  formes  du  même  type  fréquentes  dans 
les  parlers  vosgicns,  cf.  polctichc  Uriménil  et  la  carte  pelure  de 
VAL.,  soulèvent  également  un  problème  embarrassant.  Il  semble 
en  efiet  qu'on  ne  puisse  pas  les  séparer  du  fr.  éplucher,  probable- 
ment issu  de  l'ancien  îx.peluchier,  et  d'autres  formes  romanes,  citées 
par  ML.,  EW.  1506  pilûccaie.  A  ne  considérer  que  nos  formes 
lorraines,  on  pourrait  y  voir  des  dérivés  du  v.  peler  avec  le  suf- 
fixe Ucca,  et  un  étymon  *pihlcca  serait  satisfaisant  pour  expliquer 
les  nombreux  verbes  recueillis  par  M.  ML.  ;  mais  il  est  curieux 
qu'en  a.  fr.  et  ailleurs  il  ne  signale  que  des  verbes,  si  bien  que 
le  substantif  attesté  par  nos  parlers  devrait  être  plutôt  un  postver- 
bal issu  d'un  verbe  disparu  et  correspondant  à  l'a  fr.  peluchier. 

Pendant  c.  565. 

La  formation  particulière  et  récente  de  la  préposition  française 
pendant  explique  que  nos  parlers,  sauf  en  cas  d'emprunt, 
expriment  la  même  idée  par  des  mots  tout  autres.  Beaucoup  de 
témoins  emploient  simplement  «  dans  »,  2  hàiipiueddà,  c'est-à-dire 
«  par  dedans  »  (pivedà  de  1 1  b,  c  est  un  croisement  du  patois 
et  du  fr.  pendant,  car  «  dans»,  se  dit  de  à  Remiremont)  ; 
«  parmi  »,  qui  se  trouve  à  la  fois  au  point  13  et  dans  l'aire  lé- 
22,  existe  peut-être  dans  les  localités  intermédiaires,  mais  même 
au  sens  propre  je  ne  l'ai  recueilli  dans  la  vallée  de  la  Haute-Moselle 
que  chez  le  témoin  2  c  sous  la  forme  perme,  aussi  il  est  peu 
probable  qu'il  v  ait  jamais  eu  le  sens  de  pendant;  drthb  de  10- 
15,  donné  aussi  par  17  b  en  réponse  à  [«  Vers  le  matin  »],  et 
dràho  de  9  sont  au  propre  l'adverbe  de  lieu  «  droit  haut  »,  qui 
signifie  Là-haut,  cf.  la  c.  435.  Malgré  l'emploi  qu'en  ont  fait  les 
témoins  et  les  indications  de  Haillant  drbhaut,  dràbais,  drbhaiit  ç  ci, 
-clai,  par-ci,  par-là,  parmi,  à  travers,  ici  et  là,  le  long  de,  çàetlà. 
Essai,  p.  41 5,  ces  adverbes,  pris  comme  prépositions,  expriment, 
la  direction  plutôt  que  la  durée  et  correspondent  au  fr.  vers  plu- 
tôt qu'au  fr.  pendant.  Cette  extension  d'emploi  paraît  du  reste 
être  localisée  dans  le  voisinage  de   Remiremont  ;  je    ne  l'ai  pas 


—    2^6   

observée  dans  les  parties  reculées  des  deux  vallées,  et  Hingre  ne 
la  connaît  pas  non  plus, 

Peureux  c.  574,  Timide  c.  749. 

De  même  que  «  douter  »  s'emploie  au  sens  d'avoir  peur  dans 
tous  nos  parlers,  sauf  peut-être  au  Wil-d'Ajol  où  du  moins 
je  ne  l'ai  pas  recueilli,  cf.  peur  L.,  la  plupart  des  témoins  ont 
dit  «  il  doute  »  ou  «  un  qui  doute,  un  homme  qui  d...  »,  en 
réponse  à  la  phrase  française  [«  C'est  un  peureux  »].  Le  verbe 
c  douter  »  a  donné  naissance  à  l'adjectif  Jo///,  qui,  d'après  la  con- 
figuration des  aires,  doit  exister  partout  où  «  douter  »  est  usité, 
cf.  pour  la  Bresse  dôlile  WingVQ .  Cet  adjectif  est  relativement 
ancien,  s'il  provient  de  l'a.  fr.  âoutil,  du  reste  peu  usuel  ;  et  le 
maintien  du  /  final  pourrait  être  attribué  à  la  propagation  de  la 
forme  féminine;  en  tout  cas  il  est  d'une  formation  exceptionnelle 
dans  nos  parlers,  et  l'on  sait  que  le  suffixe  latin  lUs  n'a  produit 
en  français  que  le  suffixe  emprunté  ile,  cf.  D.  G.,  Introd., 
§  242.  Cependant,  en  dehors  de  formes  adaptées  du  français 
peureux,  quelques  points  emploient  encore  un  adjectif  issu  du 
représentant  régulier  de  pavore  pevrœ  et  -u  2,pivevrn  etpourn  11, 
14,  çpevrœ  19,  khpèvreu  la  Bresse,  cf.  aussi  povronx  Uriménil, 
dont  le  suffixe  a  probablement  subi  l'influence  du  français, 
comme  on  l'a  vu  p.  232.  La  consonne  initiale  des  formes 
usitées  à  Saulxures  et  à  la  Bresse  est  due  à  un  croisement  avec 
(ï)çpàvbtà,  épouvanter  ;  le  Val-d'Ajol  a  môme  tiré  un  adjectif 
ïdvaiû,  peureux,  de  la  forme  locale  de  ce  verbe,  et  dont  on 
peut  rapprocher  hwàtû  du  point  23.  Quant  k  k'wf'l  du  point  5, 
l'origine  m'en  est  inconnue. 

Peut-être  c.  575. 

En  dehors  de  l'expression  française  empruntée,  nos  parlers 
présentent  deux  mots  régionaux  sto,  employé  partout  sauf  aux 
points  12  et  13,  et  qui  se  retrouve  ailleurs  sous  cette  forme  ou 
d'autres  peu  difl^érentes,  et.  Horning  p.  120',  Adam  p.  219,  et 
stepide.  13,  -a  12,  usité  également  dans  d'autres  localités  lorraines, 
cf.  Adam,  loc.  ciî.,et  s'tè  poét  Haillant.  Au  point  de  vue  étymo- 

I.  La  référence,  Rom.,  15,5  138,  que  donne  M.  H.  est  erronée,  sans  qu'il 
m'ait  été  possible  de  la  rectifier. 


—  297  — 

logique,  stô  est  simplement  un  composé  formé  de  «  si  tôt  »,  et 
qui  a  pris  naissance  avec  le  sens  de  peut-être  dans  des  phrases 
telles  que  «  il  viendra  si  tôt  qu'il  pourra  ».  Quant  à  stï'pivc, 
etc.,  c'est  un  surcomposé  de  slo  au  moyen  des  mots  «  à  point  « 
et  avec  une  contraction  qui  a  fait  disparaître  la  voyelle  o.  Dans 
Taire  même  où  sto  est  usuellement  employé  seul,  on  le  renforce 
souvent  aussi  avec  «  bien,  encore  bien  »,  comme  on  le  voit 
aux  N.  E.  de  la   carte  et  Hingre,  Monogr.,  p.    107. 

Piège  c.  577. 

Les  réponses  variées  faites  à  la  phrase  de  sens  nettement 
défini  [«  j'ai  pris  un  oiseau  au  piège  »],  comparées  à  celles  que 
j'ai  obtenues  en  demandant  les  noms  des  diverses  sortes  de 
pièges,  montrent  que,  si  les  mots  employés  ont  été  étymologique- 
ment  destinés  à  la  désignation  de  pièges  différents,  la  plupart 
des  témoins  n'en  connaissent  plus  l'exacte  signification.  Sans 
doute  certains  mots  gardent  une  valeur  bien  précise  ;  le  «  lacet  » 
reste  réservé  aux  oiseaux,  sre,  qui  est  un  substantif  dérivé 
du  verbe  correspondant  au  fr.  sérancer,  ne  désigne  pour  5  a 
qu'une  espèce  de  brosse  à  pointes  pour  prendre  les  taupes  ;  mais 
rsô  et  rsà,  formes  adaptées  du  fr.  ressort,  désignent  à  la  fois  les 
pièges  à  oiseaux  et  à  renards,  fàl  et  fol,  issus  de  l'alémanique  cor- 
respondant à  l'ail,  falle,  cf.  Martin,  I,  105,  ont  été  appliqués  à 
ceux-ci  et  en  outre  à  la  souricière.  22  a  a  hh  sans  doute  une 
impropriété  personnelle  en  employant  retœr  au  sens  de  piège 
à  oiseaux,  mais  ivejohrr  i  c,  2  c,  5  c,  d,  6  b,  vïj-  5  a,  f,  inh-  9,  17  a, 
boj-  lia  (forme  corrompue  d'après /70/0/,  espèce  de  panier,  11  a) 
ont  dû  désigner  primitivement  un  piège  à  putois  ;  ces  formes 
semblent  en  effet  devoir  être  rapprochées  de  vïjœ,  putois  c. 
623,  de  l'aire  23-26;  cf.  ainsi  plus  loin  ce  mot. 

Pinson  c.  580,  Bouvreuil  Z.,  Pivert  L. 

Si,  dans  la  plupart  des  localités,  on  emploie  actuellement 
le  mot  français  plus  ou  moins  assimilé,  il  reste  assez  de  formes 
anciennes  pour  se  représenter  la  variété  de  l'état  antérieur,  ^ûâ 
de  1-8,  21,  -hrà  de  I9,-A'r(^de  2  sont,  avec  des  suffixes  différents, 
des  dérivés  du  simple  chi  que  Hingre  signale  au  sens  de  pinson, 
outre  chicran,  id.,  et  chicré,  petit   pinson,  et  qu'il  considère  avec 


—  298  — 

raison  comme  «  une  onomatopée  prise  de  son  cri  simple  ».  Le 
Val-d'Ajoi  est  seul  à  employer  dave  que  VAL.  y  a  également 
recueilli  :  ce  mot  me  paraît  être  le  même  que  dayè  relevé  par 
Hingre  à  la  Bresse  au  sens  de  crieur  public,  lieutenant  du  maire, 
crieur  d'encan,  qu'on  a  appliqué  par  plaisanterie  au  pinson. 
Hingre  ajoute  qu'on  francise  ilaxc  en  dovcn  ;  et  en  effet  dâxe  du 
\'al-d'Ajol  et  davè  de  la  Bresse  correspondent  phonétiquement 
au  tr.  doyen.  Mais  ce  mot  n'a  pu  prendre  le  sens  de  crieur 
public  que  par  un  croisement  avec  un  ancien  dérivé  du  v. 
dailler,  aujourd'hui  disparu  de  notre  région,  mais  encore  vivant 
dans  quelque  parlers  lorrains  au  sens  de  quereller,  etc.,  et  issu 
lui-même  de  daculh,  cf.  ML.,  EIV.  2458.  J'ignore  quelle  est  la 
valeur  exacte  de /)îÀv7  t  pràde  i  b,  2  c,  que  i  b  a  également  employé 
pour  le  pivert  ;  i  a,  b,  2  c  ont  d'autre  part  désigné  le  bouvreuil 
par  pïkâ  d  moten  et  2  c  a  bien  précisé  que  c'est  un  mot  équiva- 
lent à  ^ro  hok.  plliâ  est  en  tout  cas  un  dérivé  de  «  pic  »,  et 
l'application  de  ce  dérivé  au  bouvreuil  montre  que  nos  parlers 
confondent  aisément  les  noms  de  ces  espèces  d'oiseaux.  A  plus 
forte  raison  comprend-on  que  le  bouvreuil  soit  le  plus  souvent 
appelé  «  pivoine  »  ou  «  gros-bec  ».  Quant  à  kàmfi  de  2  b,  c'est 
un  terme  nouveau  usité  surtout  dans  les  parlers  franc-comtois. 
Le  pivert,  dont  je  n'ai  recueilli  le  nom  que  dans  quelques  loca- 
lités, est  ordinairement  désigné  par  le  composé  «  bèque-bois  », 
refait  en  big  ho  d'après  btk,  bec,  de  la  vallée  de  la  Haute- 
Moselle,  et  dont  pïk  bo  de  2  b  est  une  corruption  probablement 
individuelle.  Ce  composé  a  fait  reculer  un  terme  plus  ancien 
ccpive  2\  a,  indiqué  par  erreur  par  18,  19  a  au  sens  d'épervier, 
d.  aussi  «  khpîué,  pivert,...  bec-bois  »  Hingre,  et  qui  correspond 
à  l'a.  (r.espoil<Z  frunc  spebt,  d.  Schwan-Behrens,  §  5  a-,  etc. 

Il  n'est  pas  surprenant  que  plusieurs  témoins  aient  commis 
de  véritables  erreurs:  c'est  ainsi  que  5  a  a  donné  le  nom  du  cul- 
blanc  pour  le  pinson,  que  4  a,  6  a  ont  donné  celui  d'une  espèce 
de  pinson  ^1kà  d  moten,  cf.  chi  de  nwntaùi,  pinson  d'Ardennes, 
Hingre,  et  3  a,  1 1  b  celui  de  pivert  bog  bo  pour  le  bouvreuil  ;  et 
il  en  est  probablement  de  même  d'etnrnœy,  bouvreuil,  de  13  b. 
Mais  bfibû,  bouvreuil  de  15   a  et  ûéàk,  pivert,  du  iils  de  i  b  ne 


—  299  — 

peuvent  pas  être  interprétés,  parce  que  leur  origine  est  obscure, 
et  qu'ils  nom  été  indiqués  que  par  un  seul  témoin. 

Pleurer  L. 

A  côté  de  «  braire  »  qui  est  usité  partout,  hrâr  i-ii,  15-22, 
hrer  12  a,  «  bêler  «  qui  n'a  été  employé  que  par  quelques 
témoins,  biuelà  2  b,  c,'5  c,  7  b,  -e  i(S,  hwi'lè  Hingre,  kunln  12  a- 
cst  certainement  dû  à  un  développement  de  sens  analogue,  mais 
postérieur.  Toutefois  l'emploi  que  nos  parlers  en  font  également 
au  sens  de  beugler  ne  permet  pas  de  reconnaître  la  filiation 
exacte  des  sens,  ainsi  quon  l'a  vu  p.  2)). 

Pomme  de  terre   c.  595. 

La  variété  de  termes  qui  désignent  la  pomme  de  terre  est 
particulièrement  remarquable  ;  car,  en  raison  de  la  date  récente 
à»  laquelle  cette  plante  a  été  introduite,  elle  nous  montre  d'une 
façon  bien  nette  que  l'activité  lexicale  de  nos  parlers  et  leur  ten- 
dance à  se  différencier  sont  très  vivaces  à  une  époque  voisine  de 
la  nôtre.  L'aire  1-7  et  les  points  ir,  14,  15  disent  «  potume  de 
terre  »  probablement  adapté  du  français  ;  mais  dans  pôm  e  lyer  de 
l'aire  r-7,  la  préposition  c  =:  fr.  à  s'est  substituée  à  ce  qui  res- 
tait de  la  préposition  de,_  à  la  suite  de  l'assimilation  du  d  étudiée 
p.  127;  Taire  7-12  emploie  un  diminutif  de  poire  «  poirette  », 
la  vallée  de  la  Moselotte,  sauf  20  et  21,  et  le  point  adjacent  15 
ifipî  qui  représente  la  première  partie  du  topinambour,  enfin  20  et 
21  disent  kinot.  Nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  signaler  l'origine 
étrangère  de  cette  forme  p.  146  ;  il  est  même  curieux  que  nos 
parlers  n'aient  pas  adapté  le  suffixe.  Il  faut  ajouter  ici  que  krnot 
a  dû  être  emprunté  avec  le  sens  de  pomme  et  qu'il  a  été  appli- 
qué à  la  pomme  de  terre  dans  nos  parlers  ;  car  d'une  part,  dans 
la  région  d'où  il  provient,  la  pomme  de  terre  se  dit  «  pommette 
de  terre  »,  et  d'autre  part  Hingre  traduit  keniôte  par  pomme  et 
ajoute:  «  on  dit  plutôt  pème  ».  Pour  la  dissimilation  de  p  en  k, 
cf.  p.  130. 

Poulailler  c.    601. 

Deux  mots  se  partagent  notre  domaine,  dérivés  avec  le  suf- 
fixe ter,  l'un  de  «  chapon  »,  l'autre  de  «  poule  ».  pôle  de  l'aire 
3,  4,  6,  7  est  probablement  dû  à  une  substitution  de  suffixe. 


—  30<^  — 

il  est  vrai  assez  surprenante,  d.  p.  233  ;  mais  une  contami- 
nation par  «  poulain  »  n'est  pas  vraisemblable,  puisque  ce 
dernier  mot  ne  présente  dans  nos  parlers  aucun  sens  compa- 
rable à  ceux  qu'il  a  dans  les  lanj^ages  techniques  du  français. 
Il  semble  bien  que  «  poulier  »,  déjà  attesté  en  ancien  fran- 
çais, soit  antérieur  à  «  chapon ier  »  ;  mais  tous  deux  sont 
importés  dans  notre  région,  puisque  poule  ne  s'y  dit  encore 
aujourd'hui  que  •<  geline  ",  d.  notre  carte  602,  et  que  «  chapon  » 
n'y  existe  pas.  Dans  quelques  localités  ils  sont  encore  en  rivalité, 
cf.  les  points  5,  19,  21,22  et  de  même  à  Uriménil  chopounèye  et 
polèye  ;  mais  «  chaponier  »  tend  à  remporter  dans  la  vallée  de  la 
Moselotte  et  la  partie  reculée  de  la  Haute-xMoselle,  tandis  que 
«  poulier  "  au  contraire  a  éliminé  son  concurrent  dans  le  reste 
du  domaine. 

Printemps,  cf.  Automne. 

Puer   c.  620. 

«  Flairer  »,  bien  qu'employé  encore  dans  toutes  les  localités, 
est  fortement  battu  en  brèche  par  des  verbes  signifiant  sentir,  et 
le  plus  souvent  jomts  à  l'adjectif  prisadverbalement  «  méchant  » 
avec  le  sens  régional  de  mauvais.  Ce  deuxième  terme  est  rare- 
ment absent  ;  cependant  j'ai  relevé  set  au  point  8'  et  fonià  au  point 
6,  de  même  13  a  a  indiqué  £ome  au  sens  de  sentir  bon,  cf. 
aussi  goût  L.  ;  c'est  de  h  même  façon  que  «  flairer  »  du  sens 
propre  de  dégager  une  odeur  a  abouti  à  celui  de  puer.  En  ce  qui 
concerne  le  verbe  lui-même,  outre  «  sentir  »,  nos  parlers  pré- 
sentent deux  types,  dont  l'un,  peu  usité,  d.  ^iiiikr  tiieau  puer,  16, 
€)niki'  le  hue  go,  sentir  bon,  14,  khmiquè  Hingre,  s' inique  et 
cJjtniquè  Haillant,  est  manifestement  l'allemand  schmecken,  mais 
dont  l'autre,  éomà  1-8,  19,  20,  f-  8-10,  cf.  aussi  chôma,  Hingre, 
chommè,  flairer,  le  Tholv,  Adam  p.  240,  est  d'origine  inconnue. 

Pu  tois  c.  623. 

M.  Horning  a  expliqué,  Zeitschriff,  XVIII,  230,  par  un  cty- 
mon  *vissio,  avec  une  substitution  de  suffixe  ',  de  nombreuses 
formes  lorraines  du    mot   que  présentent    nos  parlers.    Si   cette 

I.  C'est  sans  doute  par  suite  d"une  faute  d'impression  qu'il  y  est  dit  que  le 
suffixe  0  correspond  au  tV.  arJ,  au  lieu  du  l'r.  iiial. 


—  301  — 

explication  est  satisfaisante,  on  peut  cependant  contester  que  le  p 
initial  des  formes  telles  que  /xo  de  13,  14  soit  dû  à  une  sorte 
d'assimilation  ;  je  l'attribuerais  plutôt  à  un  croisement  avec  le 
français  putois,  de  même  que  p'sey^  p'si,  vessie,  cité  à  l'appui,  peut 
être  explique  par  un  croisement  avec  «  pisser  ».  Déplus  iM.  II. 
n'a  pas  prêté  attention  aux  formes  qui  contiennent  un  /  dans  la 
première  syllabe  comme  lùco  du  Val-d'Ajol,  bien  qu'il  cite 
d'après  Adam  vissau  de  Lay-Saint-Remy  (Meurthe-et-Moselle) 
et  qu'il  ait  connu  vichan  de  Blénod-lès-Toul  indiqué  par  Haillant 
s.  V.  p'hho'.  Or  cet  /  se  retrouve  dans  un  mot  désignant  le  putois 
et  usité  dans  les  parlers  franc -comtois,  cf.  w/œ  23-26  de  notre 
carte,  viegeu  Plancher-les-Mines,  et  nous  avons  vu  plus  haut, 
p.  297,  que  les  parlers  de  notre  domaine  vosgien  possèdent  au 
sens  de  piège  un  mot  qui  paraît  dérivé  de  ce  même  mot. 
C'est  probablement  la  rencontre  des  deux  mots  désignant  le 
putois  qui  a  donné  naissance  à  une  forme  hybride  vtco  au  Val- 
d'Ajol  ;  mais  nous  manquons  de  renseignements  pour  assurer 
que  cette  explication  convient  aussi  à  vissau,  vichaii  cités  plus 
haut.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'existence  du  dérivé  au  sens  de  piège 
dans  les  parlers  de  l'aire  1-22  invite  à  conclure  que  le  mot  repré- 
senté par/^o,  etc.  est  étranger  dans  cette  région  et  s'est  substitué 
à  un  mot  antérieur  correspondant  à  vijœ  des  parlers  franc-com- 
tois. Quant  à  l'origine  de  ces  mots,  elle  n'est  pas  certaine  :  il 
semble  bien  qu'on  doive  les  rapprocher  de  celui  qui  désigne  la 
buse  àMontbéliard  età  La  Franche-Montagne,  w/nV^»  Contcjean, 
II,  p.  ^^6,  et  vui~d  Grannnont.  M.  G.  a  proposé  un  étymon 
*zuis-eolu  avec  le  radical  du  vha.  wisala,  mha.  wiscl,  belette,  qui 
aura  été  appliqué  à  la  buse,  parce  que  ces  deux  animaux  sont  des 
bctes  aux  poules...  Cette  hypothèse  est  très  vraisemblable  en  ce  qui 
concerne  l'origine  du  radical,  mais  la  formation  avec  un  suffixe 
eolwii  est  fort  douteuse;  elle  ne  convient  ni  à  -vïjœ  de  23-26  ni 
à  viegeu  de  Plancher-les-Mines  ;  et  si  le  mot  a  voyagé,  il  est 
actuellement  impossible  de  reconnaître  quel  a  été  son  point  de 
départ.  Il  faut  donc  se  contenter  de  dire  que  ces  différentes  formes 

I .  fichau  que  M.  Haillant   signale   d'après  Godefroy  n'existe  que  dans  un 
lexique  français-flamand,  dont  j'ignore  la  valeur. 


—    302   — 

se  rattachent  à  l'ail,  luiesel,  peut-être  par  l'intermédiaire  de  l'alé- 
manique wiselc,  d.  Martin,  II,  869,  avec  diverses  substitutions 
de  suffixe. 

Queu.x    c.  631. 

L'ancien  type  «  queux  »  a  fait  partout  place  à  des  expressions 
nouvelles,  toutes  d'une  origine  très  claire.  Toute  l'aire  1-16 
emploie  un  diminutif  féminin  en  etk  qui  doit  son  genre  à  pierre 
et  son  radical  à  «  aiguiser  »,  cf.  la  carte  12;  Hingre  donne  éga- 
lement pour  la  Bresse  raivhate  (et  en  outre  raivhasse  ;)  mais  on 
remarquera  que  ce  substantif  n'est  sans  concurrent  que  dans  Taire 
9-16.  Dans  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  on  emploie  les  expres- 
sions «  pierre  à  aiguiser  »  et  «  pierre  de  (rarement  à)  faux  »,  dont 
la  dernière  est  prépondérante  dans  la  vallée  de  la  Moselotte;  on 
comprend  que  dans  certaines  circonstances  «  pierre  »  puisse 
même  suffire,  et  que  18  se  soit  contenté  de  ce  mot.  Quant  à 
reflàt  de  22  b,  cf.  raiflate,  petite  pierre  à  aiguiser,  Hingre,  dérivé 
de  «raffiler»,  c'est  probablement  une  erreur;  mais  dans  d'autres 
localités  vosgiennes,  la  forme  correspondante  tend  à  désigner  la 
pierre  à  aiguiser  la  h\i\,  comme  on  peut  le  voir  par  la  carte  de 
VAL. 

Regarder  c.  640  et  6^1. 

L'origine  germanique  des  deux  verbes  employés  dans  notre 
domaine  est  bien  connue  :  en  effet  l'un  correspond  au  fr.  épier  < 
a.  11.  ail.  spehon,  l'autre  est  un  composé  au  moyen  du  préfixe  ;r  du 
type  fr.  i^netter  -<  wactare,  dérivé  de  l'a.  h.  ail.  u'abtc.  Le  simple  de 
ce  deuxième  verbe  n'est  plus  attesté  que  par  quelques  traces  :  Hingre 
indiques.  V  mi^//V  qu'on  dit  aussi,  mais  rarement,  •îx'cVîV,  et  je  n'ai 
personnellement  relevé  que  l'impératif  luei  chez  le  témoin  2  a,  mais 
qui  est  très  usuel  dans  le  français  populaire  du  Thillot  et  de  la 
région.  «  Épier  »  est  particulièrement  usité  dans  la  valléede  la  Mose- 
lotte où  je  n'ai  même  pas  recueilli  «  reguetter  »  dans  l'aire  19- 
22,  mïis  rén et! c'  de  Hingre  prouve  qu'il  n'en  est  pas  totalement 
disparu  ;  dans  le  reste  du  domaine,  «épier  »  n'.ipparait  plus  que 
dans  la  partie  reculée  de  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  et  encore 
y  est-il  en  ctmcurrence  avec  «  reguetter  »,  qui  semble  seul 
connu  aujourd'hui  de  l'aire  9-17.   En  somme,  la  lutte  des  deux 


—  303  — 

verbes  «  épier  «  et  «  reguetter  »  n';i  été  tavorable  au  premier  que 
dans  la  petite  aire  19-22,  et  on  peut  même  douter  qu'elle  se  soit 
produite  loin  de  notre  domaine,  car  Adam  qui  donne,  p.  367,  de 
nombreuses  formes  de  «  reguetter  «  nan  donne  aucune  «  d'épier», 
que  VAL.  n'indique  qu'aux  points  voisins  76,  78,  85  et  88. 

Retour  de  la  fête  c.  654. 

«  Retour  ",  qui  est  usité  partout,  ne  se  présente  sous  une 
torme  régulière  rlô,  riwo  que  dans  les  localités  2-3.  Partout  ail- 
leurs ce  mot  a  subi  diverses  modifications  dues  à  un  croisement 
avec  des  mots  de  sens  voisin  :  le  k  de  rko  ir,  14,  15,  rhuo  r,  6- 
19,  rkwà  19,  22  provient  sans  doute  de  «  coup  »,  que  nos  par- 
1ers  emploient,  comme  le  français,  au  sens  de  fois,  et  rkiuà  doit 
en  outre  sa  voyelle  à  à  l'influence  de  /vi,  encore,  c.  291. 

Ronronner,  d.  Miauler. 

Rouet    c.  668. 

Des  deux  mots  qui  se  partagent  notre  domaine,  lurô  i-io, 
12,  -b  ir,  13-15,  -à  16-19  correspond  au  fr.  tonrel,  cryât  de  l'aire 
20-22  (l'emploi  de  cette  forme  par  le  témoin  5  a  est  un  fait  indi- 
viduel) est  un  diminutif  de  «  roue  »  avec  le  suffixe  «  eite  »,  et 
un  /'  provenant  de  l'article,  d.  p.  116.  «  Touret  »  paraît  être 
le  terme  le  plus  répandu  dans  les  parlers  lorrains,  d.  totirot 
Uriménil  et  Adam  p.  368;  «  rouette  »,  que  je  n'ai  pas  relevé  dans 
d'autres  localités  vosgiennes,  est  au  contraire  très  fréquent  en 
Franche-Comté,  d.  (f)ryôl  23-2),  rjolte  s.  v°  riot  Plancher-les- 
Mines,  rityotte,  n'yoltc  Montbéliard,  etc.  Il  est  possible  que  les 
deux  aires  séparées  20-22  et  23-23  aient  été  rejointes  autrefois 
et  que  lûro  ait  récemment  envahi  la  vallée  de  la  Haute-Moselle; 
mais  cette  hypothèse  n'est  pas  nécessaire,  car  «  rouette  »  est  un 
dérivé  qui  a  pu  aisément  être  créé  dans  deux  aires  indépendantes. 

Rucher  c.  671. 

Il  est  clair  quapiariii  ne  peut  pas  être  le  prototype  d'où  seraient 
issues  régulièrement  t^t',  -ex,  à:;e.  de  notre  domaine,  non  plus  que 
les  formes  analogues  avec  ;  qui  se  retrouvent  fréquemment  en 
Franche-Comté  et  plus  rarement  en  Lorraine,  d.  la  carte  rucher 
àtVAL.  M.  ML.  considère  f/^.  525  eiyeàt  Montbéliard  (cette 
transcription    d'«/V    de    Contejean    est  fautive,    au    lieu     à'eif) 


—  304  — 

comme  dérivé  d'un  représentant  disparu  d\ïpis  ;  mais  l'existence 
d'apiariu  est  encore  attesté  dans  quelques  parlers  orientaux,  cf. 
epl  point  69  de  VAL.  et  eipi  le  Tholy  Adam  p.  369;  c'est  pour- 
quoi il  est  plus  exact  d'admettre  qu'^-^  etc.  représentent  apiarin 
modifié  par  l'ancien  pluriel  es  •<  apcs,  -  étant  la  prononciation 
de  la  consonne  finale  devant  voyelle.  Toutes  ces  formes  i\i\  etc. 
sont  d'un  grand  intérêt  pour  l'histoire  des  mots  désignant 
l'abeille,  parce  qu'elles  témoignent  indirectement  que  les  parlers 
lorrains  et  franc-comtois,  qui  emploient  ces  formes  et  où  l'abeille 
se  dit  aujourd'hui  «  mouchette  »,  cf.  notre  carte  4  et  la  carte 
abeille  de  VAL.,  ont  possédé  autrefois  des  représentants  d'apis. 

Sable  c.  672,  Savon  c.  690. 

sàvro,  sable,  de  l'aire  17-22  doit  être  rapproché  d'autres 
formes  lorraines  telles  que  sâvrâ  77,  sàvûrq  76,  sovho  78  AL., 
.wt^Mn')  Aubure  (Alsace)  Horning,  p.  120,  qui  paraissent  avoir  pour 
prototype  a  sablon  »,  mieux  conservé,  réserve  faite  du  suffixe, 
dans  5(w/fl  86  AL.  et  par  métathèse.fo/'x'(5  Rumbach  (Alsace)  Hor- 
ning, id.  La  conservation  de  vl  issu  régulièrement  de  hJ,  cf. 
p.  148  sq.,  au  point  86  paraît  anormale;  mais  cette  question  ne 
pourrait  être  résolue  ou  du  moins  traitée  que  par  l'examen  des 
parlers  voisins  dont  j'ai  une  connaissance  insuffisante,  et  il  en 
est  dj  même  de  la  vovelle  finale  0  qui  peut  être  due  à  une  sub- 
stitution du  suffixe  ou  à  un  fait  de  dénasalisaiion.  Quoi  qu'il  en 
soit,  la  terminaison  de  «  sablon  »  a  été,  dans  la  plupart  des 
parlers,  remplacée  par  une  autre  plus  usuelle  avec  r,  et  en 
outre  une  voyelle  de  liaison  s'est  développée  entre  vtir,  confor- 
mément à  ce  que  nous  avons  vu  p.  115. 

Mais,  si  sàvro  de  l'aire  17-22  s'explique  bien  comme  nous 
venons  de  le  proposer,  les  modifications  que  nous  avons 
admises  n'ont  pas  pu  se  produire  dans  cette  aire  même  et  cette 
forme  doit  être  considérée  comme  empruntée  aux  parlers  voisins. 
En  effet,  l'aire  17-22  emploie  au  sens  de  savon  une  lorme 
sMyyà  qui  provient  du  croisement  de  «  savon  »  avec  une  forme 
de  «  sablon  ».  probablement  adaptée  du  français,  étant  donné 
le  traitement  du  groupe  bl,  mais  qui,  en  tout  cas,  n'était  pas 
sàvro.   Or,  comme  les  parlers    voisins   ne   connaissent  pas  cette 


—  305  — 

forme  croisée,  il  en  résulte  qu'elle  a  pris  naissance  dans  la  région 
même  où  elle  est  usitée  et  que  d'autre  part  sàvrô  a  été  emprunté 
postérieurement  et  en  raison  de  l'emploi  de  sobyà  au  sens  de 
savon.  Quant  au  croisement  de  «  sablon  »  et  de  «  savon  »,  il  est 
dû  à  l'eniploi  du  sablon  pour  récurer  les  casseroles,  etc. 

Sabot  c.  673,  Soulier  c.  721,  Sabotier  c.  674. 

(<  Sabot  «et  ><  soulier"  doivent  être  étudiés  ensemble,  car  les 
modifications  que  «  soulier  »  présente  dans  la  vallée  de  laMose- 
lotteont  été  causées  parcelles  que  «  sabot  »  présente  dans  la  même 
région.  La  vallée  de  la  Moselotte  emploie  dans  les  localités  19- 
22  pour  sabot  une  îormt  sàdbo  et  partout  pour  soulier  une  forme 
sàtkœ,  dont  la  deuxième  partie  équivaut  manifestement  au  fr. 
((  de  bois  »,  «  de  cuir  »;  et  le  point  17  dit  en  outre  solà  d  bo, 
solâ  I  hP,  qui  correspondent  clairement  au  français  «  soulier  de 
bois  »,  soulier  de  cuir  ».  Ce  deuxième  type  de  reformation  de 
«  sabot  »  et  de  '<  soulier  »  se  présente  dans  un  certain  nombre 
de  parlers  vosgiens,  qui  sont  situés  au  Nord  de  la  vallée  de  la 
Moselotte,  cf.  Horning  p.  120,  Adam  pp.  369  et  370,  AL. 
c.  1177  et  1252.  Or,  si  l'on  remarque  que  tous  ces  parlers  se 
trouvent  aux  confins  des  parlers  alémaniques,  qui  désignent  le 
sabot  par  des  formes  correspondant  à  l'allemand  hol^schuh,  cf. 
Martin,  II,  ^02,  on  en  conclura  que  c'est  sur  le  modèle  de  ce 
mot  qu'ils  ont  créé  «  soulier  de  bois  »,  qui  a  entraîné  à  sa  suite 
«  soulier  de  cuir  ».  Toutefois  l'interprétation  de  sàdbo,  sàtkœ  de 
la  vallée  de  la  Moselotte  n'est  pas  absolument  sûre  :  il  est,  en 
effet,  probable  que  ce  sont  des  formes  plus  récentes,  et  que 
«  soulier  de  bois  »  a  été  ramené  sous  l'influence  du  français 
sabot  à  sàdbo,  sur  lequel  sàtkœ  a  été  refait  à  son  tour,  et  l'indica- 
tion du  témoin  17  f  que  solà  d  bo  est  une  forme  vieillie  corro- 
bore cette  explication.  Mais  il  n'est  pas  impossible  que  sàdbo 
n'ait  pas  été  précédé  par  «  soulier  de  bois  »  et  qu'il  soit  né 
directement  du  croisement  de  «  sabot  »  et  de  holischub. 

La  reformation  de  v  sabot  »  en   «  soulier  de  bois  »   a  atteint 
par  contre-coup  «  sabotier  »,  dont  le  suffixe  ye  des  deux  vallées 
montre  cependant  qu'il  a  été  emprunté  assez  récemment  au  fran- 
Le.s  parlers  des  Vosges  méridionales.  20 


—  3^6  — 

çais.  En  effet  sàJbotyc,  sel-,  sôlbotèyde  l'aire  8-10,  14-22  proviennent 
d'un  croisement  de  «  sabotier  »  avec  «  soulier  de  bois  »,  qui  a 
donné  naissance  à  une  forme  telle  que  solbôtye,  attestée  à  Gérard- 
mer,  ainsi  qu'un  patoisant  de  cette  localité  me  l'a  indiqué; 
puis  cette  forme  s'est  répandue  dans  nos  parlers  bien  au  delà  de 
l'aire  où  «  sabot  »  est  devenu  «  soulier  de  bois  »,  en  se  croisant 
à  son  tour  avec  la  forme  locale  de  «  sabotier  ». 

Sale,  cf.  vilain. 

Sauterelle  c.  686. 

Partout  où  le  français  sauterelle  n'a  pas  pénétré,  nos  parlers 
disent  «  bouc  de  foin  »,  dont  «  bouc  »  de  12  et  «  bouc  de  pré  » 
de  25  sont  de  légères  variantes,  et  dont  on  peut  rapprocher  bdk 
du  point  25  (Joncherey,  territoire  de  Belfort)  de  VAL.  Le  terme 
ancien  qui  correspond  au  français  archaïque  sautereau  et  qui  est 
très  usité  dans  les  parlers  orientaux,  cf.  la  carte  sauterelle  de 
VAL.,  n'est  plus  attesté  dans  notre  domaine  que  par  sotre  du 
Val-d'Ajol.  La  disparition  de  ce  type  et  la  création  d'une  nou- 
velle expression  proviennent  vraisemblablement  de  l'existence 
du  mot  de  prononciation  très  voisine  sotre  qui  signifie  esprit  fol- 
let, cauchemar,  cf.  ces  mots  dans  mon  Lexique  français-patois  et 
sotré  Haillant.  Quelle  que  soit  l'origine  de  ce  mot,  et  même  s'il 
n'est  pas  dérivé  du  v.  saltare  mais  du  type  sot,  cf.  ML. ,  EW.  7551, 
etHorning,  t.  XVIII,  p.  228,  ce  qui  paraît  appuyé  par  la  différence 
de  la  quantité  de  la  voyelle  0,  il  semble  bien  que  nos  parlers 
aient  créé  «bouc  de  foin  )>  pour  éviter  une  ressemblance  gênante; 
peut-être  aussi  la  crainte  superstitieuse  du  sotre  et  des  idées 
qu'il  évoque  a-t-elle  contribué 'à  foire  changer  le  nom  de  l'inoffen- 
sive  sauterelle. 

Scier  c.  693,  Scieur  L.,  Sciure  c.  694. 

Si  l'allemand  sàgen  s'est  substitué,  par  l'intermédiaire  des  par- 
lers alémaniques,  dans  la  majorité  de  nos  parlers  à  «  scier  »,  ce 
n'est  pas  pour  supprimer  la  concurrence  des  deux  sens  scier  et 
faucher,  dont  l'aire  11-15  s'accommode  fort  bien,  cf.  la  c.  33e. 
Cet  emprunt  provient  réellement  de  ce  que  le  travail  de  la  scierie 
a  été  à  un  moment  donné  fait  surtout  par  des  hommes  d'origine 
alémanique,  comme  le  montre  le  terme  qui  signifie  le  scieur  de 


—  307  — 

profession  travaillant  dans  les  scieries,  et  qui,  partout,  même 
dans  Taire  ir-15,  est  issu  de  l'ail,  siiggr:  sôgcr  1-8',  20-22,  se- 
9,  16-19,  soi^àr  II,  13,  14,  15,  -'!!  10  c,  sâgâr  fr.  populaire  de 
l'arrond.  de  Remiremont.  D'autre  part,  l'interpénétation  despar- 
1ers  apparaît  dans  la  coexistence  de  sogâ,  scier,  et  seger,  scieur,  au 
point  9,  et  surtout  par  la  présence  de  sogiir  sciure,  dérivé  de 
sogà,  non  seulement  dans  la  vallée  de  la  Haute-Moselle,  mais 
au  point  17  et  dans  toute  l'aire  11-15.  Les  autres  termes  qui 
signifient  sciure  sont  obscures:  ce  sont  f ni  des  localités  9,  10, 
16-22,  que  d'autres  parlers  lorrains  emploient  aussi  soit  seul, 
soit  en  combinaison  avec  «  de  scie  »,  et  dont  fni  d  sey,  «  fruit 
de  scie  »,  cf.  Horning,  p.  m,  paraît  une  modification  secon- 
daire, et  pey  ou  pey  de  sey  de  l'aire  1-7,  qui,  bien  que  francisé 
fréquemment  en  pay  de.  st,  ne  peut  pas  provenir  directement 
de  «  paille  »,  mais  cache  peut-être  une  adaptation  maladroite 
de  l'ail,  sàgespdne. 

Sentier  c.  704. 

sevré  des  points  17  et  18  est  une  forme  curieuse,  qui  n'a  été 
signalée  nulle  part  et  qui,  outre  une  substitution  du  suffixe, 
doit  sa  première  syllabe  à  un  croisement  de  «  sentier  »  avec  le 
verbe  «  suivre  »,  cf.  les  cartes  731  et  732. 

Siffler,  -et  c.  710. 

Nous  avons  déjà  eu  l'occasion  pp.  17,  29  et  143  de  traiter  des 
deux  types  verbaux  usités  dans  notre  domaine.  Il  suffira  d'indi- 
quer ici  que  le  type  le  plus  ancien  est  Çœle,  cantonné  aujour- 
d'hui dans  les  localités  19,  21,  22,  et  qu'il  recule  devant  le  verbe 
plus  récemment  adapté  de  l'a.  fr.  fJaûler  ou  dufr.  moderne jïûter, 
qui  occupe  des  maintenant  sans  concurrent  l'aire  1-18  ;  il  est 
probable  qu'au  point  20,  bien  que  je  n'y  aie  recueilli  que  fnfe, 
les  deux  types  sont  en  rivalité  comme  au  point   19. 

Quant  aux  termes  désignant  le  sifflet,  ils  ne  comportent  pas 
d'observation  particulière;  car  leurs  aires  se  superposent  exacte- 
ment sur  celles  des  verbes  dont  ils  dérivent. 

Son  L. 

Des  deux  formes  usitées  dans  notre  domaine,  Tune,  grâ^  qui 
occupe  l'aire  i-ii  a,  b,  13,  15,  provient,  comme  l'a.  k.  gru,  du 

.* 


—  3o8  — 

germanique  o-;-///,  cf.  ML.,  EPF.  5897.  L'autre,  krœ,  des  locali- 
tés 12,  16-22  se  retrouve  sous  des  formes  très  voisines  dans  des 
parlers  lorrains  et  franc-comtois,  d.  d\mc  part  krê  Voivres 
(Vosges)  58  AL.,  crée  la  Pontro3'e  (Alsace)  Horning,  p.  m, 
et  d'autre  part  krœ  23-26  de  ma  carte,  creû  masc.  Châtenois, 
créa  id.  Montbéliard,  etc.  Toutes  ces  formes  sont  dues  au  croi- 
sement de  gni  avec  des  formes  dialectales  de  l'allemand  grûl^e, 
cf.  en  particulier  Martin,  I,  287.  C'est  ainsi  que  s'expliquent  le 
genre  masculin  attesté  dans  plusieurs  parlers  franc-comtois  et  que 
Hingre  signale  également,  et  d'autre  part  la  disparition  de  la  con- 
sonne finale.  Au  contraire  creufse,  fémin.,  des  Fourgs,  comme 
kn'ils,  kiïrts  de  la  Suisse  Romande,  qui  n'ont  pas  subi  ce  croise- 
ment, rappellent  mieux  la  forme  germanique  d'où  ils  sont  issus, 
cf.  ML.,  loc.  cit. 

Soupière,  cf.  Casserole. 

Sourd  c.  724. 

^ftt  de  Rémi  remont,  ancien  féminin  employé  également  au 
masculin,  et  dont  le  t  provient  de  l'assourdissement  régulier  de  la 
sonore  finale,  est  le  seul  témoin  direct  du  latin  cxsurdus,  cf.  ML., 
EIV.  3079;  mais  quelqueslocalités  emploient  encore  un  dérivé  en 
e  de  ce  type,  eède.  2,  €Û-  6,  7,  ç-  13-15,  cf.  aussi  khoudêWmgrQ  ; 
en  outre  j'ai  relevé  au  Ménil  un  verbe  emlà,  assourdir,  dont  le 
t  n'a  cependant  pas  la  même  origine  que  celui  de  eut,  mais  est 
probablement  dû  au  croisement  avec  le  représentant  du  fr.  ^/.f-co- 
ter,  d.  aissctUi\ïmg^t,hârt  14  b,  enrager  L.  Si  le  dérivé  de 
l'ancien  adjectif  issu  d'exsiirdiis  survit  encore  en  quelques  points, 
cf.  aussi  hboiidé  Uriménil,  il  est  fortement  battu  en  brèche  par 
une  expression  composée  cil,  elle  ouït  dur»,  que  nous  avons 
recueillie  dans  la  plupart  des  localités  et  que  ÏAL.  donne 
pour  les  points  68  et  86  du  département  des  Vosges. 

Su  r  c.  733. 

La  préposition  de  beaucoup  la  plus  répandue  au  sens ^de  sur,  .s// 
i-ii,  13-16,  fit  5,  ni  12,  çn  20-22,  a  la  même  origine  que  le  fr. 
sus.  Cependant  nous  avons  déjà  eu  l'occasion,  p.  125,  de  signaler 
d:(ûr  de  points  5,  6,  qui  est  composé  du  représentant  de  l'a.  fr. 
soure  <  supra,  et  il  est  en  outre  attesté  indirectement  par  çu  des 


—  309  — 

points  17-19,  qui  est  issu  d'un  croisement  de  ce  type  avec  çù. 
Hingre  donne  également  hhou,  mais  en  ajoutant  qu'on  dit  plus 
souvent  khu,  et  cette  forme  ne  paraît  pas  exister  loin  de  notre 
domaine,  cf.  Adam  p.  20^. 

Sureau  c.  734. 

Si  la  plupart  des  localités  ont  des  formes  régulièrement  issues 
de  sahncHS,  seyû  de  5  a,  qui  est  peut-être  propre  à  ce  témoin, 
doit  sa  voyelle  iinale  à  une  substitution  d'origine  obscure,  et 
sih-  de  19,  20,  qui  ne  paraît  pas  exister  ailleurs  sous  cette  forme 
ni  sous  une  forme  analogue,  ne  me  semble  explicable  que  par 
une  véritable  confusion  qui  a  substitué  sar,  suie  L.,  au  terme 
qui  désignait  le  sureau  et  qui  était  sA  ou  sœy. 

Tarière  c.  741. 

La  forme,  le  genre  et  la  localisation  des  représentants  de 
«  tarière  »  prouvent  que  nous  avons  affaire  à  un  mot  très  ancien. 
Des  mots  plus  récents  le  repoussent,  si  bien  que,  dans  la  carte 
del'^Z,.,  «  tarière  »  a  peu  déformes  dans  la  région  vosgienne. 
Le  concurrent  le  plus  puissant  dans  notre  domaine  est  los  qui 
est  probablement  le  fr.  Josse  emprunté.  Un  autre  mot,  qui  se 
présente  sous  des  formes  diverses  â'vyo  8',  9,  10,  ir,  13-15,  /- 
12,  Ô-  8,  parlers  voisins  de  Remiremont,  est  totalement  inconnu 
des  parties  reculées  des  deux  vallées  :  c'est  un  dérivé,  au  moyen 
du  suffixe  0  =  fr.  and,  d'une  forme  disparue  viy  issue  réguliè- 
rement de  viticuJa,  cf.  notre  carte  810  vrille  et  vyo,  tarière,  76 
(Gérardmer)  AL.  Partout  sauf  en  ce  dernier  point,  cf.  aussi 
Adam  p.  374,  ce  mot  a  été  allongé  par  une  voyelle  initiale, 
qui  provient  étymologiquement  de  l'article,  mais  qui  a  été  modi- 
fiée probablement  par  l'action  de  la  consonne  labiale  suivante. 
Enfin,  un  quatrième  mot  esta  peine  attesté  dans  notre  domaine  : 
ov"ir~o  de  12  est  la  forme  locale,  cf.  pour  le  traitement  de  l'ini- 
tiale p.  24,  correspondant  aux  formes  franc-comtoises  ôvïro,  à- 
de  23-26,  et  représente  un  dérivé  du  v.  «  virer  »,  identique  pour 
la  torme  au  fr.  environ.  Ce  mot  est  particulièrement  usité  dans 
les  parlers  de  la  Franche-Comté,  cf.  la  carte  tarière  de  VAL., 
et  c'est  de  là  qu'il  tend  à  pénétrer  dans  notre  région  et  que  pro- 
vient la  forme  adaptée  àvïrà  de  14  a.  L'observation  de  ce  témoin 


^10   — 

quàz'lro  est  le  mot  français  correspondant  au  patois  lôs  et  l'indi- 
cation de  Haillant  qui  traduit  envio  «  environ  (en  italiques  dans 
l'ouvrage  de  H.),  tarière  «  montrent  que  ce  mot  s'est  introduit 
parla  voie  du  français  populaire. 

Tartine  c.  742. 

Les  localités  i,  2,  8,  8',  10,  13-16  disent  tôt  =  fr.  tourte. 
Toute  la  vallée  de  la  Moselotte  se  sert  d'un  terme  bâyàt,  qui  se 
retrouve,  sous  la  forme  bâyot,  dans  Taire  3-7.  La  localisation  de 
ce  terme  prouve  que  c'est  une  innovation  postérieure  à  tôt  : 
c'est  en  effet  le  dérivé  d'un  verbe  hàye,  faire  une  tartine,  2  c,  5 
de  salir  p.  ex.  un  mur  8  d,  flatter,  faire  de  vilaines  plaisanteries 
2  c,  cf.  tartine  L.,  baillé,  tartiner,  étendre  (un  corps  gras).,., 
—  faire  des  plaisanteries  méchantes,  —  se  frotter  près  de  quel- 
qu'un pour  le  gagner,  Hingre,  baï,  gâcher,  le  Tholy,  Adam 
p.  230,  Ce  verbe  a  donné  en  outre  naissance  cà  un  adjectif  bâyû, 
glissant^  gluant,  cf.  la  c.  390,  bâïoiix,  gluant,  bourbeux,  glissant, 
le  Tholy,  Adam  id.;  mais  l'origine  m'en  est  inconnue.  Un  troi- 
sième mot  râtî,  qui  correspond  au  fr.  rôtie,  n'apparaît  qu'au 
Val-d'Ajol,  qui  se  sépare  des  parlers  vosgiens  pour  se  joindre, 
comme  il  le  fait  si  souvent,  avec  ceux  de  la  Franche-Comté. 

Taupinière   c.  744. 

bfisœ  de  1-7,  15,  -sy(t'  de  8-10,  h/isôde  11- 13  dérivent,  avec  les 
suffixes  d'=  fr.  oir  et  0=  fr.  et,  d'un  verbe  que  j'ai  recueilli  sous 
les  formes  bûsâ  et  bnsye,  croître  c.  235  et  pousser  L.,  et  qu'on 
retrouve  dans  de  nombreux  parlers  orientaux,  cf.  Horning 
p.  106,  busâ  La  Franche-Montagne,  boussai  Châtenois,  etc.  Ce 
verbe  correspond  au  fr.  pousser  avec  un  /;  hétérogène,  dû  à  un 
croisement  avec  un  verbe  de  sens  voisin,  tel  que  «  bourrer  »,  cî. 
borà  24,  pousser  quelqu'un,  s.  v.  pousser  L.,  ou  bœrye  5  à,  ba- 
il f,  même  sens,  id.,  dérivé  de  bœr,  barre,  cf.  p.  246.  Les  loca- 
lités 18-22  disent  uûtrà,  -e,  uiiitre,  qui  sont  inséparables  des 
formes  franc-comtoises  ;n?//;/t',  -î  23-26,  et  de  uuvitriî^ncïe,  taupi- 
nière, Allain  (Meurthe-et-Moselle),  Adam  p.  272,  toutes  formes 
dérivées  de  «  motte  »,  cf.  à  la  Franche-Montagne  mut,  taupi- 
nière, fourmilière  et  ML.,  El'V.  5702.  Mais  la  voyelle  //  de 
tnûtre,  d'où  est  issu  î  de  mitre,  -â,  provient  d'un  croisement  avec 


—  311  — 

«  butte  ».  Il  faut  en  outre  noter  le  suffixe  e  =  fr.  at  de  iiiûlre, 
nûtre,  peu  usuel  en  dehors  des  noms  d'animaux,  cf.  plus  haut 
s.  V.    oiselet. 

Timide,  cf.  Peureux. 

Timon  L. 

Dans  la  plupart  des  localités  où  j'ai  recueilli  ce  mot,  il  se  pré- 
sente sous  une  forme  lyhiio,  dont  la  première  syllabe  est  attri- 
buable  à  une  modification  causée  par  la  forme  verbale  tyè,  tye  = 
fr.  tiens,  tient. 

Tisonner    c.  751. 

A  côté  des  diflerentes  formes  du  verbe  fr.  récemment  adapté 
ronuer,  qui  couvre  aujourd'hui  presque  tout  le  domaine  et  de 
retlje  du  point  5,  composé  d'  «  attiser  »,  il  subsiste  encore 
quelques  traces  d'un  état  ancien  curieux.  «  Fourgonner  »,  dont  le 
point  25  présente  une  forme  régulière /t^'^^?,  cf.  ^uss'i  fourguenai 
Montbéliard  et  feurgnénè  Uriménil,  s'est  trouvé  en  concurrence 
dans  notre  domaine  avec  «  barguigner  »  qui,  du  sens  d'hésiter, 
tâtonner,  est  passé  à  celui  de  fouiller,  farfouiller,  puis  par  plai- 
santerie à  celui  de  fourgonner;  ce  développement  de  sens  était 
facilité  par  celui  de  fourgonner,  qui  s'emploie  en  français  au  sens 
de  fouiller,  d.  aussi  ferguénê,  tâter,  chercher,  fourgonner,  Hingre. 
De  cette  concurrence  est  résultée  une  contamination  réciproque, 
si  bien  que  seul  berghje  de  2,  5  peut  passer  pour  une  forme  régu- 
lière. Mais /'^r^^nè  de  2,  5,8',  14,  19,  indiqué  en  outre  par  2  c  et 
19  c  au  sens  de  farfouiller  comme  bergéne  de  11  a,  cf.  aussi  ber- 
guénè,  v.  a.  et  n.,  tatiller,  tâter,  essayer  à  petits  coups;  fourgon- 
ner, Hingre,  doit  sa  terminaison  ne  à  <<  fourgonner  »  ;  et  d'autre 
part  brâ'gnâ  de  12  représente  «  fourgonner  »  avec  b  de  «  bargui- 
gner »,  tandis  que  fergàne  de  8'  (avec  un  a  d'origine  obscure)  et 
ferguénè  de  la  Bresse  ne  doivent  à  ce  croisement  que  la 
voyelle  de  la  syllabe  initiale.  De  même  à  Uriménil  beurguénè, 
ne  pas  travailler  sérieusement,  passer  d'une  affaire  à  une  autre 
sans  rien  terminer  ou  parfaire  ',  est  refait  sur  feurgnénè.  La 
contamination  des    deux  verbes  est  telle  qu'en  plusieurs    points 

I.  L'indication  du  sens  n'est  pas  complète,  ce  mme  il  ressort  du  dérivé  te»?- 
guénottu,  perche  à  four,   ...  tout  objet  servant  à  beurouénè. 


—  312  — 

une  seule  forme  subsiste  avec  les  divers  sens  :  c'est  le  cas  de  2,  5, 

19  ;  l'emploi  de  bèrghje  à  l'inhnitif  et  de  bcrghi  à  l'indicatif  par  5 
d  au  sens  de  travaillotter  représente  une  bien  faible  trace  de  l'état 
ancien  ;  si  'à  la  Bresse  il  existe  deux  formes  berguénè  et  /-,  la 
différence  des  sens  est  infime,  et  Hingre  indique  simplement  que 
/-  est  péjoratif. 

Toit  à  porcs  c.  753. 

ràdi&io,  II,  15-20,  22  et  mîde  12-14,  ly^^iui  doit  son  â  ini- 
tial à  l'article,  comme  on  l'a  vu  p.  116,  proviennent  de  l'ancien 
haut-ail.  rail,  cf.  ML. ,EIF.  4205.  Ce  mot  a  été  éliminé  dans  l'aire 
1-9  par  un  terme  nouveau  bitrôl,  diminLitif  d'un  simple  bur  <C 
germ. biir ML.,  EÏF.  i}9j,  qui  a  disparu  de  notre  aire  vosgienne, 
mais  qui  subsiste  dans  les  parlers  franc-comtois  et  s'emploie  au 
sens  d'ètable,  cf.  la  c.  313,  et  même,  mais  rarement,  au  sens  de 
toit  à  porcs,  d'après  la  réponse  de  26  b.  p-woé  de  19  correspond 
au  fr.  porche  et  désigne  d'après  2  c  l'entrée  de  la  grande  porte  de  la 
grange  ;  c'est  de  ce  mot  que  dérive  piUre,  seul  mot  actuellement 
usité  à  Ventron.  L'application  de  «  porche  »  au  toit  à  porcs  pro- 
vient sans  doute  d'une  plaisanterie,  quia  été  favorisée  par  la  res- 
semblance de  pzc'0,^//f^,  porc,  pourceau. 

Tonnerre  L. 

Il  suffit  ici  de  renvoyer  aux  pp.  11  et  219  où  nous  avons  déjà 
eu  l'occasion  de  traiter  ce  mot  et  de  dire  que  partout,  sauf  au 
point   12,  il  est  refait  dans  sa  syllabe  radicale  sur  «  tonner  ». 

Toujours   c.  759. 

A  côté  de  «  toujours  »  usité  dans  l'aire  i-ié,  nos  parlers 
emploient  dans  l'aire  17-22  un  mot  tôhue  que  M.  Horning,  §  56, 
a  expliqué  exactement  par  a  loiil  +  coi  »  <C*qiietn  :  ce  type  se 
retrouve  dans  quelques  parlers  placés  au  nord  de  la  vallée  de  la 
Moselotte,  cf.  Adam  p.  216,  AL.  c.   13 18.  Quant  à  tohmct  de 

20  a,  il  suffit  ce  le  rapprocher  du  fr.  à  tout  jamais. 
Traîneau,  cf.  Glissant. 

Trayon  c.  764. 

Nous  avons  admis,  p.  107,  avec  M.  Horning  que  pu'èsi?  usité 
dans  la  majorité  des  localités  est  un  dérivé  d'une  forme  non 
attestée  issue  de /?^r///5.  Ce  mot  est,  en  quelques  poinis,  battu  en 


—  313  — 

brèche  par  un  mot  qui  dérive,  avec  différents  suffixes,  de  «  tette  », 
tt'tâ  12,  Util  2,  II,  13,  14,  lHù  2,  4,  6,  7,  et  qui  doit  son  ï  au 
langage  enfiintin,  ci.  aussi  à  Uriménil  tita,  téton,  tétin. 

Trembler    c.   766. 

grfilà  des  localités  i_,  2,  4,  5,  26,  que  l'aire  1-7  emploie  aussi 
au  sens  de  gauler  des  noix,  se  rattache  au  moy.  haut  ixW.  griuwel, 
cf.  ML.,  EÎV.  3877.  Mais  si  l'on  compare  les  {ormesgrulè  Uri- 
ménil, grillai  Châtenois,  grilla  La  Franche-Montagne,  etc.,  l'^de 
^^/■27/(/ paraît  être  postérieur  et  dû  à  un  croisenient  avec  o'my' :=  fr. 
grouiller,  employé  au  sens  de  trembler  par  8  b,  cf.  aussi  groilyé, 
V.  n.,  grouiller...  grelotter;  d'où  ègroûyé,  tout  saisi  de  froid  et 
grelottant,  Hingre.Le  verbe  représenté  partrhtmlâ  9,  10,  IrÔiii-iile 
II,  13-I),  tràumlà  12  existe  également  dans  la  vallée  de  la  Mose- 
lotte,  bien  que  le  fr.  récemment  adapté  «  trembler  »  y  soit  devenu 
prépondérant  ;  en  effet  Haillant,  s.  v,  troiiiotilè,  cite  terinola,  trem- 
bler de  frayeur,  deVentron,et  Hingre,  s.  v.guérmôla,  signale  éga- 
lement/t'r;/w/^z;  il  est  en  outre  assez  répandu  dans  les  parlers  lor- 
rains d'après  Horning  §  175  et  la  carte  trembler  de  VAL.  C'est 
sans  doute  par  inadvertance  que  M.  Horning  a  considéré  les 
formes  qu'il  a  recueillies  comme  issues  régulièrement  du  latin  tre- 
iiiitlare.  S'il  est  vraisemblable  que  la  première  syllabe  de  ce  verbe 
est  due  à  «  trembler  «,  ce  n'est  que  par  suite  d'un  croisement  avec 
un  verbe  qui  se  rattache  à  l'ancien  haut-ail.  griiii,  cf.  ML.,  EPF. 
3867,  et  qui  actuellement  se  présente  surtout  au  sens  de  grom- 
meler :  griinôla,  v.a.,  gourmander  sourdement  et  plus  ou  moins 
longtemps.  V.  n.,  grommeler,  Hingre^  griinoiilé,  -ôlè,  murmu- 
rer, grommeler,  Haillant,  qui  cite  aussi  griiiiokr  de  Dompaire 
d'après  Adam,  cr/v;//ci/^,  id.,  2  c.  Mais  la  Bresse  possède  en  outre 
une  forme  giiénnôla,  probablement  récente  et  issue  par  croise- 
ment de  griinôla  et  de  ténnola,  qui  a  non  seulement  le  sens  de 
grommeler,  mais  celui  de  trembler,  faire  trembler,  plus  proche 
du  sens  primitif  disparu  trembler  décolère. 

Trém  ie  L. 

On  a  vu  p.  76  que  dans  plusieurs  localités  ce  mot  a  été  modi- 
fié par  «  meule  »,  et  p.  234  qu'ailleurs  il  a  subi  une  substitution 
du  suffixe  :  il  suffit  de  renvoyer  à  ces  pages. 


—  314  — 

Truelle  c.  770. 

eÇtrûel  de  16  et  eçterwt'I  de  17-22  doivent  leur  initiale  cç  à  un 
croisement  avec  le  verbe  (e^terivâ  dont  nous  avons  parlé  s.  v. 
fumier,  croisement  comparable  à  celui  qui  a  donné  naissance  à 
ehgoter,  cf.  gouttière,  ydcrwel  que  M.  Horning  a  recueilli  à 
Fouday  (Alsace),  avec  son  d  surprenant,  présente  une  initiale 
de  même  origine. 

Vacher,  cf.  Berger  c.96. 

Ainsi  qu'on  l'a  vu  p.  xv  Introduction  de  mon  Atlas,  il  eût  été 
plus  exact  de  mettre  en  exergue  vacher  que  berger,  et  en  tout 
cas  il  eût  mieux  valu  se  servir  dans  le  questionnaire  du  mot 
vacher.  Quoi  qu'il  en  soit,  on  remarquera  que  dans  les  aires  i- 
7,  17-22  «  vacher  »  se  présente  avec  un  lu  initial  qui  ne  peut  pas 
s'être  développé  phonétiquement,  mais  qui  provient  du  verbe 
«  garder  »,  cf.  la  c.  374.  Ce  croisement,  qui  ne  paraît  pas 
exister  en  dehors  de  notre  domaine  et  n'a  en  tout  cas  été  signalé 
nulle  part,  est  peut-être  attesté  dès  le  Moyen  Age  dans  Girars  de 
Pont  di:{  li  wachiers  NAL.  2531,  83  b. 

Veiller  c.  779. 

A  «  veiller  »  usité  partout,  y  compris  selon  toute  vraisemblance 
à  la  Bresse,  bien  que  je  ne  l'y  aie  pas  recueilli,  les  localités  19, 
21,  22  tendent  à  substituer  le  v.  Ifirye,  qui  signifie  au  propre  aller 
à  la  veillée  et  dérive  du  substantif  bien  connu  et  attesté  dans  tout 
notre  domaine  l-iir  i-io,  l-fir  11-22,  veillée,  soirée  en  société. 
L'origine  en  est  contestée,  M.  Horning  ayant  proposé  comme 
étymon  Incubriim  en  partant  du  sens  soirée  en  compagnie  et 
M.  Behrens  opéra  en  prenant  pour  base  le  sens  travail  qu'on  fait 
pendant  ces  veillées,  cf.  ML.,  EIV.  5 151.  En  l'absence  de  textes 
anciens,  qui  permettent  d'établir  la  succession  des  sens,  ce  pro- 
blème reste  actuellement  insoluble.  Mais,  quoi  qu'il  en  soit,  on 
doit  noter  ici  que  la  substitution  du  verbe  issu  de/wràcc  veiller» 
est  rare  en  dehors  de  notre  domaine;  il  est  difficile  de  foire  état 
de  loure,  louri  veillée,  veiller,  le  Tholy,  Adam,  p.  267,  mais 
dans  d'autres  parlers  on  voit  nettement  par  les  indications  des 
lexiques  qu'il  n'a  encore  que  le  sens  d'aller  à  la  veillée,  d.  p.  ex. 
lourié,  aller  aux  lonres,  veillées,  Uriménil,  lôvraî,  veiller  en  veil- 
lée (.^/V),  Chàtcnois,  etc. 


—  315  — 

Vilain  c.  792. 

En  réponse  à  ce  mot,  j'ai  obtenu,  outre  le  français  vilain,  deux 
adjectifs  très  répandus  dans  les  parlers  orientaux  pâ  <C  pulidus, 
cf.  Horning  §  117,  et  îvet,  qui  signifie  plus  exactement  sale 
comme  la  plupart  des  témoins  l'ont  indiqué,  cf.  aussi  Adam  saie 
p.  369,  Haillant  uwtte,  Hormnu,  tact  p.  122,  et  parait  inconnu, 
en  dehors  des  parlers  lorrains:  je  ne  l'ai  pas  recueilli  dans 
l'aire  23-26  de  la  Haute-Saône,  et,  sauf  erreur,  il  ne  se  trouve 
pas  dans  les  lexiques  franc-comtois.  Quant  à  l'étymonde  ce  mot, 
c'est  à  mon  avis  l'alémanique  wiiest  =  ail.  îviist,  cf.  Martin,  II, 
876,  tandis  que  M.  Horning  se  contente  de  considérer  ce  mot 
comme  influencé  par  «  iviist  ».  Il  est  remarquable  que  nulle  part 
cet  adjectif  ne  conserve  la  spirante  qui  précède  le  /,  alors  que 
tous  les  parlers  alémaniques  la  possèdent;  il  ressort  de  ce  fait 
que,  dans  des  régions  comme  la  vallée  de  la  Moselotte,  zuet  a 
été  emprunté  à  des  parlers  voisins  tels  que  l'aire  1-15,  où  la  spi- 
rante est  régulièrement  amuïe. 

Vipère  L. 

vlper,  qui  est  une  forme  récemment  empruntée  au  français, 
est  devenue  aux  points  16  et  17  par  une  étymologie  populaire 
curieuse  vyeper,  qui  correspond  au  fr.  «  vieux  père  ».  Cette  modi- 
fication ne  peut  être  que  postérieure  au  genre  masculin  dû  à  celui 
de  serpent.  M.  Grammont  a  expliqué  d'une  façon  analogue, 
p.  132,  le  genre  masculin  de  vijiper  par  une  étymologie  popu- 
laire qui  a  vu  dans  la  deuxième  syllabe  de  ce  mot  le  mot  per, 
père.  En  effet,  dans  ce  parler,  il  ne  peut  pas  provenir  de  «  ser- 
pent »,  qui  y  est  féminin. 

Visite   c.  795. 

Nous  avons  vu  p.  234  que  le  représentant  du  latin  qtiadruviu, 
usité  dans  tout  notre  domaine  au  sens  de  visite,  réunion,  a  subi 
partout'  une  substitution  de  suffixe.  Ce  mot,  avec  des  modifica- 
tions diff"érentes,  est  particulièrement  répandu  dans  les  parlers 
lorrains,  cf.  Haillant  coaré,  Adam  couaraïe  p.  241,  et  il  a  donné 
naissance  à  un  verbe  cité  dans  mon  lexique.  Il  a  eu  aussi  un  grand 
succès  auprès  des  gens  qui  s'intéressent  aux  patois  lorrains  et  à 
qui  il  a  paru  être  un  mot  caractéristique  de  ces  parlers  ;  c'est  ainsi 


-  3i6  - 

qu'une  société  régionaliste  de  Nancy  a  pris-  le  nom  de  coiiaraU. 
Et  cependant  ce  mot  appartient  aussi,  et  avec  le  même  sens, 
aux  parlers  franc-comtois  limitrophes,  comme  le  montre  la 
carte  795,  cf.  en  outre  câreU,  causette,  Salbert,  etc.,  coreil,  Plan- 
cher-les-Mines,  d'après  Vautherin  s.  v,  câré.  D'autre  part.  Belle- 
fontaine  emploie  un  autre  terme  et  dit  «  aller  »  e  y  t'vo,  et  le 
témoin  b,  qui  a  été  seul  interrogé  sur  ce  mot,  a  affirmé  que 
haorh  est  du  parler  de  Saint-Nabord,  mais  ne  s'emploie  pas  à 
Bellefontaine .  C'est  une  innovation  qui  semble  locale,  car  je  ne 
l'ai  vu  signaler  nulle  part  ailleurs  :  l'origine  n'en  est  pas  tout  à 
fait  certaine,  toutefois  il  me  paraît  probable  que  c'est  une 
expression  formée  de  la  préposition  (^ -f"  }' <^^  liaison  (cf.  p.  37) 
-\-evo  =  fr.  aval,  qui  aura  été  créée  par  les  montagnards  descen- 
dant de  chez  eux  pour  aller  en  visite. 

§  152.  Le  parler  du  Val-d'Ajol. 

Nous  avons  vu  pp.  141  et  241  que  le  Val-d'Ajol  doit  à  la  fois 
à  sa  situation  excentrique  et  à  son  contact  plus  étroit  avec  les 
parlers  franc-comtois  un  certain  nombre  de  particularités  de  ses 
systèmes  phonétique  et  grammatical.  Ces  causes  ont  dû  naturel- 
lement agir  aussi  dans  la  constitution  du  lexique  ;  et  en  effet  on 
a  déjà  pu  en  remarquer  quelques  exemples  dans  les  pages  précé- 
dentes. Toutefois  il  convient  de  rappeler  que  notre  connaissance 
insuffisante  des  parlers  immédiatement  voisins  ne  nous  permet 
pas  de  nous  prononcer  sur  les  faits  qui  paraissent  propres  au  Val- 
d'Ajol  :  c'est  ainsi  que  iyo':(ë,  jardin,  dàye,  pinson,  emè  n  lœy,  par 
terre,  cf.  sur  cette  expression  p.  12e,  que  nous  n'avons  relevés 
qu'au  Val-d'Ajol,  existent  peut-être  aussi  dans  les  localités  envi- 
ronnantes. C'est  encore  plus  probable  de  hl,  cône  de  sapin, 
frœlàt,  copeau  de  rabot,  qui  se  retrouvent  dans  d'autres  par- 
lers lorrains  ou  franc-comtois,  d.  aussi  vlco,  s.  v.  putois  : 
à  ces  mots  étudiés  plus  haut,  on  peut  ajouter  le  mot  d'ori- 
gine obscure  lnvo€,  pétrin  L.,  usité  seulement  au  Val-d'Ajol,  à 
côté  de  ma  de  i-ii,  13-26,  mais  que  VAL.  donne  au  point  66 
(Conflans-sur-Lanterne,  Haute-Saône)  sous  la  forme  bwej,  et  qui 
a  donné  naissance,  dans  les  parlers  lorrains,  au  dérivé  désignant 
une  espèce  de  panier,  cL  c.  )5oN.  E.,  bôjot  9,  -ot  11  a,  haugeotte 


—  317  — 

Uriménil.  Miiis,  à  côte  de  ces  cas  douteux,  il  existe  un  nombre 
assez  important  de  mots  où  Le  Val-d'Ajolet  les  parlers  franc-com- 
tois (sauf  certaines  innovations  postérieures  d'un  de  ces  parlers) 
forment  une  seule  aire  lexicale,  qui  s'oppose  aux  autres  localités 
vosgiennes.  Nous  avons  déjà  parlé  de  hctd's,  baratte,  lefkii,  berge- 
ronnette, ukl,  tartine  ;  on  peut  encore  citer  oruml,  -t, 
citrouille  c.  193,  issu,  comme  gôj  de  23-26,  de  ciiciirbila,  bote 
du  Val-d'Ajol  et  de  23-26,  moyeu  L.,  dérivé  de  /;////(',  tonneau, 
ML,,  Eï'V.  1427,  comme  le  fr,  moyeu  et  niûyœ  de  i-ii,  13-22 
proviennent  de  iiiodiolu,  halo  dérivé  du  germariique  franc  skala, 
ML.,id.  7970,  qui  s'est  substitué  assez  récemment  à  un  représen- 
tant de  ((  noix  »,  ainsi  que  le  montre  uney,  noyer  c.  527, 
et  auxquels  correspondent  t^olà  et  néy'i,  nûyl  de  23-26,  enfin  le 
représentant  de  retorta  ML.,id.  j266,erwot,  rewôt  au  sens  de  lien 
de  bois  L.,  attesté  également  par  roé  des  témoins  23,  25  d  (// 
de  26  étant  une  adaptation  récente  du  français)  et  qui  a  donné 
naissance  dans  les  parlers  lorrains  à  un  dérivé  dont  on  a  parlé 
p.  32. 

§  153.  Les  emprunts  aux  parlers  alémaniques. 

Quand  on  parle  d'emprunts  aux  parlers  alémaniques,  il  faut 
naturellement  écarter  les  termes  qui  proviennent  d'emprunts 
anciens  aux  parlers  germaniques,  tels  que  les  deux  verbes 
signifiant  regarder,  le  substantif  désignant  une  espèce  de  traî- 
neau, issu  de  l'anc.  haut  ail.  slito,  ou  celui  qui  représente  l'anc. 
haut  ail.  zoefsa  au  sens  de  guêpe,  cf.  pp.  278,  280,  etc.  ;  car  ces 
emprunts  ne  sont  pas  propres  à  nos  parlers  et  sont  dus  en  tout  cas 
à  l'influence  que  les  parlers  germaniques  ont  exercée,  après  l'in- 
vasion des  barbares,  sur  les  parlers  romans.  C'est  ainsi  que 
l'emploi  de  «  mer  »  au  sens  de  lac,  cf.  mwa,  lac,  Hingre,  et 
qu'on  remarque  dans  les  noms  de  lieux,  tels  que  Gérardmer,  etc., 
s'explique  par  une  influence  très  ancienne  d'une  forme  germa- 
nique de  l'ail,  see  sur  le  latin  Niare.  Mais  si  on  laisse  de  côté 
ces  emprunts  d'origine  ancienne,  il  en  reste  un  grand  nombre 
qui  proviennent  des  parlers  de  l'Alsace,  ainsi  qu'on  a  déjà  pu 
s'en  rendre  compte  dans  les  notes  lexicales  précédentes.  Un 
pareil  fait  n'est  pas  la  conséquence  d'un  simple  rapport  de  voisi- 


-  3i8  - 

nage,  mais  d'une  importante  pénétration  de  populations  alsa- 
ciennes et  aussi  de  techniques  nouvelles  avec  leurs  termes.  Or  nous 
avons  vu  dans  l'introduction,  p.  XII,  quelle  part  revient  à  ces  popu- 
lations dans  la  colonisation  des  vallées  et  l'exploitation  des  hauts 
pâturages.  C'est  ainsi  que  le  tenancier  d'une  «  chaume  »,  qui 
élève  du  bétail  et  fabrique  des  fromages,  est  appelé  d'un  terme  issu 
d'une  forme  alémanique  correspondant  à  l'allemand  melhr\d. 
Martin,  I,  677  et  plus  haut  p.  129,  et  quia  pénétré  dans  le  français 
régional,  où  on  le  transcrit  marquaire,  nmrcaire,  cf.  Hingre  s.  v. 
tmvarqunre,  Boyé  passini.  Parmi  les  termes  concernant  la  fabrica- 
tion du  fromage  et  l'élève  du  bétail,  je  n'en  ai  pas  trouvé  dont 
j'aie  pu  établir  l'origine  alémanique.  Mais  on  a  vu  à  quel  point 
la  technique  du  bûcheronnage  et  du  travail  du  bois  est  tributaire 
des  parlers  alsaciens  ;  nous  avons  en  effet  montré  que  le  scieur 
de  profession  est  partout  désigné  et  que  la  sciure  et  l'action  de 
scier  le  sont  également  dans  la  majorité  de  nos  localités  par  des 
mots  empruntés  à  ces  parlers  p.  307,  et  que  le  traîneau  pour 
traîner  le  bois  et  le  coin  pour  le  fendre  sont  fréquemment  expri- 
més par  des  mots  de  même  origine,  pp.  278,  262.  D'autre  part, 
le  langage  de  la  vie  agricole  et  domestique  contient  aussi  un 
grand  nombre  de  termes  provenant  des  parlers  alsaciens  :  rappe- 
lons ceux  qui  ont  déjà  été  étudiés,  les  dérivés  de  l'alémanique 
kacheî  et  de  Xvr/ désignant  des  ustensiles  de  cuisine,  p.  258  sq.  ; 
ceux  du  V.  schahen  désignant  l'outil  de  tonnelier  appelé  en  Fr. 
bouvet  p.  267,  les  représentants  de  hoiii  au  sens  de  manivelle 
p.  287,  de  falle,  piège,  p.  297,  deganser,  jars,  p.  283,  les  formes 
de  «  sabot»  refaites  sur  hol:(schuh,  p.  305,  celles  de^r/i,sont  refaites 
sur  griiîie,  p.  308  et,  si  les  explications  proposées  sont  admises, 
les  dérives  de  kcni  au  sens  de  novau,  p.  291,  du  v.  schichcii  au  sens 
de  cime,  p.  262,  les  représentants  de  hajj  au  sens  de  coquille, 
p.  271.  Aces  mots  on  peut  ajouter  le  verbe  ribt'  2  a  et,  par  cor- 
ruption, ride  8'  f,  14  a,  lé  a,  19  a,  écraser  le  chanvre  avec  une 

I.  Pour  des  raisons  de  commodité,  je  cite  seulement  la  forme  de  l'alle- 
mand, quand  celui-ci  possède  le  ternie  en  question.  Du  reste  la  forme  des 
parlers  alémaniques  immédiatement  v.jisins  de  notre  région  n'est  pas  toujours 
indiquée  par  Martin, 


—  319  — 

meule  <C  reihcii,  Martin,  II,  218,  et  d'où  dérive  le  substantif  rib 
2  a  et,  par  corruption,  rui  8  a,  8'  f,  16  a,  nd^  14  a,  meule  pour 
écraser  le  chanvre,  chanvre  L,  kraé  2  c,  5  d,  f,  19  c,  22  a,  -€ 
14  b,  16  a,  17  c,  espèce  de  hotte  destinée  à  porter  le  foin,  h  otte 
L,  <,  hàie'^  M.,  I,  534,  lod  2  c,  5  d,  f,  19  a,  21  a,  22  a,  porte 
de  cave  établie  au  niveau  du  planclicr,  trappe/-.  <C  làden  M., 
I,  ^^-,  groh  2  a,  raie  derrière  les  bètes,  où  l'on  met  le  fumier, 
é  table  L.  -<,  grah  M.,  I,  266,  eof,  ÇÔf,  Çàf,  buffet  de  cui- 
sinée. 127  <C  schaft  M.,  II,  400,  nicngb  8'  b,  20  a,  arr  oche  L. 
<  viaiigold  M.,  I,  693. 

Outre  ces  mots  appartenant  à  des  langages  techniques,  il  en 
existe  même  qui  expriment  des  idées  communes,  comme  Inuôh, 
garçon,  fils,  cf.  p.  276,  €0  2  c,  8'  c,  ço  14  b,  16  a,  17  a,  19  c, 
giron  L.  <C  scboss  M.  II,  441,  l'adjectif  zcr/,  sale,  cf.  p.  315, 
celui  qui  dérive  àe  scbaben  au  sens  de  creux,  cf.  p.  267,  le  verbe 
emîke,  sentir,  cf.  p.  300,  le  verbe  holà,  -c,  tinir,  L.,  cf.  aussi  les 
cartes  348,  349,  <C  halten  M.,  I,  329,  les  représentants  de  rauschen 
et  ses  dérivés  au  sens  de  pleuvoir  averse,  averse,  cf.  p.   251. 


CONCLUSION 


La  longueur  de  ce  travail  suffit  à  montrer  à  quel  point  nos 
parlers  sont  actuellement  différenciés.  Le  nombre  des  mots  com- 
plètement homophones  est  relativement  restreint  ;  la  diversité 
des  faits  morphologiques  et  lexicaux  n'est  pas  moins  remar- 
quable que  celle  des  faits  phonétiques,  et  le  système  phonique 
lui-même  présente  de  notables  différences.  Dans  un  ensemble ^i 
touffu,  l'interprétation  est  souvent  malaisée,  et  plus  d'une  des 
explications  proposées  dans  les  pages  précédentes  n'entraînera  pas 
l'adhésion  du  lecteur.  Mais,  au  delà  des  faits  particuliers  et  mal- 
gré le  caractère  contestable  de  certains  commentaires,  il  est  pos- 
sible et  il  convient  d'essayer  de  dégager  quelques  conclusions 
d'une  portée  plus  générale. 

En  premier  lieu,  si  l'on  considère  la  répartition  actuelle  des 
faits,  on  constate  que  pas  un  centre  n'offre  un  usage  strictement 
identique  à  celui  du  voisin  :  il  est  même  fréquent  de  voir  deux 
traitements  coexister  dans  une  seule  localité,  et  parfois  davantage. 
D'autre  part,  les  relations  entre  nos  parlers  sont  trop  étroites 
pour  qu'on  y  trouve  des  lignes  de  séparation  dialectale  profondé- 
ment marquées.  Cependant  le  Val-d'Ajol  doit  à  sa  situation 
excentrique  un  nombre  appréciable  de  particularités.  En  outre, 
s'il  est  vrai  que  les  lignes  de  démarcation  des  traitements  s'entre- 
mêlent plus  souvent  qu'elles  ne  se  superposent,  il  existe  cepen- 
dant quelques  coïncidences  qui  méritent  d'être  signalées.  Un  fais- 
ceau de  plusieurs  isophones  et  isomorphes  passe  au  débouché  des 
deux  vallées  et  sépare  l'aire  i-io,  16-22  de  la  région  de  Remire- 
mont  (en  faisant  abstraction  du  \'al-d'Ajol)  :  rappelons  qu'rt 
issu  lVc,  §  44,  ne  dépasse  pas  les  deux  vallées,  qu't)  issu  d'^7  et  c  en 
syllabe  protonique  devant  /,  une  consonne  labiale  ou  une  syllabe 
contenant  une  voyelle  postérieure,  §  51,  est  confiné  à  l'aire  11, 


—    321    — 

15-15.  que  10,  :yÔl,  eux,  elles,  §  91,  //'</,  ///,  ^iit,  :^w,  leur  adj.  pos- 
sessif, §  94,  sont  propres  à  la  région  de  Remiremont  et  n'atteignent 
qu'accidentellement  le  point  16,  etc.  De  même  les  deux  vallées 
se  séparent  en  plusieurs  cas  assez  importants  :  a  des  monosyl- 
labes, §  50,  est  toujours  représenté  par  Ô  dans  l'aire  i-io  et  par  à 
dans  l'aire  16-22,  s  devant  consonne,  §  43,  ne  subsiste  que  dans 
la  vallée  de  la  Moselotte,  etc. 

Un  autre  fltit  qui  doit  être  également  signalé,  c'est  que,  con- 
trairement à  ce  qui  a  été  soutenu  par  MM.  Rousselot  et  Dauzat 
et  comme  M.  Terracher  l'a  déjà  démontré  op.  laiid.,  p.  116,  la 
répartition  ne  paraît  pas  s'être  faite  par  paroisses  et  ne  se  foit  p^s 
actuellement  par  communes  :  Thiéfosse  qui  faisait  partie  autre- 
fois de  la  paroisse  et  de  la  commune  de  Vagney  et  n'est  indé- 
pendant que  depuis  1836,  se  sépare  de  Vagney  et  traite  diffé- 
remment entre  autres  le  pronom  personnel  je  et  la  i"  personne 
de  l'indicatif  présent,  d.  §§91  et  98.  De  même  Ferdrupt,  qui  a 
été  érigé  en  commune  en  1832  et  appartenait  auparavant  cà  la 
paroisse  et  à  la  commune  de  Rupt,  s'en  distingue  notablement,  cf. 
les  traitements  de  «  bon  »  §  54,  de  «  pesant  »  et  du  représen- 
tant de  piscllu,  pois  p.  26,  de  «  chemin  »  id.,  d'«  essuj^er  », 
«  jouer  »,  «  chier  »  p.  220,  de  «  chien  »  §  57,  de  «  roue  »  §  59, 
des  articles  et  adjectifs  pronominaux  «  les,  des,  mes,  etc.  »  §§  90 
et  94,  etc.;  etMaxonchamp  qui,  aujourd'hui  encore,  n'est  qu'une 
section  de  Rupt  a  réduit  partout  à  f,  j  les  phonèmes  /,  ]  que 
Rupt  possède  encore,  cf.  §  42.  Bien  plus,  à  Remiremont,  nous 
avons  pu  noter  un  certain  nombre  de  divergences  entre  les  centres 
et  les  faubourgs,  qui  sont  antérieures  à  la  désagrégation  actuelle, 
cf.  §§  86  et  150  r°. 

Donc,  si  la  parenté  dialectale  de  nos  parlers  est  largement 
démontrée  par  un  ensemble  important  de  traits  communs,  il 
résulte  de  ce  qui  précède  qu'ils  manifestent  une  tendance  d'une 
puissante  efticacité  à  se  dissocier.  Il  est  sans  doute  remarquable 
que  les  divergences  proprement  dites,  cf.  le  chapitre  VI  de  la 
Première  Partie,  n'atteignent  que  le  vocalisme,  et  que  le  conso- 
nantisme    n'y    ait  aucune  part.  Mais  les  innovations  de    toutes 

Les  parlers  des   Vosges  méridionales. 


—  3^2  — 

sortes  sont  excessivement  nombreuses:  la  phonétique  syntactique 
et  l'analogie  s'exercent  dans  les  sens  les  plus  divers  ;  même  dans 
les  traitements  phonétiques  que  nous  avons  classés  comme  com- 
muns, d'importantes  variations  de  la  qualité  et  de  la  quantité 
vocaliques  se  sont  produites  ;  enfin  l'activité  lexicale  elle-même 
est  considérable.  Même  dans  le  cas  typique  où  nos  parlers 
montrent  l'étroitesse  de  leurs  relations  par  la  création  d'un  mor- 
phème pour  exprimer  l'imparfait  prochain,  cette  innovation 
aboutit  à  des  formes  très  variées,  cf.  §  125.  Cette  diversité  anor- 
male, qui  donne  l'impression  d'un  véritable  affolement,  est  cau- 
sée par  l'usage  purement  local  auquel  nos  parlers  tendent  de 
plus  en  plus  à  se  réduire,  en  raison  de  la  place  prépondérante 
que  le  français  a  prise  dans  la  vie  sociale  de  cette  région.  C'est  ce 
que  M.  Meillet  a  nettement  formulé,  à  propos  de  l'ensemble  des 
parlers  populaires  de  la  France,  dans  un  article  publié  dans  Scini- 
tia,lX,  191 1,  p.  408:  «  Réservés  à  l'usage  local,  les  parlers 
locaux  ont  pris  de  plus  en  plus  un  caractère  particulier,  et  l'im- 
portance même  du  rôle  pris  par  la  langue  commune  a  eu  pour 
conséquence  une  résistance  moindre  à  l'isolement  des  parlers 
locaux.   »• 

Mais  si  cette  tendance  à  l'isolement  se  manifeste  d'une  façon 
intense,  il  ne  faut  pas  méconnaître  qu'en  raison  de  leur  constitu- 
tion fondamentalement  semblable  nos  parlers  doivent  tendre  à 
évoluer  dans  le  même  sens  :  c'est  ce  qu'on  a  pu  voir  dans  plu- 
sieurs des  traitements  convergents  exposés  §§  38-435  et  c'est  ce 
qu'on  observe  dans  le  recul  général  de  quelques  traitements 
anciens,  cf.  §§  33-37  et  §  120,  et  dans  le  mode  même  de  déve- 
loppement de  ceux  qui  ne  couvrent  actuellement  qu'une  partie 
de  notre  domaine,  cf.  §§  44-47. 

D'autre  part,  nos  "parlers,  en  raison  de  la  configuration  de  la 
région  et  des  relations  des  localités,  ont  dû  en  tout  temps  être  et 
sont  encore  sujets  à  réagir  les  uns  sur  les  autres  :  nous  avons 
relevé  §  88  3"  quelques  exemples  typiques  de  formes  anciennes 
représentant  le  latin  rivu,  "  jeune  »  et  «  chanvre  »,  qui  sont 
actuellement  reléguées  dans  des  aires  très  restreintes  et  ont  perdu 
du  terrain  devant  d'autres  formes  plus  récemment  empruntées. 


—  323  — 

A  cet  égard,  il  était  particulièrement  intéressant  d'examiner 
quelle  action  le  parler  socialement  supérieur  de  Remiremont  a 
exercée  sur  ceux  des  localités  voisines  et  notamment  des  deux 
vallées  ;  or,  s'il  est  souvent  impossible  de  distinguer  les  faits 
d'emprunt  et  ceux  qui  sont  dus  à  une  évolution  spontanée, 
même  dans  le  cas  où  l'innovation  remonte  les  vallées,  cependant 
il  existe  un  nombre  appréciable  de  traitements,  indiqués  §§  85  et 
150,  1°,  où  l'action  du  parler  de  Remiremont  est  certaine  ou  du 
moins  très  probable. 

Mais  le  rôle  troublant  des  emprunts  n'est  pas  limité  à  ce  seul 
cas.  En  se  réduisant  de  plus  en  plus  à  l'humble  fonction  de  par- 
1ers  locaux,  nos  parlers  deviennent  en  même  temps  plus  aptes  à 
se  désagréger.  De  là  proviennent  l'instabilité  remarquable  que 
nous  avons  signalée  pp.  140  et  143  dans  la  région  de  Remire- 
mont, et  tant  de  mélanges  d'origine  diverse  qui  apparaissent  dans 
tout  notre  domaine,  cf.  §§  88,  89  et  150,  4°.  Le  dernier  terme  de 
cette  désagrégation  d'origine  récente  se  trouve  à  Remiremont 
même,  où,  sous  la  poussée  du  français,  le  parler  local  disparaît 
rapidement  de  l'usage  et  n'est  plus  pratiqué  que  par  quelques 
personnes,  dont  le  langage,  en  l'absence  de  toute  norme,  est  nota- 
blement particularisé . 


TABLE    DES    MATIERES 


Notice  préliminairi-.  p.  vu 

Introduction.  ix-xviii 

Bibliographie.  xix-xxi 

PREMIÈRE    PARTIE 
PnoNÈTiauE  1-149 

ChAPI  TRE  I. 

Description  dv  système  phonique  actuel.  1-3 

Chapitre  II. 
Traitements  communs  réguliers.  4-17 

A. — Vocalisme.  5-14 

§  I.  —  ^  : 

1°  <C  il  anciennement  entravé  en  syllabe  tonique  devant  r. 

2°  <;  ancienne  diphtongue ^rv  <iii  latin  tonique  suivi  d'un 
phonème  palatal.  5 

§  2.  —  e.  5'S 

A.  —  I: 

1°  •<  g  ouvert  ■<  a  latin  tonique  libre. 

2''  <C  ^  latin  ouvert  suivi  d'un  s  qui  s'est  amuï. 

3°  ■<  ancienne  terminaison  el  <  ellii  5 

B.  —  I: 

<rt  tonique  entravé  devant  consonnes  sourdes.  5-6 

C.  -e: 

1°  dans  l'ancien  suffixe  aige. 

Les  parlers   des  Vosges  luérdionales.  2i 


—  3^6  — 

2"  <  i'  latin  ouvert  et  entravé  en  syll.  tonique. 
3"  <  /devant  /  et  ;/  <  /  latin. 
4"  dans  le  suffixe  correspondant  au  fr.  ier,  ière. 
'  y  -<.  e  latin  ouvert  suivi  de  v  en  svll.  tonique. 
6°  dans  «  Dieu  ». 
7"  dans  «  suif  ».  6-8 

I"  •<  0  devant  un  s  qui  s'est  amuï  en  syll.  tonique. 

2°  dans  «  bois  ». 

3°  dans  «  eau  ». 

4°  <C  a  latin  tonique  devant  /. 

5°  ■<  ancienne  diphtongue  au.  8-9 

§  4  •  —  <P  : 

I"  dans  «  mieux  ». 

2"  <<  0  latin  tonique  suivi   de  y.  9 

S  5-  —'"  ■■ 

<  0  latin  tonique  fermé  et  libre.  9-ro 

§  6.  —  /  et  u  : 

I"  <C  /  et  M  du  latin  toniques  et  libres. 

2°  ■<  ai  <C  latin  u  -j-  y. 

3°  -<  c  latin  fermé  tonique  libre  et  précédé  d'une  palatale,  ro 

S  7-  —  y  : 

■<  e  latin  tonique  et  libre.  10 

§  8.  — -ive  : 

<i  e  latin  terme  tonique  et    libre  après  labiales.  10 

5  9.  —  I"  yâ  ti  œ  <^  0  latin  tonique  ouvert  et  libre. 

2"  Vf  devant  nasale.  11-12 

§  10.  —  (>  et  i(  issus  d'o  latin  devant  /.  12 

§11.  —  Les  voyelles  nasales.  i2-i.( 

B.  —  Consonantisme.  M'^T 

§  12.  —  I"  Conservation  du  /.'  germanique. 

2"  Réduction  du  k  palatal  latin  à  )'. 

3"  tc  d'origine  germanique.  14 

513.  —  Les  consonnes  des  proparoxytons  latins.  14-16 

§  14.  —    L'épenthèse.  16 


§  I  ).  —  //  -<  ancien  groupe  ml .  16-17 

§  16.  —  1"  y  <C  l  dans  les  groupes  initiaux  on  appu\és  M, 
p!,JJ,kl,ol. 

2"  ij   <C  //  suivi  de  \\  17 

§  17.  —  Amuïssement  de  consonnes  : 

I"  /•  implosit  devant  /,  J,  I,  s,  11. 

2"  y  devant  une  voyelle  antérieure. 

3"  -v  devant  -iv.  17 

Chapitrh  ht. 

Traitements  communs  irréguliers.  18- 30 

A.  —  Vocalisme.  18-36 

§  18.  —  Traitement  de  la  voyelle  représentant   0   latin 

tonique  fermé  et  entravé.  18-20 

§19.  —  Traitement  de  la  voyelle  dans  l'ancienne  ter-    . 

minaison  cl  <<  illu.  21 

§  20.  —  0,  II,   i  en   syllabe    finale    terminée    par    une 

consonne.  21-22 

§21.  —  Traitement  de  la  voyelle  nasale  cii  (^)   issu  dV 
latin    devant   //    ou    ///    entravés    en    syllabe    proto- 
nique. 22-24 
§  22.    —  Syncope  de   la  voyelle  d'une   syllabe    proto- 
nique intérieure  ou  initiale.  24-27 
§  23.  —  Réduction  d'«  en  hiatus  à  w.                                27-28 
§  24  —   Affaiblissement  des  voyelles  protoniques   en  œ, 

é  et  c.  28-3  I 

§.25.  —  Maintien  d'n,  0  et  développements  secondaires 

en  syllabe  proionique.  3i")3 

§  26.  —  Chute  d'^;  initial.  33-34 

§  27.  —  Les  voyelles  caduques  c  et  ('  34-36 

H.   — ■   Consonantisme.  36-)U 

§  28.  —  Développement  de  consonnes  entre  voyelles  en 

hiatus  :  i°t'.  —  2"  y.  —  3°  u'.  3^-^^ 

§  29.  —  Amuïssement  de  consonnes  finales  : 

1°  /",  —  2"  /.  —  3"/.  —  4"/t.  —  5^'  y.  a)  y  issu  dun  ancien 


—  32'^  — 

/  ;  b)  V  développe  entre  voyelles;  c)  .y  issu  d'une 
ancienne  palatale.  —  6"  la  spirante  finale  f,  ç.  — 
7°   /   après  £   -<    s.    —  8°     d    du    groupe    ml.    — 

ru-  3^-45 

§  30.  —  Les  liaisons.  45~-l7 

§31.  — Assourdissement  des  consonnes  finales.  47-4^ 

§  32.  —  Métathèse  de  r.  49" )0 

Chapitre  IV. 
Tkaithments  anciennement  communs  en  recul.  51-55 

A.  —  Vocalisme. 

S  33-  —  f'  "^  ^y  devant  /•.  5 1-52 

§  34.  —  Traitement  d'/7  latin  protonique  en  hiatus.  52-33 

B. — -  Consonantisme. 

§  35.  —  Persistance  de  zu  dans  le  groupe  kw.  53 

§  36.  —  t-,  €  <i  ancien  k  final.  54 

§  37.  —  f,  f  <  ancien  groupe  final  rs.  54-55 

Chapitre  V. 

'iRAnEMENTS   CONVERGENTS.  56-69 

A.  —  Vocalisme.  56-60 

§  38.  —  La  dénasalisation  : 

1°  devant  les  voyelles   nasales  en  position   finale  ou 
devant  une  consonne  autre  que  ;/,  ;;/ ;  2''  devant  ;/, 

B.  —  Consonantisme.  60-69 
V^  39.  —   Absorption    d'un    v    par    la   consonne    précé- 
dente. 60-62 

§  40.  —  Développement  d'un  w  devant  voyelle.  62-65 

^41.  —  ly,fly<  kl,  gl.  65 

§  42.  —  -f,  /'  et  €,  j    -    r,   /  du  français.  65-67 

§  43.  —  Amuïssement  de  s  {ou  de  ses  représentants  <',  /;) 

devant  consonne  67-69 


—  329 


ClIAPl  IRI-.  \'I. 


'rRAITEMENTS  d'eXTENSIOX   LIMITEE.  70-79 

A.  — Vocalisme.  70-77 
§44.   —  à  <C  <^'  <C  iincicn  t'/  <^  a  latin  tonique  libre,  saut 

après  palatales.  70-73 

§45.  —    îy  (î,   î)  <C  yèy   ■<  ancien  ieie  •<   latin    iilti 

après  palatales.  75-76 

§  46.  —  yc'  •<   xd'  devant  /.  76-77 

B.  —  Consonantisme.  77-79 
§47.  —  d{c)  h  <  €,j. 

Chapitre  VI. 

Traitements  divergents.  80-10^ 

§  48.  —  yè,  yâ,   e   et   a   <i    c   latin    tonique    ouvert 

devant  r  +  consonne.  80-82 

§  49.  —  ey,  èy,  e,  ày,  Ôy  <  ancien  eie  (=  fr.  ée^  <C  latin 

ata,  sauf  après  palatales.  82-84 

§  50.  —  (',  ^T,  0  <^  a  dans  lesmonosvUabesou  leurs  com- 
posés. ^4-^  y 
§  51.  —  è,à,  0  dans  la  syllabe  protonique  ■<  anciens  a, 

ai,  e  <i  il  ou  e  latins.  83-90 

§  52.  —   Traitements     divergents      de     l'ancienne 

diphtongue  oi  : 

1°  à,  e,  ô  <Z  ancien  oi  <C  c  latin  fermé  libre  ou  suivi 
d'un  phonème  palatal  ; 

2°  à,  è,  0  <C  oi  devant  r,  I  ; 

3°  traitement    d'oie,  d'origines  variées,   en    syllabe 
tonique; 

4"  a,  e,  0  <C  oi  devant  ancien  [  <i  c  latin  fermé; 

5°  a,  e,  0  en  syllabe  protonique  <Coi  ■<,  e  latin  ouvert 

ou  fermé  devant  palatales.  90"97 

§53.  —  a,  e,  0  <ie  issu  à'e  latin  fermé  et  entravé.  97-100 

§  54.  —  Traitement  d'oin  en  position   finale  ou  devant 


consonne     et     d'oi    devant     ;/,     tous      tleux     après 
labiale.  100-103 

Chapitre  MI. 
Traitements  particuliers  ou  accidentels.  104-154 

A.  —  Vocalisme.  104-119 

§55.  —  Changements  réciproques  d'à  en  /  et  dl  en  u.   104-106 
§  56.  —  La  nasalisation.  106-107 

§57.  —  Traitements  particuliers  des  voyelles  nasales  : 

1°  traitement  de  «gendre  ». 

2°  palatalisation  de  la  voyelle  nasale.  107-109 

§  58.    —Action  d'une  consonne  labiale  sur  une  voyelle 

voisine.  109- m 

§  59.  —  Il  <Z  ancienne  diphtoiTgue  ue  <<  0  latin  ouvert 

et  libre.  111-112 

§  60.  —  â  <i  n  <C  ('  liUin  fermé  tonique  et  libre.  1 12 

§  61.  —  0  issu  à\l.  II 2-1 13 

§  62.  —  û  issu  dV).  II 3-1 14 

§  63.  —  à   <i  c  en  position  finale  au   Val-d'Ajol.  114 

§64.  —  à  <iôouc  protoniques  au  Val-d'Ajol.  114 

§  65.  —  T)  <  ir.  II 4- II 3 

§  66.  —  /  <C  t'entre  consonne  et  r.  lî) 

§  67.  —  ye,  yà  <  /  devant  /.  115 

§  68.  —  Agglutination  d'une  vovelle  initiale.  115-116 

§  69.  —  I"  Chez  ;  2°  «  coisier  »  au  sens  de  se  taire; 

3°    épaule  ;     4°    chevreuil  ;   5"    traitement  de 

«    trestout,    trestuit    »    au   sens    de    tout,    tous   ; 

6"  traitement  de  la    voyelle  de    «  quelque    »    dans 

q  u  e  1  q  u  e  c  h  o  s  e ,    quelque    paît,    quelqu'un; 

7"      encore;      8°       poussin     ;       9°      pièce     ; 

10°  éclair.  i  16-1  19 

B.  —  Consonantisme.  1 1 9- 1 3  4 

§  70.  —  lu  <  V.  1 19 

§  71.  —  zf  <  X'.  1 19-120 


—  yV  — 

§  72.  —v: 

1°  i'  <C  "w;  2°  z'  dans  aiguille,  aigu  iser.  120 

§  73.  —  /'.  120-121 

§  74.  —  Développement  d'un  v  linal.  121 
§75.  —  Amuïssement  de  consonnes  en  groupe  : 

1°  v. —  2°  i(.  —  y  (i. — 4°/. —   5°/-.  121-12^ 
§  76.  —  k  se  mouille  ou  devient  /  devant  une  vovelle 

antérieure.  123 

§  77.  — /  analogique  à  la  rin  des  mots.  123 

§  78.    —    Traitement    des      consonnes      Hnales  de 

«  moiste  ».  123-124 

§  79.  —  Traitement  du  groupe  initial  d'écornée.  124 

§  80.  —  l  <C  r  dans  bolyd,  caneton.  124 
§  81.  — Assimilation   :  A.  — assimilation  par  contact 

direct;  B.  —  assimilation  à  distance.  124-129 

§  82.  —  Dissimilation.  129-131 
§  83.  —  Métathèse.  131-133 
§  84.  —  Agglutination  et  apocope  d'une  consonne  ini- 
tiale. 133 

Chapitre    VIII. 

MÉLANGES  DE  PARLERS.  I  34-I49 

§85.   —  La    région    de    Remiremont     et    les    deux 
vallées, 
i"  Traitement  de  la  voyelle  protonique  de   maison  , 

raison,   saison. 
2°  Traitement  d'à  tonique   entravé  et   précédé  d'une 

palatale. 
3°  Traitement  de  «  garçonnet  ». 
4°  Traitement  des  représentants  de  ciicitUa  au  sens  de 

citrouille. 
5°  hoU,  collier.  135-138 

§  86.  —  Le  parler  de  Remiremont.  138-141 


—  332  — 

^  (Sj.  —  Le  parler  du  Val-d'Ajol. 

r"  Traitement  de  la  voyelle  d'êr,  hier. 

2°  r  <  /. 

V'  Traitement  des  anciens  groupes  rt,  rd. 

4"  c  persiste  à  côté  ûe  c. 

3"  f  diQ  enyer  =r  fr.  feiiillnnl.  141-143 

§  88.  —  Autres  mélanges  : 

I"  /(y)  <;  ancien  ieie  <C  latin  ata  après  palatales. 

2°  traitement  du    représentant  de  l'a.   fr.    «  flaùter  » 
au  sens  de  siffler  à  Ferdrupt. 

3"chanvre,  jeune,  les  représentants  de  rivii,  rouet. 

scier.  143-143 

§  89.  —   Pénétration   de    traitements   étrangers   à  notre 

domaine  : 

I"  infinitifs  et  participes  passés  de  la  i'^  conjugaison  en 
/  après  ç,  h  aux  points  17  et  18. 

2"  hnbt,  pomme  de  terre,   /?/,  iij ,   auge,  vas   cercueil, 
kdse,  méteil. 

3"  s  devant  consonne. 

4"  traitement  de  l'ancien  groupe  /'/  intervocalique.      145-1 49 

DEUXIÈME  PARTIE. 

MORPHOl.OGIF  HT  SyKTAXE.  1)1 

Chapitre  I. 

Description    du    système   actuel    des   formes    prono.minales 
ET  verbales.  1 51-163 

§  90.  —  Article.  15 1 

§91.^ — Pronoms  personnels.  151-153 

§92.  —  Pronom   réfléchi.  153-I) 

§  93.  —  Pronoms  adverbiaux  eu  et  r.  1)4 

§  94.  —  Possessifs.  154-155 

§95.  —  Démonstratifs.  155-156 

§  96.  —  Relatifs  et  interrogatifs.  156-157 

Le  verbe.  157-^^3 


r^^  — 


S 

97 

—  Inlinitit  et  participe. 

§ 

98 

—  Indicatif  présent. 

§ 

99 

—  Impci-atif. 

5 

100 

—  Futur 

§ 

102 

—  Imparfaits. 

§ 

102 

—  Conditionnel. 

§ 

103 

—  Parfait. 

^ 

104 

—  Subjonctif. 

Chapitre 

137-158 

1)8-159 

1)9 

1 39-160 
160 
i6r 

161-162 

162-163 


TrAITRMEXTS     l>FiO\ÉTlQ.UES     PARTICULIERS    A     CERTAINS     GROUPES 
DE  FORMES.  164-I7O 

^  103.  • —  Développeiuents  phonétiques  particuliers.         164-168 
A.  —  Formes  pronominales  : 

1°  «  les  »  article,    le  représentant  de  l'a.  fr.  es  au  sens  d'au.x, 
«  des,  mes  »,  etc.,  et  «  les  »  pronom.  —  2°  le  pronom  «  je  ». 
—  3°  0,  vous.  —  4°  n,  en,  après  la  négation.  —  3''  les  adjec-, 
tifs  possessifs  «  mon,  ton,  son  ».  —  6°  le  pronom  démons- 
tratif .v/'/-  164-167 


B.  —  Formes  verbales. 


167-168 


§  106.  —  Conservation  de  l'état  phonétique  ancien  : 

1°  lo,    article  et    pronom.  —  2°  do  et  ih,  du.  —  3"  t'il,  elle, 
elles.  —  4°  sii,  ce.  —  5°  a,  en,  pronom  adverbial.  168-169 
^  107.    —    Utilisation    morphologique   d'un   double    traitement 
phonétique  : 

1°  mê,  té,    le  après    l'impératif,    té  postposé   dans    les  phrases 
interrogatives.  —  2°  à,  en,  pronom  adverbial.         169-170 


Chapitre  III. 


Survivances. 
§  108.  —  Article 
I"  (').  —  2°  Ô. 


171-183 
171-172 


—  3V1   — 

§109.    —     Hinploi    de   «     leur    »    comme    pronom    personnel 
tonique.  172-173 

§  iio.  ^ —  iiicy,  pronom  possessif.  17^ 

§  III.  —  su,  sliït,  se,  pronoms  démonstratifs  174 

§  112.  —  Désinence  en  e,  à  de  la  première  personne  du   singu- 
lier de  l'indicatif  présent.  174-176 
§  113.  —  Désinence  en  /,  tf  de  la  troisième  personne  du  pluriel 
dans  l'aire  19-22.  176-179 
§114.  —  Deuxième  personne  du  pluriel  de  l'indicatif  présent  et 
de  l'impératif  179 
§  II).  —  Deuxième  personne  du  pluriel    de    l'indicatif  présent 
d'avoir  et  du  futur                                                             179-180 
§  116.  —  /au  singulier  de  l'impartait  de  l'indicatif  et  à  à  la  troi- 
sième personne.  180 
§  117.  —  Subjonctif.                                                              180- 181 
§118.  —  Parfait  et  autres  formes.                                       181-182 
§119.  —  Emploi  des  formes  verbales.  182 
§  120.  —  Ancienne  flexion  nominale                                   182-183 
§  121.  —  Genre  des  substantifs.                                          182-184 
§  122.  —  Adjectif: 

A.  —  formation  du  féminin  ;  B.  —  ordre  des  mots.  184 

§  123.  —  Svntaxe  : 

i"  svntaxe  de  l'article.  —  2"  préposition.  18J-185 


Chapitre  1\', 


CrKATIOX    DI-:   l'ORMt-S  NOUVELLES.  186-I9I 

§  124.  —  Formes  pronominales  : 

1°    démonstratif.    —  2"    réfléchi.  —  3"   emploi  du  pronom 

personnel  précédé  de  «  tout  -}-  par  «  au  sens  de  seul.  186-188 

§  125.  —  Imparfait  prochain.  1 88-1 91 


33) 


Chapitre  V. 

Innovations  analogiques.  192 

§  126.  —  Article.  192 

§  127.  —  Pronoms  personnels: 

1°  e,  H,  ely  ell,  il,  ils,  elle,  elles.  —  2°  le,  lui,  tonique.  — 
3°  lô  et  lu,  eux,  elles.  —  4"  pronom  de  la  2'  personne  du 
singulier  :  A.  en  fonction  de  sujet  ;  B.  tii  après  l'impéra- 
tif. —  5°  «  je  »  pronom  sujet  de  la  i'*  pers.  du  pluriel.  — 
6°  ordre  des  pronoms  dans  le  groupe  correspondant  au  fr. 
«  le  moi  »  après  l'impératif.  —  7°  emploi  de  «  lui,  eux  » 
en  fonction  de  réfléchi  tonique.  —  8°  w,  en,  devant  voyelle 
dans  les  phrases  affirmatives.  —  9°  /,  pronom  adverbial. 

192-195 
§  128.  —  Possessifs  : 

r'  «  leur  ».  —  2°  tey,  sh',  tien,  tien.  195 

§  129.  —  Démonstratifs  : 

1°  so,  sol,  ceux^  celles.  —  2°  5-^(0'  ceux,  celles,  du  \'al-d'A- 
jol  ;  shI,  celle,  du  point  9.  —  3"  formes  avec  /  final.  — 
4°  préposition  de  l'article  devant  «  celui,  celle...  »  précé- 
dant le  relatif,  et  simplification  du  système  des  formes .  — 
5°  substitution  de  «  ça  »  à  «  ce  »  devant  «  est  ».  195-197 
§  130.  —  Pronom  et  adverbes  ou  conjonctions  relatifs  et  inter- 
rogatifs  : 

I"  le  relatif.  —  2°  les  formes  périphrastiques  avec  «  est-ce 
que  »,  «  ce  que  »,  etc.  —  3°  développement  du  relatif 
«  que  »  après  les  mots  interrogatifs.  —  4°  la  particule  in- 
terrogative  tt'.  1 97-199 

Le  verbe.  199-227 

§  131.  —  r^  et  3*^  personnes  du  pluriel  de  l'indicatif  présent  et 
du  futur.  199-201 

§  132.  —  Indicatif  présent  du  verbe  avoir  et  2^  et  3^  per- 
sonnes du  futur.  201 
§  133.  —  Indicatif  présent  du  verbe  être  202 
§  i^^.  — Indicatif  présent  du  verbe  aller.  202-203 
§  135.  —  2"^  pers.  sing.  de  l'impératif  de  venir.  203 


:>:>" 

3  136.  —  /  désinence  du   pluriel   de    lindicatif  imparfait  et  du 
conditionnel  et  ?(.?)  du  subjonctif.  204 

§  137.  —  Les  3  désinences  du  singulier  et  la   3^  du  pluriel   de 
l'indicatif  imparfait  et  du  conditionnel.  204-205 

§  138.    -  Parfait:  A.  parfait  faible.  —  B.  parfait  fort.    205-208 
§  139.  —  Le  subjonctif.  208-209 

§  140.  —  Emploi  de  la  3^  personne  du  pluriel  après  o  n  .  209-21 1 
§  141.  — L'infinitif.  211-214 

§  142.  —  Le  participe  passé  :  A.  masculin.  — B.  féminin.  214-218 
§  143.  —  Le  radical  verbal: 

A.  —  verbes  en  -er.  2:8-222 

B.  —  autres  verbes.  222-227 
§  144.  —  Genre  des  substantifs.  221-228 
§  145.  —  Adjectif.  228-229 
§  146.  —  Syntaxe  des  particules  : 

\°   particules  négatives.    —     2°   particules   conjonctives.    — 
3°  prépositions.  229-230 

Chapitre  VI . 

Formation  DES  MOTS.  231-238 

§  147.  —  De  quelques  procédés  de  dérivation.  231-232 

§  148.  —  Substitution  du  suffixe  et    emploi   de  différents  suf- 
fixes. 232-236 
§  1^9.  —  Dérivés  n'existant  que  dans  une  partie  du  domaine. — 
Composition.  236-238 


Chapitre  VÏI. 
Mélanges  de  parlers.  238-243 

§  150- 

!•  La  région  de  Remiremont  et  les  deux  vallées.  —  2°  Le 
parler  de  Remiremont.  —  3"  Le  parler  du  Val-d'Ajol.  — 
4°  Autres  mélanges. 


337 


TROISIÈMR    PARTIE. 

Lexique.  244-319 

§  151- 

Abri.  — ■  Ainsi.  —  Aire.  —  Apprivoiser.  —  Appuyé. 

—  Arc-en-ciel.  —  Argile.  — Arranger  les  vaches. — 
Automne  et  les  noms  de  saisons.  —  Avec.  —  Averse.  — 
Baratte.  —  Battoir  à  linge.  —  Bavard,  bavarder.  — 
Bégayer,  bègue.  —  Berceau.  —  Berger.  —  Bergeron- 
nette. —  Beugler.  —  Bousier.  — -Bouvreuil.  —  Brui- 
ner. —  Cache-cache.  —  Casserole.  —  Chaise.  — 
Champ.  — Chevreau.  —  Cime.  —  Coin  à  fendre  le 
bois.  —  Combien.  —  Cône  de  sapin.  —  Copeau  de 
rabot.  —  Coquille.  —  Corbeau.  —  Cosse.  —  Cou- 
leuvre. —  Coussinet.  —  Couvercle.  —  Creux.  — 
Déchirer.  —  Dehors.  —  Depuis.  —  Dernier,  derrière. 

—  Dîner.  —  Donner.  —  Éclore.  —  Écorce.  —  Écou- 
villon.  — Entre.  —  Épervier.  —  Essaim.  —  Eté.  — 
Exciter  un  chien.  —  Fenil.  —  Fève.  —  Fil.  —  Fil  le, 
f i  Is.  —  Frileux.  —  Fumier.  —  Garçon  .  —  Glissant , 
glisser.  —  Gouttière  .  —  Granç^e.  —  Gre  nier  au-dessus 
de  la  grange.  —  Guêpe.  —  Haricot.  —  Herse.  — 
Hêtre.  — Hier   soir.  —  Hoquet.    —   Jardin.   —   Jars. 

—  Jeter  des  pierres.  —  Premier  lait  de  la  vache  qui  a 
vêlé.  —  Longtemps.  —  Mal,  maladroit,  etc.  —  Man- 
cheron de  charrue.  —  Manivelle.  —  Marmite.  — 
Mèche  de  cheveux.  —  Mèche  de  lampe.  —  Mettre.  — 
Miauler.  —  Millet.  —  Muer.  —  Mulot.  —  Noircir.  — 
Noyau.  — Nuage  .  ^ — Oiselet. — Ortie.  —  Orvet.  — 
Oseille.    —  Papillon.  —  Paroi.  —  Pêcher.  —  Pelure. 

—  Pendant. —  Peureux.  —  Peut-être.  — "  Piège.  — 
Pinson.  —  Pivert.  —  Pleurer.  —  Pomme  de  terre.  — 
Poulailler.  —  Printemps.  —  Puer.  —  Putois.  — 
Queux  .  —  Regarder.  —  Retou  r  de  la  fête.  —  Ronron- 


-  33«  - 

ner.  —  Rouet.  —  Rucher.  —  Sable.  —  Sabot,  sabo- 
tier.—  Sale. —  Sauterelle.  —  Savon,  cf.  Sable.  — 
Scier,  scieur ,  sciu  re.  — Sentier.  —  Siffler,  -et.  — 
Son.  — Soulier,  cf.  Sabot.  —  Soupière.  —  Sourd.  — 
Sur.  —  Sureau.  —  Tarière.  - —  Tartine.  —  Taupi- 
nière. —  Timide.  —  Timon.  —  Tisonner.  —  Toit  à 
porcs.  —  Tonnerre.  —  Toujours.  —  Traîneau.  — 
Trayon.  —  Trembler.  — Trémie.  —  Truelle.  —  Va- 
cher. —  Veiller.  — Vilain.  — Vipère. —  Visite. 

245-316 
§  152.  —  Le  parler  du  Val-d'Ajol.  316-317 

§  153.  — Les  emprunts  aux  parlers  alémaniques.  3i7~3i9 

Conclusion.  320-323 

TABLE   DES    MOTS 

Nota.  —  Cette  table  contient  surtout  des  mots  patois  ;  cepen- 
dant on  y  a  compris  quelques  mots  français,  qui  suffisent  comme 
types  des  formes  patoises  correspondantes.  Les  numéros  ren- 
voient aux  pages.  On  ne  signale  pas  ici  toutes  les  pages  où  une 
forme  est  traitée,  mais  seulement  celles  que  la  table  des  matières 
ne  permet  pas  de  retrouver  aisément  et  sûrement  ;  il  en  est  de 
même  des  mots  qu'on  a  relevés  ici.  Dans  ce  choix  arbitraire  on 
s'est  efforcé  d'être  large  :  souvent  on  ne  cite  qu'une  forme  du 
mot  patois,  mais,  en  ce  cas,  les  autres  formes  impliquées  par 
le  terme,  etc.  diffèrent  peu  de  la  forme  citée. 

âk,  quelque  chose,  122  hêtre,  cf.  bok 

année  23  hetû,  lait  de  beurre,  231,-2 

ày,  écharde,  236  bU,  -€,  auge,  54 

ciyh,  pie,  87  hloet,  etc.  prunier,  30 

âyiyy  àyot,  écharde.  236  hôdol,  etc.,  nombril,  31 

rt:^l,  rucher.  86,  303  bôk,  -kre,  etc.,  premier  lait  de 

la  vache  qui  a  vêlé, 

berceau,  -er  81                                   130,  236,  284 

bercent',  -ne  tisonner,  311  bds,  ruche,  252 


139  — 


lélè,  moyeu,  3  17 

brt'kû,  etc.,  brasser,  broyer,  218 
/'/•(î'^/7jr,  chènevottc,  231 

brÔHiô,  -0,  beaucoup,  bien,  121 
brœgnà,  tisonner,  3 1 1 

hwèlà,  4,  pleurer,  71 

bii'cyh,  -ày-,  fille,  86 

bivôb,  garçon,  62 

biubnje,  -ht,  bon  loisir,   désœu- 
vré, 126 
byo,  bluet,  9 
byœ€,  -€,  bille  de  bois,     21,  54 

dez^à  l  em,  Dieu  ait  l'âme,  209 
dèje,  etc.,  tarder  306 

dtne,  etc.,  ainsi,  127 

dôtîl,  peureux,  306 

d'fir,  dessus,  125 


t'bd're,  appuyé, 

(f)dyel,  argile,  115, 

egœdî,  exciter, 

ehiuoy,  poutre  d  écurie, 

eh,  quelque  chose, 

ckdye,  jeter  des  pierres, 

e  me  n  lœy,  par  terre, 

t'iiiœr,  t'h-,  (é)mouvoir, 

enœl,  -y,  nuage,  116, 

t'pem,  Cl-,  sevrer, 

cpi'irà,  muer, 

t'pu'cs,  moment, 

<7',  jardin.  3 1, 

erh,  arrêté, 

erwe,  arranger  le  bétail, 

erjànâ,  etc.,  beugler, 

t'r.sïnc,  -à,  réveillonner. 


ersôna,  etc . ,  ourler,  3 1 

h-wot,  lien  de  bois,  317 

criuoye,  fouiller,  148 

t'ryât,  rouet,  5  3>  'i-  i 

hô,  abri,  245 

t'trey,  -ây,  étrille,  6 

t'vn,  -œ,  abri,        10,  n.  i,  245 
ey,  entendre.  29 

tyh,  pie,  87 

e:^e{y^,  rucher,  86,  303 

cmlà,  noix,  317 

heyœr,  siège,  259 

m,  etc.,  bardeau,  61,  109 

(e)çkœpe,  etc.,  cracher,  28,  211 
eçkh'éy,  ration  de  foin,  8^ 

(e^ttenu,  faire  la  litière,   17,  87 
(ï)çth-u'à,  racler  le  fumier,  277 

fàl,  fol,  piège,  1 10 


246 

j'en,  etc.,  fange,  fangeux,       44 

247 

ftTgàiic,  tisonner,                   3  1 1 

274 

jhinivàe,  etc.,    étincelle. 

G6 

64,  98,  132. 

122 

fougère                                   14 

284 

fourneau                            235 

126 

fûû,  siffler,                               17 

213 

fiiyer,  etc.,  feuilles  de  légumes, 

149 

137 

68 

fyètrè,  -1,  caresser,           71,  211 

289 

fyh,  -ç,  fiel,                             54 

107 

fyfità,  etc.,  siffler.              29,  71 

228 

fyd'rây,  semence  de  foin,        82 

231 

248 

oey,  quille,                                '  6 

60 

gtsh,  averse,                         251 

10 

golâ,  -d'r,  étrille,  -er,        •    264 

gof,  gonflé,  231 

graisse  5 

^rhnolà,  grommeler  ^  i  ^ 

yrob^  raie  pour  le  fumier,  319 

grfdà,    trembler,     gauler  des 


noix, 


U^ 


)j  )/ 


hérisson 
herse,  -er 
hàpà.  ~b-,  gretiér, 
hoi'iiy  manivelle, 
holà,  -e,  finir, 
huche 

btîrse,    -v^',    exciter    un    chien, 
106,  120,  273 


105 
8r 
120 
287 
319 
15 


îg,  ongle, 


108 


îgyot,  ongle  des  bestiaux,  108 

ïvÇr^,  pis  de  la  vache,    39,  105 

/Vi/3u',  printemps,  119 

jèy,  réussir,  29 

fabè,  j-,  jante,  1 5 

']ed,  -eci,  etc.,  atteler,  t6 

jelè,  etc.,  Cochet,  26 

jonïre,  chanterelle,  1 1 5 

fwày,  etc.,  poutre  d'écurie,  66 


kerniotrà,  kwârinôtrà^  carnaval, 

24.  53 
kereey,  ce  qu'on    met   dans    la 

crèche,  76 

kîket  verge,  261 

kïklot,    -al,    -krbt,     mèche     de 

bonnet,  261 

kohol,  etc.,  citrouille,      12,  112 


kotrc,  coude, 
kôvd',  creux, 
krâé,  -€,  hotte, 
krâ-éhv,  hotte. 
kreint'{y),  crémaillère. 


15 
267 
319 

II) 
40 


ku'ârt'j,  etc.,  visite,  53,  1 10,  3 1 5 

M/)^,  cracher,                 28,  211 

kwe,  œufs  de  grenouille,  119 

kîvey,  ration  de  foin,  83 

kiOï,  écouvillon,  119 

Idnt',  tas  de  bûches,  1 14 

It'ciè,  foin  des  éclairs,  21 1 

Icsyœ,  drap  de  lit,  13 

lézard        129,  130,   1 52,  133 

linfii,  graine  de  lin,  231 

Joci,  trappe,  319 

JÔij,  bûche,  93 

îbs,  tarière,  309 

liir.  lilryc,  veillée,  -er,  314 

lnjî{y),  etc.,   purin,  235 

hû-ee,  etc.,  pelote  de  fil,  31 

Id'vyb,  tar  ière,  9 


5,  15 
110 
319 


malade 

luàllo,  etc.,  bourdon, 
iiu'NgÔ,  arroche, 
uiervey,  mancheron  de  charrue, 

28e 
/////,  etc.,   mèche  de-  fouet, 

77,     106 
mitre,  -n,  taupinière,  105 

iiile,  oiselet,  292 

mofà,  moisir,  290 

niosret,  mulot,  290 

niiijrfi,  etc.,  mulot.  290 


—  u^  — 

iiiU'a,hc,                                  64  pè-é,  -<■,  k)uche,  21 

//m-^,  etc.,  jardin,                   64  purin  253 

mivàyt',  -CI-,  guérir,         14,  iio  p-iicieÇy),  mendiant,  8 

Wtm7^m',etc.,  fromager,  129, 3 18  piverenid,  à  cause  de,  107 

mwerodà,  etc.,  goûter,            86  pivèsc,  trayon,  107 

inweld,  etc.,  milieu,       63,  106  pyt'd.  etc.,  perte,  15 

imvnc,  etc.,  battre  en  grange,  pyol,  etc.,  bobine,  j6 

60,  63,  86  /Jw///,  pivoine,  128 

niœ^tc,    humide,                       42  pœ,  vilain,  315 


Noisette,  noix  238 

nô-vPIjo,  pommes  de  terres  nou- 
velles, 1 1 1 
nœjle{y),  etc.,  noyer,  24 
ii(èjol,  noix,  1 5 


onia,  etc.,  estmier, 

98 

Ôrsà,    ourlet, 

30 

oi'hv,  tarière, 

319 

ÔvrPj,  arroche. 

234 

Ô-vyo,  tarière. 

319 

Ôyô,  oison, 

29 

Ô£y  amorce. 

98 

Ôc,  porte, 

114 

oÇï,  sortir. 

114 

opâ,  etc.,  greffer. 

15.  57 

pàtiâ,  etc.,  balayer. 

60 

pànè,  pan. 

60 

pilnfis,  balayures. 

231 

penï,  sevrer, 

68 

phe^  -ç-,  donner  labecquée,  214 
per€i,   etc.,   grenier    au-dessus 
de  la  grange,  280 

pinà',  millet,  1 1 1 

pnœ,  id.,  id. 


rd\\  rayon  de  miel,  82 

raye  -0-,  arracher,           14,  113 

ref^â,  etc.,  renverser,  24 

rekray,  avant-grange,  279 
rhinuây,    etc.,     couverture     de 

bardeaux,  64 

rhnyœr,  labourer,  213 

rhvbt,  lien  de  bois,  317 

reuwe,  renverser,  24 

reçfâ,  cache-cache,  256 

rcjt',  etc.,  ruminer,  108 
rïhî',  -i^-,  écraser  le  chanvre,  328 

rmwoye,  guérir,  1 4 
rôt,  rangée  de  bardeaux,  32,   62 

rote,  herbe  en  bandes,  32 

roy,  etc.,  sillon,  41 

roiè,  bruine,  256 

ro€-,  -f,  averse,  250 

rphe,  -ç-,  repaître,  214 

rsa,  -ô,  piège,  297 

rwelo,  etc.,  tire-braise,  148 

nuoy,  râble,  148 
riuoie  et.  rote, 

rd-ye,  -a,  oublier,            28.  148 

rœyt',  racler,           28,  148,  277 

rd'yt',  planche  d'écurie,  148 


sanglier  io8 

seyû,  sureau,  234 

seç,  échasse,  130 

sïuiyœl,  manivelle,  286 

shjôlà,  enlever   les  feuilles  des 

légumes,  286 

slo(^y),  soleil,  18 
sôtir,  follet,  cauchemar,       306 

sit',  piège,  297 

ihii,  etc.,  fiiire  la  litière,  29 

ûrye,  contrarier,  212 

tinœ,  millet,  130 

tflf,  éiouftant,  231 

tôse,  etc.,  téter,        26,  61,  100 
Irhnyol,     1er-,     Irenurr,  trémie. 

76,  234 

Irevot,  etc.,  poutre,  86 

lro€  touffe,  287 

trôély,  touffe,  287 

tro€ey,  mèche  de  cheveux,  287 
triiyày  etc.,  paresseux,     35,   52 

Indo,  etc. ,  bâton,  32 

tye,  -à,  petit-lait,  3  ) 

tyop,  cheville,  1 3 1 

vârel,  vc-,  -tô,  noms  de  bœufs 

et  de  vaches,  5 1 

vijokrr,  vlb-,  piège,  297 

tye,  VLy,  vieux,  vieille,  7 

ivèdyœv,  etc.,  vaurien,  38 

wejolœr,  piège,  297 

ctv/,  sale,  315 
weyè,  etc.,  regain, 

I  I'    37»    57.  585  248 


li'cç,  -Cl-,  averse, 


2SO 


d'rsà,  ourlet. 

30 

âvyo,  tarière. 

309 

d'^,  etc.,  porte. 

42,  77 

éânel,  etc.,  chéneau,  127,  23^ 
fhivà,  etc.,  chénevis  64 

éèpâ,  avant-grange,  279 

écrï,  etc.,  avart-grange,  279 
akâf,  mèche  de  cheveux,  261 
fiklôt,  mèche  de  bonnet,  261 
e'i,  chien,  109 

£lkll,  etc.,    bouquet    de    fleurs 
ou  de  fruits,  26 1 

i'ofyot,  mèche  de  cheveux,  287 
éokà,  etc.,  se  brûler,  292 

éos,  -àt,  bas,  237 

éiipot,  QIC,  mèche  de   cheveux, 

287 
ۉ,  etc.,  sec,  42,  137 

^fl/>,  échappé,  231 

€ùye,  etc.,  gaspiller,  219 

fc,  essart,  136 

£ernï,  etc.,  baguette  de  cou- 
drier, 126,  132 
£er-ee,  raquette,  128 
^eye,  etc.,  gaspiller,  cf.  t'âyé 
€)kc,  ç-,  paré,  262 
fuôy,  etc.,  collier  en  bois,  148 
^Ô,  ç-,  giron,  319 
foh,  etc.,  creux.  2,1,  267 
^Ôb,  -a-,  bouvet,  267 
fôf,  etc.,  buflet,  ^19 
^ofyi,  etc.,  chauffer,  78,  212 
iàdr,  etc.,  bardeau,           39,  57 


-eivây,  etc. ,  abri, 

Çell,  ridelle, 
Çînày,  échine. 


343 


8i 

dpd'h,  muer, 

289 

çœle,  siffler, 

28,  149 

88 

Cf.  en  outre  eî;... 

82 

l»ROT\T   Fni-nPS.    rMPRTVtFURJ- 


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